Le (MACV-SOG) était une unité d'opérations spéciales hautement classifiée des forces armées des États-Unis qui menait des missions de guerre non conventionnelle pendant la guerre du Viêt Nam.

Créée le , l'unité conduisit des missions de reconnaissance stratégique dans la république du Vietnam (Sud-Viêt Nam), la république démocratique du Vietnam (Nord-Viêt Nam), au Laos et au Cambodge; elle exécutait des missions de capture de prisonniers ennemis, de sauvetage de pilotes éjectés, la conduite d'opérations de secours pour retrouver des prisonniers de guerre dans toute l'Asie du Sud-Est, la conduite d'équipes d'agents clandestins ainsi que des opérations psychologiques.

L'unité participa à la plupart des campagnes de la guerre du Viêt Nam, y compris l'incident du golfe du Tonkin qui précipita l'implication américaine, l'opération Steel Tiger, l'opération Tiger Hound, l'offensive du Têt, l'opération Commando Hunt, la campagne du Cambodge, l'opération Lam Son 719 et l'offensive de Pâques. L'unité fut officiellement démantelée et remplacée par le le .

Histoire Création

Le (alias SOG, MACSOG, et MACV-SOG) était une force opérationnelle interarmées de guerre non conventionnelle créée le par le Joint Chiefs of Staff comme un commandement dépendant du Military Assistance Command, Vietnam (MACV). L'unité devait être composée principalement de membres des Special Forces, mais aussi de SEAL, de l'United States Air Force, de la Force Reconnaissance du corps des Marines et de la Central Intelligence Agency.

Le (telle que fut nommée initialement l'unité) était en fait contrôlée par le (SACSA) et son équipe au PentagoneCes officiers furent les majors généraux Victor H. Krulak, US Marine Corps (1962–1964), Rollen H. Anthis, US Air Force (1964–1966), William R. Peers, US Army (1966–1967), William E. DePuy, US Army (1967–1969), John F. Freund, US Army (1969–1970), et les brigadiers généraux Donald D. Blackburn, US Army (1970–1971) et Leroy J. Manor, US Air Force (1971–1973).. Cet arrangement était nécessaire car le SOG avait besoin de figurer quelque-part dans l'organigramme du MACV et par le fait que le commandant du MACV, le général William Westmoreland, n'avait aucune autorité pour mener des opérations en dehors du territoire sud-vietnamien. Cet arrangement du commandement par le biais du SACSA permettait aussi un contrôle rigoureux (jusqu'au niveau présidentiel) quant à la portée et l'échelle des opérations de l'organisationMACSOG Documentation Study, Appendix B, ..

La mission de l'organisation était la suivante :

Ces opérations (Operational Plan 34A ou OPLAN 34-Alpha) étaient conduites dans un effort de convaincre cette nation de cesser son soutien à l'insurrection communiste au Sud-Viêt Nam. Ce type d'opérations était à l'origine de la compétence de la CIA, qui avait effectué la mise en place d'équipe d'agents au Nord-Viêt Nam par des incursions par voie aérienne ou maritime. Sous la pression du secrétaire à la Défense Robert McNamara, ce programme, ainsi que toutes les opérations paramilitaires de l'agence, fut placé sous commandement militaire à la suite de l'opération de débarquement de la baie des Cochons à Cuba..

Le colonel Clyde Russell (premier commandant du SOG) eut du mal à créer une organisation avec laquelle remplir sa mission car, à l'époque, les forces spéciales des États-Unis n'étaient pas préparées à la mener, que ce soit d'un point de vue doctrinal ou organisationnel.Les commandants du SOG furent les colonels Clyde Russell (1964–1965), Donald Blackburn (1965–1966), John Singlaub (1966–1968), Stephen Cavanaugh (1968–1970), et John Sadler (1970–1972), tous étaient des officiers des Special Forces.. À cette époque, la mission des forces spéciales était la conduite d'opérations de guérilla derrière les lignes ennemies dans l'hypothèse d'une invasion par des forces conventionnelles adverses, et non la conduite d'opérations maritimes, psychologiques ou d'infiltrations d'agents. Russell espérait prendre le contrôle d'une organisation pleinement fonctionnelle et savait que la CIA (qui voulait maintenir un représentant à la tête du SOG et contribuer personnellement à l'organisation) rendrait responsable l'armée de tout problème au démarrage. Ses attentes et hypothèses étaient incorrectesMACSOG Documentation Study, Annex N to Appendix B, B–n–4–10.. La contribution des Sud-Vietnamiens se présenta sous la forme d'une organisation équivalente au SOG (qui utilisa pléthore de titres, pour finalement s'arrêter sur le nom de (STD)).

Après un démarrage poussif et incertain, l'unité commença ses premières opérations. Au départ, elles consistaient en des infiltrations d'agents de la CIA. Des équipes de volontaires sud-vietnamiens furent parachutés au nord, mais la majorité fut capturée rapidement après leur infiltration. Des opérations maritimes sur les côtes du Nord-Viêt Nam reprirent après la livraison de torpilleurs norvégiens de classe Nasty à l'unité, mais ces opérations aussi furent en deçà des attentes.

L'incident du golfe du Tonkin

Dans la nuit du 30 au , quatre navires du SOG bombardèrent deux îles, Hon Me et Hon Ngu, au large des côtes du Nord-Viêt Nam. C'était la première fois que des navires du SOG attaquaient des installations nord-vietnamiennes par pilonnage, depuis la mer. L'après-midi suivant, le destroyer débuta une mission de collecte de renseignement électronique le long des côtes du Nord-Viêt Nam, dans le golfe du Tonkin. Dans l'après-midi du , trois torpilleurs P-4 de la marine nord-vietnamienne arrivèrent de Hon Me et attaquèrent le Maddox. Le navire américain ne fut pas endommagé et les États-Unis déclarèrent qu'un des navires vietnamiens avait été coulé et que les autres avaient été endommagés par les chasseurs embarqués d'un porte-avions. Dans la nuit du 3 au , trois autres navires du SOG bombardèrent des cibles sur le territoire du Nord-Viêt Nam. Dans la nuit du , après avoir été rejoint par le destroyer , le Maddox rapporta à Washington que les deux bâtiments étaient attaqués par des navires inconnus (présumés nord-vietnamiens).Le discours du Moïse devrait être comparé à la version officielle de l'US Navy qui fut essentiellement celle donnée au Congrès des États-Unis. Voir ..

Cette deuxième attaque conduisit le président des États-Unis Lyndon B. Johnson à lancer l'opération Pierce Arrow, une attaque aérienne contre des cibles nord-vietnamiennes, le . Johnson alla aussi au Congrès des États-Unis le même jour et demanda le passage de la résolution du golfe de Tonkin demandant un pouvoir sans précédent afin de conduire des actions militaires en Asie du Sud-Est, et ce, sans déclaration de guerre.

L'annonce de Johnson sur les incidents impliquant les destroyers ne mentionnait pas que des navires du SOG avaient mené des opérations dans la même zone géographique que le Maddox juste avant, et pendant, cette attaque. Il ne mentionna pas non plus que le et le , des avions laotiens pilotés par des Thaïlandais, avaient mené des raids de bombardements à l'intérieur du Nord-Viêt Nam ou qu'une équipe d'agents du SOG avait été infiltrée dans la même zone et avait été repérée par les Nord-Vietnamiens.. Hanoï, qui pouvait avoir supposé que toutes ces actions traduisaient un niveau d'agression accru des États-Unis, décida de répondre (dans ce qu'elle revendiquait comme ses eaux territoriales)Les Nord-Vietnamiens revendiquaient une zone de comme faisant partie de leurs eaux territoriales. Le Maddox avait pour instruction de ne pas s'approcher de moins de huit miles de la côte ou de quatre miles des îles au large. On peut remarquer que des patrouilles similaires au large de la république populaire de Chine n'étaient pas autorisées à s'approcher à moins de de la côte ou des îles. .. En conséquence, les trois P-4 reçurent l'ordre d'attaquer le Maddox. Le second incident, au cours duquel le Maddox et le Turner Joy déclarèrent être attaqués, n'eut vraisemblablement jamais eu lieu.. Bien qu'une certaine confusion régnait au moment de la deuxième attaque, les faits étaient clairs pour l'administration au moment où elle était allée au Congrès pour obtenir la résolution. Quand il fut confronté par le sénateur Wayne Morse (qui avait découvert l'existence des raids 34-Alpha du SOG), McNamara lui mentit, en affirmant: Pourtant, aussi bien le commandement en chef de la flotte du Pacifique (CINCPAC) que McNamara lui-même étaient informés des possible liens, au moins dans l'esprit des dirigeants à HanoïRobert McNamara et Brian VanDeMark, In Retrospect, New York Times Books, 1995, page 137. Traduction française : .. Ces évènements ne furent pas divulgués avant la publication des Pentagon Papers en 1970.

Le dernier aspect des premières missions du SOG consistaient en différentes opérations psychologiques conduites contre le Nord-Viêt Nam. Les unités navales enlevaient des pêcheurs nord-vietnamiens lors de la fouille de navires côtiers et les détenaient sur l'île de Cu Lao Cham au large de Da Nang au Sud-Viêt Nam (on disait aux pêcheurs qu'ils étaient, en fait, toujours dans leur pays)MACSOG Documentation Study, Annex A to Appendix C, ..

Les équipages et personnels sud-vietnamiens se faisaient passer pour des membres d'un groupe de dissidents communistes du Nord se faisant appeler « l'Épée sacrée de la ligue patriote » ( ou SSPL), qui s'opposait à la prise de contrôle du régime d'Hanoï par des politiciens soutenant la république populaire de Chine (RPC). Les pêcheurs enlevés étaient bien nourris et bien traités, mais ils étaient aussi longuement interrogés et convaincus d'adhérer à la doctrine du SSPL. Après une détention de deux semaines, les pêcheurs étaient relâchés dans les eaux nord-vietnamiennes.

Cette fable était soutenue par les émissions de radio du SOG, « La voix de la SSPL », et par des largages de tracts et de kits contenant des radios pré-réglées qui pouvaient seulement recevoir les émissions du SOG. L'unité transmettait aussi « Radio Drapeau Rouge », programmation prétendument réalisée par un groupe d'officiers militaires communistes dissidents. Les deux stations étaient tout aussi inflexibles dans leurs condamnations de la RPC, des régimes sud et nord-vietnamiens et des États-Unis, et appelaient à un retour aux valeurs traditionnelles vietnamiennes. Des nouvelles directes, sans propagande, étaient diffusées depuis le Sud-Viêt Nam par la « Voix de la liberté », une autre création du SOG..

Ces opérations d'agents et les efforts de propagande étaient soutenus par la branche aérienne du SOG, le . L'unité était composée de quatre avions C-123 Provider profondément modifiés, pilotés par des équipages nationalistes chinois au service du SOG. Les avions effectuaient des missions d'insertions et de ravitaillement d'agents, larguaient des tracts et des kits radio, et s'occupaient des missions logistiques de routine du SOG.

Shining Brass