La croix de Ruthwell est un monument d’art insulaire élevé par les Anglo-Saxons à Ruthwell, ville écossaise faisant alors partie du royaume de Northumbrie.

L’érection du monument date vraisemblablement du : La plupart des autres datations la situe avant plutôt qu’après cette période.. Présenté aujourd’hui comme une haute croix, , avant sa restauration en 1818 par Henry Duncan. Elle se dresse depuis 1887 dans l’abside de l’église de Ruthwell.

La croix mesure de haut, et possède l’un des plus grands bas-reliefs anglo-saxons préservés. Elle présente, outre des textes latins, des inscriptions en alphabet runique proches de vers extraits du poème The Dream of the Rood (vers 29–64), parfois décrit comme l’un des plus vieux poèmes en vieil anglaisCela dépend des datations de la croix elle-même, et des inscriptions runiques qui ont peut-être été réalisées ensuite (voir le développement). Les plus anciens manuscrits anglo-saxons de poésies sont probablement deux manuscrits de Bède le Vénérable qui contiennent l’Hymne de Cædmon, et sont datées du : le Bède de Moore et le Bède de Saint-Pétersbourg. ; il s’agit peut-être d’un ajout postérieur à la réalisation du monument.

Histoire

La croix de Ruthwell est dressée dans l’église de Ruthwell, qui a été bâtie autour d’elle. On ne sait si elle se dressait dans un cimetière ou de manière indépendante auparavant. Elle échappe à la destruction lors de la Réforme écossaise au , mais l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse ordonne en 1662 que de nombreux monuments d’adoration religieuse soient « abattus, démolis et détruits ». Il faut deux années cependant après la promulgation de la loi pour que le « monument d’idolâtrie de Ruthwell » soit abattuOn suppose qu’il s’agit de la croix de Ruthwell, même si cela n’est pas établi avec certitude. Voyez .. La croix a été brisée, et certaines des figures gravées ont presque été effacées, et la croix est laissée là où elle est tombée, dans l’église sans autel, et utilisée semble-t-il comme banc. Plus tard, elle est déplacée dans le cimetière.

En 1818, Henry Duncan récupère les pièces présentes, et les rassemble, ajoutant deux traverses (les originales étant perdues) et bouchant les trous avec de petites pierres. Il est convaincu de reconstruire un monument « papiste » (, donc catholique romain), et a basé son travail sur « des dessins de reliques papistes similaires » ; il laisse de côté le motif vieux-médiéval de Paul et Antoine rompant le pain dans le désert, qu’il considère « fondé sur une tradition papiste ».

Figures nord–sud Les deux principales faces de la croix (nord et sud) présentent des bas-reliefs chrétiens, accompagnés d’inscriptions latines ; il s’agit probablement d’une composition unique. Les interprétations de certaines figures restent débattues.

La face principale (au nord) représente soit un Christ marchant sur les bêtes, sujet populaire de l’iconographie anglo-saxonne, soit une de ses rares variantes pacifiques : un Christ reconnu par les bêtes dans le désert, comme suggéré par l’inscription latine qui flanque la figure : (). La représentation est en tout cas proche de celle de la face principale de la croix de Bewcastle, possiblement réalisée par les mêmes artistes. Plus bas se trouve en premier lieu : un Saints Paul et Antoine tous deux ermites rompant le pain dans le désert, comme l’indique l’inscription qui l’accompagne « » ; puis, soit une Fuite en Égypte, soit un Retour en Égypte ; puis enfin en bas une scène trop usée pour être identifiée avec certitude, probablement une Naissance du Christ.

Sur la face sud, la plus grande scène représente Marie-Madeleine essuyant les pieds du Christ avec l’inscription « »(voir et ).

En dessous, une Guérison de l’homme né aveugle avec l’inscription « » (), une Annonciation marquée « » () et enfin une Crucifixion qui semble d’après son style largement postérieure.

Le monument a été brisé au-dessus des plus grandes scènes. Deux sections ne sont peut-être pas restaurées dans le bon sens. Restauré au-dessus de la grande scène du côté nord, se trouve soit Jean le Baptiste tenant un agneau, soit Dieu le père tenant l’agneau de Dieu et ouvrant un livre ().

Au-dessus (et après une autre pause), se trouvent deux nouvelles figures des quatre Évangélistes (que l’on repère par leurs symboles), : Matthieu sur la partie basse, et Jean sur le bras haut ; les côtés et la cocarde centrale sont des remplacements, et leur dessin original est inconnu.

Sur le côté sud, Marthe et Marie (avec l’inscription) est suivi d’un archer, sujet à controverses, lui donne une explication purement décorative., sur le petit bras de la croix, et d’un aigle sur son bras supérieur.

Polémique sur la croix Dans un essai de 1998 intitulé , Fred Orton étudie une note écrite par Reginald Bainbrigg à William Camden en 1600 dans le cadre de sa nouvelle édition de 1586 de la Britannia : . Orton est également convaincu que la pièce est faite de deux types de pierre : cette idée :

Inscriptions runiques

Des inscriptions runiques sont gravées de chaque côté des entrelacs de vigne. Elles sont décrites pour la première fois à la fin du par Reginald Bainbrigg, un antiquaire spécialiste des inscriptions anciennes du nord de l'Angleterre. Il en réalise une copie pour une réédition de l'ouvrage Britannia, de William Camden, parue en 1607. Un siècle plus tard, le Thesaurus de George Hickes (1703) comprend une nouvelle copie des runes de la croix de Ruthwell, réalisée par William Nicolson. Le texte runique apparaît encore dans l'Itinerarium septentrionale d'Alexander Gordon en 1726 et dans le Vetusta Monumenta de Richard Gough en 1789..

Au début des années 1830, l'Islandais Thorleif Repp identifie les runes de la croix de Ruthwell comme appartenant à un système distinct du futhark germanique. Il ne parvient cependant pas à découper correctement les mots de l'inscription et propose une reconstitution confuse qui mentionne deux lieux inexistants, la « vallée d'Ashfardr » (Ashlafardhal) et le monastère de Therfuse. Ses découvertes sont publiées en 1833 par le révérend Henry Duncan, le curé de Ruthwell. Quelques années plus tard, en 1837, l'Islandais Finn Magnussen tente à son tour de reconstituer le sens de l'inscription, pour un résultat tout aussi éloigné de la vérité qui mélange allègrement plusieurs langues germaniques distinctes..

Le premier à comprendre la nature chrétienne du texte de la croix est John Mitchell Kemble, qui avance en 1840 une lecture faisant référence à Marie-Madeleine. Il réalise la transcription la plus connue de Dream of the Rood en 1842. ᛣᚱᛁᛋᛏ ᚹᚫᛋ ᚩᚾ ᚱᚩᛞᛁ ᚻᚹᛖᚦᚱᚨ / ᚦᛖᚱ ᚠᚢᛋᚨ ᚠᛠᚱᚱᚪᚾ ᛣᚹᚩᛗᚢ / ᚨᚦᚦᛁᛚᚨ ᛏᛁᛚ ᚪᚾᚢᛗ (vieil anglais) (anglais contemporain) Le Christ était sur la croix. Pourtant / les braves étaient venus de loin / à leurs seigneurs.

Sa lecture revisitée se base sur le poème présent dans le Livre de Verceil, où il va puiser les mots manquants. cette révision, en se basant sur le fait que Kemble avait une

considèrent que les runes, à l’inverse de l’inscription latine, sont des ajouts postérieurs, possiblement après le . les runes ont été sculptées alors que la croix avait déjà été dressée. Conner se dit d’accord avec cette interprétation, et ajoute que l’inscription runique n’est pas une formule commémorative habituelle ; au contraire, il assimile le contenu de l’ajout runique en relation avec les prières utilisées dans l’adoration de la croix au , et date en conséquence le poème de cette période, largement postérieure à la création du monument.

Informations externes

Page d’information sur le site historic-scotland.gov.uk

Lectures en rapport

Bibliographie

Article connexe

Art insulaire

Sources

Compléments Traductions

Notes

Ruthwell Catégorie:Art anglo-saxon Catégorie:Monument en Écosse