Olivier Mordrelle, dit Olier Mordrel, né à Paris le et mort à Treffiagat le Relevé des fichiers de l'Insee, est un architecte, écrivain et homme politique français.
Militant nationaliste breton, il est l'un des cofondateurs du journal , du Parti autonomiste breton puis du Parti national breton (PNB). Il s'engagea dans la collaboration avec l'Allemagne nazie avant d'être écarté de la direction du PNB par l'occupant allemand dès l'automne 1940, puis placé en résidence surveillée. Il était favorable à l'autonomie de la Bretagne comme nation associée à la France. Il est aussi connu sous les pseudonymes de Jean de La Bénelais, Er Gédour, Calvez et Olivier Launay, noms avec lesquels il a signé ses nombreux ouvrages et articles.
Ayant appris le breton à Paris, Olier Mordrel est un des théoriciens du nationalisme breton et son influence marque encore aujourd'hui au moins la frange d'extrême droite de l'.
Famille et identités Olivier Mordrelle naît le à Paris au sein d'une famille de la grande bourgeoisie. Il est le fils de Joseph Mordrelle, né en 1863 à Hédé en Ille-et-Vilaine, commandant et futur général des troupes coloniales, et d'Antoinette Maricot née à Montmorency en 1874. Si son père est d'origine bretonne, sa mère tire ses origines de Coulommiers du côté paternel et de L'Île-Rousse (Corse) du côté maternel.
Il est le cousin de Yann Bricler, lui aussi actif dans le mouvement breton des années 1920 aux années 1940. Il a deux enfants avec sa première femme Gaïd Guellec : Malo (1928-2022) et Tanguy ; et un troisième avec Yvette Pochat : Tristan Mordrelle, dit Trystan Mordrel, éditeur, responsable des éditions Ogmios dans les années 1980.
Il utilise plusieurs pseudonymes pendant sa vie pour publier des articles, comme Jean La Bénalais, Armand Calvez, Yann Razavet, Brython, Otto Mohri, Ar Bardan, Ar Gedour, Arzour, JP Costa, ou encore Tisavour.
Entre-deux guerres Engagements politiques Débuts politiques dans le mouvement breton Mordrel adhère au groupe régionaliste breton en 1919, parti classé à l'époque plutôt à droite créé en dans le but de rompre avec l'Union régionaliste bretonne et son régionalisme aristocratique et conservateur. Celui-ci évolue les années suivantes en parti autonomiste breton, au sein duquel deux lignes cohabitent, l'une fédéraliste, et l'autre nationaliste ; Mordrel incarne alors avec François Debeauvais cette dernière ligne. Mordrel entend alors incarner une figure d'intellectuel et de tête pensante d'une « bourgeoisie nationale » bretonne.
Simple militant à ses débuts, alors que le parti est déjà dominé par la figure de Morvan Marchal, il s'implique de façon grandissante dans les activités du groupe : il rejoint la revue Breiz Atao à 18 ans, est président de l'Unvaniez Yaouankiz Vreiz à 21 ans, et devient coprésident du parti autonomiste breton à 26 ans bien qu'opposé à l'orientation à gauche du partiDans ses mémoires qu'il publie en 1973, il qualifie cette période de .. Après un échec lors d'une élection en 1930, le PAB implose entre ces deux tendances, et sous l'influence de Mordrel et de Debeauvais les tenants du nationalisme fondent le Parti national bretonLes fédéralistes structurés autour de Marchal, Mazéas, et Duhamel fondent eux la Ligue fédéraliste de Bretagne..
Prise de pouvoir chez les nationalistes bretons Après l'attentat du 7 août 1932 (vandalisme du haut-relief de Jean Boucher ayant pour sujet L'Union de la Bretagne et de la France en façade de la mairie de Rennes par le groupe Gwenn ha Du), Mordrel prend l'initiative de créer le groupe clandestin Kuzul Meur dont il devient secrétaire, dans le but affiché de faire la liaison entre les différents groupes politiques issus du nationalisme breton, mais aussi pour mieux contrôler le groupe Gwenn ha Du et son chef, Célestin Lainé.
Il structure sa pensée politique à l'époque en publiant en 1933 le programme SAGAStrollad ar Gelted Adsavet, ou Réunion des celtes relevés, signé avec un pseudonyme, rompant avec le capitalisme et le marxisme, préconisant un capitalisme corporatif et déclinant des mesures allant du rejet des étrangers jusqu'au contrôle des organisations de jeunesse. Mélangeant racisme, totalitarisme, et conservatisme, il s'inscrit en droite ligne du programme du parti national-socialiste allemand. Celui-ci est raillé par les fédéralistes, le surnommant , et au sein de son parti ne parvient pas à gagner l'assentiment de François Debeauvais. Plus globalement, le PNB évolue à cette époque et sous son influence vers un modèle fasciste, comme d'autres mouvements issus de minorités nationales en France, ou comme une partie de la classe politique et de l'intelligentsia française. Il demande notamment « la Bretagne aux Bretons, avec la constitution d'un État breton dans ses limites historiques, demande l'expulsion des étrangers indésirables, particulièrement les races latines et de couleur »Georges Cadiou, L'Hermine et la croix gammée, Mango Document, 2001 .. vignette|Mordrel s'entretenant à Rennes avec Debeauvais lors de la libération de ce dernier en . Une rupture intervient après la crise du 6 février 1934, après laquelle Mordrel déclare , et celui-ci évolue du fascisme italien vers le national-socialisme allemand, plus virulent à l'époque. Il lance alors avec l'accord implicite de Debeauvais la revue doctrinale Stur ; celle-ci ne cache pas sa sympathie pour les thèses nazies, mais suscite des réserves parmi les plus modérés du PNB regroupés autour de Raymond Delaporte. Après une crise dans le parti en 1937 autour de ces idées, et le départ de Delaporte, Mordrel n'a plus d'opposition pour imposer ses thèses au parti à partir du congrès de Carhaix d'. Dès lors, le parti ne cache plus son soutien au Reich, notamment en se positionnant favorablement à la suite de l'Anschluss, ou en s'opposant à une intervention en faveur des Tchèques ; une campagne d'affichage dénonçant et lui vaut alors une peine d'un an de prison avec sursis. Il multiplie les contacts avec l'Allemagne nazie par l'intermédiaire de et se rend plusieurs fois dans ce pays.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Mordrel s'enfuit avec François Debeauvais et ils arrivent en Allemagne le , où ils sont pris en charge par des membres des services secrets allemands et, le , le PNB est interdit en France. Il est dans le même temps condamné par contumace en France pour .
Évolutions idéologiques
Les évènements irlandais, comme l'insurrection de Pâques 1916 et la guerre d'indépendance de 1919 à 1921, marquent Mordrel au début des années 1920 comme le reste du mouvement breton. Ils tendent à légitimer la violence politique, tout en permettant de rompre avec la modération du régionalismeLa tendance régionaliste trouve son origine dans le premier Emsav, et est davantage influencée par la situation du pays de Galles, notamment par la création du Gorsedd de Bretagne sur le modèle du Gorsedd des bardes de l'île de Bretagne ou par la création d'un hymne de la Bretagne, le Bro gozh ma zadoù (Vieux pays de mes pères) basé sur la musique de l'hymne gallois, le Hen Wlad fy Nhadau (Vieux pays de mes ancêtres).. Cette utilisation du cas irlandais lui permet d'aller chercher à l'étranger des idées et de les transplanter en Bretagne. Mordrel se rend ainsi à Dublin en 1925 et y visite les haut-lieux de l'insurrection ; par la suite il écrit rêver de reproduire cet exemple à Rennes en prenant d'assaut le palais du commerce. Il lit aussi les écrits d'Arthur Griffith, le fondateur du Sinn Féin, .
Il théorise pour la première fois sa conception de l'interceltisme en 1923, en première page de la revue Breiz Atao. Selon lui, les échanges avec les autres pays celtiques permettent aux bretons de réfléchir hors du cadre français, mais aussi de . Celle-ci présente dès son origine une dimension raciale et ethnique très forte, plus idéologique et plus utilitaire que celle qu'avaient promue les régionalistes avant lui.
Au milieu des années 1930, Mordrel traverse une grave crise existentielle. Cherchant à définir l'essence de la Bretagne, il est influencé par , jeune allemand aux idées nordicistes et tenant de la « révolution conservatrice ». Une évolution idéologique vers l'Allemagne nazie apparaît ainsi chez Mordrel, et son interceltisme permet de faire le lien entre Celtes et Germains, par des . Il se radicalise pendant cette décennie et s'oriente vers le nazisme. Son lancement de la revue Stur en 1935 va structurer idéologiquement l'extrême-droite bretonne autour d'un racisme qui définit le celtisme comme une opposition au latinisme et au cosmopolitisme, et en définissant une communauté raciale et culturelle entre Germains et Celtes. Dans le même temps il s'éloigne de l'interceltisme prôné par les congrès celtiques qu'il critique, et il cesse de s'y rendre à partir de 1930. Il continue de se référer à l'Irlande ou à l'interceltisme à la fin de cette décennie, mais pour en faire des analyses pro-allemandes.
L'architecte
Alors étudiant en architecture à Paris, Mordrel rencontre en 1919 Morvan Marchal étudiant lui à Rennes. Tous deux sont partisans d'une architecture bretonne en rupture avec le traditionalisme prôné par les régionalistes du premier Emsav, et ancré dans la modernité. Ils se rapprochent à l'époque du mouvement des Seiz Breur de Jeanne Malivel qui sont sur une ligne artistique proche. Contrairement à ses prédécesseurs qui se tournaient vers les maisons paysannes comme source d'inspiration, Mordrel compte alors mettre l'architecture bretonne dans la dynamique des grands courants internationaux, et se tourne vers les villes, et dès 1922 parle de .
Il voyage pendant les années 1920 pour prendre connaissance des créations artistiques dans d'autres pays : à Kendal pour y voir les travaux de Charles Voysset, rencontre Huibrecht Hoste à Louvain en 1925, et va visiter les créations de Martin Elsaesser à Frankfort en 1931. Avec Marchal, il est de plus en plus influencé par des styles étrangers comme le De Stijl hollandais ou le Bauhaus allemand. Avec Morvan, ils publient pendant cette période la synthèse de leurs réflexions dans pas moins de neuf revues pour convaincre les militants bretons du bien-fondé de leur démarche.
Il signe ses deux principales réalisations au début des années 1930. Dans le style « paquebot », un courant art déco, l'immeuble Kodak, dit Ty Kodak, est construit à Quimper pour le photographe Joseph Villard, bâtiment blanc de deux étages aux fenêtres reliées par un bandeau de briques bleues vernissées. L'année suivante, il dessine un garage Renault aux étages portés par des poutres en béton armé.
Ses lectures d'Oswald Spengler à partir du milieu des années 1930 le convainquent cependant que le modernisme qu'il voyait comme une source de renouveau pour la Bretagne n'est qu'une source de décadence pour celle-ci. Il s'écarte dans le même temps de ses activités d'architecte ; alors que ses réalisations quimperoises en font un architecte populaire dans la région, il délaisse cette activité lorsqu'il déménage à Rennes dans la seconde moitié des années 1930 pour se consacrer à ses occupations politiques.
Seconde guerre mondiale L'exil en Allemagne, et la tentative de coup d'État Mordrel et François Debeauvais sont pris en charge en gare de Cologne le par le docteur Otto Wagner, membre de l'Abwehr et abonné de longue date de Breiz Atao, puis installés à Berlin en septembre par deux autres membres des services secrets allemands. Là, ils obtiennent quelques soutiens de la part de certains officiers aristocrates, comme la création symbolique d'une radio émettant en breton depuis un poste militaire allemand, en jouant la carte d'un prétendu gouvernement breton en exil, ou Bretonische Regierung. Ils rencontrent aussi en le futur ambassadeur nazi en France Otto Abetz, mais celui-ci se montre moins disposé à les aider que les militaires ; politiquement ils sont plus tolérés que soutenus.