thumb|Blason de Tonnay-Charente Cet article présente les faits historiques notables de la ville de Tonnay-Charente, ville du sud-ouest de la France, située dans le département de la Charente-Maritime, en Saintonge et à la frontière de l'Aunis.

Introduction sommaire

La ville de Tonnay-Charente, située entièrement sur la rive droite de la Charente, dispose d'un riche passé historique où son véritable essor urbain date du milieu du Moyen Âge. Pendant la longue période médiévale, Tonnay-Charente a jeté les bases de son développement à venir dont son port fluvial a fait la fortune de la ville.

Si la ville a manqué son rendez-vous avec l'Histoire lors de la création de Rochefort en 1666, ville nouvelle du siècle, Tonnay-Charente a lié depuis son destin urbain avec sa grande voisine.

Cependant, Tonnay-Charente a su profiter de ses conditions naturelles et géographiques favorables pour devenir au le grand port exportateur des eaux-de-vie de cognac vers la Grande-Bretagne.

Aujourd'hui, la ville est devenue davantage une cité résidentielle et commerciale mais elle essaie de s'ouvrir au tourisme en s'efforçant de faire connaître sa riche histoire et son patrimoine urbain aux visiteurs de plus en plus nombreux.

De lointaines et incertaines origines

Si en différentes parties du vaste territoire de la commune des traces d’occupation humaine semblent être attestées dès la Protohistoire, le site de la ville-centre daterait de l’époque de l’occupation romaine.

À partir du premier siècle avant l’ère chrétienne, les Romains y auraient alors édifié sur les hauteurs de l’escarpement rocheux qui surplombe la vallée un castrum, sorte de fortin en rondins de bois. C’est à eux que reviendrait le nom de cette cité, dénommée TauniacumSe reporter au chapitre précédent portant sur la toponymie ; le nom de la ville est aussi connue sous le nom romain de Tonac, en raison de sa position perchée sur une sorte d’oppidum facile à défendre mais difficile d’accès.

Grâce à cet emplacement géographique, il leur était possible de surveiller l’embouchure de la Charente qui était située à la "pointe de Tonnay-Charente"Charles Marteau dit Chamart, Rochefort ville thermale, Carrefour du tourisme en Aunis-Saintonge, 1966, p.68 tandis que l’océan s’étendait au nord jusqu’aux villages actuels de Moragne, Muron, Ciré et Thairé et était parsemé de nombreuses îles comme l’Île d’Albe, l’île de la Mazarine, l’île de la Rabotellerie, l’île Jaulin et bien d'autres qui sont aujourd’hui sur la terre ferme étant toutes situées dans le Marais de la Petite Flandre.

Cette position sur le fleuve où la mer pénétrait bien plus profondément qu'aujourd'hui dans les terres a alors fait de Tauniacum un site fluvio-maritime très accessibleGérard Blier, Histoire des transports en Charente-Maritime, Le Croît vif, Collections documentaires, 2003, p.52. Des échanges commerciaux semblent avoir été pratiqués sur le fleuve dès la période gallo-romaine grâce à la découverte de pièces de monnaie d’origine gauloise et romaine sur le site du château et près du fleuve. Ce trafic fluvial aurait alors été établi entre Tauniacum et Mediolanum Santonum, l’antique capitale des Santons mais il devait être bien modeste.

L’ancienneté de Tauniacum serait liée à l’occupation du site par son castrum romain et peut-être déjà par son port, mais les traces archéologiques sont si minces que les historiens en sont réduits à émettre davantage des suppositions plutôt que des affirmations définitivesIl est en effet fort surprenant que, dans le livre intitulé Histoire de l’Aunis et de la Saintonge – Des origines à la fin du après J.-C., Geste éditions, 2007 et rédigé par Louis Maurin servant de référence obligée en la matière, le site de Tonnay-Charente passe complètement sous silence concernant la période gallo-romaine.

Il faut alors attendre la longue période du Moyen Âge pour y retracer l’histoire de cette ville étroitement liée à son site, qui va supporter un château-fort, et à son fleuve, où se développera le port.

Moyen Âge

Haut Moyen Âge

Une possession de la Saintonge

Le site de Tauniacum qui, depuis l'époque gallo-romaine relève de l'ancienne Santonie, est occupé pendant la période mérovingienne, puis carolingienne, où des sarcophages datant du ont été retrouvés aux abords de l’église actuelleDidier Piganeau, Le Pays Rochefortais, un estuaire et des marais, Les Éditions du Laquet, 2001, p.76.

Le château, édifié sur les restes du castrum romain, fut rasé en 765 afin "d'empêcher que les places fortes ne soient utilisées" par le duc Waïfre qui avait rallumé une sédition contre les officiers de Pépin le Bref en 761F. de Vaux de Foletier, Histoire d'Aunis et de Saintonge, Princi Néguer Editor, p.17. Le château fut reconstruit à la demande de Pépin le Bref, après sa seconde campagne contre Waïfre qui est tué en 768 et sa reconquête de l'Aquitaine.

Lorsque Charlemagne reconquiert à son tour l'Aquitaine et la soumet à sa royauté, la Saintonge est pacifiée et connaît pendant un temps une certaine prospérité. Des légendes tenaces sont alors rattachées au nom de l'illustre empereur dont ses visites en terre de Saintonge auraient marqué la province. Ainsi, dans un toponyme au nord de Tonnay-Charente, le "chemin Charles" désigne l'ancienne route qui relie la ville à Muron et qui serait attribuée à Charlemagne.

Tauniacum est alors une paroisse entièrement située en terre de Saintonge où, à l’époque de Pépin d'Aquitaine, cette province fait partie du royaume carolingien (817-838)Jean-Noël Luc (ouvrage collectif sous la direction de), La Charente-Maritime – L’Aunis et la Saintonge des origines à nos jours, éditions Bordessoules, 1981, collection Hexagone L’histoire par les documents, p.102. Elle devient la porte de la Saintonge quand se constitue le pays d'Aunis, Pagus Alnensis, dont le nom apparaît pour la première fois en 785 dans un manuscrit du Comte RogerF. de Vaux de Foletier, Histoire d'Aunis et de Saintonge, Princi Néguer Editor, p.18. Tauniacum devient un site de frontière entre cette province naissante dont l'antique capitale est alors Châtelaillon et la Saintonge à laquelle la cité appartient depuis ses origines. Tauniacum tirera un certain avantage en temps de paix de sa position de carrefour entre ces deux provinces et de centre d’échanges entre le nord et le sud par l’intermédiaire du fleuve qui va jouer le rôle de grande artère commerciale pendant tout le Moyen Âge.

Cependant, cette situation géographique peut présenter des inconvénients redoutables quand la menace vient par des envahisseurs de la mer, en l'occurrence les Vikings.

Un site défensif toujours en alerte

En raison de son emplacement géographique, Tauniacum subit les attaques des Vikings. Pendant l’été 844, ces derniers font leur apparition sur le littoral charentais et semblent faire un repérage des lieuxJean-Noël Luc (ouvrage collectif sous la direction de), La Charente-Maritime – L’Aunis et la Saintonge des origines à nos jours, éditions Bordessoules, 1981, collection Hexagone L’histoire par les documents, p.111. En effet, l'année suivante, ils remontent le cours du fleuve Charente jusqu’à Saintes, puis Angoulême, et incendient ces deux villes et tous les villages alentour. Par la suite, ne trouvant aucune résistance, les Normands s’installent dans la vallée moyenne du fleuve pendant une vingtaine d’annéesDidier Piganeau, Le Pays Rochefortais, un estuaire et des marais, Les Éditions du Laquet, 2001, p.72. Ils n'ont pas choisi le site de Tauniacum dont la falaise trop abrupte est un obstacle pour leur implantation et probablement parce que la base ne leur présentait pas d'intérêt stratégique. Cependant, les Vikings restent très présents dans la région et vont sporadiquement faire des incursions dévastatrices durant le siècle semant la terreur et pillant les campagnes saintongeaises.

De 863 à 865, les Vikings saccagent de nouveau la Saintonge et reviennent à Saintes qu'ils pillent en 865. Cette même année, un certain Sigfrid se fixe momentanément à l'embouchure de la Charente, peut-être le site de Tonnay-Charente, pour y mener ses raids dévastateurs. « C'est la plus dure période de l'oppression scandinave » que vit la région marquée autant par les dévastations que par les migrations des populations qui vont se réfugier plus à l'intérieur. Cependant, aucun élément matériel ne permet de confirmer ou d'infirmer ces dires. Il semble que l'impact des raids scandinaves ait été amplement exagéré par des clercs trop prompts à les considérer comme une punition divine, mais aussi motivés par la défiance vis-à-vis des païens.

Dès le milieu du , l’Aunis qui prend une certaine importance et est mentionnée dans des chartes de 961 et de 969 commence à dresser des forteresses sur son littoral comme à l'intérieur de ses terres, entre autres Surgères, Marans, Châtelaillon. Ces fortifications érigées contre l'envahisseur nordique sont un exemple pour les seigneurs saintongeais qui unissent également leur force pour combattre et chasser l'ennemi communJean-Noël Luc (ouvrage collectif sous la direction de), La Charente-Maritime – L’Aunis et la Saintonge des origines à nos jours, éditions Bordessoules, 1981, collection Hexagone L’histoire par les documents, p.113.

Cependant, en raison des incursions répétées des Vikings dans la terre de Saintonge tout au long du siècle et même au début du siècle, les habitants de Tauniacum ont peut-être déserté le site. Pour les faire revenir, la place de Tauniacum a besoin d’être défendue. C’est alors que la maison féodale des Sires de Taulnay qui appartenaient à la seigneurie des Didonne, lesquels prenaient indifféremment le nom de Didonne ou de Tonnay, décida de fortifier l’ancien site défensif où les Romains y avaient implanté leur castellum. Ils assurèrent dès lors la protection aux habitants apeurés et leur permirent en échange de commencer à défricher la région.

Le défrichement de cette seigneurie sera effectivement réalisé au siècle suivant lors du grand mouvement monastique qui a marqué les provinces d'Aunis et de Saintonge.

Bas Moyen Âge

C’est dans la deuxième période du Moyen Âge que Tonnay-Charente va connaître un essor remarquable, grâce à son abbaye et à son port fluvial.

Du : une cité religieuse active

À l’aube du siècle, la paroisse de Tonnay-Charente est envahie par la forêt comme partout ailleurs en SaintongeJean-Noël Luc (ouvrage collectif sous la direction de), La Charente-Maritime – L’Aunis et la Saintonge des origines à nos jours, éditions Bordessoules, 1981, collection Hexagone L’histoire par les documents, p.128. Sous l’impulsion des moines, la terre de Tonnay est alors activement mise en valeur par un défrichement systématique de l’immense forêt qui occupe une grande partie du finage et par les débuts du drainage de quelques parties des vastes marais qui s’étendent au nord et à l’ouestSe reporter au chapitre précédent portant sur la toponymie.

En 1047, durant le règne de Geoffroy Martel qui étend l’influence angevine sur la SaintongeJean-Noël Luc (ouvrage collectif sous la direction de), La Charente-Maritime – L’Aunis et la Saintonge des origines à nos jours, éditions Bordessoules, 1981, collection Hexagone L’histoire par les documents, p.115, il y eut confiscation ou partage de la seigneurie de Tonnay-Charente, appelée également Charente. Celle-ci fut détachée de la principauté de Didonne. Pendant ce temps, la paroisse va s’affirmer comme un centre religieux de premier ordre grâce à son abbaye, l’une des plus influentes de la Saintonge avec celles de Bassac et surtout de Saint-Jean-d'Angély.

En effet, au siècle, Tonnay-Charente n’échappe pas au mouvement religieux qui embrase toute la région et la cité va se couvrir d’édifices religieux importants.