Le Pays de Charleroi est une région de la province de Hainaut (Région wallonne, Belgique). Il comprend les communes suivantes : Aiseau-Presles, Charleroi, Châtelet, Courcelles, Farciennes, Fleurus, Fontaine-l'Évêque, Gerpinnes, Les Bons Villers et Pont-à-CellesMaison du tourisme du Pays de Charleroi. Il était aussi anciennement nommé Pays Noir en référence à ses mines de charbon.

Pays de Charleroi est aussi le nom d'un hymne populaire écrit par Jacques Bertrand et mis en musique par Adolphe Miche.

Géographie

Situation thumb|200px|Le Pays de Charleroi au sein du Hainaut.|gaucheLe Pays de Charleroi se présente comme une entité géographique structurée autour de la vallée de la Sambre, au cœur du sillon houiller wallon. Cette région, située dans la province de Hainaut, s’inscrit dans un synclinal étroit où affleurent les veines de charbon qui ont façonné son paysage et son développement. La topographie y est caractérisée par une alternance de plaines urbanisées, de terrils issus de l’exploitation minière et de zones boisées, notamment vers l’Entre-Sambre-et-Meuse, qui marque la transition vers un relief plus vallonné.

Le bassin carolorégien occupe une position stratégique entre plusieurs pôles urbains : il est limité au nord par l’aire d’influence bruxelloise, à l’est par celle de Namur et à l’ouest par La Louvière. Cette situation en fait un carrefour économique et de communication, renforcé dès le par l’ouverture du canal reliant Charleroi à Bruxelles, infrastructure majeure permettant l’exportation du charbon et des produits métallurgiques.

La géographie humaine du Pays de Charleroi se caractérise par une forte densité urbaine dans la vallée, où se concentre l’essentiel de la population et des activités industrielles. Les communes périphériques, plus rurales, s’étendent vers le sud et témoignent d’une transition progressive vers des paysages agricoles et forestiers. L’ensemble forme une aire urbaine dépassant les 400 000 habitants, structurée autour de Charleroi, principale agglomération de Wallonie.

Le territoire est également marqué par la présence de nombreux terrils, devenus aujourd’hui des éléments identitaires du paysage. Ces reliefs artificiels, colonisés par la végétation, constituent des points d’observation privilégiés sur la vallée et participent à la biodiversité locale. Leur répartition témoigne de l’intensité passée de l’activité minière et de son emprise sur l’espace.

Hydrographie Le réseau hydrographique, dominé par la Sambre, joue un rôle structurant. Le rivière traverse la région d’est en ouest et a conditionné l’implantation des infrastructures industrielles, des voies de communication et des quartiers ouvriers. Les canaux qui s’y greffent prolongent cette organisation linéaire du territoire, renforçant l’importance de la vallée comme axe majeur de circulation et de développement. Ses affluent sont l'Eau d'Heure et le Piéton.

Le territoire est également marqué par la présence du canal Charleroi‑Bruxelles, infrastructure hydraulique majeure reliant la Sambre au bassin de la Senne. Conçu en plusieurs phases entre le , il franchit la ligne de partage des eaux entre l’Escaut et la Meuse grâce à des ouvrages d’art remarquables, dont la Grande Tranchée de Godarville. Ce canal joue un rôle essentiel dans le transport fluvial, la gestion de l’eau, la prévention des inondations et l’alimentation hydraulique de la région.

Histoire Le territoire aujourd’hui désigné comme Pays de Charleroi correspond à une construction relativement récente, ce qui complique toute tentative de reconstituer son passé sans projeter sur les siècles antérieurs une réalité contemporaine. Dans son acception géographique la plus courante, il s’étend à l’intérieur du bassin houiller compris entre Fontaine‑l’Évêque, Aiseau, Courcelles et Fleurus, cadre auquel se limite l’étude historique. Les découvertes préhistoriques attestent une présence humaine plurimillénaire, bien que l’état actuel des fouilles ne permette pas de retracer avec précision l’évolution des premières communautés installées sur ce territoire. L’histoire documentée commence véritablement avec l’intégration de la région dans l’espace gallo‑romain. À l’arrivée des Romains, le secteur se situait à la frontière entre les Nerviens et les peuples voisins, séparés par la vaste forêt charbonnière. Cette limite naturelle fut reprise par l’administration impériale pour distinguer la Belgique seconde de la Germanie seconde. Les vestiges de villas, de nécropoles et d’établissements ruraux témoignent d’une romanisation avancée, marquée par une agriculture développée et des activités artisanales, notamment dans la métallurgie et la céramique, comparables à celles des régions voisines. La grande voie reliant Bavay à Cologne évitait toutefois la zone carolorégienne.

La transition entre l’Antiquité tardive et l’époque franque ne bouleversa pas profondément l’organisation locale. Les exploitations germaniques s’implantèrent à proximité des anciennes villas, et les activités agricoles et artisanales se poursuivirent. Une transformation majeure intervint après l’éclatement de l’empire carolingien. En 843, le traité de Verdun rattacha la région au royaume de Lothaire, entité fragile qui devint rapidement l’enjeu de rivalités entre les souverains de Francie occidentale et orientale. L’affaiblissement du pouvoir central permit aux princes lotharingiens de constituer des principautés quasi autonomes. À partir du , la Basse‑Lotharingie se trouva morcelée en plusieurs entités féodales. Le territoire correspondant à l’actuel Pays de Charleroi fut partagé entre le comté de Namur, la principauté de Liège, le comté de Hainaut et, dans sa partie nord‑ouest, le duché de Brabant. Ce découpage, loin d’être simple, était complexifié par une multitude d’enclaves, de chevauchements de juridictions et de droits seigneuriaux concurrents. Le système féodal accentua encore cette fragmentation, créant un réseau dense et souvent incohérent de possessions laïques et ecclésiastiques.

Malgré cette mosaïque politique, l’aspect général du pays restait celui d’une région essentiellement rurale. L’économie reposait presque exclusivement sur l’agriculture. Autour des châteaux, des abbayes et des domaines seigneuriaux, une population paysanne exploitait la terre en échange de redevances en nature, en argent ou en corvées. De vastes massifs forestiers couvraient encore une grande partie du territoire, avant de reculer progressivement sous l’effet des défrichements monastiques, particulièrement actifs au . Si le Moyen Âge fut marqué par les rivalités entre principautés, il vit également les premiers développements d’activités pré‑industrielles, annonçant les évolutions économiques ultérieures de la région. Le territoire correspondant à la future région carolorégienne ne connut pas, au Moyen Âge, l’essor urbain des grands centres industriels tels que Liège, Bruxelles ou Gand. Aucun pôle majeur n’y prit forme, si ce n’est quelques bourgs d’importance secondaire qui obtinrent tardivement des privilèges urbains. Parmi eux figurent Gosselies, passée du duché de Brabant au comté de Namur, Châtelet ou encore Fontaine‑l’Évêque, dont la situation frontalière entre principauté de Liège et comté de Hainaut favorisa l’affirmation d’un statut de ville libre. L’essentiel de l’activité économique demeurait toutefois rural, et c’est dans les campagnes que se manifestèrent les premiers signes d’industrialisation.

L’Entre‑Sambre‑et‑Meuse poursuivait l’exploitation de ses gisements de fer, transformés grâce au bois des forêts locales dans des fourneaux progressivement perfectionnés. La sidérurgie restait cependant limitée par la nécessité de proximité entre minerai et bois, dans un contexte où les communications demeuraient difficiles. La métallurgie, en revanche, se diffusa plus largement grâce à l’usage du charbon de terre, exploité dans le pays de Charleroi dès le , voire le . Les forgerons, souvent paysans durant la belle saison, utilisaient la houille issue de petites veines découvertes localement et travaillaient le métal fourni par les fourneaux de la Sambre et de la Meuse. Parmi ces activités, la clouterie familiale, très répandue, devint l’un des traits caractéristiques du folklore régional. Avant cette période, une autre activité industrielle propre à la région avait émergé : la verrerie. Bien que le verre fût connu et produit dans les principautés belges depuis l’époque romaine, c’est à la période bourguignonne que l’existence d’un atelier à Fontaine‑l’Évêque est attestée. À Leernes, dépendance de cette localité, s’établit Jean Colinet, membre d’une famille de verriers réputée, longtemps considérée à tort comme d’origine vénitienne, mais vraisemblablement issue de Thiérache et du Hainaut. Aux , d’autres verreries s’implantèrent à Jumet et à Gilly, dont la production acquit une renommée internationale.

Au milieu du , la région restait essentiellement agricole, mais plusieurs activités industrielles métallurgie et verrerie notamment s’étaient développées grâce à l’exploitation de la houille. Leur dispersion géographique, l’absence de centre urbain structurant et la persistance de particularismes provinciaux limitaient toutefois leur essor. Malgré l’unification politique sous les ducs de Bourgogne puis sous la monarchie espagnole, les frontières internes demeuraient nombreuses et contraignantes. La principauté de Liège, attachée à sa neutralité, conservait son indépendance, et les droits de passage, tonlieux et taxes provinciales entravaient la circulation des marchandises. Dans la seconde moitié du , une décision stratégique prise par le pouvoir espagnol transforma durablement le paysage urbain du centre de la région sambroise. Sur ordre de Charles II, souverain des Pays-Bas méridionaux, il fut décidé d’établir une nouvelle place forte destinée à renforcer le dispositif militaire espagnol. Dès 1660, des ingénieurs au service de la monarchie parcoururent la vallée de la Sambre, de Maubeuge à Pont‑de‑Loup, afin d’identifier un emplacement pouvant accueillir une fortification conforme aux principes défensifs de l’époque, fortement influencés par les conceptions modernes de l’architecture militaire, notamment celles qui seront plus tard associées à Vauban.gauche|vignette|Plan-relief conservé à l'Hôtel de ville de Charleroi. C'est une copie de l'original d'après les levées de 1696 qui se trouve au Palais des beaux-arts de Lille. Photo de la Ville-haute prise depuis l'ouest.Les sites du hameau de Monceau et de La Docherie, situés à Marchienne, auraient constitué des positions idéales en raison de leur domination naturelle sur le carrefour formé par les vallées de la Sambre, de l’Eau‑d’Heure, du Piéton et de l’Ernelle. Leur situation aurait favorisé l’organisation d’un réseau de communications cohérent avec les axes naturels du relief. Toutefois, ces terrains relevaient de la principauté de Liège, indépendante des Pays‑Bas espagnols, ce qui conduisit les ingénieurs à écarter ces options pour des raisons politiques autant que militaires. Le gouverneur Francisco de Castel Rodrigo choisit alors le village de Charnoy, situé dans une boucle de la Sambre et naturellement protégé par un éperon barré, pour y établir une forteresse moderne. La première pierre est posée le , événement consigné dans un registre paroissial conservé aux Archives de l’État à Mons, où apparaît un chronogramme affirmant la fondation de la ville en 1666. Conçue pour protéger Bruxelles et le Brabant, la forteresse adopte un plan hexagonal embastionné, entouré de fossés, d’escarpes et de zones inondables. Elle constitue alors une ville militaire neuve, baptisée Charleroi en l’honneur du jeune roi d’Espagne Charles II. À peine achevée, elle est abandonnée par les Espagnols en 1667 face à l’avancée française durant la guerre de Dévolution. Turenne s’en empare sans combat le , profitant du retrait des troupes espagnoles quelques jours plus tôt.