La basilique Notre-Dame-de-Bonne-Garde est une basilique mineure de culte catholique, dédiée à Notre-Dame, située dans la commune française de Longpont-sur-Orge et le département de l'Essonne.

Le site de l'église est précédé par une chapelle remontant aux temps de la christianisation de l'Île-de-France, édifiée au plus ancien lieu de culte marial de la région : d'après la légende, des druides gaulois y vénéraient déjà une statue de la Vierge.

L'église a été fondée en 1031 par et sa femme Hodierne de Gometz. Trente ans plus tard, ils bâtirent un prieuré et demandèrent à l'évêque d'offrir église et prieuré à l'abbaye de Cluny. Rien de cette première filiale de Cluny en région parisienne ne subsiste : la Révolution française l'anéantit. Les parties de l'église bâties jusqu'à la fin du se sont apparemment aussi perdues. Le portail gothique des années 1220 est célèbre pour sa qualité artistique et son iconographie ; le tympan représente le couronnement de la Vierge.

La nef et les bas-côtés sont de style roman et datent vraisemblablement du premier quart du , mais ne furent voûtés qu'ultérieurement. Le transept et le chœur ont été démolis en 1819 en raison de leur vétusté. Le classement aux monuments historiques par liste de 1862. intervint trop tard pour les sauver. L'engagement du chanoine Auguste Arthaud permit néanmoins de recueillir les fonds nécessaires à leur reconstruction, qui s'effectua entre 1875 et 1878. Le nouvel essor de l'église a été possible grâce à son rôle de lieu de pèlerinage à rayonnement régional, attesté depuis le , et grâce à la confrérie Notre-Dame-de-Bonne-Garde liée à ce pèlerinage. Généralement, les pèlerinages sont motivés par des miracles et des reliques, et l'église de Longpont en a possédé des très prestigieuses dès son premier temps.

Au milieu du , l'abbé Arthaud œuvra pour enrichir le reliquaire, et celui-ci prit bientôt une envergure nationale. Le pèlerinage et le reliquaire motivent le pape Pie X à ériger l'église en basilique mineure par un décret du . En 1969, Notre-Dame-de-Bonne-Garde est proclamée sainte patronne du nouveau diocèse de Corbeil-Essonnes par Albert Malbois, son premier évêque. La basilique reste le plus important centre spirituel du diocèse, avec la cathédrale de la Résurrection d'Évry.

Situation La basilique Notre-Dame-de-Bonne-Garde se situe en France, dans le département de l'Essonne, dans la vallée de l'Orge, sur la commune de Longpont-sur-Orge, non loin de la route nationale 20, ancienne route royale de Paris à Orléans. Elle est implantée sur une légère proéminence à la limite est du village, en bordure du parc du Lormoy, qui occupe une partie de la rive gauche de l'Orge. Cette situation est pittoresque et rend l'église visible de loin en s'approchant par le parc. Le cimetière se trouve à l'est de la basilique, et la mairie et ses annexes la bordent au nord, mais on peut faire le tour de l'édifice. Dédiée à sainte Marie, elle est par ailleurs localisée sur l'un des chemins utilisés par les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Histoire Les origines vignette|redresse|gauche|Statue de Notre-Dame-de-Bonne-Garde. vignette|redresse|gauche|La croix Rouge Fer. vignette|redresse|Représentation d'Hodierne sur un culot dans la de la nef, côté nord-est.

La construction de la basilique actuelle commence en 1031, et ne s'achève qu'au . Elle remplace une chapelle très ancienne, dont le mythe fondateur a été transcrit par dom Jacques Bouillart, moine bénédictin de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, au début du .

Ce mythe raconte qu'à la fin du , des bûcherons gaulois auraient découvert, dans un chêne creux de la butte de Longpont, une statue de bois représentant une femme avec un enfant dans les bras. L'effigie aurait été accompagnée d'une inscription latine bien mystérieuse pour les païens : « Virgini pariturae » — « À la Vierge qui enfantera », bien que l'usage du latin paraisse peu probable à l'époque dans la région. Les druides auraient commencé à vénérer cette image de la déesse mère. Il est possible qu'ils connurent la prophétie d'Isaïe (Is 7, 14), qui dit que le Messie naîtra d'une vierge : la curiosité des druides était grande, et par leur commerce avec Marseille, les Gaulois étaient en rapport avec des Juifs. Plus tard saint Denis de Paris et son compagnon saint Yon, passèrent par Longpont. Ils expliquèrent aux druides comment la prophétie sur la Vierge Marie s'était enfin réalisée. Celle que les Gaulois du bord de l'Orge vénéraient sans la connaître était bien la Vierge Marie, mère du Sauveur. Saint Yon serait resté sur place pour christianiser la région. Il aurait été décapité vers 290. Avant de partir pour Paris, saint Denis aurait laissé à Longpont une précieuse relique : un morceau du voile de la sainte Vierge. Une statue et une relique seraient donc à l'origine du sanctuaire de Notre-Dame-de-Longpont..

Priscus, chef de la tribu des Carnutes, aurait demandé la statue ou sa réplique et l'aurait transportée à Chartres, où elle serait à l'origine de la cathédrale Notre-Dame de Chartres. D'après les chanoines de la cathédrale de Chartres, des chênes provenant de Longpont auraient été employés pour la charpente de la cathédrale, sans doute en raison du pouvoir spirituel émanant de ce lieu dans l'imagination des contemporains. Si la légende est vraie, Longpont peut, en effet, être qualifié de plus ancien lieu de dévotion mariale d'Île-de-France. C'est aussi l'un des exemples les plus connus de la christianisation d'un lieu de culte païen dans la région.

Le maître-autel se trouve sur un roc tabulaire, ce que l'on a encore pu constater lors de la restauration de 1875, et le chanoine Arthaud regretta de ne pas l'avoir fait relever. Ce roc pourrait correspondre à l'ancien autel druidique. Une source coulait encore dans le chœur en 1792, qui était sans doute la source sacrée des druides. Pie X estima en 1913 que les origines druidiques du sanctuaire pouvaient difficilement être contestées. Un vestige de la mystérieuse statue des Gaulois subsisterait également ; il serait enchâssé dans la jambe et le pied droits de la statue de Notre-Dame-de-Bonne-Garde dans la chapelle d'axe, qui lui est dédiée.

Dans le courant du , , seigneur de Montlhéry, épouse Hodierne de Gometz, et, après leur mariage, ils conçoivent un projet pour remplacer la vieille chapelle dédiée à sainte Marie par une grande basilique. Le choix de son lieu d'implantation ne peut être fortuit, car Gui et Hodierne la bâtissent sur une pente, assez loin du château et au milieu d'une campagne inhabitée, probablement afin de perpétuer la tradition du premier sanctuaire du temps des druides. Une tradition affirme que la première pierre est posée le ou 1031, pour la fête de l'Annonciation, par le roi de France Robert II le Pieux, en présence de l'évêque de Paris, Humbert (ou Imbert) de Vergy. Mais la première mention historiquement certaine de l'édifice date de 1061.

Une autre légende est attachée à la construction de la basilique. Hodierne, très pieuse et très humble, aurait participé personnellement aux travaux. Elle porta elle-même de l'eau au chantier afin d'aider les maçons. Pour faciliter sa tâche, elle demanda au forgeron local de lui fournir une barre de fer qui l'aiderait à mieux porter les seaux. Le stupide forgeron, influencé par sa méchante femme, lui donna, par dérision, une barre rougie au feu. Hodierne fut épargnée de toute brûlure, et le forgeron et sa femme moururent dans l'année. Le fer miraculeux fut monté au sommet d'une colonne provenant d'un temple de Mercure. La « Croix Rouge fer » est conservée au fond de la basilique depuis 1931, une réplique ayant été placé à son emplacement authentique. Les trois protagonistes, Hodierne, le forgeron et la mégère ont été représentés, sculptés dans la pierre, sur des culots à la retombée des voûtes de la troisième travée de la nef (le forgeron et Hodierne au nord, la femme au sud).

En 1061, l'église approche de son achèvement, d'après la charte LI du cartulaire de Longpont. Par cette charte, l'évêque Geoffroy de Boulogne constate avoir reçu la demande de de donner l'église à des moines bénédictins. Selon la volonté de Gui, Geoffroy choisit l'abbaye de Cluny, qui établit un prieuré à Longpont : ce fut la première implantation clunisienne en région parisienne. Le nombre de moines est fixé à vingt-deux, mais il atteignit parfois les trente....

Le prieuré clunisien vignette|redresse|Intérieur de la basilique, vue vers l'est, état depuis le début du .

À la suite de la donation, Hodierne se rend à Cluny afin de persuader l'abbé Hugues de Cluny d'envoyer des moines à Longpont. Celui-ci hésite d'abord, puisque son abbaye n'a encore aucune filiale dans la région. Ce sont peut-être les présents qu'Hodierne apporte, un calice en or et une chasuble précieuse, qui le font fléchir. Hugues envoie donc les vingt-deux religieux, et pour les accueillir, Gui et Hodierne font construire un couvent à leurs frais, au sud du transept. Ils garantissent au monastère une exemption de la justice seigneuriale. Les moines bâtissent une ferme au sud-ouest de l'église, et défrichent la butte de Longpont. Le premier prieur, qui se nomme Robert, reçoit, avant de mourir en 1066, une donation d'un parent d'Hodierne, Geoffroy de Gometz, en présence d'Hilgod doyen de Sainte-Geneviève de Paris et futur évêque de Soissons.

Vers 1074, alors qu'Hodierne voit la fin de sa vie approcher, Gui décide de prendre l'habit au moment de se trouver veuf. Hodierne meurt un , mais on ignore l'année exacte. Hodierne est localement considérée comme une sainte, mais n'a pas encore été canonisée. D'abord enterrée devant le portail occidental, sa dépouille est transférée dans la croisée du transept en 1641. Une fontaine prit le nom d'Hodierne, et des fiévreux y implorèrent leur guérison. Gui vécut jusqu'au début des années 1080, et sa tombe resta visible jusqu'à l'arrachage des carreaux qui pavaient l'église, en 1793.

Sous le seigneur , fils de Gui, le prieuré reçoit beaucoup de dons en terres, maisons et revenus, tant de la part des seigneurs des environs, que de la part d'habitants plus modestes. Il obtient également les autels de l'église Saint-Martin-Saint-Laurent d'Orsay, de l'église Saint-Denis-et-Saint-Fiacre de Bondoufle et de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption de Forges-les-Bains, ce dernier vers 1110. Le plus illustre des donateurs de cette première époque est le roi des Francs Louis VI le Gros : sa femme Lucienne de Rochefort était la petite-fille de Gui et d'Hodierne. En 1116 ou 1117, l'époque où le prieuré bénéficie de la protection des seigneurs de Montlhéry se termine avec l'assassinat du seigneur par son cousin germain, Hugues de Crécy. Bien que cet assassinat soit déguisé en suicide, n'est pas dupe ; il assiège Hugues dans son château de Gometz-le-Châtel et le capture. On le laisse toutefois se retirer dans un couvent, peut-être Longpont, mais le roi confisque en tout cas la seigneurie et la réunit au domaine royal..