Le traité Yoma (judéo-araméen : יומא « le jour »), appelé Yom Hakippourim dans la Tossefta et Kippourim par Sherira Gaon, est le cinquième de l’ordre Moëd dans la Mishna et les Talmuds. Il traite de Yom Kippour et particulièrement du rite de ce jour à l’époque du Second Temple.

Objet du traité

Le culte à l’époque du Second Temple

Le traité décrit le rite du yoma rabba (judéo-araméen : יומא רבה « grand jour »), ainsi qu’on appelait Yom Kippour à l’époque du Second Temple (TB Roch Hachana 21a).

Ce rite suit les ordonnances prescrites en Lévitique 16,2-28 : après s’être lavé, le grand-prêtre revêt une tunique de lin et pénètre dans le sanctuaire pour y offrir un taureau en expiatoire et un bélier en holocauste, ainsi que deux boucs et un bélier au nom de l’assemblée des Israélites (Lv 16,2-5.). Il amène le taureau, tire au sort pour les deux boucs, destinant l’un à être et l’autre à être envoyé à Azazel chargé des fautes du peuple. Il offre son taureau expiatoire et l’encens de manière à obscurcir la pièce où se trouve l’Arche sainte (Lv 16,6-13). Il asperge sept fois le propitiatoire, immole le bouc expiatoire et agit de même avec le sang de l'animal, afin de purifier le sanctuaire des souillures du peuple. Il agit de même avec l’autel pour purifier le Tabernacle (Lv 16,14-19). Il charge le bouc vivant des fautes et le fait envoyer dans le désert (Lv 16,20-22). Il poursuit, après s’être lavé, son office tandis que la personne chargée de conduire le bouc émissaire dans le désert et celle qui fait brûler la peau, la chair et la fiente des offrandes expiatoires doivent demeurer hors du camp jusqu’au soir, car ils sont en état d’impureté rituelle (Lv 16,23-28). Le traité ne s’attarde en revanche pas sur les du jour (Nb 29,7-11) ; en revanche, il digresse à plusieurs reprises sur le culte du Temple lors des jours ordinaires.

Le rite du yoma a pris fin avec la destruction du Temple, soit près de avant sa consignation. Celle-ci repose sur des traditions contemporaines, parfois contradictoires, d'où les controverses (cf. mishna Yoma 3:6, 4:1, 4:5-6).

Des temps agités

Le traité porte la marque des luttes de factions (sadducéens, pharisiens) qui divisent le judaïsme à la fin de l’époque du Second Temple, celle-là même qui a, selon les Talmuds, causé la destruction du Temple (T.J. Yoma 1:1 (38c) ; T.B. Yoma 9b.).

Écrit par les successeurs des pharisiens, Yoma les présente comme une présence constante, assurant avec vigilance la guidance des grands-prêtres, souvent inaptes à assurer leurs tâches ou enclins à diverger de la norme pharisienne (Mishna Yoma 1:5). Par conséquent, ils meurent souvent par décret céleste, généralement dans l’année qui suit leur nomination, et sont si nombreux à se succéder que la salle où on les loge, auparavant appelée « salle du bois », est connue à l’époque de la Mishna comme la « salle du Parhédrin » (T.B. Yoma 9a.). Le grand-prêtre est, en effet, remplacé tous les douze mois, à l’instar d’un parhedrion (officier du roi) (Rachi sur T.B. Yoma 8a.).

Propitiation et repentir

Les autres modalités du jour, dont le jeûne et le chômageLévitique 23:27-32., ainsi que l’obtention de la propitiation des fautes, ne sont abordées qu’au dernier chapitre. La propitiation des fautes est cependant au centre du jour et grève fortement le rituel décrit. En effet, bien que sa réalisation incorrecte rende le grand-prêtre passible de mortcf. Lévitique 16:2-3., il ne permet, sans teshouva (repentir) sincère préalable, que le pardon de fautes légères commises envers DieuMishna Yoma 8:6-7..

Mishna La Mishna comprend 61 mishnayot (articles), réparties en huit chapitres.

Premier chapitre Le premier chapitre relate la semaine de la personne désignée comme grand-prêtre alors qu’on la prépare à réaliser son office à Yom Kippour.

Isolé dans la salle du Parhédrin après que les précautions ont été prises pour lui pourvoir un remplaçant ou une épouse en cas de besoin, le grandpprêtre s’entraîne aux aspersions de sang, à brûler l’encens et à offrir la tête et la jambe. Des Anciens lui font répéter le rituel et insistent pour qu’il ne suive pas les coutumes des sadducéens. La veille de Yom Kippour, on restreint ses rations alimentaires car l’abus de nourriture pourrait entraîner de la somnolence. On stimule son attention en le faisant étudier ou en lui faisant la lecture dans divers livres bibliques parmi les Ketouvim. Des jeunes prêtres s’assurent par divers moyens qu’il ne s’endort pas. La Mishna enseigne ensuite qu’à Yom Kippour, les cendres sont ôtées de l’autel plus tôt qu’à l’ordinaire.

Second chapitre Le second chapitre revient plus amplement sur le nettoyage des cendres et sur l’attribution des tâches et fonctions lors des jours ordinaires.

Les charges revenaient autrefois à ceux qui étaient les plus rapides pour se rendre sur les lieux. L’attribution par tirage au sort fut décidée lorsqu’un cohen en lice blessa un concurrent en le faisant involontairement chuter. Les cohanim se tiennent depuis en cercle et l’un d’eux, énonçant un nombre, compte le nombre de doigts levés (un doigt par cohen, éventuellement deux si l’on était trop faible pour le maintenir) jusqu’à ce qu’il parvienne au cohen désigné pour nettoyer les cendres, abattre l’animal apporté en offrande, procéder à l’aspersion de sang, nettoyer l’autel intérieur (mizbea'h pnimi), le candélabre (menora) et présenter les diverses parties de l’offrande. Neuf à douze cohanim sont employés à l’offrande perpétuelle, dix pour un bélier, vingt-quatre pour un taureau.

Troisième chapitre Après avoir rappelé comment le temps adéquat pour l’abattage rituel (celui-ci ne pouvant se faire de nuit) était déterminé par observation de la luminosité du jour, le troisième chapitre revient sur l’ordre du jour.

C’'est à ce moment qu’on fait descendre le grand-prêtre au bain rituel car nul ne peut assurer le culte ni pénétrer dans la cour du Temple s’il ne s’est pas immergé auparavant. Le grand-prêtre doit s’immerger cinq fois en ce jour et se laver dix fois (de l’eau chaude est ajoutée la veille à l’eau froide du bain rituel si le grand-prêtre est de constitution fragile). Un drap de lin est étendu entre lui et l’assemblée lors de ses ablutions. Après la première, il revêt un habit cousu d’or, lave ses mains et ses pieds, abat l’offrande perpétuelle du matin, procède aux aspersions du sang de l'animal, pénètre dans l’enceinte pour faire brûler l’encens du matin, rallumer les bougies, offrir la tête, les organes, l’oblation et le vin.

On le mène ensuite dans la salle des fourrures (lishkat haparva) où, isolé du public par un drap de lin, il s’immerge une nouvelle fois et revêt des habits de lin. On lui présente ensuite un taureau précisément orienté ; il impose ses deux mains sur lui, confessant ses fautes et celles de sa maison, selon une formule rituelle s’achevant sur le verset du Lévitique 16:30. L’assemblée répond alors « béni soit le Nom dont la gloire du royaume est à jamais ». Il se dirige ensuite à l’est de la cour où deux hauts dignitaires l’attendent ainsi que deux boucs et une urne avec deux goralot (lots pour effectuer le tirage au sort) ; Ben Gamla les avait faits d’or, alors qu’ils étaient originellement en bois, et était loué pour cela.

Poursuivant son élan, la Mishna évoque avec les mêmes compliments Ben Kattina, Monobaz d’Adiabène, sa mère Hélène et Nicanor (probablement un parent des alabarques d’AlexandrieHeinrich Grätz, Die Jüdischen Ethnarchen oder Alabarchen in Alexandrien, in Monatsschrift für die Geschischte und Wissenschaft des Judenthums, 1876.) pour les améliorations qu’ils avaient apportées au Temple. Elle voue ensuite à l’opprobre les gens de la maison de Garmou pour n’avoir pas voulu enseigner comment préparer le pain de présentation, ceux de la maison d’Avitnas pour n’avoir pas voulu enseigner la composition de l’encens, Hugros ben Levi pour n’avoir pas voulu enseigner comment chanter et Ben Kamtzar pour n’avoir pas voulu enseigner comment écrire. vignette|Le grand-prêtre offrant le bouc expiatoire (H. Davenport Northrop, 1894)

Quatrième chapitre Le quatrième chapitre décrit la propitiation de la caste sacerdotale, prérequis pour celle des simples Israélites. Le tirage au sort des boucs est effectué.

Encadré par les deux dignitaires, le grand-prêtre tire les lots ; le dignitaire se trouvant du côté du bras qui tient le lot désignant le bouc expiatoire demande au grand-prêtre de lever ce bras en annonçant « à Dieu ». Les dignitaires répondent alors « béni soit le Nom … ».

Après avoir marqué le bouc émissaire et le bouc expiatoire en attachant un ruban rouge à la tête du premier et à la gorge du second, le grand-prêtre se dirige une seconde fois vers son taureau. Il lui impose ses mains et confesse une nouvelle fois ses fautes et celles de sa maison mais aussi celles de la maison d’Aaron. L’assemblée répond « béni soit le Nom … » et le taureau est immolé. Son sang est recueilli et confié à un prêtre qui le secoue afin qu’il ne coagule pas le temps que le grand-prêtre prenne les braises les plus brûlantes de l’autel avec une pelle. En ce jour, il le fait, contrairement à l’habitude avec une seule pelle légère et à long manche, dont l’or est chauffé au rouge ; l’encens qu’il offre est plus finement moulu et le chemin qu’il prend est différent ainsi que l’ustensile avec lequel il lave ses mains et le nombre de bûchers.

Cinquième chapitre 180 px|vignette|La pierre du dôme du Rocher, une possible localisation du saint des saints et de la pierre d’assise Le cinquième chapitre poursuit et conclut le rituel du jour dans le Temple.

Ayant déposé deux poignées d’encens dans une louche, le grand-prêtre traverse avec cette louche et la pelle de braises le sanctuaire pour arriver devant les rideaux séparant le sanctuaire du saint des saints (kodesh hakodashim ou devir). Puis, se dirigeant vers l’endroit où se trouvait l’arche dans le saint des saints, il dépose la louche d’encens entre les deux pôles de l’arche, sur la pierre d’assise (even shtiya). Il fait brûler l’encens avec les braises et, après que la chambre s'est emplie de fumée, marche à reculons vers la salle extérieure où il fait une brève prière.

Le grand-prêtre retourne alors à l’endroit où il se tenait avec le bol de sang du taureau, effectuant une aspersion vers le haut et sept vers le bas en effectuant un mouvement de fouet et en les décomptant (« un, un et un, un et deux, … un et sept »). Il dépose le bol, abat le bouc expiatoire, recueille son sang dans un autre bol et retourne procéder au même rituel d’aspersion. Déposant le bol de sang du bouc, il prend celui du taureau et en asperge de la même manière le voile faisant face à l’arche de l’extérieur. Il vide alors ce qui reste de sang du taureau dans le bol du bouc pour se diriger vers l’autel doré (mizbea'h hazahav).

Il procède à la purification de cet autel avec le mélange de sangs, en l’enduisant d’abord et en l’aspergeant ensuite selon le rituel décrit. Les restes de sang sont jetés à la base occidentale de l’autel des offrandes où ils se mélangent à ceux des autres offrandes, déversées à la base méridionale de celui-ci ; de là, ils s’écoulent dans la vallée du Kidron où ils sont vendus comme engrais aux jardiniers.

Ainsi s’achève le rituel propre au jour dans le Temple (mais non la journée ni les tâches du grand-prêtre). De l’avis de la majorité des rabbins de la Mishna, il doit obligatoirement être suivi selon l’ordre prescrit.

Sixième chapitre vignette|Le mont Montar, localisation possible de l’endroit d’où l’on jetait le bouc à Azazel

Le sixième chapitre est consacré aux ordonnances relatives au bouc envoyé à Azazel.