Tzintzuntzan (du mot purépecha Ts'intsuntsani, qui signifie « pays des colibris ».) est un ancien centre cérémoniel de la cité homonyme, capitale du Royaume tarasque à l'époque précolombienne. Après avoir eu son siège à Pátzcuaro pendant les premières années de l'empire tarasque, le pouvoir s’est installé à Tzintzuntzan au milieu du . L'empire continue à s'étendre et à tenir en échec les attaques de son voisin l’Empire aztèque, jusqu'à l’avènement de l’Empire espagnol. Ne voulant pas subir les mêmes destructions que la capitale aztèque Mexico-Tenochtitlan, l'empereur se rendit aux Espagnols dans cette ville. Cependant, la plus grande partie du site, et en particulier ses cinq pyramides arrondies appelées « yacatas » est tout de même détruite et la ville presque complètement abandonnée.
En raison du manque d'intérêt pour l'ancien Empire purépecha, les fouilles de ce site n’ont pas commencé avant les années 1930. Les plus grands monuments sont les cinq pyramides yacatas, qui s'alignent au bord du lac Pátzcuaro. L'autre grand vestige est la grande plate-forme creusée dans la colline sur laquelle repose les yacatas et les autres bâtiments.
, le site est encore utilisé pour des événements comme le Festival culturel de Fin de Año.
Histoire
vignette|gauche|Objets purépechas en cuivre et en laiton au musée du site.
Tzintzuntzan était la capitale de l’Empire purépecha (ou tarasque) lorsque les Espagnols sont arrivés dans les années 1520. Comme les habitants n'ont pas laissé de trace écrite, ce que nous savons de cette ville et de son empire provient des écrits en espagnol et des découvertes archéologiques. Le principal document en langue espagnole, appelé la Relation de Michoacán, écrit par Jerónimo de Alcalá consigne ce qui lui est rapporté par l'élite purépecha en 1539. D'autres écrits font référence à la capitale notamment la quatrième lettre de Hernán Cortés en 1524, , en 1538, la Tratado curioso y doctor de las cosas de la Nueva España d’Alonso de La Rea au et la de Pablo Beaumont..
Pour un certain nombre de raisons, les origines des purépecha sont entourées de mystère. Une grande partie de la culture purépecha est très distincte des autres cultures méso-américaines. La langue purépecha a davantage de points communs avec le zuñi du Sud-Ouest des États-Unis ou le quechua du Pérou et n'est apparentée à aucune autre langue méso-américaine. Le recueil d'histoires de Jeromimo Acalá provenant des anciens purépecha établit que ce peuple émigre vers la région du lac Patzcuaro, en développant des alliances avec les peuples qui s'y trouvaient déjà. Finalement, il devient le groupe dominant et a établi sa capitale à Tzintzuntzan. Selon les preuves collectées, le peuple purépecha pourrait avoir commencé à dominer la région du lac Pátzcuaro dès l'an 1000 de notre ère, mais définitivement en 1250.
vignette|Vue du lac Pátzcuaro depuis le site.
L'histoire traditionnelle des Purépechas rapporte qu'autour de l'an 1325 un héros guerrier devenu roi, Tarícuri, se proclama leur souverain et fait de Pátzcuaro sa capitale. Ses neveux sont faits rois des royaumes voisins d’Ihuatzio et Tzintzuntzan, et tous deux commencent leurs conquêtes militaires à partir de ces points de départ. Au cours de cette période d'expansion, l’hégémonie est passée de la ville de Pátzcuaro à celle de Tzintzuntzan, qui avait pris suffisamment d'importance politique pour prendre le contrôle des autres villes. Pendant une grande partie de l'histoire de l'empire, la population de Tzintzuntzan reste au moins cinq fois plus importante que celle des autres villes. Aux alentours de 1440, l'empire se consolide et une bureaucratie administrative s'installe à Tzintzuntzan. L’essentiel de l'expansion de l'empire se produit à cette époque.
La date de fondation de la ville de Tzintzuntzan se situe probablement vers 1450, au cours de la période Postclassique contemporaine. L'histoire traditionnelle de l'Empire au cours des est obscure parce qu'il est difficile de croire que Tarícuri et ses neveux règnent pendant plus de quatre-vingt dix ans. Les archives montrent que la consolidation de l'empire commence au milieu du , avec la fondation d'un état centralisé. La bureaucratie s'installe à Tzintzuntzan et l'empire se développe en dehors de la région du lac Pátzcuaro de 1440 à 1500. Cela entraîne une composition ethnique très hétérogène de l'empire, qui se traduisait par celle de la capitale elle-même, seulement de la population de la région du lac étant d’ethnie purépecha. La vie politique, économique et religieuse était contrôlée par Tzintzuntzan. Le site est situé sur le flanc de la colline Yauarato qui domine le lac Patzcuaro et ses rives. La colline protége ce site de toute attaque.. La ville préhispanique de Tzintzuntzan s’étendait depuis le lac Pátzcuaro jusque dans les collines situées à l'est et abritait une population comprise entre et habitants lors de l'arrivée des Espagnols dans les années 1520.. Le pouvoir purépecha s'étendait sur une grande partie du centre-ouest du Mexique, comprenant ce qui est maintenant l'état de Michoacán et certaines parties des États actuels de Guanajuato, de Guerrero et de Jalisco]. Bien qu'elle soit la capitale du deuxième empire mésoaméricain, lorsque les Espagnols conquièrent sa rivale Tenochtitlan, la ville se rend aux Espagnols sans combattre. Il existe deux raisons probables à ce fait. Même avant l’arrivée des Espagnols eux-mêmes, les épidémies de maladies comme la variole et la rougeole avaient sévèrement affecté la population purépecha, et probablement tué le roi. Le jeune roi, nouvellement installé à la hâte et sans expérience politique espérait sans doute composer avec la domination espagnole, et éviter le sort de Tenochtitlán, c'est-à-dire la destruction totale. Cet espoir prend fin lorsque les Espagnols le brûlent sur le bûcher.
Tzintzuntzan est la première capitale de la nouvelle province espagnole de Mechoacan ou Michoacán dans les années 1520, et les frères Franciscains arrivèrent pour évangéliser le peuple purépecha. Leur monastère est construit en partie avec des pierres prélevées sur les cinq pyramides « yacatas » du centre cérémoniel. Dans les années 1530, la capitale est transférée à Pátzcuaro et la population de Tzintzuntzan chute jusqu'à ce que la ville soit abandonnée.
Site archéologique vignette|gauche|Partie d'une yacata reconstruite montrant quelques-unes des pierres de façade.
Contrairement aux Aztèques et aux Mayas, les anciens purépechas laissent peu de vestiges d'architecture monumentale. Les villes n’étaient pas fortifiées de façon significative, et les routes avaient peu ou pas de pavage. Seuls deux terrains de jeux de balle sont connus sur le territoire de l'ancien empire et aucun ne se trouve dans la capitale. Jusqu'à une époque contemporaine, les archéologues, les anthropologues et les historiens témoignaient peu d'intérêt pour ce peuple. Certains ont même douté que les Purépechas aient pu constituer un État. Toutefois, des recherches récentes révèlent que les anciens purépechas contrôlaient un vaste empire, dépassé en étendue seulement par celui des Aztèques et qu'ils avaient été à l'origine d’une culture complexe qui était, à bien des égards, unique en Mésoamérique.
Le site archéologique de Tzintzuntzan est composé surtout de ce qui constituait le centre cérémoniel. Il est situé sur une grande plate-forme artificielle creusée dans la colline de Yahuarato surplombant le lac de Patzcuaro, sur la rive nord-est. Son centre cérémoniel comporte une grande place et plusieurs bâtiments connus comme étant la maison des prêtres et de la noblesse, mais l'attraction principale provient des « cinq yacatas » (ou pyramides semi-circulaires) qui se détachent sur le panorama du lac. Ce centre cérémoniel est appelé Taríaran ou « Maison du Vent ».. Le site archéologique est également une fortification défensive en plus d'être un centre religieux.
Dans ce centre cérémoniel, le roi, ou Cazonci, avait pour fonction de représenter le dieu principal Curicaueri. Son rôle essentiel était de régner au nom du dieu et de s'assurer que les feux perpétuels des principaux temples étaient approvisionnés en bois. Dans ce lieu un grand nombre de sacrifices humains étaient pratiqués, en général sur des prisonniers de guerre. Ces prisonniers sacrifiés étaient censés être des messagers pour les dieux et sont vénérés en tant que tels. Lorsque la décision de déclarer la guerre est prise, des feux de joie énormes sont allumés à cet endroit, puis la flamme est apportée par les prêtres dans les huit autres centres administratifs de l'empire. Depuis les de peuplement situées à l'intérieur du bassin du lac Patzcuaro, voir ces feux, et savoir qu’il fallait se préparer à la guerre.
Tzintzuntzan possède les plus grandes structures monumentales du royaume purépecha. Les deux structures les plus impressionnantes sont les cinq pyramides « yacata » et la Grande plateforme sur laquelle ils reposent. Elles sont toutes visibles et datent de la deuxième étape d'occupation du site. La première étape est représentée par de petites structures de type pyramidal découvertes sous les yacatas. La Grande plate-forme est constituée d’une grande surface plane de sur creusée dans le flanc de la colline sur laquelle reposent les pyramides yacatas et d'autres structures.
À l'avant de la plate-forme, faisant face au lac Patzcuaro, les cinq pyramides yacatas sont alignées dans un axe approximativement nord sud. Contrairement à celles des Aztèques ou des Mayas, ces structures sont arrondies et non carrées. Les cinq structures ont approximativement une forme en trou de serrure, et sont reliées entre elles à l'arrière par des plates-formes de pyramides à degrés. Le noyau de chacune de ces structures est constitué de moellons empilés revêtus de dalles de pierre décorées de spirales, de cercles et d’autres dessins géométriques. Ces dalles de pierre sont montées de manière similaire à celle des maçonneries construites par les Incas en Amérique du Sud. Un autre caractère distinctif de cette architecture et d'autres constructions purépechas est qu' aucune trace de stuc.
Sur chacune des yacatas se trouve un temple en bois, dans lequel sont pratiqués les rites les plus importants pour la population et le gouvernement purépecha, y compris les sépultures, dont une soixantaine sont retrouvées. Les tombes qui sont fouillées contenaient un riche mobilier funéraire et sont probablement des sépultures de rois et de prêtres. Trois des yacatas ne sont pas du tout restaurées..
vignette|Fouilles réalisées dans les yacatas révélant des structures plus anciennes.
Les yacatas sont construites sur des structures pyramidales anciennes, plus traditionnelles datant de la première phase d'occupation du site. Entre les yacatas 3 et 4, des ouvertures sont creusées dans la grande plateforme pour mettre au jour quelques-unes de ces structures, qui incluent trois escaliers et une partie d'un mur circulaire. Derrière les cinq yacatas se trouve une énorme place avec des structures plus petites. Sur la plate-forme, seuls vivaient l'élite religieuse et politique, leurs serviteurs et leurs gardes. Les rituels comme ceux qui étaient destinés à adorer les différents dieux, le soleil et la lune et à célébrer des événements tels que les équinoxes se déroulaient à cet endroit. À l'extrémité nord de la plate-forme se situe le Palais ou le bâtiment B, qui est exploré dans les années 1940 et 1980, contenant plusieurs sépultures de rois et de prêtres. C'est dans le palais que vivait le roi. Le palais comporte une salle consacrée à la conservation des têtes d’ennemis tués au combat. Le bâtiment E est situé au milieu du petit bois qui occupe la plate-forme. Il est utilisé pour stocker des objets apportés en offrande. Ce bâtiment possède la preuve d'une occupation au début de l'époque coloniale.
Découverte et fouilles vignette|gauche|Modèle du site exposé au musée.