Sir Mansfield Smith-Cumming (1859-1923), dit « C », est un capitaine britannique de la Royal Navy, créateur et chef du Secret Intelligence Service pendant la Première Guerre mondiale et la Révolution russe.
Famille Mansfield George Smith, né le à Lee, au sud de Londres, était le douzième des treize enfants – 8 sœurs et 5 frères – du colonel John Thomas Smith (1805-1882), officier du génie royal, et de Maria Sarah Tyser (1816-1887), la fille d'un médecin.
Sa filiation patrilinéaire remontait à John SmytheUne légende datant du siècle (dénuée de fondement si l'on en croit la réfutation étayée que publia John Horace Round au début du siècle), fit de ce John Smythe un descendant de Sir Michael Carrington, prétendument porte-étendard du roi Richard Cœur de Lion lors de la troisième croisade. Une branche de la famille Smith adopta le nom de Carrington au siècle., baron de l'Échiquier au milieu du siècle. Mansfield était le descendant à la sixième génération de Thomas Smith, fondateur en 1658 de la Smith's Bank à Nottingham (Claude Bowes-Lyon, le grand-père maternel de la reine Élisabeth II, était issu par sa mère de la dynastie des banquiers Smith). Au siècle, son trisaïeul, John Smith, frère d'Abel Smith II, exerçait de hautes fonctions à la compagnie des Indes orientales et à la compagnie de la mer du SudJ. Leighton Boyce, Smith's the Bankers 1658–1958 (1958)..
Son père, Fellow de la Royal Society, fut maître de la monnaie à Madras et Calcutta. Il conçut une machine pour frapper et peser les pièces qui fut présentée à l'exposition universelle de 1851.
En 1885, il épousa Johanna Theodora « Dora » CloetePrononciation : « Clerter »., une fille de dix-huit ans issue d'une riche famille de vignerons afrikaners de la colonie du Cap. Sa femme mourut à l'automne 1887 d'une septicémie à Londres.
thumb|Armes du clan Cumming.
Le , il se remaria avec Leslie Marion « May » Valiant Cumming, fille d'un capitaine de la Royal Navy et d'une écossaise du clan Cumming, héritière des barons de Logie, dans le Morayshire. Mansfield Smith ajouta le patronyme de son épouse au sienAndrew, Christopher. "Cumming, Sir Mansfield George Smith (1859–1923), intelligence officer." Oxford Dictionary of National Biography.. Il finit par se faire appeler simplement « Cumming ».
Le couple eut un fils, Alastair (1889-1914), mort à côté de La Ferté-sous-Jouarre, dans un accident de voiture qui coûta une jambe à son père.
Carrière dans la Royal Navy À l'approche de ses treize ans, en 1872, Mansfield Smith fut inscrit au Royal Naval College de Dartmouth, dans le Devon. Sa formation eut lieu sur le , le navire d'entraînement des cadets.
En 1874, il embarqua sur une corvette et vogua vers l'Extrême-Orient, passant par Gibraltar, Malte, Suez, Aden, Bombay, Singapour, Manille, Hong Kong et Shanghaï. L'hiver suivant, il participa à une expédition punitive dans le détroit de Malacca contre des natifs du Perak, qui avaient assassiné le résident de la colonie britannique.
Il rejoignit en 1877 le , sous le commandement de John Fisher. Après quelques mois dans les Caraïbes, son équipage partit pour la Nouvelle-Écosse. Promu sous-lieutenant, Smith retourna en Angleterre afin d'y suivre des cours d'artillerie.
Au printemps 1880, il embarqua sur un torpilleur, le HMS Hecla, pour des essais en Méditerranée. À l'été 1881, il navigua sur un yacht royal, le HMY Victoria and Albert. Il fut décoré pendant la guerre anglo-égyptienne pour le soutien logistique qu'apporta son navire, sans qu'il ne vît de combat.
Smith intégra l'Old Royal Naval College de Londres, où il fit la connaissance en 1884 du prince de Galles – futur George V –, avec lequel il joua au billardL'anecdote est tirée du journal du souverain, à la date du 12 décembre 1884. En 1916, mentionnant dans son journal un entretien avec Smith-Cumming, qui lui raconta « quelque chose d'intéressant », George V précisa qu'ils avaient fréquenté le même collège.. Il servit ensuite à bord du HMS Raleigh, sous le commandement d'Arthur Wilson. Mansfield Smith se maria en Afrique du Sud et quitta le service actif, officiellement pour des raisons de santé.
Tout en s'occupant du domaine de sa seconde femme en Écosse, il entra au service de Lord Brabazon, d'abord en tant que secrétaire personnel à Londres, puis en tant qu'agent en Irlande à partir de 1894.
Mansfield Cumming reprit le service dans la Royal Navy en 1898, recevant la mission de superviser la « boom defence » de Bursledon, à proximité du port de Southampton. Sa tâche consistait à préparer des obstacles (des câbles et de filets) dans l'éventualité d'une invasion, tout en effectuant quelques missions de renseignement à l'étranger.
En 1902, sur proposition du baron Montagu de Beaulieu, il fut élu membre du Royal Automobile Club. Il participa l'année suivante à la course Paris-Madrid, à bord d'une Wolseley pilotée par Sidney Girling (ils abandonnèrent après une collusion avec un mur aux alentours de Chartres).
En 1905, la direction du renseignement de l'amirauté lui fit effectuer plusieurs visites en Allemagne, pour examiner des moteurs Diesel. Promu au grade de commandant, il devint membre du Royal Aero Club en 1906.
Chef du Secret Service En 1909, les « espions du Kaiser » (titre d'un roman à succès de William Le Queux) inquiétaient l'opinion publique. Le bureau de la Guerre demanda que fût créé un service de renseignement militaire, capable d'agir à l'étranger comme sur le sol britannique.
Il existait déjà une section de contre-espionnage, la Special Branch de la Metropolitan Police, qui luttait contre la Fraternité républicaine irlandaise.
En , le commandant Cumming reçut une lettre de l'amiral Bethel – directeur du renseignement de l'amirauté –, qui avait « quelque chose de bien » à lui proposer. Il lui demanda de co-diriger le Secret Service Bureau, un nouvel organisme dépendant à la fois du bureau des Affaires étrangères (qui le finançait), du bureau de la Guerre et de l'amirauté.
Le Secret Service fut divisé en deux : une section pour la sécurité intérieure (y compris de l'Empire colonial), dont s'occupa Vernon Kell « K », et une section focalisée sur l'étranger, que dirigea Mansfield Cumming « C ». Deux Sea Lords, les amiraux John Fisher et Arthur Wilson, appuyèrent sa nomination.
Le département du renseignement naval continua d'employer ses propres espions, court-circuitant « C ». À l'été 1910, deux marins britanniques, Bernard Trench et Vivian Brandon, furent arrêtés sur l'île de Borkum à l'intérieur d'une base de la Kaiserliche Marine. Ils furent condamnés à quatre ans de prison. L'été suivant, au moment de la crise d'Agadir, Cumming envoya Bertrand Stewart dans le port de Brême, où il fut à son tour arrêté pour espionnage. La presse internationale se fit l'écho des deux affaires.
Le Kaiser les libéra en 1913, à l'occasion du mariage de sa fille Victoria-Louise de Prusse avec Ernest-Auguste de Brunswick, cousin de la famille royale britannique (George V assista au mariage à Berlin)Après sa libération, Bertrand Stewart accusa Cumming de l'avoir envoyé dans un piège et lui réclama de l'argent, jusqu'à sa mort à la bataille de la Marne en 1914..
Implantation à l'étranger Disposant d'un budget encore très limité, « C » passa la fin de l'année 1909 dans son bureau de Westminster, à apprendre l'allemand. Il recruta ses premiers agents, eux aussi identifiés par des lettres, pour obtenir des renseignements sur les chantiers navals allemands et les usines d'armement (notamment celles de Krupp).
À Bruxelles, Henry Dale Long (« L ») dirigeait une équipe de quatre agents« C » lui acheta de prétendus plans d'invasion et de faux documents cryptanalytiques. Il payait ses agents selon leurs résultats, ce qui les incitaient à ce type de combines. Richard Tinsley (« T »), ancien de la Royal Navy reconverti dans les affaires, l'informait depuis le port de Rotterdam. À Hambourg et Saint-Pétersbourg, Cumming recourait aux services de Sidney Reilly. Il recevait aussi des renseignements de Rome, de Berne, de Copenhague, d'Oslo et de Stockholm.
Francophone, il se rendit à Paris en , pour établir une liaison avec le bureau. Mansfield Cumming obtint son certificat de pilote en 1913, à cinquante-quatre ans, après une formation à Étampes sur un biplan Farman. John Spottiswoode, un agent recruté au Royal Aero Club, le renseigna sur les vaisseaux Zeppelin.
À la veille de la guerre, le banquier Alfred de Rothschild mit à sa disposition une réserve de livres et de marks, pour l'aider à financer ses opérations.
Première Guerre mondiale À partir d', le renseignement militaire fut organisé par le Grand Quartier Général du Corps expéditionnaire britannique, installé à Saint-Omer.
Le , Mansfield Cumming fut victime d'un grave accident avec son fils Alastair à côté de La Ferté-sous-Jouarre, alors qu'ils revenaient d'une visite sur le front. Leur Rolls-Royce s'écrasa à pleine vitesse contre un arbre. Son fils, au volant du véhicule, fut mortellement blessé à la tête. « C », coincé dans la carcasse, aurait essayé, pour se dégager de son siège, de découper avec un canif son pied droit broyé par le choc, avant de s'évanouir. Il fut amputé à l'hôpital de Meaux.
De retour à Londres, Mansfield Cumming reprit le travail, avec une canne et un fauteuil roulant. On lui posa ensuite une prothèse. Pour impressionner ses interlocuteurs, il lui arrivait de planter son canif dans sa jambe artificielle.
Durant la Première Guerre mondiale, les effectifs du département de Cumming s'étendirent considérablement. Il fut intégré au MI1 du bureau de la Guerre en 1916. « C » mobilisa des agents dans les pays neutres frontaliers de l'Empire allemand – la Suisse et les Pays-Bas –, sous la direction opérationnelle du capitaine Henry Landau (un sud-africain qui avait combattu le Royaume-Uni pendant la guerre des Boers) puis de Claude Dansey. En Belgique, une liaison fut établie avec le réseau de la « Dame blanche », qui surveillait les mouvements des troupes du Kaiser.
Jusqu'à l'entrée des États-Unis dans le conflit, William Wiseman, le chef de la station de New York, déboursa L'equivalent d'un million et demi de dollars d'aujourd'hui. pour financer la propagande alliée.
Révolution bolchévique Le charismatique confident de la tsarine, Grigori Raspoutine, incarnait aux yeux des Britanniques une « force sombre » risquant de détourner l'Empire russe de la guerre contre l'Allemagne. Un agent de « C », Oswald Rayner, participa à l'assassinat de Raspoutine en . Samuel Hoare, chef de la station de Saint-Pétersbourg, envoya à Londres un télégramme annonçant le meurtre.
Au début de la Révolution russe, en , Cumming rappela Samuel Hoare et le transféra à Rome. Il fut remplacé par Ernst Boyce, assisté par le capitaine Hill (« IK8 »). À l'automne, après la prise du palais d'Hiver, le Premier ministre David Lloyd George envoya Robert Bruce Lockhart pour rencontrer les autorités bolchéviquesIl se rapprocha de Pierre Kropotkine..
En , Sidney Reilly se rendit également à Moscou, conspirant avec Lockhart et Boris Savinkov contre Vladimir Lénine et Léon Trotsky. Après l'assassinat de la famille impériale, tandis que débutait l'intervention alliée en Russie, Lockhart et Boyce furent arrêtés par la Tchéka et emprisonnés, avant d'être rapatriés en échange de la libération de Gueorgui Tchitcherine et Maxime Litvinov. Le capitaine Hill continua de mener des opérations de sabotage depuis la Finlande, tandis que Sidney Reilly aida l'Armée blanche à collecter des renseignements sur l'Armée rouge.
Un autre agent, Paul Dukes – « l'homme aux mille visages » –, fut anobli en 1920 par le roi George V, qui le reçut avec « C » au palais de Buckingham pour écouter le récit de ses exploits en Russie.
En 1922, Mansfield Cumming écarta Sidney Reilly du fait de ses liens avec Boris Savinkov. Victime de l'opération Trust, Reilly fut capturé en 1925 par le NKVD et exécuté sur ordre de Joseph Staline.
Bloody Sunday