Tetrapanax papyrifer, l'Arbre à papier de rizDes bibliothécaires, conservateurs et restaurateurs, tiennent un site web d’échanges de spécialiste à destination de non spécialistes, intitulé « L’Operatorium » sur lequel ils écrivent et de lui préférer papier de moelle. Nous verrons aussi que Cristina Ortega, une experte en arts de la Chine et du Japon, soutient un point de vue semblable ou Aralie à papier de Chine est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Araliaceae. C'est un arbuste originaire de Chine méridionale et de l'île de Taïwan.

Dans la moelle de son tronc sont débitées de fines feuilles qui, humectées, servent à modeler des fleurs artificielles ou qui, séchées, servent de support pour des peintures à l’eau.

Hooker, le botaniste descripteur de Tetrapanax papyrifer, nomma ce support bien qu’en fait il ne soit pas fabriqué à partir d’une pâte à papier constituée de fibres végétales et qu’ensuite, le riz ne fasse pas partie de ses constituants.

La production de feuilles de moelle est apparue vers 1820 dans la région de Hsinchu à Taïwan et fut suivie par la création d’innombrables ateliers de peinture à Hsinchu et sur le continent à Canton, pour produire de la peinture à l’eau sur papier de moelle d’aralie, destinée à l’exportation vers l’Europe, l’Amérique (et le Japon). Ces peintures d’exportation étaient vues comme des cartes postales donnant à voir les costumes, les métiers, des scènes de la vie quotidienne, des spectacles de rue, la faune et la flore chinoise aux occidentaux curieux de découvrir cette civilisation extrême-orientale. L’apogée de cette production artistique se situe vers 1880. Elle déclina lentement par la suite.

Les feuilles de moelle, une fois humidifiées, sont très malléables et peuvent être modelées en fleurs artificielles par des mains expertes. C'est un art délicat bien plus ancien que celui des peintures à l'eau sur papier de moelle.

Nomenclature et étymologie L’espèce a été décrite et nommée en premier Aralia papyrifera (basionyme) par William Jackson Hooker (1785-1865), dans Hooker's Journal of Botany and Kew Garden Miscellany 4:53–54, pl.1–2, en 1852 .

En 1859, Karl Koch (1809-1879) transfère l’espèce du genre Aralia au genre Tetrapanax ; elle prend donc le nom de Tetrapanax papyrifer, dans Wochenschrift für Gärtnerei und Pflanzenkunde 2(47): 371. Alors que les 40 espèces du genre Aralia ont un calice 5-denté, 5 pétales, 5 étamines, un ovaire à 5 (-6) carpelles (parfois 3 par avortement), les espèces du genre Tetrapanax ont 4 (-5) pétales, 4 (-5) étamines et un ovaire à 2 carpelles, 2 styles. Ce sont ces caractères qui ont fait transférer l’espèce dans Tetrapanax.

Le nom de genre Tetrapanax est un nom de latin scientifique créé en 1859 par Carl Koch, composé à partir de deux étymons du grec ancien, le préfixe τετρα- (tetra-) provenant de τέσσαρες (téssares) signifiant « quatre », par allusion aux fleurs tétramères (un caractère spécifique de l'espèce que n'ont pas les Aralia pentamères) et du nom de plante πάναξ, ακος (ὁ) (panax) désignant une plante indéterminée, du grec παν·ακής (pan.akes) « qui guérit tous les maux, panacée » (étymologie selon le MNHN).

L’épithète spécifique latin papyrifer est dérivée de papyrus signifiant « feuille de papyrus (plante) » et du suffixe -fère du latin fero, ferre (« porter ») donc « qui produit du papier » ; tous ces termes latins viennent du grec ancien.

Synonymes Selon POWO, le nom valide Tetrapanax papyrifer compte 6 synonymes :

Aralia papyrifère Crochet. dans J. Bot de Hooker. Kew Gard. Divers 4: 50 (1852) Didymopanax papyrifer (Hook.) K.Koch ex Ed.Otto in Hamburger Garten-Blumenzeitung 18:61 (1862) Echinopanax papyrifer (Hook.) Kuntze dans Revis. Pl. général. 1 : 271 (1891) Fatsia papyrifera (Hook.) Miq. ex Witte à Ann. Hort. Bot. 4:93 (1861) Panax papyrifer (Hook.) F. Muell. dans Fragme. 4 : 122 (1864)

Description vignette|redresse|Œuvre de George Bennett.

L'Aralie à papier de Chine est un arbuste de 3 à 7 m de haut, poussant en touffes serrées. Il est drageonnant c'est-à-dire qu'il s’étend largement par les pousses du système racinaire souterrain, des drageons. Le tronc en général non ramifié, fait jusqu’à de diamètre, la moelle blanche, spongieuse, est homogène et abondante. Le tronc nu se termine par un groupe dense de grandes feuilles, disposées en éventail, un peu à la manière d'un palmier.

vignette|gauche|redresse|Illustration des feuilles, du tronc sectionné mettant en évidence la moelle.

Les feuilles sont portées par des pétioles de 40 à de long, le limbe est orbiculaire, de 50 cm à 90 cm de diamètre, papyracé, profondément lobé palmé avec 5 à 11 lobes primaires, les lobes centraux plus grands et fourchus en Y près de l'extrémité, très nervurées, vert vif, à revers plus pâles et densément ferrugineux ou tomenteux, la marge entière ou grossièrement serrulée.

Le feuillage est persistant ou caduque selon l’intensité du froid hivernal.

vignette|redresse|Inflorescence.

L'inflorescence est une grande panicule d'ombelles hémisphériques à globuleuses près de l'extrémité de la tige. Les fleurs ont 4 (ou 5) petits pétales blancs à jaune clair, densément tomenteux, 4 (ou 5) étamines à filament d’environ , 2 carpelles et 2 styles libres.

Le fruit est une petite drupe, violet foncé à maturité, d’environ de diamètre.

La floraison s’étend de l’hiver au début du printemps (à Taïwan).

Distribution et habitat

Selon POWO, l’aire de répartition naturelle de cette espèce est la Chine centrale et méridionale et Taïwan.

Elle a été introduite et s’est naturalisée au Brésil du Sud, au Japon, en Corée et en Nouvelle-Zélande ainsi qu’en Alabama, Madère, Nouvelle-Calédonie, Norfolk Is., Réunion, Sainte-Hélène. Elle a aussi été introduite presque partout en Chine.

C'est un arbuste ou un arbre qui pousse principalement dans le biome tropical humide. Il préfère un sol riche, frais et bien drainé ainsi qu'une exposition mi-ombragée à ensoleillée. Il tolère les embruns et supporte de brèves gelées jusqu'à ; le feuillage est atteint dès .

Utilisations Peinture à l’eau et fleurs artificielles La moelle coupée en fins rubans a été utilisée pour fabriquer des pansements chirurgicaux, des supports de peinture à l’eau蓪草紙 tōngcǎo zhǐ support de 通草画 tōngcǎo huà ou des fleurs artificielles蓪草花 tōngcǎo huā. Selon le « Manuel de Taiwan, Hong Kong et Macao »《台港澳手册》, l’origine de ces usages remonterait à la période Daoguang (1820-1850) de la dynastie Qing durant laquelle un agriculteur de Hsinchu (à Taïwan), nommé Chen Kuozui, s’étant aperçu que les fines tranches de moelle pouvaient servir à fabriquer des fleurs artificielles, a eu l'idée d'en élargir l’usage comme support de peinture à l’eau. À partir des années 1820, la production de papier de moelle se développa à Taïwan mais l’exportation des peintures sur papier de moelle vers l’extérieur se fit à partir du port de Canton qui se trouve sous la même latitude que le Sud de Taïwan vers l’Europe, l’Amérique et le Japon. Les marchands d’Europe et des États-Unis qui faisaient du commerce en Chine employaient des peintres locaux pour peindre des artisans, des scènes de la vie quotidienne, diverses activités industrielles et des paysages. Les artistes combinaient les thèmes chinois indigènes avec des techniques de perspectives et des jeux de lumières introduits d’Occident.

En raison du succès à l’étranger de ces « peintures d’exportation » (外销画 wàixiāo huà), la production de peinture à l’eau sur papier de moelle de T. papyrifer fut florissante à Hsinchu. Ce fut le quatrième produit d’exportation derrière le thé, le sucre et le camphre de l’île.

Selon une source datée de 1835, de l'autre côté du détroit de Taïwan, il y avait environ 30 magasins vendant des aquarelles sur moelle près de Shisanhang à Canton广州十三行 et employées pour réaliser ces peintures. Les pigments des peintures étaient importés de France. L’apogée de cette activité artistique se situe vers 1880 avant que la photographie ne commence à la concurrencer. Car ces œuvres étaient devenues en quelque sorte les « cartes postales » de cette époque, donnant à voir les conditions sociales et les ressources naturelles de la Chine aux étrangers intrigués par les curiosités de l’Extrême Orient.

Ce « papier » n’est pas à proprement parler du papier : ce sont des feuilles de moelle qui une fois séchées sont extrêmement fragiles et se brisent facilement si on les plie, puisqu’elles n’ont pas de fibres végétales pour maintenir une structure d’ensemble solide et souple. La moelle de l’aralie à papier est constituée d’une structure alvéolaire, formée de cellules de parenchyme spongieuses, non fibreuses, servant à stocker l’eau et les nutriments de la plante. C’est une structure très réactive à l’humidité.

Ces feuilles sont radicalement différentes des feuilles de papier traditionnel chinois qui malgré les dizaines de types différents sont toutes tirées d’une pâte à papier constituée de fibres végétales soigneusement pilonnées, dispersées dans une cuve d’eau par agitation puis prélevées feuille à feuille avec un tamis. Ce papier de moelle n’est d’ailleurs pas cité par les historiens du papier chinois : ni Yi Xiaohui en Chine ni Jean-Pierre Drège en France n’en parlentvoir les références bibliographiques dans Classification des papiers traditionnels chinois ; J-P. Drège répertorie 485 noms de types de papier différents, sans jamais mentionner le papier de moelle 蓪草紙 tongcaozhi « papier de T. papyrifer » (ou autres noms chinois).

Une fois humidifié, ce substrat devient très malléable et peut servir à fabriquer des fleurs artificielles (蓪草花 tongcaohua) sinon les feuilles sèches qui étaient peintes devaient être montées sur un support plus rigide comme une feuille de vrai papier, avant d'ajouter des bandes de soie sur les bords pour compléter le « cadre », après quoi elles étaient ensuite généralement reliées en albums.

Le « papier de moelle » correctement séché est léger, blanc et doux, légèrement translucide, et possède une surface veloutée.

Ce substrat a retenu l’attention du botaniste britannique William Jackson Hooker qui dirigea les Jardins botaniques royaux de Kew de 1841 jusqu’à sa mort. Il donna la première description du basionyme de Tetrapanax papyrifer et indiqua que sa moelle servait à faire ce qu’il nomma du « papier de riz » (Hooker, « On the Chinese Rice-paper » 1852). Ce même article a ainsi popularisé le nom de « Arbre à papier de riz » pour Tetrapanax papyrifer. Confusion regrettable puisque le véritable papier de riz chinois 米紙 mǐzhǐ est un papier d’emballage alimentaire fabriqué avec de la farine de riz, trempée dans l’eau et cuite. Un petit opuscule avec un titre sarcastique « Papiers de riz, pas du papier...pas du riz... » a été publié à cet égard, par Cristina Ortega, une experte en arts de la Chine et du Japon.

Très peu utilisé dans le monde, le papier de moelle a été principalement employé en Chine, comme papier pour la peinture à l’eau et dans la production de fleurs artificielles. Il était encore produit à Taïwan dans les années 1980 mais à très petite échelle. De nos jours, il reste quelques personnes héritières de cette tradition qui essaient de la préserver à Taïwan et dans le Guizhou pour la production de fleurs artificielles en moelle.

Le procédé pour produire ces « feuilles de moelle » consiste à : en hiver, couper les troncs du Tetrapanax papyrifer, âgés de deux à trois ans, en tronçons de 2,50 à de long et les mettre à tremper dans de l’eau courante