Isaac Félix Suarès dit André Suarès, né à Marseille le et mort à Saint-Maur-des-Fossés le , est un poète et écrivain français. Il est inhumé le dans la commune des Baux-de-Provence.

Il obtient en 1935, pour l'ensemble de son œuvre, le grand prix de littérature de l'Académie française.

Gabriel Bounoure l'a décrit comme :

Biographie Famille, formation, début Né à Marseille, l'écrivain a pour père Alfred Jacob Abraham Suarès, un négociant juif de Gênes, et pour mère, Aimée Cohen, issue de la bourgeoisie israélite du comtat Venaissin. Il perd sa mère à 7 ans avant de voir son père sombrer dans une longue agonie. Scolarisé au lycée Thiers de Marseille., il engrange les prix d'excellence et obtient le premier prix du concours général de français ; il est alors remarqué par Anatole France, qui lui consacre une chronique dans le quotidien Le Temps..

Reçu troisième à l'École normale supérieure, il devient, rue d'Ulm, le compagnon de thurne de Romain Rolland. Il échoue trois ans plus tard à l'agrégation d'histoire. Ruiné, sans ressources après la mort de son père, il vit en reclus à Marseille jusqu'en 1895. Il surmonte ce naufrage grâce à la sollicitude de son frère AbrahamAbraham Suarès, sur ecole.nav.traditions.free.fr., officier de marine, qui meurt accidentellement en 1903, de sa sœur Esther, de ses oncles maternels, les Cohen, et de Maurice Pottecher, fondateur du théâtre du Peuple. Il entre alors dans une intense période de création et ne cesse de publier, en tout genre, parfois grâce à l'appui de mécènes fidèles, dont la comtesse Thérèse Murat, l'industriel Édouard Latil et le patron de La Samaritaine, Gabriel Cognacq.

Le Voyage du condottière De juin à , André Suarès fait à pied son premier voyage en Italie. Il y retourne de septembre à , de mai à , en 1913, et enfin en 1928. De ces voyages, il retire la matière de son œuvre majeure Le Voyage du condottière, publié en plusieurs fois : la première en 1910 (Vers Venise, Ed. Cornély) ; les deux volumes suivant paraîtront en 1932 (II. Fiorenza ; III. Sienne la bien-aimée). La première édition complète du Voyage du condottière est publiée chez Émile-Paul Frères, éditeur des deux derniers volumes, en 1950Yves-Alain Favre, « Précisions sur l'historique du Voyage du condottière », postface à l'édition du Livre de poche, 1984, ..

L'ouvrage contient, entre autres, les descriptions de Venise, de Florence, de Sienne, mais aussi de Gênes, de Crémone ou de Sansepolcro, et de nombreux artistes tels Giotto, Dante, Piero della Francesca, Fra Angelico, Léonard de Vinci, Luca Signorelli, Botticelli, Michel-Ange, Véronèse, Monteverdi ou Titien.

Sur ce livre, Jean d'Ormesson écrit :

Un des animateurs de la NRF Il est, à partir de 1912, l’un des quatre animateurs principaux de La Nouvelle Revue française, avec André Gide, Paul Valéry et Paul Claudel. Il y collabore à deux reprises : de 1912 à 1914, puis de 1926 à 1940. Jean Paulhan fut l'artisan de son retour à la revue, d'où il avait été « banni » par Jacques Rivière, avec lequel il entretenait des rapports difficiles, même si celui-ci l'a défini comme l'un des cinq plus grands écrivains du début du , au même rang qu'André Gide, Paul Claudel, Charles Péguy et Charles-Louis Philippe.

Dans son Journal, en décembre 1944, André Gide écrit :

Suarès et la Bretagne Le premier voyage en Bretagne de Suarès date de 1886 ou 1887 lors d'une visite à son frère. Durant ce séjour, André Suarès demeure principalement dans le Finistère-Sud, il s'est très peu éloigné de Bénodet dont il a exploré les environs. Il visite la Bretagne sur terre et sur mer accompagné de Crozon.

Il semblerait que Suarès n'ait pas eu assez d'argent pour visiter la région comme l'indique Marcel Dietschy :

De prétendues origines celtiques André Suarès nourrissait le fantasme d'origines celtiques. Celui qui nia durant de longues années ses origines juives aurait préféré appartenir au peuple breton. Dans une lettre envoyée à Yves Le Febvre, il affirme :

Il ne se contente pas du sentiment d'attachement à la Bretagne, il cherche une ascendance bretonne qu'il aurait déclaré existante du côté de sa mère qui selon ses dires était « la fille d'une humble paysanne du Finistère et d'un marin breton »Cité par Bernard Duchatelet dans Le Livre de l'Émeraude, Christian Pirot, 1991, .. Plus, dans la lettre du , adressée à Yves Le Febvre, il écrit :

Longtemps, on crut qu'il s'appelait André-Yves Scantrel, preuve qu'il avait réussi à semer le doute sur ses origines à tel point que ses concitoyens finirent par le croire d'ascendance bretonne. Bernard Duchatelet le qualifie même de « vrai faux breton »« Suarès et la Bretagne » in Études sur la Bretagne et les Pays Celtiques, KREIZ2, Brest : Université de Bretagne, 1993, ..

Le Livre de l'Émeraude Publié en 1902, Le Livre de l'Émeraude demeure un chant, un hymne à la Bretagne.

Pour écrire Le Livre de l'Émeraude, Suarès s'inspire de l'estampe japonaise, l'ukiyô-e , nom d'une école picturale qui domine l'art de l'estampe à l'époque d'Edo (1603-1868). L'expression de « monde flottant », ukiyo, apparaît au Moyen Âge dans le vocabulaire bouddhique pour désigner le monde de douleur qu'est la vie humaine avec tout ce qu'elle a de transitoire et d'impersonnel.

Le parallèle entre l'écriture de Suarès et les estampes se confirme à la lecture du , qui est d'ailleurs intitulé « Estampe dans le goût du Japon » : l'écrivain accorde une grande importance non seulement aux couleurs mais aussi aux matières.

L'entre-deux-guerres

Dans les années 1920, il devient, avant André Breton et Louis Aragon, le conseiller principal du grand couturier, collectionneur et mécène Jacques Doucet, qu’il assiste dans la confection de sa bibliothèque et dont il fut l’initiateur.

La rencontre de Doucet avec Suarès en marque le début d’une correspondance régulière, par laquelle l’écrivain est chargé d’informer le « magicien » comme il se plaisait à l’appeler, et de le guider dans ses choix artistiques et littéraires. Cet échange épistolaire constitue une source de première importance, qui apporte un éclairage précieux sur les circonstances de la naissance et l’élaboration de la bibliothèque de 1916 à 1929. La place éminente qu’y a tenue André Suarès se mesure au nombre et à la qualité des ouvrages dédicacés, des manuscrits, et des lettres qui constituent le fonds de la collection de Jacques DoucetCollection de Jacques Doucet, sur sorbonne.fr..

À cette époque, Suarès connaît des problèmes financiers graves et il est expulsé de son appartement. Il reçoit alors le soutien de la comtesse Martine de Béhague qui lui permet d'abriter son mobilier et ses livres dans l'hôtel de Sully, acquis par elle pour le sauver..

Esprit libre qui débat de philosophie, religion, science, politique, peinture , il reçoit le grand prix de la Société des gens de lettres en 1935, puis obtient le grand prix de littérature de l'Académie française.

Pendant l'Occupation En , quelques jours avant l'arrivée des Allemands, Suarès quitte Paris pour Bonnat, dans la Creuse, aidé par Audoux-Desmaisons, la directrice du cours Maintenon. Il y reste plus d'un an. Ses œuvres sont placées sur la « liste Otto ». Il se réfugie ensuite à Antibes, où un couple de résistants, les Girard, l'aide à vivre. Se sachant recherché, il trouve refuge chez son ami le poète Pierre de Massot (qui le fera passer pour son père), à Pontcharra-sur-Turdine près de LyonRobert Parienté, André Suarès et la tentation méditerranéenne (en ligne)..

Œuvre À sa mort, André Suarès laisse inédites et un manuscrit inachevé dans lequel se dessine l’unité de son œuvre, Le Paraclet.

Poète en tous écrits, prophète par vocation, André Suarès n'a cessé de chercher la réalisation intérieure. Écartelé entre le désir d'accomplir son moi et le souci d'intervenir dans les affaires du monde, il a mené une quête fervente de la grandeur. Condottière de la beauté, il a aimé l'Europe dans la diversité de ses génies. Son écriture, brûlant d'un feu souterrain, manifeste une exubérance maîtrisée. Dans ses derniers livres, il pratique une esthétique du discontinu d'une étonnante modernité. Quatre-vingts livres édités de son vivant et une trentaine d’œuvres posthumes — son œuvre est une énorme nébuleuse d’où émergent plusieurs cycles.

On trouve des recueils de poèmes : Airs, Bouclier du Zodiaque, Rêves de l'ombre On trouve également des biographies ou des études consacrées à Tolstoï, Dostoievski, Villon, Ibsen, Pascal, Molière, Mallarmé, Péguy, Stendhal, Baudelaire, Rimbaud, Cervantès, Shakespeare, Goethe ou Napoléon.

À quoi s'ajoutent des récits de voyages, tels Le Voyage du condottière et des portraits de villes, telles Marsiho ou Cité, nef de Paris, mais encore des études sur les grands musiciens, tels Bach, Beethoven, Wagner ou Debussy, ou des tragédies inspirées de l’antique, La Tragédie d'Elektre ou Hélène chez Archimède.

Enfin, Suarès a écrit des pensées et des aphorismes comme Voici l'Homme, Sur la vie, Remarques, Variables, Valeurs et des pamphlets où il prend la défense du capitaine Alfred Dreyfus, combat l’impérialisme prussien et dénonce, dès 1933, les dangers mortels du nazisme et du fascisme dans Vues sur l'Europe.

Anthologies Âmes et visages, De Joinville à Sade, préface et notes de Michel Drouin, Gallimard, 1989 Portraits et préférences, De Benjamin Constant à Arthur Rimbaud, préface et notes de Michel Drouin, Gallimard 1991 André Suarès, le condottière, textes réunis par Claudine Irles et Robert Parienté, Actes Sud, 1998. Idées et visions, préface et notes de Robert Parienté, T.I, Laffont, , 2002 Valeurs, préface et notes de Robert Parienté, T.II, Laffont, , 2002 Miroir du temps, préface et notes de Stéphane Barsacq, Bartillat, 2019 Vues sur l'Antiquité, édition établie, présentée et annotée par Antoine de Rosny, Honoré Champion, 2020 Ainsi parlait André Suarès, dits et maximes de vie choisis et présentés par Antoine de Rosny, éditions Arfuyen, 2020 Ports et rivages, édition établie, présentée et annotée par Antoine de Rosny, Gallimard, 2021 Les Premiers Écrits: Documents et manuscrits, édition de Frédéric Gagneux, Éditions Classiques Garnier, , 2021

Poésie Airs, Mercure de France, 1900 Images de la Grandeur, Jouaust-Cerf, 1901 Bouclier du Zodiaque, L’Occident, 1907 ; Gallimard, 1920 ; avec six poèmes inédits et une présentation de Robert Parienté, Le Cherche midi, 1993 Lais et Sônes, L’Occident, 1909 Cressida, Emile-Paul, 1913 ; réédition : 1926 Amour, gravures sur bois de Louis Jou, Emile-Paul, 1917 Sous le pont de la lune, Emile-Paul, 1925 Haï-kaï d’Occident, Marcelle Lesage, 1926 ; Le Balancier, 1928 Crépuscule sur la mer, Beltrand, 1927 Soleil de jade, Léon Pichon, 1928 Poème du temps qui meurt, dessins d’Antoine Bourdelle, Claude Aveline, 1929 Sur un vieil air, Claude Aveline, 1930 Rêves de l’Ombre, Grasset, 1937 Passion, illustré par Georges Rouault, Ambroise Vollard, 1939 ; avec une préface de François Chapon, Le Cerf, 2005 Hélène chez Archimède, Gallimard, 1949 ; illustré par Pablo Picasso ; Nouveau Cercle parisien du Livre, 1955 Rosalinde sur l’eau, illustré par Jacques Beltrand, Imprimerie nationale, 1950 Antiennes du Paraclet, présentation d’Yves-Alain Favre, Rougerie, 1976 Caprices, présentation d’Yves-Alain Favre, Minard, Les Lettres Modernes, 1977 Poétique, présentation d’Yves-Alain Favre, Rougerie, 1980 Talismans d’Avila, présentation d’Yves-Alain Favre, Rougerie, 1980 Poèmes de Rosalinde sur l’eau, Les Cahiers du Confluent, 1984 Poèmes de la brume, Lieder de Bretagne, édition établie et présentée par Antoine de Rosny, Editions Conférence, 2025

Théâtre Les pèlerins d’Emmaüs, Vanier, 1893 La Tragédie d’Elektre et Oreste, Cahiers de la Quinzaine, 1905 Les bourdons sont en fleur, Emile-Paul, 1917 Polyxène, Claude Aveline, les Cahiers de Paris, 1925 Minos et Pasiphaé, avec un portrait de Georges Rouault, Table Ronde, 1950 Ellys et Thanatos, présentation d’Yves-Alain Favre, Rougerie, 1978 Don Juan, présentation d’Yves-Alain Favre, Rougerie, 1987