Les Émaux de Briare sont une manufacture française de mosaïque basée à Briare dans le département du Loiret en région Centre-Val de Loire. Elle est issue du rachat de la Faïencerie de Briare, créée en 1837, par Bapterosses et Cie, une société spécialisée dans la fabrique de boutons dits de porcelaine fondée à Paris en 1845.
La société développe une stratégie internationale dès 1851 en Europe puis ultérieurement, avec l'apparition des perles synthétiques, en 1864Le 18 avril 1974. vers l'Afrique, l'Australie et les Amériques. Elle se spécialisera progressivement à partir du dans les mosaïque.
La marque a été reprise par la société JKSA Les Jolies Céramiques au Kaolin siège social à Paris (10e)
Géographie
La manufacture des Émaux de Briare est située à Briare, dans le département du Loiret et la région Centre-Val de Loire.. Elle se trouve à proximité immédiate de la principale carrière de sable qui l'alimente depuis l'origine, sur le bord de la Loire qui longtemps servit à l'acheminement tant des matières premières que des marchandises. Elle est à 10 km de Gien sur le canal de Briare et 80 km en amont d'Orléans.
La direction commerciale est implantée dans le de Paris depuis 1878, dans un immeuble situé au 50 rue de Hauteville servant aussi pour la faïencerie de Gien et par la suite pour la compagnie industrielle du jouet (CIJ), devenues successivement filiales de la société.
Le groupe possède deux boutiques à Paris, l'une dans le , l'autre dans le , ainsi qu'une filiale à Copiague dans l'état de New York aux États-Unis.
Le musée de la mosaïque et des émaux de la manufacture est installé à Briare sur le site de l'usine..
Histoire
Un double départ
L'histoire de la manufacture de Briare peut être présentée comme le résultat de la fusion de deux histoires anciennes de créateurs dans le domaine de la céramique.
La manufacture de faïence lithocérame à Briare vignette|Plat de barbier : faïence lithocérame de Briare vers 1840. Une manufacture de faïence fine dite lithocérameTerme imaginé par Alexandre Brongniart alors directeur de la manufacture nationale de Sèvres pour caractériser l'invention ci-dessous décrite. est créée à Briare en 1837 par « Brisset, Azambre & Cie » sur des terrains rachetés aux propriétaires du canal de Briare. Elle est basée sur les travaux réalisés par un élève d'Antoine-François Fourcroy et de Louis-Nicolas Vauquelin qui recherchait un matériau intermédiaire entre la porcelaine et la poterie, tant en termes de prix de revient que de finesse d'aspect. Le siège de la société est toutefois situé à Paris, 46 rue JacobGazette des tribunaux, du , .
L'usine, moderne, est dotée de fours à houilleArticle du 20 août 1994., puis équipée d'une machine à vapeur dès 1843, soit dix ans avant la faïencerie de Gien. Elle utilise aussi des matières premières spéciales telles que des argiles à fer oligisteBulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, vol. 46. avril 1847..
Cette société en commandite est l'une des premières manufactures à être cotée, dès 1838, à la bourse de ParisBourse des effets, période 1837-1841. au milieu d'une petite dizaine d'autres, dont celle de Saint-Gobain ou encore de la manufacture des Gobelins.
Selon l'écrivain français Henri-Gustave Lengellé dit Tardy, cette fabrication de faïence est semblable à celle du Beauvaisis excepté le fait qu'elle ne nécessite que quatre jours de cuisson au lieu de huit et que l'émail est confectionné avec du laitier de fer. Ce procédé semble avoir perduré au moins jusqu'en 1876..
La manufacture de boutons dits de porcelaine à Paris vignette|Boutons d'émail de Briare vers 1850. Parallèlement, en 1843, à la suite d'un voyage en Angleterre, Jean-Félix Bapterosses découvre la nouvelle technique de production locale de boutons selon le procédé de pressage à sec breveté par Richard Prosser le . La production démarre dès le mois d'août à la manufacture Mintons à Stoke-on-Trent Leçons de céramique, p.394, célèbre faïencier du Staffordshire, qui s'est associé à Prosser. Si Bapterosses perçoit l'intérêt de cette méthode, il voit aussi sa faiblesse, car outre-Manche, les boutons sont alors frappés à l'unité, notamment du fait de la faible plasticité des poudres sèches employées. Il en tire l'idée d'une machine permettant de frapper 500 boutons simultanémentLeçons de céramique, p.395 en 1844 (brevet du ), grâce entre autres à son ingéniosité mécanique et à une pâte rendue plus plastique par adjonction de laitLeçons de céramique, p.102-394 qui contient de la caséine. Cela lui permet d'obtenir une première médaille d'or à l'exposition nationale de Paris de 1844, précurseur des expositions universelles. L'invention de ce procédé performant combiné avec une méthode de cuisson ingénieuse met, en quelques années, un terme à la fabrication anglaise de boutons qui doit désormais importer les boutons de FranceLeçons de céramique, p.399Exposition universelle de 1851, travaux de la commission française, , imprimerie impériale, Paris, 1854, , arts céramiques, .
Bapterosses fonde sa première usine en juillet 1845 à BellevilleLa commune de Belleville est rattachée à Paris en 1860. dans le département de la Seine d'où sortent les premiers boutons industriels, dits « boutons agates ».
En 1846, il transfère la manufacture dans des locaux plus spacieux aux 27 et 29 de la rue de la Muette à Paris. Le , il dépose un nouveau brevet pour un four à moufle (double enceinte chauffant son volume intérieur) chauffé à la houilleExposition universelle de 1851,travaux de la commission française, , imprimerie impériale, Paris, 1854, , arts céramiques, . Cela permet de réduire le temps de cuisson des boutons à tout en permettant une surveillance constanteLeçons de céramique, p.210,273. Il trouve un feldspath particulier (de Norvège)Voyage en France, p. 86-87 qui permet de donner un aspect plus lustré à ces boutons. Cette nouvelle formulation place la pâte durcie entre les porcelaines dures et les porcelaines tendresLeçons de céramique, p.8.
Entre 1848 et 1849, Bapterosses développe ses gammes de couleurs grâce à l'utilisation d'oxydes métalliques sur lesquels il travaille de concert avec Jacques-Joseph Ebelmen pour développer des cristallisations. Il les perfectionne aussi pour sa fabrication de boutons. Le succès venant, les contrefaçons apparaissent : F. Bapterosses intente un procès à la société Lebeuf, Milliet & Cie qui venait de prendre le contrôle des usines de faïence de Creil-Montereau. Ceux-ci sont condamnés grâce notamment à la plaidoirie de l'avocat français Adolphe Billault et ce malgré la défense pour la partie adverse de l'avocat Jean-Baptiste Duvergier, futur ministre de la Justice.
En 1850, alors qu'il est à la recherche d'un emplacement pour agrandir son usine dans laquelle il emploie alors environ ., Bapterosses tombe en panne de diligence à Briare. Il y repère alors l'usine de faïencerie fine en difficulté financière et mise aux enchères de ce fait. Il la rachète en 1851, avec son procédé de fabrication.
Ce transfert permet à la manufacture de quitter la capitale qui subit alors les évènements de la Révolution française de 1848En 1848, Jean-Félix Bapterosses est l'employeur d'Alexandre Martin, surnommé l'« ouvrier Albert », engagé dans la Révolution de 1848..
Le développement sur le site de Briare vignette|Perles nacrées en Émaux de Briare, vers 1865. Les nouveaux locaux offrent plusieurs avantages : leur importante superficie, leurs équipements modernes (fours à houille, pompe à eau...), leur situation géographique à seulement de Paris sur la route royale n° 7 et à proximité du canal de Briare. Le débouché sur le canal et la Loire, alors navigable est idéal pour l'approvisionnement des matières premières nécessaires : terres du Limousin, houilles de Commentry ou feldspath de Norvège. La surface occupée par l'usine passe en quelques années de 3 à et le domaine fait plus de 200 hectares avec ses terres agricoles. Des fours plus modernes sont rapidement construitsBulletin de la société d'encouragement pour l'industrie nationale .. L'usine possède d'immenses halls et cheminées, qui, alignées, comme le décrit en 1898 le journaliste français Victor-Eugène Ardouin-Dumazet dans son guide touristique Voyage en France. L'entreprise produit alors boutons par jour et emploie .
La ferme de Rivotte située à proximité de l'usine est rachetée afin de fournir le lait nécessaire à la neutralisation de l'excès d'acide au cours de la fabrication de la pâte pour les émaux, la caséine étant aussi un liant naturel pour la pâte.
Parallèlement, Bapterosses, élu conseiller général du canton de Briare en 1857, est membre de la commission d'enquête sur le tracé de la ligne de chemin de fer reliant Auxerre à Gien. Il favorise le passage de la voie de chemin de fer à Briare en influençant la société des chemins de fer Paris-Orléans. Le tronçon reliant Montargis à Nevers via la gare de Briare s'intégrant dans l'actuelle ligne de Moret - Veneux-les-Sablons à Lyon-Perrache est ouvert en septembre 1861.
La production de petits boutons à queue métallique - notamment pour les bottines - débute en 1860 grâce à l'invention d'une machine mécanique pour former les tiges en laiton et celle des perles en 1864. L'usine produit alors boutons à queue par jour.
Bapterosses est également le pionnier dans l'utilisation d'une méthode proche de celle de Prosser pour la fabrication des perles synthétiques. vignette|Gravure de Victor Rose représentant la manufacture de Briare (1875). Vers 1865, l'entreprise emploie environ , principalement des femmes et des enfants. Bapterosses est devenu l'actionnaire de référence de la faïencerie de Gien en 1866. Pour faire face au besoin toujours croissant d'espace de production à la manufacture de Briare on ouvre une annexe au sein de la faïencerie de Gien.
En 1867, l'utilisation d'un brevet permet la fabrication de perles irisées (avec un lustre métallique).
En 1876, des cités ouvrières avec jardins sont construites sur le domaine pour y loger 186 familles ouvrières - représentant environ - dotées d'un grand confort pour l'époque (bien aérées, eau, gaz) et relativement spacieuses puisque comprenant trois pièces, une pour les parents, une pour les garçons et une pour les fillesArdouin . Elles ne sont détruites que cent ans plus tardLe avril 1976. Des écoles sont bâties au sein même de l'usine, pour lesquelles F. Bapterosses développe même un système breveté de pupitre ajustableTratado de higiene escolar, p.320-321.
Briare devient « la cité des perles » ; sa population passe de en 1851 (date du rachat de l'usine), à en 1881. Selon Alfred Loreau ,compte tenu des travaux de mise sur des cartes des produits fabriqués que l'on effectue dans les communes alentour, la manufacture emploie les services de à à son maximum de production. À cette époque environ de charbon et de bois sont consommés par an, ainsi que des masses considérables de matières premières : de feldspath principalement et d'oxydes métalliques et autres matières colorantes. Elles permettent d'exporter entre autres de perles et de boutons. La revue La Nature écrit que dans les années 1880, l'usine produit de boutons ou de perles Tidsskrift för physik og chemi, p. 115.