Pierre JacobsenL'amélioration de cette biographie doit beaucoup au travail récent et approfondi de M. Yves Gourmen, chargé de mission auprès du Musée des troupes de marine et du Musée de l'artillerie à Fréjus, ainsi qu'au Capitaine Eric Warnant, ancien conservateur du Musée des troupes de marine, né le à Copenhague (Danemark) et mort le à Bellevue (Suisse), est un militaire et haut fonctionnaire international de nationalité française. Il est une personnalité marquante des années 1940 et 1950.

Enfance et jeunesse Pierre Jacobsen est le fils d’Oskar Jacobsen et de Julie Jacobsen. On attribue parfois à la famille le nom de Jacobsen de Rosen, bien que son appartenance à la branche de Rosen ne soit pas avérée.

Son père, ingénieur de la firme ITT, revient au Danemark en provenance de Russie, au moment de la Révolution de 1917. C'est donc à Copenhague que naît Pierre Jacobsen ; La famille part aussitôt après à Paris, où Oskar Jacobsen est désormais affecté.

De nationalité danoise, Pierre Jacobsen grandit en France, à Neuilly où il vit avec ses parents. Il reçoit une éducation française.

Il fait des études brillantes au lycée Pasteur de Neuilly, où il a comme professeur d’histoire et de géographie Daniel-Rops, qui l’enseignera de la à la terminale et sera très impressionné par l’intelligence de son élève« Pierre Jacobsen, mon ancien élève, par Daniel-Rops de l’Académie française » Le Journal de Genève, 4 juillet 1957.. En 1939, à 22 ans, il est docteur en droit de la faculté de droit de Paris, licencié ès lettres de la faculté des lettres de Paris et diplômé de l’École des langues orientales de Paris, en japonais, chinois et malais.

La guerre – la carrière militaire Pierre Jacobsen demande la nationalité française, qu'il obtient le Article 6, paragraphe 1 de la loi du 10 août 1936 ; fait à Vizille le 24 août 1936, signé du Président de la République Albert Lebrun. Il est donc appelé à faire son service militaire à l’été 1938, comme aspirant puis sous-lieutenant d’artillerie. Il est sous les drapeaux à la déclaration de guerre. Après une campagne héroïque qui lui vaut d'être fait chevalier de la Légion d'honneurLa glorieuse épopée du Bataillon de choc, 1943-1945 / par Raymond Muelle, Lingolsheim, Histopresse, 2006, p. 33 , il est fait prisonnier lors de la campagne de France en . Constatant ses origines danoises et sa maîtrise de la langue allemande, les Allemands lui proposent ... de devenir officier dans la Wehrmachtibid. ! Il refuse et est envoyé à l'Oflag X-B d'où il s'évade le .

C'est probablement son évasion qui est racontée comme suit : « Un autre s'était fait confectionner des habits civils par des camarades dans l'atelier de tailleur et procuré des Reichsmarks, aidé par un Allemand. Lorsqu'il eut la possibilité de quitter le camp avec une colonne de 30 prisonniers, il enfila un manteau militaire par-dessus ces vêtements. Il fit attention à ne pas se ranger du côté des gardes qui marchaient avec eux. D'un coup, il retira sa cape militaire, la donna à un camarade et monta tout simplement sur le trottoir dans ses habits de civil. Puis il laissa ses camarades passer devant lui en se donnant l'apparence d'un civil allemand. Il se rendit ensuite à la gare et prit le train en direction de la France. Il atteignit Vichy en une semaine. »Prisonnier derrière les barbelés, Oflag X B et Stalag X C, Camps de prisonniers à Nienburg-sur-Weser / Hans-Jürgen Sonnenberg ; traduit et adapté de l’allemand par Annick Sibué. - Nienburg, 2005. - .

Il rejoint la France en train et à pied et est démobilisé à Lyon en 1942Certaines sources moins directement informées et plus sujettes à caution indiquent que c'est à ce moment qu'il est fait chevalier de la Légion d’honneur par le régime de Vichy, pour avoir rapporté de nombreux renseignements militaires de première importance glanés lors de sa traversée de l’Allemagne et pour l’aspect exceptionnel de son évasion (Le Journal de Genève, 4 juillet 1957 : Pierre Jacobsen, mon ancien élève, par Daniel-Rops de l’Académie française). Cette même année, Il est recruté comme chargé de cours à l’École libre des Sciences politiques de Lyon et devient avocat-stagiaire au barreau de cette même ville.

Il fait la connaissance de Frank H. D. Pickersgill, espion canadien qui le cite avec admiration dans sa correspondance, publiée posthume, après que ce dernier eut été arrêté et assassiné par les nazisThe Pickersgill Letters, Toronto: Ryerson Press, 1948 , comprend des lettres écrites par Frank Pickersgill pendant la période 1934-1943. Réédition revue et augmentée, avec une nouvelle introduction par George H. Ford : The Making of a Secret Agent: Letters of 1934-1943 by Frank Pickersgill., McClelland & Stewart Limited, 1978. Paperback dans la collection « Goodread Biographies / Canadian Lives », James Lorimer, 1983 :

« […] Through VarilleJean Varille, frère du grand archéologue d'origine lyonnaise Alexandre Varille et membre de la Fondation Laurent-Vibert de Lourmarin (voir Schwaller de Lubicz: L'œuvre au rouge / Emmanuel Dufour-Kowalski. - Lausanne : L'Âge d'homme, 2006. - passim) he [Franck Pickersgill] made a number of new friends among a group of Frenchmen, only one of whom survived the war. This was general Pierre Jacobsen de Rosen, an officer of the Legion of Honour. At the time of attaining his rank, Jacobsen was thirty years of age, which made him the youngest general in the French army. »

Pierre Jacobsen s’évade de France en après l’invasion de la Zone Libre par les Allemands, le précédent, conséquence du débarquement allié en Afrique du Nord du 8 novembre 1942. Il passe clandestinement en Espagne en se faisant passer pour un Sud-Américain. Se disant ensuite Canadien, il arrive à se faire réclamer par le consulat de ce pays, ce qui lui permet de passer en Afrique du Nord avec quelques autres Français, dont son ami le grand juriste comparatiste René David, qu'il a rencontré à l'Oflag XB et qui lui aussi s'en était échappé. Son parcours rocambolesque est narré par Mario Prieto, dans son ouvrage « Mémoires d'un diplomate chilien », dans les termes suivants :

« Il [Pierre Jacobsen] me raconta […] son départ clandestin du territoire français pendant l’occupation allemande. Remise du faux passeport avec les instructions du préposé pour lui faire graver dans la mémoire qu’en réalité il s’appelait Untel ; son prénom, Tel ; né à…, le…, prénom de son père, etc. Il se débrouilla pour passer la frontière espagnole et prit le train pour Madrid. Sous Franco, les contrôles se répétaient fréquemment. Un policier ouvrit la porte du compartiment et lui demanda les détails figurant sur le document, et, entre autres, le prénom de sa mère. Jacobsen savait que celui-ci ne figurait pas sur le passeport. Paralysé par la peur, impossible de trouver un nom féminin. Finalement il répondit : « Geoffroy » !!! Le policier n’insista pas. »

« À son arrivée à Madrid, il ne savait pas où loger. Après plusieurs tentatives, il téléphona à un oncle éloigné, installé dans la capitale espagnole : il s’agissait du Ministre plénipotentiaire von MoltkeLes avatars d'un comparatiste / René David. - Paris : Economica, 1982. - 298 p. auprès de l’ambassadeur d’Allemagne, Eberhard von Stohrer ! Ce dernier lui donna l’adresse de la mission et offrit de le loger. Quand il apprit le but du voyage de son neveu, c’est-à-dire rejoindre les forces françaises libres à Londres, il sentit une sueur froide (dixit Jacobsen) mais n’eut d’autre choix que de demander à son « invité » de « déguerpir » discrètement à l’aube. »

Arrivé en Afrique du Nord par le Maroc d'où il se rend en Algérie, il est remobilisé immédiatement avec le grade de lieutenant et rejoint volontairement le bataillon de choc en formation, créé par le commandant Gambiez dont il devient rapidement le principal conseiller et l'homme de confiance. Au sein de cette unité d’élite, il va participer aux campagnes de Tunisie, de Corse et d’Italie, de France et d'Allemagne.

Il contribue à la libération de la Corse., en débarquant au lendemain de l'arrivée du premier échelon de 109 membres du bataillon de choc déposés par le sous-marin Casabianca. Il joue un rôle essentiel dans la libération de l’île d’Elbe le , à la tête d’un commando de 50 hommes qui prend d'assaut la batterie d'Enfola, 4 pièces d'artillerie « imprenables », après l'incroyable escalade d'une falaise à pic et un terrible combat au corps à corps; blessé au cou et à la jambe au cours de l’attaque, il est fait prisonnier le et s’évade le , non sans avoir reçu les félicitations admiratives du général allemand commandant les troupes de l'île d'Elbe, pour son action d'éclatLa glorieuse épopée du Bataillon de choc, 1943-1945 / par Raymond Muelle. - Lingolsheim : Histopresse, 2006. - pp 104-113 . C'est cette action exceptionnelle qui inspirera le livre et le film Les Canons de Navarone d'Alistair Maclean et une scène du film Les Démons de l'aube d'Yves Allégret.

Il est fait Officier de la Légion d’Honneur pour ces faits d’armes, avec citation à l'ordre de l'arméeÀ l’ordre de l’armée 30 juin 1944 : « Officier d’une haute valeur morale, animé du plus pur idéal et qui a toujours montré en toutes circonstances les plus belles qualités de chef tant dans la préparation que dans l’exécution des opérations les plus délicates. Lors du débarquement sur l’île d’Elbe, le 17 juin 1944, chargé de l’attaque par surprise de la batterie d’Enfola, un des piliers de la défense, a conçu une manœuvre audacieuse consistant à attaquer par débarquement sur une falaise considérée comme infranchissable. Avant que tous les éléments soient en place, se rendant compte que la batterie était mise en état d’alerte, a fait prononcer l’attaque immédiatement, obtenant le magnifique résultat de détruire trois canons de 152, deux canons de 88, et deux mitrailleuses de 20mm après avoir tué dix-sept ennemis dont deux officiers et fait de nombreux blessés, puis sous le feu de canons de petit calibre, alors qu’ils se repliait en rubber-boat, est resté dans le bateau pour aider un de se sous-officiers qui ne savait pas nager. Gravement blessé au cou par éclat, aux jambes et au bras, est parvenu à rejoindre la côte où il a été fait prisonnier. A réussi à s’évader, peu d’instants avant d’être embarqué sur une vedette qui devait l’emmener en Italie. » Signé : Général Jean de Lattre de Tassigny, Commandant la Armée française (Fonds privé Yves Gourmen). La rosette lui est remise par le Général de Lattre de TassignyJean de Lattre de Tassigny, Histoire de la Armée française, Rhin et Danube, Plon, Paris, 1949.. Après avoir été soigné à la base arrière du Bataillon de choc, à Steouali, en Algérie, il est affecté, à la demande du désormais Lieutenant-Colonel Gambiez, en au Centre d'organisation des Commandos de France, à Sidi-Ferruch, comme instructeur. En , il est affecté à l'État-Major de la Armée française, avant de rejoindre l'État-Major du Groupement de Commando de France.

Outre la Légion d’honneur, sa conduite lui vaut, entre autres décorations, la croix de guerre 1939-1945 avec 5 citations dont 4 à l'ordre de l'armée et une médaille de vermeil, la Legion of Merit (États-Unis) et la médaille du Mérite danoise.

En , sa personnalité et ses faits d’armes lui valent d'être nommé, à la suite de son ami et compagnon d'arme René David à qui il succède, chef de la Mission française auprès du SHAEF pour les questions de rapatriement des prisonniers de guerre avec rang de colonel puis, la même année, avec rang de général de brigade, à l’âge de 28 ans, faisant effectivement de lui le plus jeune général de l’armée française depuis la Révolutiontitre de gloire que l'on attribue généralement et à tort à Jacques Chaban-Delmas. Il commande la centaine d’officiers français chargés d’assurer le rapatriement des prisonniers de guerre français qui se trouvent alors dans les zones de l’Allemagne occupées par les Alliés occidentaux. Le rapatriement quasi complet a lieu en 4 mois.