Émile Jamet ( - Craon, † - RennesArchives municipales de Rennes, acte dressé le 29/06/1871, vue 323/328) est un agriculteur. agronome, écrivain et homme politique français du , Député de la Mayenne (1848-1849). Il est surtout connu pour son engagement en faveur du progrès agricoleBarral, Jean-Augustin, Dictionnaire d'agriculture : encyclopédie agricole complète. tome troisième, G-O; continué sous la direction de Henry Sagnier,... Hachette et Cie (Paris), 1886-1892, ., son action comme représentant du peuple en 1848-1849, et ses ouvrages pédagogiques destinés aux cultivateurs, qui ont marqué l’agriculture française de son époque.

Biographie Origines et formation Émile Jamet naît le 21 avril 1799 à Craon, dans le département de la Mayenne. Il est le fils de Mathurin-Julien-François Jamet, médecin à CraonNé à Craon, reçu docteur en médecine à Angers le , il exerçait encore en l'an XII. Il fut désarmé, en 1795, comme terroriste. Il est le neveu de Claude-René Jamet qui comme son frère avait été désarmé comme terroriste. (Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, 1903, ). Il s’installe à Château-Gontier en 1830, où il se consacre à l’agriculture et à l’étude des techniques culturales. Il est avec le légitimiste Comte du Buat un véritable initiateur agricole.

Républicain convaincu, il milite pour la modernisation de l’agriculture et l’éducation des paysans, dans un contexte où la Mayenne, comme beaucoup de régions rurales, reste attachée à des pratiques traditionnelles et peu productives. Carrière agricole et pédagogique

Il commence sa carrière agricole en 1823L'Écho de la Mayenne, 23 juillet 1871.. Dès les années 1830, Jamet publie de nombreux articles sur l’agriculture dans la presse locale, où il défend l’adoption de méthodes modernes et l’amélioration des races bovines, basé sur son esprit d'observation et son grand sens pratique. Son engagement le pousse à rédiger des ouvrages accessibles aux paysansRaincelin de Sergy, Véritable physiologie de l'Assemblée nationale constituante de 1848, ou les hommes et leurs œuvres contenant le nombre des suffrages obtenus par les représentants, leurs antécédents et leurs professions de foi. 1848, ., afin de vulgariser les connaissances agronomiques et de lutter contre la routine et l’ignorance dans les campagnes. Ses méthodes pédagogiques et ses innovations techniques ont durablement influencé l’agriculture de son temps. C'est le comice agricole de Château-Gontier, dont il était le président à l'époque, qui a introduit dans la Mayenne le premier taureau Durham, considéré comme l'ancêtre de la race Rouge des prés. Il était encore d'avis de l'emploi continu des reproducteurs de pur sang. Il considérait avec le même intérêt que le comte du Buat, son amiPréface du Cours d'Agriculture (1864) Voir en ligne, les succès de ses élevages de la Subrardière à Méral où il passait quelque temps chaque année, après s'être retiré de la pratique agricoleCours d'agriculture théorique et pratique (1864). Émile Jamet est membre du Conseil d'Administration de la Société de l'Industrie de la Mayenne à sa création en 1851. Le Cours d’agriculture théorique et pratique En 1846, il publie son œuvre majeure, le Cours d’agriculture théorique et pratique à l’usage des plus simples cultivateurs, suivi d’une Notice sur les chaulages de la Mayenne. Ce manuel, conçu sous forme de dialogues entre un instituteur et un élève, vise à rendre accessibles les principes de l’agriculture rationnelle aux paysans illettrés ou peu instruitsLe Temps, (Paris), 14 septembre 1864..

L’ouvrage, édité à Château-Gontier, est approuvé par le Ministère de l’Instruction publique en 1848, d'après une délibération du conseil de l'Université, en date du L'arrêté ministériel portait : Le Cours d'Agriculture, etc., par M. Émile Jamet, est autorisé pour être placé dans les bibliothèques des écoles normales primaires, et pour être donné en prix., et distribué dans toutes les écoles normales primaires. Il connaît un grand succès dans les départements voisinsLa Société d'agriculture de la Sarthe a fait acheter, en 1847, pour les distribuer gratuitement aux cultivateurs primés par les comices. et est réédité à plusieurs reprises. La première édition, publiée en 1846, s’est écoulée à près de , preuve de son utilité et de son adoption par le public visé. Il s'appuie sur une démarche innovante soucieux de rendre accessible la science agricole à tous, tout en s’adaptant aux évolutions techniques et sociales de son temps.

Dans sa réédition en 1864, Émile Jamet explique que son objectif est de vulgariser les bonnes pratiques agricoles auprès d’un public rural, en adaptant le contenu et la forme à l’intelligence et aux besoins des lecteurs, qu’ils soient lettrés ou non. Ils utilisent une méthode pédagogique avec les trois principes suivants: Format dialogué : L’ouvrage est structuré en leçons, comme si un instituteur s’adressait directement à ses élèves, afin de faciliter la compréhension et la mémorisation. Intégration des principes : Les questions d’économie rurale ne sont pas traitées séparément, mais appliquées à chaque branche de l’agriculture pour une approche plus concrète. Adaptation linguistique : L’auteur évite les termes techniques et les participes pour rendre le texte accessible aux cultivateurs les moins lettrés, malgré la difficulté que cela représente pour la clarté et la précision du style.

Il utilise le calcul duodécimal, encore familier à l’époque, mais envisage l’adoption du système métrique et du calcul décimal dans les éditions ultérieures, en raison de la généralisation de l’enseignement primaire. Il répond aux reproches selon lesquels ses écrits seraient trop complexes pour les cultivateurs, en soulignant qu’il s’adresse aussi à la partie instruite de la population, notamment les fermiers et les directeurs de culture. Il modère l’usage des mots scientifiques, tout en reconnaissant leur utilité pour la précision. Enseignement de l'Agriculture Émile Jamet a donné aussi un grand nombre d'articles sur les questions agricoles et publié un petit volume sur Les fraises et leur culture. Pour encourager l’appropriation de ces connaissances, Émile Jamet fonde cinq prix annuels, d’un montant total de , récompensant les instituteurs et les cultivateurs qui répondent le mieux à des questions agricoles. Ces prix, attribués à partir d'octobre 1848, contribuent à la diffusion rapide de ses idées et à l’amélioration des pratiques culturales dans la région. Le concours fur continué les années suivantes par le Conseil général de la Mayenne, sur la proposition du préfet. En 1854, les élèves des écoles primaires furent admis au concours à la place des instituteurs, dont l'instruction agricole était effectuée à l'École normale primaireLes instituteurs recevaient les leçons de M. Chrétien, directeur de la ferme-école de la Mayenne. En 1857, la Société agricole d'Ille-et-Vilaine, établissait, sur la proposition d'Émile Jamet, un concours similaire pour les élèves des écoles primaires du département de l'Ille-et-Vilaine. En 1868, Émile Jamet rédigea des notions élémentaires d'agriculture pour répondre au questionnaire qu'il avait dressé lui-même. Membre et rapporteur de la commission des examens agricoles, il constatera jusqu'à sa mort les progrès effectués en Mayenne et en Ille-et-Vilaine avec l'influence, par exemple de Jean-Jules Bodin, et de la Ferme-école du Camp, et de l'École pratique d'agriculture des Trois-Croix.

Autres publications et innovations Émile Jamet publie également des études sur le drainage, l’irrigation, l’usage raisonné de la chauxLe guide des campagnes divisé en trois parties. Première partie, usages ruraux et urbains de l'arrondissement de Segré. Deuxième partie, lois diverses. Troisième partie. Notes élémentaires sur l'agriculture, (Segré), 1879, ., et le croisement des races bovines. Il est l’auteur de Spécialisation et perfectionnement, éducation, engraissement, travail des bœufs et des chevaux (1862), où il défend la spécialisation des races et l’amélioration génétique du bétail. Il préside le Comice agricole de Craon et la Société agricole de l’Ouest pour la propagation des animaux domestiques perfectionnésAnnales de l'agriculture française, dans l'Imprimerie vétérinaire de la citoyenne M. R. Huzard, rue de l'Eperon Saint-André-des-Arts, (A Paris), juillet 1856, . (qu'il fonde en 1855), membre du jury départemental d'examens agricole, jouant un rôle clé dans la transformation de l’élevage en Mayenne. On le nomma en 1849 membre du jury pour le concours à la chaire d'Économie et de législation rurale à l'Institut national agronomique de Versailles, et de 1849 à 1851, membre actif du jury pour le Concours des animaux gras de Poissy. En 1851, il fait partie du jury pour le concours des animaux reproducteurs à Versailles.

Engagement politique Monarchie de Juillet Propriétaire et agriculteur à Château-Gontier, il est républicain sous la Monarchie de Juillet. Les rapports administratifs du département de la MayenneArchives départementales de la Mayenne, M. 937. indique que le Sous-préfet de Château-Gontier, représentant du Gouvernement de la Monarchie de Juillet, signale JAMET Emile, de Château-Gontier, , propriétaire, comme le plus actif et le plus dangereuxMarius Lepage, Histoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951). Le Mans, Imprimerie Monnoyer, 1951. (avec la collaboration d'André Bouton).

Il est conseiller municipal à Château-Gontier, lieutenant de la Garde nationale et vice-président de l'association de la liberté de la presse à Craon. Il est le signataire avec Urbain Chartier, Pierre François Goussin-Lacroix, le de la souscription de soutien au journal La Tribune, journal qui est alors l'organe quasi-officiel de la Société des droits de l'hommeLa Tribune des départemens, 14 décembre 1833.

Révolution de 1848 et Assemblée constituante Alexandre Ledru-Rollin dépêche en Mayenne, sans doute avec l'influence de Louis Marie de Lahaye de CormeninQui veut devenir député de la Mayenne. des commissaires du peuple (préfet) avec des opinions politiques moins avancées que dans d'autres départements, et plus modérés. Ce sont donc pour Michel Denis des républicains forts sages qui sont nommés dans les postes de sous-commissaires (puis sous-préfet)Michel Denis, Les royalistes de la Mayenne et le monde moderne, 1977, .. Ainsi, après la Révolution française de 1848, Émile Jamet est nommé Sous-Commissaire de la République du gouvernement provisoire à Château-Gontier en février 1848.

À Château-Gontier, le maire Orléaniste Pierre René Martinet assure le maintien en ordre de la cité, et le rend visite à Émile Jamet, devenu sous-commissaire du Gouvernement de la République, suite à la révocation du sous-préfet Emmanuel Defermon, afin de réunir le Conseil municipal pour signer l'adhésion au Gouvernement de la République. Le , Pierre René Martinet est révoqué, ainsi que le Conseil municipal, et remplacé par des administrateurs provisoires, qui choisissent Alexandre Fournier comme président de la Commission municipale.

Le , Émile Jamet proclame la République sur la Place d'Armes avec la Commission municipale, et devant la Garde Nationale. Il le fait devant une assemblée si peu nombreuse que l'on dira ultérieurement qu'il a proclamé la République seul.

Opposé au cumul des fonctions, il donna sa démission, quand il est élu aux Élections législatives de 1848 (Liste républicaine), représentant de la Mayenne à l’Assemblée constituante de 1848 le , avec sur .

Il est remplacé à la sous-préfecture de Château-Gontier par Édouard Trouëssart. Concernant son action, comme celle d'Édouard Trouessart, Paul Boudet indique qu'ils n'ont prononcé aucune destitution dans l'ordre administratif, judiciaire ou financier ; c'est assez dire qu'ils ont été modérés et n'ont donné lieu à aucune récriminationArchives nationales, F 1 b I 174/13, dossier Trouessart, note de Boudet, février 1849..