vignette|Basilique de Damous El Karita vue de l'ouest. vignette|Localisation de la basilique () et de la rotonde () sur le plan général du site archéologique de Carthage.
La basilique de Damous El Karita est une basilique chrétienne tunisienne en ruines datant de l'Antiquité tardive et de l'époque byzantine. Elle est située sur le plateau de l'odéon au sein du site archéologique de Carthage.
Complexe architectural chrétien le plus important connu au sein de la capitale de l'Afrique proconsulaire, il est selon Noël Duval à la fois l'un des mais aussi l'un des .. Le complexe architectural a en effet constitué l'un des ensembles cultuels chrétiens les plus importants de l'Afrique du Nord de l'Antiquité tardive et alto-médiévale. Outre deux églises, l'ensemble a comporté au moins un martyrium, des hypogées et une rotonde souterraine à l'interprétation complexe et qui fait l'objet de débats.
Il s'agit du premier monument chrétien découvert à Carthage mais l'ensemble a été fouillé selon Noël Duval.. Si la construction est dégagée à la fin du et au début du par le père Alfred Louis Delattre, la fouille du complexe n'a jamais été achevée ; des études partielles ont encore eu lieu à la fin des années 1990 sur la rotonde par une équipe tuniso-autrichienne sous la direction d'Heimo Dolenz.
L'importance du complexe a fait dire aux spécialistes que le lieu était non seulement un centre funéraire mais aussi un lieu de pèlerinage majeur lié à des cultes de saints inhumés en ce lieu et aussi de fêtes religieuses importantes.
L'identification de la basilique est complexe mais, à la suite des derniers travaux, certains auteurs en acceptent l'identification avec une basilique connue par les sources littéraires comme la basilica Fausti.
Étymologie On suppose que le nom actuel provient du roman africain ou ..
Histoire Histoire antique La communauté chrétienne à Carthage est développée dès le selon les sources littéraires, dont Tertullien et saint Cyprien, et les lieux de culte identifiés sont très souvent datables du même s'ils ne sont pas connus à ce stade précoce.. La cité de Carthage semble avoir été organisée selon Noël Duval en régions ecclésiastiques, un archidiacre gérant pour le compte et sous l'autorité de l'évêque chacune de ces régions. Chacune possède un vaste ensemble avec baptistère et annexes.. L'organisation en régions à Carthage est copiée sur l'organisation de l'Église à Rome qui avait mis en place sept régions ecclésiastiques dès le milieu du . Six régions sont connues à ce jour.. Azedine Beschaouch évoque quant à lui sept régions pour la métropole africaine..
vignette|Plan de la Carthage romaine avec les principaux monuments localisés : le complexe de la basilique et de la rotonde de Damous El Karita est situé hors du quadrillage, à droite.
Les premières traces archéologiques de la présence chrétienne à Carthage remontent au , les tombes et les vestiges matériels devenant nombreux vers 390-420.. Les cimetières chrétiens dits areae sont datés de la fin du et du début du ; une dévotion s'installe sur les lieux du fait de la présence supposée de reliques de martyrs.. Les sources littéraires évoquent aussi des églises ayant accueilli des conciles ou Augustin d'Hippone à partir de la fin du . Une trentaine de constructions liées au culte chrétien ont été retrouvées depuis les débuts de l'archéologie carthaginoise..
L'identification des lieux de culte connus pose certains problèmes. La cathédrale de Carthage n'est pas connue et Damous El Karita n'est pas celle-ci même si, selon Duval, c'est . Marc Griesheimer, à la suite des travaux d'Heimo Dolenz de 1996-1997, du fait de la présence d'un baptistère et de sa localisation, propose de l'identifier à une basilica Fausti citée par des textes littéraires dont l'Histoire de la persécution des Vandales (Historia persecutionis Wandalorum) de Victor de Vite et ayant joué un rôle dans l'histoire ecclésiastique de Carthage : elle est le siège d'un concile à deux reprises (419 et 421) et d'une réunion d'évêques en 418. Du fait de sa taille, elle aurait servi à l'évêque Deogratias de Carthage pour accueillir avec une autre basilique suburbaine de Carthage, la basilica novarum, des prisonniers capturés lors du sac de Rome par GenséricVictor de Vite, Historia persecutionis Wandalorum, I, 25... En 535, l'évêque de Carthage Reparatus convoque un concile qui réunit 217 évêques dans la basilica Fausti pour s'occuper de la réorganisation de l'Église d'Afrique..
Les premiers fouilleurs retrouvent sous le trifolium un columbarium antérieur, contenant encore des urnes, mais également des citernes d'époque romaine.. Des fragments de marbres d'époque païenne ont également été identifiés par Delattre, en particulier des épitaphes..
vignette|Vue générale de la basilique.
Le complexe basilical est situé à proximité de l'une des portes de la muraille antique, plus précisément à du mur de Théodose bâti en 425, et sur le bord septentrional de la colline de l'odéon..
Les documents anciens ont permis d'identifier les diverses phases du bâtiment, dont le premier état semble dater de la fin du .. Les éléments architecturaux et les sculptures retrouvés lors des diverses campagnes de fouilles ne sont pas antérieurs au selon Noël Duval et témoigneraient d'un état tardif de l'édifice.. Le complexe a changé de taille à plusieurs reprises, agrandi puis rétréci pour des raisons que l'on ignore. L'apogée de la construction semble avoir été le C'est la construction à cette époque qui fait l'objet d'une restitution par Jean-Claude Golvin dans . même si le complexe semble avoir eu une histoire difficile à appréhender. Noël Duval propose trois étapes dans l'évolution de la construction : dans un premier temps la construction aurait été orientée sud-est (abside) - nord-est (porche). La grande église aurait été bâtie à la suite d'un changement d'axe avant que la construction tardive ne reprenne l'orientation originelle.. Le même auteur n'exclut pas une interprétation différente, dans laquelle la construction aurait eu une abside latérale comme rencontré sur d'autres sites archéologiques comme Makthar..
Redécouverte du site
vignette|Redécouverte de sarcophages lors des fouilles menées par Alfred Louis Delattre.
La basilique est découverte en 1878 par le père Alfred Louis Delattre, l'un des pionniers de l'archéologie carthaginoise. Cette découverte suscite la mise en place d'une mission archéologique permanente à Carthage sur demande du cardinal Lavigerie.. Les fouilles sont cependant conduites de manière saccadée pour des raisons budgétaires.
Les premières fouilles font l'objet de rapports brefs, conformes aux méthodes archéologiques du temps, et la stratigraphie n'est que peu explicitée. L'objectif essentiel est alors de récupérer des inscriptions funéraires chrétiennes dont les fragments retrouvés se comptent par milliers : le décompte fait dès 1892 évoque fragments..
Les épitaphes sont rarement intactes même si certaines ont pu être restituées. Delattre évoque en 1911 des inscriptions dont l'une évoque un évêque, une autre un prêtre, d'autres des religieuses et la plupart relatives à des fidèles du lieu..
Encore en 1897, une partie des ruines est exploitée comme carrière de matériaux.. L'un des hypogées retrouvés est reproduit lors de l'exposition universelle de Paris de 1900..
Plusieurs centaines de fragments de bas-reliefs, principalement issus de sarcophages et de dalles funéraires, sont évoqués par Delattre avec une iconographie très riche. Il évoque ainsi une Annonciation retrouvée en 1889 et ayant appartenu à des bas-reliefs décoratifs.. Il signale aussi que les dalles funéraires les plus importantes mesurent deux mètres sur soixante centimètres et sont réalisées dans une pierre locale.. Il évoque enfin un beau cadran solaire concave avec le monogramme au centre.. Parmi les bas-reliefs dégagés, certains sont en multiples fragments et d'autres figurent des personnages mutilés intentionnellement selon Delattre. Deux reliefs de l' retrouvés dans les fouilles figurent parmi les plus beaux fleurons de la sculpture paléochrétienne connue.
Fouilles au
gauche|vignette|Carte postale ancienne lors des fouilles des cellæ en 1911. vignette|Basilique sur une carte postale ancienne, vue vers le cimetière catholique. vignette|Complexe vu d'avion vers 1950.
Une partie des dépendances est dégagée en 1911, en particulier la zone entre la basilique et la rotonde qui est dégagée pour sa part en 1912 à la suite de la découverte de nombreux fragments de chapiteaux et de chancels.. Le dégagement de la rotonde s'effectue à partir de la coupole..
Parmi les découvertes de 1911, Delattre évoque la possibilité qu'il y ait une autre basilique rectangulaire divisée en trois nefs.. Lors des fouilles de l'hypogée à arcosolia, il retrouve des vestiges de bas-reliefs, des lampes à huile à motifs chrétiens, des vases en verre ainsi qu'une main bénissant.. La préservation est à l'ordre du jour car une porte est placée sur cet élément et les escaliers en sont consolidés..
Un cimetière catholique a été placé au nord-est du bâtiment. pour abriter les sépultures des pères blancs.
Le site a été très intensément fouillé jusqu'au sol vierge et a de plus fait l'objet de intempestives effectuées pour le congrès eucharistique de 1930 ; celles-ci sont semblables à celles effectuées sur la basilique de Saint-Cyprien située sur la colline dite de Sainte Monique..
Dans les années 1960, Alexandre Lézine étudie en particulier la rotonde de la basilique.. En 1973-1974, dans le cadre de la campagne internationale de l'Unesco « Pour sauver Carthage », la rotonde de Damous El Karita fait l'objet d'une étude de la part d'une équipe bulgare menée par Stephen Boyadjiev.. Les équipes proposent alors des restitutions de cette partie du complexe.
En 1996-1997, des annexes de la basilique sont étudiées par une équipe tuniso-autrichienne et par Heimo Dolenz. La fouille du complexe reste incomplète et les conclusions du père Delattre sur l'évolution du bâtiment sont écartées par Noël Duval..
Vestiges vignette|Rotonde située à proximité de la basilique. Généralités Le complexe reste incomplètement fouillé au début des années 1990. La surface connue du complexe en est cependant de dont pour le quadratum populi.
Les recherches archéologiques qui ont eu lieu afin de trouver tombeaux et inscriptions paléochrétiennes ont dépouillé le monument de la majeure partie de son matériel, ce qui explique pourquoi ses vestiges actuels ne sont guère impressionnants.. Des milliers de sépultures ont été retrouvées tant dans l'atrium que dans la basilique stricto sensu. Le complexe, outre la fonction funéraire liée à des sépultures saintes, semble avoir été le lieu de fêtes religieuses importantes liées à ses martyrs, voire l'un des lieux de pèlerinage les plus importants de toute l'Afrique du Nord.
Le congrès eucharistique de 1930 concourt à en brouiller la lecture par l'ajout de moignons de colonnes. Nombre de photographies réalisées durant le premier tiers du , avant ces restaurations intempestives, ont toutefois été conservées.
Immense édifice au départ (mesurant sur 45 avec neuf nefs et onze travées pour l'espace central), le site se compose, outre la basilique, d'un baptistère et d'un ensemble pouvant avoir abrité des moines (ou des religieuses selon Delattre.). Dans son dernier état, le monument est très réduit, avec trois nefs et cinq travées uniquement, ce qui dénote une forte dégradation..
Plan Atrium et portique