Vénus noire est un film du réalisateur franco-tunisien Abdellatif Kechiche sorti sur les écrans français le . Il raconte la vie de Saartjie Baartman, jeune femme originaire de la colonie du Cap (aujourd'hui province de l'Afrique du Sud) d'ethnie khoïsan, appelée aussi Vénus hottentote. Le moulage de son corps fut exposé au Musée de l'Homme, à Paris, jusqu'en 1976.
Synopsis Paris, 1815, à l'Académie royale de médecine. « Je n'ai jamais vu de tête humaine plus semblable à celle des singes ». Face au moulage du corps de Saartjie Baartman, l'anatomiste Georges Cuvier est catégorique. Sept ans plus tôt, Saartjie quittait la colonie du Cap avec son maître, Caezar, et livrait son corps en pâture au public londonien visitant les foires aux monstres. Femme à la fois libre et entravée, elle était l'icône des bas-fonds, la « Vénus Hottentote » promise au mirage d'une ascension dorée.
Fiche technique Titre : Vénus noire Réalisation, scénario, adaptation & dialogues : Abdellatif Kechiche Montage : Camille Toubkis, Ghalia Lacroix Photographie : Lubomir Bakchev Costumes : Virginie Bluzat Production : MK2 (Marin Karmitz, Nathanaël Karmitz, Charles Gillibert) Langue : français, anglais, afrikaans Durée : 159 minutes Date de sortie : : Box office : 122.632 entréesBox office du film "Vénus Noire" - allociné. interdit en salles aux moins de 12 ans en France puis interdit aux moins de 16 ans à la télévision.
Distribution thumb|Yahima Torres, interprète du rôle de Saartjie Baartman. Yahima Torres : Saartjie Baartman (la Vénus hottentote) André Jacobs : Hendrick Caezar Olivier Gourmet : Réaux, le forain François Marthouret : Georges Cuvier Elina Löwensohn : Jeanne Michel Gionti : Jean-Baptiste Berré Jean-Christophe Bouvet : Charles Mercailler, le journaliste : Alexander Dunlop Rémi Martin : du bordel Nicolas Abraham : l'avant-dernier client de Saartjie Jean-Jacques Moreau : Henri de Blainville Cyril Favre, Dominique Ratonnat et Didier Bourguignon: les aides naturalistes Ralph Amoussou : Harry Alix Serman : Alex Patrick Albenque : Zachary Macaulay Christian Erickson : Lord Ellenborough Nigel Hollidge : Maître Gazely Paul Bandey : le procureur général Phillip Schurer : Peter van Wageninge Robert Dauney : Thomas Gisborne Babington Paul Ryan : Justice Le Blanc Natania Van Heerden : Leslie Stanzler Yvonnick Muller : le traducteur du tribunal Geoffrey Carey : le prêtre Richard Hadley : l'huissier Richard Temple : l'huissier britannique Christopher King : le journaliste tribunal Jean-Louis Dupont et Gaël Thiebaut : les scientifiques Cathy Darietto : Campanile Christian Prat : M. Campanile Monique Brun : la tenancière du bordel Jean-Marc Guisti : le médecin du bordel Violaine Gillibert : Géraldine Rivière Olivier Loustau : le hussard Jeanne Corporon, Violaine De Carné, Maria Beloso-Hall, François Genty, Rosalie Symon, Nicholas Mead, Mélodie Richard, Maïe Degove et Alain Naron : les invités bourgeois Gilles Matheron : Théobald de Méry Baptiste Zadounaïsky : l'homme du tribunal
Production Lieux de tournage Le film a été tourné Montfort-l'Amaury, dans les Yvelines.
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L'accueil du film en au festival de Venise a été qualifié de timide, voire glacial ou hostileVenezia 67: Venus noire, par Leonardo De Franceschi sur cinemafrica.org.« Vénus noire » d'Abdellatif Kechiche, le spectacle de l'humanité avariée, par Eugenio Renzi, rue89, nouvelobs.com, 11 septembre 2010.. Sur l'agrégateur américain Rotten Tomatoes, le film récolte d'opinions favorables pour 5 critiques..
En France, le site Allociné propose une note moyenne de à partir de l'interprétation de critiques provenant de de presse..
Les détracteurs du film ont relevé ses longueurs, son académisme ainsi que sa complaisance« Vénus noire », l'afrodisiaque, par Éric Loret sur liberation.fr du 10.09.2010.. Les défenseurs du film, eux, ont vanté une œuvre forte, utile et dérangeante. De nombreux critiques (comme Jacques Morice, Eugenio Renzi ou Jean-Baptiste Morain) évoquent un échec artistique « intéressant » par les questions que le film pose et auxquelles il répond parfois avec maladresse.
Le journal Libération salue la complexité du caractère de son personnage principal dont on ne sait si elle est « la victime ou la partenaire » de son tortionnaire. Cette ambiguïté donne toute sa puissance à ce récit « moralement clair-obscur, forçant le public à avancer, pas à pas, jusqu'au bout de l’abjection« Vénus noire », l’afrodisiaque, par Eric Loret sur liberation.fr du 10.09.2010. ». Le critique portugais Jorge Mourinhaun, du journal Ipsilon, écrit que le film est une « méditation extraordinaire sur la société du spectacle », sur celui « qui regarde et celui qui est vu » — l'odyssée de Saartjie ne pouvant être que déplaisante, choquante, dégradante (ce qui expliquerait l'accueil hostile du film à VeniseAbdellatif Kechiche filma um destino de mulher, par Jorge Mourinha sur ipsilon.publico.pt du 08.09.2010 .). Le Soir évoque un « réquisitoire contre le viol collectif entrepris par la société blanche contre une innocente ». Le film faisant office de « réparation historique, doublée d'une déclaration d'amour au peuple africain ». Le journal loue la « sobriété » et la « distance » dont Kechiche a su faire preuve, en plaçant « la spiritualité du côté du corps africain, et non de celle du verbe occidentalLe Supplice de la Vénus noire, par Nicolas Crousse sur lesoir.be du 09.09.2010. ». La Croix parle d'une œuvre « difficile et remarquable », « époustouflante et glaçante », dans laquelle le malaise peut naître de l'accumulation dans la description des supplices infligés à son personnage principal. Le journal y voit également une réflexion sur le spectacle :
Interprétation que propose également Nathan Reneaud de la revue Palmarès. Pour le critique, tout ce qui nous est montré à l'écran est « communion et cérémonial, participation à un rituel collectif et démultiplication des regardsVénus Noire, par Nathan Reneaud sur palmaresmagazine.com du 09.09.2010. ». Le journaliste italien Leonardo De Franceschi note pourtant que Kechiche n'a rien abandonné de son naturalisme précis et clinique, dont on a un aperçu dans les scènes de mutilations post-mortem (Jean-Baptiste Berré rappelant alors le personnage de Jean Massieu dans La Passion de Jeanne d'Arc de Dreyer). Le critique relève que le cinéaste parvient à ne pas déflorer le mystère de son personnage principal, à garder intacte son existence de « corps-image », sa présence iconique. Mais le journaliste regrette que le dispositif, qui privilégie l'observation en multipliant les scènes de voyeurisme, laisse peu de place à l'émotion et à l'empathie.
Jacques Morice, de Télérama avoue sa déception devant un film dont il attendait beaucoup. Le critique qualifie le résultat d'« échec passionnant ». La première demi-heure est jugée académique, « plutôt informe », déroulant des « scènes assommantes de répétition » et dont l'enjeu paraît « trop univoque ». Mais le film se complexifie peu à peu, en appuyant la « servitude compliquée, plus ou moins volontaire » de Saartjie — Jacques Morice tente même une interprétation autobiographique (« Kechiche se vivant en femme, en monstre, en esclave, en artiste incompris ?», ce que Leonardo De Franceschi a également noté). Mais le journaliste regrette le manque d'émotion du film, comme si le réalisateur en avait eu peurVenise callipyge, par Jacques Morice sur telerama.fr du 10.09.2010.. Hubert Heyrendt, de La Libre note que le film lui a laissé « un sentiment ambivalent » tout en reconnaissant qu'il s'agit là d'« une belle réflexion sur le regard que l'on porte sur l’autre ». Comme Jacques Morice, le journaliste explique que le film partage beaucoup avec Elephant Man de David Lynch mais que le film reste trop froid. Heyrendt s'interroge également sur sa complaisance dans la répétition des scènes montrant l'exhibition de Saartjie, si bien qu'« on se demande si Kechiche ne finit pas lui-même par tomber dans le travers qu’il dénonceLa Vénus bafouée de Kechiche, par Hubert Heyrendt sur lalibre.be du 09.09.2010. ».
Jay Weissberg, de la revue américaine Variety, évoque un projet courageux mais note que le réalisateur peine à trouver le « rythme juste » et que le film devient « douloureux à regarder », pour de bonnes et de mauvaises raisons. Certaines scènes se doivent d'être longues et déplaisantes, pour rendre le sordide des situations décrites, note le critique, mais la différence de traitement entre Français (filmés comme des brutes) et les Anglais (qui tentent de sauver la Vénus) pose problème. Le principal défaut du film reste toutefois sa tonalité. Le critique reproche à tous les personnages, excepté Saartjie, d'être des caricatures. L'hystérie de ces figures aurait dû être réservée à la relation qui les unissaient à Saartjie sans déteindre nécessairement sur l'atmosphère générale du film. Le critique salue toutefois la prestation de Yahima Torres, mais trouve la mise en scène de Kechiche moins inspirée que celles de ses précédents films, la qualifiant de « corsetéeBlack Venus, par Jay Weissberg sur variety.com du 08.09.2010. ».
Le critique italien Eugenio Renzi relève que le film — « le plus radical et le plus théorique de Kechiche » selon lui — exploite les thèmes du spectaculaire, de la représentation et de l'obscénité du regard. Pour ce faire, le réalisateur étire ses séquences « jusqu'aux limites du supportable », en alternant plans sur le sujet regardé et ses spectateurs. Ce n'est donc pas « un film sur le racisme » mais un film « où chaque regard est raciste ». Le critique écrit : Mais le journaliste relève que le film n'évolue pas dans son discours, Kechiche réitérant « du début à la fin la même impatience positiviste » qui consiste à montrer que Saartjie n'est qu'un objet d'études pour la science ou un objet de railleries pour la vieille Europe (pauvres et aristocrates étant représentés à peu près de la même manière, puisque leurs réactions sont identiques face à la Vénus). Le seul personnage à rendre un peu de dignité à la jeune fille reste l'artiste, mais le journaliste reproche à ce passage d'être « raté », la faute à « un cinéma qui ne connaît ni le montage, ni l'ellipse ». Le critique reproche au cinéaste de ne pas porter à son personnage la même humanité qu'il voudrait qu'on lui assigne : Mêmes critiques de Mathieu Macheret, du site culturel Critikat, qui voit dans le film « les limites de la méthode Kechiche ». Le critique note que le cinéaste cherche ici, comme dans ses précédents films, à nous porter par « le ressassement, par ces continuels mouvements de va-et-vient, à une extase vériste, à un jaillissement d'essence (une pseudo-vérité des comportements) » jusqu'à « l'épuisement ». Mais ici, la méthode de Kéchiche ne tient pas, selon le critique : Le cinéaste met sur le même plan le regard des spectateurs qu'il filme et celui de son public. Le personnage de la Vénus n'a pas droit à son intimité, à son intériorité, puisqu'elle est toujours filmée en position de représentation (le film n'étant « qu'une longue réitération de la même scène, au moins une dizaine de fois »). Pour M. Macheret, le film place ainsi son spectateur dans une situation inconfortable, le renvoyant à sa position de voyeur, donc de « coupable ». La mise-en-scène le prive de sa liberté et l'oblige à épouser le point de vue des voyeurs ou des racistes. Et c'est le film qui nous juge alors. Ce moralisme s'appuie sur un manichéisme appuyé : le monde étant coupé en deux, entre ceux qui regardent et celle qui s'expose. Le journaliste rejoint ici les mêmes griefs qu'Eugenio Renzi : Le critique finit par s'interroger sur la visée de ce film qui « sera immanquablement instrumentalisé, [et] qui, d'ailleurs, ne vit que pour çaVénus noire, d'Abdellatif Kechiche [Compétition], par Mathieu Macheret sur le site spécial Festival de Venise de Critikat.com. ».
Notes et références
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