thumb|La Dignité par Félix Sanzel (1875), statue allégorique dans le Grand Foyer du Nouvel Opéra de Paris Selon le philosophe allemand Emmanuel Kant, la dignité est . C'est pourquoi on parle de dignité humaine. Elle dépend donc directement de la notion de personne, qui présente des dimensions multiples sur les plans juridique, philosophique, religieux, où elle recoupe sans s’y limiter la problématique de la nature humaine.

En 1764, le philosophe Emmanuel Kant affirme, dans ses Observations sur le sentiment du beau et du sublime, que l’on peut reconnaître dans « le sentiment de la dignité de la nature humaine » un sentiment et un principe de respect universels.

Une autre définition est utilisée en particulier dans le champ de la bioéthique, elle fait référence à une qualité qui serait liée à l’essence même de tout être humain, ce qui expliquerait qu’elle soit la même pour tous et qu’elle n’admette pas de degré. Selon le philosophe Paul Ricœur, cette notion renvoie à l’idée que « quelque chose est dû à l'être humain du fait qu'il est humain »Paul Ricœur, in J.-F. de Raymond, Les Enjeux des droits de l’homme, Paris, Larousse, 1988, .

Prise en ce sens, cela signifie que toute personne mérite un respect inconditionnel, quels que soient l'âge, le sexe, la santé physique ou mentale, l'identité de genre ou l'orientation sexuelle, la religion, les actions, la condition sociale ou l'origine ethnique de l'individu en question.

L'équivocité de la notion de dignité conduit toutefois à d'importants débats philosophiques et juridiques concernant sa valeur opératoire en tant que concept heuristique ou juridique.

Le contenu de la dignité contemporaine est tiré de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, résumée dans le principe selon lequel chaque être humain a le droit à la dignité humaine. Dans l'article 1, il est stipulé que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

Définition actuelle Le mot dignité est défini dans le dictionnaire Le Petit Larousse selon quatre sens différents : Une marque de respect adressée à une personne, envers un lieu ou un objet ; Le sentiment qu'une personne peut avoir de sa propre valeur ; Le fait d'avoir une fonction élevée ou de recevoir une distinction honorifique ; Un terme d'astrologie qui indique ..

Le site du CNRTL définit principalement la dignité comme un .

Étymologie Le mot Dignité est un nom féminin provenant du latin dignitas, lui-même issu du mot « dignus » avec l'ajout du suffixe « -itas ». (voir l'article dignité, sur le site du wiktionnaire.)

Origines du concept vignette|Allégorie de la dignité (Cesare Ripa) Concept romain de dignitas Cicéron, Jules César, Tacite et Tite-Live figurent parmi les auteurs latins qui ont beaucoup utilisé le terme de dignitas, dans leurs écrits et leurs oratoires. Cicéron a été l’utilisateur le plus prolifique de la société et l’a initialement associé au terme auctoritas (l'autorité)Balsdon, Jpvd "Auctoritas, Dignitas, Otium." The Classical Quarterly ns 10 (1960): 43-50.

Évolution du concept On peut distinguer, schématiquement, deux conceptions dominantes de la dignité humaine : la première qui en fait l'égal attribut de toute vie humaine ; la seconde qui insiste davantage sur l'autonomie de la volonté en tant que seul élément véritablement digne.

Ces deux conceptions sont souvent antagonistes. Ainsi, l'usage du concept de « dignité » pour restreindre les libertés est, comme en droit, contestée par certains philosophes (voir Ruwen Ogien et sa théorie de l'éthique minimale, dans Penser la pornographie, 2003).

Dans un rapport de 1998, publié par le , institution nommée par Bill Clinton Human Dignity and Bioethics, rapport du , mars 1998, Adam Schulman, qui souligne l'ambiguïté et l'équivocité de la notion, invoquée dans des arguments opposés lors des débats sur la bioéthique Adam Schulman, « Bioethics and the Question of Human Dignity », in Human Dignity and Bioethics, rapport du , mars 1998, , notait qu'il y avait au moins quatre sources historiques de la notion de dignité : l'Antiquité classique (d'une part la dignitas, entendue comme honneur, et d'autre part la conception stoïcienne) ; la source biblique de l'« homme créé à l'image de Dieu » (Il est le seul à posséder une âme raisonnable, ce qui suffit à lui conférer une dignité) ; la source kantienne (une caractéristique de l’humanité de voir en chaque humain un être doté d’une dignité) ; et enfin les constitutions et déclarations internationales des droits de l'Homme du , proclamées en réaction aux horreurs du nazisme (37 Constitutions nationales édictées depuis 1945 font ainsi explicitement référence à la dignité humaine).

Approche philosophique vignette|100px|Thomas Hobbes vignette|100px|Charles Montesquieu vignette|100px|Sophocle vignette|100px|Emmanuel Kant

Sens classique du terme La dignité au sens classique (dignitas) n'avait rien à voir avec la notion contemporaineHorst Bredekamp, Stratégies visuelles de Thomas Hobbes : Le Léviathan, archétype de l'État moderne ; illustrations des œuvres et portraits, Les Éditions de la MSH, 2003, p. 100. : elle était liée à l'exercice d'une charge ou d'un office public, un sens que l'on retrouve dans « dignitaire ». Ce sens classique, aristocratique et inégalitaire, s'oppose aux valeurs démocratiques qui font aujourd'hui consensus. Ainsi, pour Hobbes, la dignité n'est pas une valeur intrinsèque de l'homme, mais seulement la « valeur publique » qui lui est conférée par la République (ou Commonwealth)Hobbes, Léviathan, chapitre X, cité par A. Schulman, .. De même, pour Montesquieu, la dignité dénote la distinction, propre à l'aristocratie, et s'oppose en ce sens à l'égalité. Le dictionnaire Littré donne ainsi comme premier sens au mot « dignité » celui de « fonction éminente dans l'État ou l'Église », citant l'exemple de la dignité épiscopale ; il admet toutefois, comme quatrième sens, celui de « respect qu'on se doit à soi-même »Définition de la dignité dans le Littré, peut-être plus proche du sens contemporain.

À l'inverse de la conception classique, les stoïciens accordaient à toute vie humaine, selon A. Schulman, le caractère de dignité : chacun, esclave ou maître, était libre de s'engager dans la recherche de la sagesse. Mais si la dignité stoïcienne, entendue en ce sens, était universelle, elle n'était pas pour autant d'accès facile, puisque seul le sage stoïcien était véritablement digne. Or, l'idéal stoïcien du sage est excessivement difficile à atteindre. En outre, la sagesse stoïcienne implique une indifférence vis-à-vis du corps et de ses douleurs, qui la rend de peu d'aide dans les débats contemporains relatifs à la bioéthique.

Selon le grand dramaturge grec Sophocle qui écrit dans Ajax furieux, Livre Google "Ajax furieux dans Théâtre des grecs", consulté le 20 octobre 2018.

Philosophie kantienne

La dignité, telle que conceptualisée par Kant dans la Critique de la raison pratique, est accordée à tout Homme « en tant qu'être raisonnable ». On cite souvent à cet égard la maxime kantienne de traiter toujours autrui comme fin et non simplement comme moyenLa maxime kantienne est ainsi formulée: « Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen. » (in Fondements de la métaphysique des mœurs in Métaphysique des mœurs, I, Fondation, Introduction, trad. Alain Renaut, 108) qui, selon Schulman, influence par exemple la notion de « consentement éclairé ». Toutefois, la dignité kantienne se rapproche du stoïcisme en ce qu'elle est exclusivement la capacité d'agir moralement en dehors de déterminations empiriques, et sensibles, de la volonté. C'est pour Kant le devoir moral (l'impératif catégorique) d'agir librement, y compris et surtout contre les inclinations du désir et de la chair. La dignité kantienne se distingue donc fortement du respect de la vie en tant que vie sensible et souffrante : elle est au contraire respect de la liberté humaine, c'est-à-dire de l'Homme en tant qu'être suprasensible.

En outre, l'insistance kantienne sur l'autonomie de la volonté conduit, en bioéthique, à des problèmes sérieux : . Enfin, l'héritage de la distinction entre morale déontologique et conséquentialiste, attribuée à Kant (Elizabeth Anscombe est toutefois la première à avoir formulé cette opposition), empêche selon Schulman d'expliciter les débats bioéthiques, qui feraient plus appel à la notion éthique de prudence.

Équivocité de la notion de « dignité » Beaucoup d'auteurs – dont A. Schulman, ou la juriste Anne-Marie Le Pourhiet, qui parle de « notion fourre-tout »Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l'université Rennes-1, « Touche pas à mon Préambule ! », Le Figaro, 24 mai 2008 : « La dignité constitue aujourd'hui la menace la plus directe contre la philosophie des Lumières et l'idée républicaine, l'arme fatale contre nos libertés. Ériger cette notion philosophique et morale, éminemment subjective et relative, en norme juridique est une folie. On voit déjà depuis plusieurs années que c'est au nom de la dignité des individus et des groupes que des militants narcissiques et hystériques ont obtenu la multiplication des incriminations pénales de harcèlement moral et sexuel, de discriminations et propos sexistes, homophobes, handiphobes, etc., aboutissant à un arsenal répressif menaçant notamment les libertés d'expression et de la presse. C'est encore au nom de la dignité humaine qu'est revendiquée une euthanasie « très active », et ce n'est pas non plus un hasard si les décisions juridictionnelles récentes les plus intellectuellement indigentes et tirées par les cheveux ont été rendues sur le fondement de cette notion fourre-tout et galvaudée. » – soulignent l'équivocité de la notion de « dignité » et son contenu formel, qui permet de lui donner autant de définitions concrètes que l'on veut. John Rawls considérait ainsi qu'on ne pouvait fonder une théorie de la justice sur la notion abstraite de dignité, qui requiert d'être définie par des principes déterminés John Rawls, A Theory of Justice, Cambridge, 1971, 586, cité par Martha Nussbaum in Human Dignity and Political Entitlements, du rapport Human Dignity and Bioethics, du , mars 1998..

Selon Schulman, la dignité peut être invoquée à la fois comme argument permettant à un malade atteint d'Alzheimer d'arrêter de prendre ses médicaments afin de « mourir dignement » ou, au contraire, invoquer cette même dignité pour lui refuser cette liberté de choix et lui enjoindre de se soigner, la vie possédant, en tant que telle, un caractère digne. La notion de dignité en tant que caractère essentiel de la vie – « l'égale dignité de toute vie humaine », telle que formulée par exemple dans la Déclaration des droits de l'Homme de 1948 – en tant que telle s'opposerait ainsi à la notion de « dignité » conçue comme « autonomie de l'être humain individuel ». Le philosophe Simon Blackburn note la même équivocité, en rapportant ainsi qu'Anscombe, philosophe catholique, considérait que la « dignité et la valeur de l'humanité » impliquait la condamnation de l'avortement, de l'euthanasie et des méthodes de procréation médicalement assistée (fécondation in vitro, etc.), tout en légitimant par ailleurs la peine de mortSimon Blackburn, Review from Times Literary Supplement, 30 septembre 2005..