L'Institut français de Florence est un établissement situé Palazzo Lenzi dans le centre historique de Florence (Italie) dont la mission est d'entretenir des relations culturelles et linguistiques entre la France et l'Italie. Fondé en 1907, il est le plus ancien des instituts français dans le monde. Intégré au réseau culturel de la diplomatie française en Italie et dépendant du ministère des Affaires étrangères français, il a pour nom officiel Institut français Firenze depuis 2012Il fut renommé « Institut français Firenze » en 2012 dans le cadre d’une réforme mondiale du réseau culturel et de coopération du ministère des Affaires étrangères initiée par la loi du 27 juillet 2010, en remplacement des activités culturelles françaises qui étaient jusque-là réunies au sein de l'association Culturesfrance..

Histoire Si le projet est né au tout début du , c’est le qu’est fondé l’Institut Français de Florence, par délibération du Conseil de l’Université de GrenobleParce que l'Université de Grenoble accompagna la création et les premières années de l'institut, bon nombre de florentins le surnommèrent et le surnomment encore « il Grenoble ». D'autres surnoms accompagneront l'institut au fil du temps. On l’appellera ainsi à ses débuts « la scuola del fonografo » , car à l'époque les cours de langue étaient les seuls de la ville à utiliser cette technologie naissante, tandis que le journal Le Temps le baptisa « consulat intellectuel de France en Italie » pour en souligner la spécificité culturelle et non politique. Plus près de nous, l'écrivain Piero Bigongiari évoquera en 1963 un « primo soggiorno a Parigi sulle rive dell'Arno » , idée reprise dans les années 2000 par une brochure publicitaire de l'institut : « una stazione della metropolitana parigina nel centro di Firenze » .. Il ouvre ses portes au public le – date anniversaire du Gouvernement provisoire de Toscane. Il se trouve alors au étage du Palazzo Fenzi, au 10 rue San Gallo, siège actuel du Département SAGAS. de l’Université de Florence. En 1912, l’Institut est définitivement transféré dans le Palazzo Lenzi, au 2 Piazza Ognissanti (à ce moment-là Piazza Daniele Manin)Inventaire d'archives IFF, Archives de l'Institut français de Florence, Florence, dactylographié sans date.. L’initiateur de ce projet est Julien Luchaire. Né à Bordeaux le , il devient professeur de langue et culture italienne à l’Université de Grenoble en 1906. Il dirige l’Institut depuis sa fondation jusqu’à la Première Guerre mondiale, quand il est contraint de renoncer à cette fonction lors de la crise de l’après-guerre..

De la fondation à la Première Guerre mondiale (1907-1914) thumb|left|Julien Luchaire à Florence en 1906. L’institut culturel français, le premier dans le monde est donc fondé à Florence par Julien Luchaire. Professeur à Grenoble, il réussit à construire puis à valoriser d’étroites collaborations aussi bien avec l’Université de Florence, qu’avec le Cabinet Scientifique Littéraire G.P. Viesseux, les associations culturelles, les réseaux d’intellectuels et de politiques actifs dans la ville toscane, qui participent du reste pour une large part à son financement au cours des deux premières annéesEntre 1908 et 1910, l’Université de Grenoble ne contribue qu’à hauteur de par an aux ressources financières de l’institut. L’essentiel des subventions provient des associations et d’organismes culturels présents à Florence (Académie des sciences morales et politiques : francs ; Société des amis de l’Institut français : francs ; Bibliothèque d’art et d’archéologie : francs ; Groupe lyonnais : francs ; Patronat des étudiants étrangers : 500 Francs), du Gouvernement Italien (Ministère de l’instruction publique : francs) ou de fonds privés (Baron Edmond de Rothschild : francs, Hugo Finaly et son épouse : francs, Marquise Arconati Visconti : francs). À ces subventions s’ajoutent les frais d’inscription des étudiants aux cours de langue (compris entre 400 et francs en 1908-1910).. Il faut attendre les années 1910 pour que le gouvernement français (Ministères de l’Instruction Publique et des Affaires Étrangères) finance de façon plus importante l’Institut, géré ensuite directement par la direction de l’Université de Grenoble jusqu’aux années qui ont suivi la Grande Guerre. Il passe ensuite sous l’égide du Ministère des Affaires étrangères, par l’intermédiaire de l’Ambassade de France.

Le premier institut culturel français au monde ouvre donc ses portes à Florence, et le choix de cette ville est tout sauf un hasard. C’est d’abord la ville de Dante, Boccace et Pétrarque, donc la capitale de la langue italienne et du royaume d’Italie (1865-1870). Mais c’est surtout la « ville la plus artigiana d’Italie »., l’épicentre des « athéniens d’Italie ».. Elle est l’étape indispensable du Grand Tour des jeunes nobles européens et des intellectuels de la société de l’Ancien Régime ; elle est ainsi le siège du Cabinet Littéraire Scientifique Vieusseux depuis 1819 (véritable modèle et référence pour Luchaire), et du Kunsthistorisches Institut depuis 1897 (l’institut allemand rival de l’institut français). La ville est aussi un centre en pleine effervescence de formation et de diffusion des nouveaux mouvements intellectuels du début du et des revues d’avant-garde. Située entre Rome et Milan, Florence est le lieu stratégique pour développer une « diplomatie culturelle » qui puisse rivaliser avec la présence allemande et mettre à mal les rapports entre l’Italie et l’Allemagne, au moment où se développent les tensions internationales, où les rapports diplomatiques entre la France et l’Italie sont en crise, à la suite des tentatives d’exclure le royaume d’Italie de l’alliance avec les Empires centraux (le Pacte de la Triple Alliance entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie a été signé en 1882 à Vienne et se voit consolidé plusieurs fois jusqu’à 1912)..

thumb|Le Palazzo Lenzi en 1912, place Ognissanti (alors place Daniele Manin). Il s’agit donc d’une tentative pionnière de politique diplomatique à travers la culture, la langue, l’échange et la confrontation intellectuelle, avec aux manettes un homme comme Luchaire – ce n’est pas un hasard si pendant l’entre-deux-guerres il joue un rôle important dans la Commission internationale de coopération intellectuelle dans la Société des Nations puis dans des organismes annonçant la future UNESCO, comme l’Institut International de Coopération Intellectuelle.. Ainsi, des représentants de la culture et de la politique à Florence (par exemple Paul Sabatier, Pio Rajna, Guido Mazzoni, Pasquale Villari, Robert Davidsohn) participent à l’inauguration, et des proches du directeur sont très actifs à l’institut pendant les premières années : Giovanni Papini, Giuseppe Prezzolini et surtout Gaetano Salvemini, qui a épousé en 1916 celle qui sera la première ex-femme de Julien Luchaire, Fernande Dauriac. (1877-1954), la mère de Jean Luchaire et de Marguerite Luchaire....

thumb|Page de garde du programme de l'année scolaire 1913-1914. L’institut naît d’abord comme une annexe de l’Université de Grenoble : il dispense un enseignement de la langue italienne pour les étudiants français, et de la langue française pour les étudiants italiens. Il prépare aux concours universitaires consacrés à l’enseignement (Agrégation d’italien). Par la suite, d’autres sections d’Histoire de l’art et de musique sont ouvertes (le Département de musique est dirigé par Romain Rolland de 1909 à 1914). Ce qui remporte le plus de succès public est l’enseignement du français pour les Italiens qui veulent obtenir un diplôme reconnu par l’État italien. Parallèlement, le projet qui s’est développé le plus par la suite est la constitution progressive d’une bibliothèque, unique en son genre à Florence, et d’une remarquable qualité au niveau international, au point d’être appelée en 1958 « la bibliothèque la plus importante pour des études françaises en Italie ».. C’est ainsi que se dessine « une vraie stratégie culturelle » au sein de la politique culturelle et de la diplomatie française.

En l’espace de quelques années, l’institut multiplie les initiatives qui ne s’adressent pas uniquement aux milieux universitaires, mais à tous les habitants de Florence. Conférences, ouverture d’un bureau d’informations et d’échanges (dirigé par Benjamin Crémieux entre 1911 et 1913), création d’une section pour les études économiques et juridiques, débats avec des auteurs italiens et français, publications et même périodiques. : ce ne sont là que quelques exemples qui contribuent à faire de l’institut un lieu de référence pour la culture et la politique de la France en Italie, le tout grâce à des subventions conséquentes désormais allouées par le Ministère des Affaires Étrangères. Le succès est tel que l’institut devient une sorte de modèle pour des organismes culturels comme le British Institute of Florence (1917)...

Les années de la Grande Guerre (1914-1918)

thumb|left|Art en haut et guerre en bas, six exemples de plaques photographiques du fonds de l'Institut (1907-1919). Lors du premier conflit mondial, tandis que le royaume d’Italie choisit la neutralité, l’institut devient un centre très actif de propagande pour l’intervention italienne dans la guerre, aux côtés de l’Entente contre les Empires centraux. Luchaire organise et anime des cycles de conférences dans de nombreuses villes italiennes. Il utilise à cette occasion des techniques modernes de communication – déjà expérimentées en pédagogie – comme les plaques photographiques sur verre conservées dans les Archives de l’institut : des centaines d’images visant à montrer l’horreur de la guerre allemande et la proximité historique et culturelle des « sœurs latines » ..., l’Italie et la France, qui auraient dû combattre main dans la main contre la « barbarie » de la kultur allemande. Le propos est également soutenu par des arguments de type racial... À cette époque, Luchaire valorise ses contacts avec les milieux de la culture italienne favorables à l’interventionnisme ; des hommes comme Benito Mussolini participent à ses réunions (ce même Mussolini à qui, d’après ses mémoires, Luchaire fournit des financements) .. En 1915 il crée une « maison du soldat », Ricreatorio franco-italiano per i soldati, en réquisitionnant le rez-de-chaussée du palais Lenzi. Il fonde également une antenne de l’institut à Milan, une des capitales de l’interventionnisme italien, pour coordonner ces actions de propagande.

thumb|Affiche de la Maison du soldat - Ricreatorio franco-italiano per i soldati - 1915. En 1916, les enfants de ces interventionnistes fondent la Ligue latine de la jeunesse, animée par Jean Luchaire et Leo Ferrero, fils de Guglielmo, impliquant de jeunes élèves des lycées florentins comme Alessandro Pavolini, Nello Rosselli, Pier Filippo Gomez ou Franco Passigli, ainsi qu’un grand nombre de lycéennes..

L'Institut et Julien Luchaire sont également à l'origine de la création en 1919 de l'Institut français de Naples par Paul-Marie Masson, qui débuta en 1918 avec de simples des cours de langue et de littérature françaises donnés pendant les vacances par deux professeurs non mobilisés de l'Institut français de Florence..

La crise de l’après-guerre et le fascisme (1919-1939)