Ignaz Philipp Semmelweis (en ), né le à Buda (qui fait aujourd'hui partie de Budapest en Hongrie) et mort le à Döbling près de Vienne, est un médecin obstétricien hongrois qui œuvra pour l'hygiène des mains.
Il démontra l'utilité du lavage des mains après la dissection d'un cadavre, avant d'effectuer un accouchement. Il démontra également que le lavage des mains diminuait le nombre des décès causés par la fièvre puerpérale des femmes après l'accouchement. Jusqu'alors les médecins accoucheurs essayaient en vain de comprendre d'où venaient les fièvres en faisant de nombreuses autopsies. Les thèses de Semmelweis furent violemment rejetées par ses pairs refusant d'admettre que leurs actions étaient à l'origine d'une surmortalité. Semmelweis fut finalement interné dans un asile où il mourut dans des circonstances troubles, probablement battu par les gardiens.
Biographie Formation Cinquième enfant d'un épicier prospère d'origine allemande, Ignace Semmelweis naît à Tabán, alors le vieux quartier commerçant serbe (Rácváros) de Buda. Il étudie d'abord au lycée catholique (Egyetemi Katolikus Gimnázium) de Buda, puis, de 1835 à 1837, continue ses études à l'université de Pest, où il obtient une licence en droit. Son père souhaitant qu'il poursuive dans cette voie pour devenir avocat militaire au service de l'administration autrichienne, il se rend à Vienne, à l'automne 1837, pour s'inscrire à la . Peu après son arrivée, il assiste, à l'hôpital de cette ville, à l'autopsie d'une femme morte de fièvre puerpérale, ce qui décide de sa vocationEncyclopaedia Universalis Thesaurus : Semmelweis.. Il s'inscrit alors à la faculté de médecine, sans apparente opposition de ses parents.
Affecté par les railleries de ses camarades autrichiens qui se moquent de son accent hongrois, Semmelweis retourne à Pest en 1839 à l'issue de sa première année pour y poursuivre ses études médicales. Mais déçu par les conditions archaïques qui règnent alors dans cette université, il revient à Vienne, en 1841, s'inscrivant à ce qui allait être connu sous le nom de Seconde École de Médecine de Vienne. Cet établissement combine l'étude en laboratoire et la pratique au chevet du malade, et devint un des centres majeurs d'étude de la médecine pendant la seconde partie du Lesky E., . Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1976.. Pendant ses deux dernières années, il a parmi ses professeurs Carl von Rokitansky, Joseph Škoda et Ferdinand von Hebra, avec lesquels il noue des liens étroits. À la recherche d'un sujet de thèse, il commence à s'intéresser aux plantes médicinales et à leur classification et rédige un mémoire sur La Vie des plantes où il expose leurs vertus thérapeutiques.
Semmelweis soutient cette thèse portant sur la botanique, au début de 1844, et, son diplôme obtenu, il reste à Vienne pour suivre de nouveau un cours de deux mois en obstétrique pratique, spécialité pour laquelle il reçoit une maîtrise. Il complète sa formation chirurgicale et passe presque quinze mois (d' à ) à étudier avec Škoda les méthodes de diagnostic et les statistiques. Après quoi il devient médecin assistant au premier service d'obstétrique de l'hôpital général de Vienne, où se dispense l'enseignement hospitalier de l'université.
Découverte de l'importance de l'hygiène vignette|Page de garde de l'œuvre majeure de Semmelweis : L'étiologie, la signification et la prophylaxie de la fièvre puerpérale, 1861. C'est là que Semmelweis commence à étudier les causes de la fièvre puerpérale, malgré la résistance de ses supérieurs qui croient impossible de la prévenir, l'attribuant au confinement, à la promiscuité, à la mauvaise aération ou au début de la lactation. En , Semmelweis est nommé chef de clinique dans ce même service, dirigé alors par le professeur (1788-1856).
Parmi ses nombreuses tâches, le problème le plus pressant qui se pose à lui est le taux de 13 % de mortalité maternelle et néonatale due à la fièvre puerpérale. En , ce taux atteignit 18 % Noskin G, Peterson L., « Engineering Infection Control through Facility Design » Emerging Infectious Diseases 2001, .. Le fait est connu, et bien des femmes préfèrent accoucher dans la rue plutôt qu'à l'hôpital. Curieusement, le deuxième service, dirigé par le professeur Bartsch, a, pour la même maladie, un taux de mortalité de 3 % seulement, alors que ces deux services sont situés dans le même hôpital et emploient les mêmes techniques. La répartition des parturiantes est a priori identique, puisque l'admission dans l'un ou l'autre des services est basée sur le jour de la semaineStewardson A, Pittet D, Ignác Semmelweis—celebrating a flawed pioneer of patient safety, Lancet, 2011, , .. La seule différence est le personnel qui y travaille : le premier sert, comme cela a été dit plus haut, à l'instruction des étudiants en médecine, tandis que le second a été choisi, en 1839, pour la formation des sages-femmes.
Semmelweis émet plusieurs hypothèses, successivement réfutées par ses observations ou ses expériences : une épidémie, l'atmosphère putride (ce qui semble le plus sensé dans la conception médicale de l'époque), puis le régime alimentaire ou des soins différents. Il va même jusqu'à penser que les actes médicaux réalisés par les étudiants (qui œuvrent dans cette première clinique) sont de mauvaise qualité, ou encore que la position lors de l'accouchement, différente dans les deux endroits, influe sur le nombre de décès.
gauche|250px|vignette|Taux de mortalité par fièvre puerpérale avant et après utilisation d'hypochlorite de calcium.
C'est en 1847, que la mort de son ami , professeur d'anatomie, lui ouvre enfin les yeux : Kolletschka meurt d'une infection après s'être blessé accidentellement au doigt avec un scalpel, au cours de la dissection d'un cadavre. Sa propre autopsie révèle une pathologie identique à celle des femmes mortes de la fièvre puerpérale. Semmelweis voit immédiatement le rapport entre la contamination par les cadavres et la fièvre puerpérale, et il étudie de façon détaillée les statistiques de mortalité dans les deux cliniques obstétriques. Il en conclut que c'étaient lui et les étudiants qui, depuis la salle d'autopsie, apportent sur leurs mains les particules de contamination aux patientes qu'ils soignent dans la première clinique. À l'époque, la théorie des maladies microbiennes n'a pas encore été formulée, c'est pourquoi Semmelweis conclut que c'est une substance cadavérique inconnue qui provoque la fièvre puerpérale. Il prescrit alors, en , l'emploi d'une solution d'hypochlorite de calcium pour le lavage des mains entre le travail d'autopsie et l'examen des patientes ; le taux de mortalité chute de 12 % à 2,4 %, résultat comparable à celui de la deuxième clinique.
Il demande que ce lavage à l'hypochlorite soit étendu à l'ensemble des examens qui mettent les médecins en contact avec de la matière organique en décomposition. Le taux de mortalité chute alors encore, pour atteindre 1,3 %.
Rejet par l'institution médicale Malgré un résultat aussi spectaculaire, Semmelweis refuse de communiquer officiellement sa méthode aux cercles savants de Vienne. Il n'a pas envie non plus de l'expliquer sur le papier, et c'est Ferdinand von Hebra qui, finalement, écrit deux articles expliquant l'étiologie de la fièvre puerpérale et recommandant expressément l'usage de l'hypochlorite de calcium en prévention. Mais, bien que des médecins étrangers et les principaux membres de l'École viennoise aient été impressionnés par cette découverte, les articles n'apportent pas un large soutien à Semmelweis. Ses observations vont contre l'opinion qui prévaut alors chez les scientifiques, lesquels (parmi d'autres opinions qui sont, elles aussi, abandonnées par la suite) attribuent les maladies à un déséquilibre dans le corps des « quatre humeurs fondamentales », une théorie connue sous le nom de dyscrasie. Le protocole de lavage des mains prôné dans les articles est lourd : il doit durer au moins cinq minutes et utilise une solution à base de chlore qui pouvait être irritante. De plus, les médecins n'ont aucune envie d'avouer qu'ils étaient responsables de tant de morts.
Semmelweis donnera son nom à l'effet Semmelweis, décrit comme une tendance naturelle à rejeter de nouvelles preuves ou de nouvelles connaissances parce qu'elles vont à l'encontre des normes, des croyances ou des paradigmes précédemment établis.
En 1848, Ignace Semmelweis étend l'usage de son protocole prophylactique en faisant nettoyer tous les instruments entrant en contact avec les parturientes, et il montre, grâce aux statistiques, qu'il a réussi à presque éliminer la fièvre puerpérale de la salle d'hôpital, ce qui conduit Škoda à vouloir créer une commission officielle pour examiner et rendre publics ces résultats. Cette proposition est pourtant rejetée par le ministère de l'Instruction publique pour des raisons de querelles politiques au sein de l'université et de la bureaucratie gouvernementale, entre les libéraux battus de 1848 et les conservateurs venus au pouvoir. Irrité par les rapports favorables qui remettent indirectement en cause ses convictions et ses actes, Johann Klein refuse de renouveler la nomination de Semmelweis dans son service d'obstétrique, en Frederick Sweet, Professor, Washington University School of Medicine, Saint-Louis (Missouri).. Sans se laisser impressionner, Semmelweis pose sa candidature à un poste de professeur non rémunéré (privatdozent) en obstétrique, mais son passé de militant libéral est sans doute une des raisons qui font ajourner sa candidature. Pour démontrer la validité de ses conclusions cliniques, Semmelweis commence des expériences avec des animaux, assisté du physiologiste Ernst Brücke et avec l'accord de l'Académie des Sciences de Vienne.
Le premier compte rendu de la découverte de Semmelweis est publié par le professeur Ferdinand von Hebra, en , dans le Zeitschrift der kaiserlich-königlichen Gesellschaft der Ärzte zu Wien, suivi par un exposé supplémentaire du même médecin, en . En , Škoda prononce un discours sur ce sujet à l'Académie Impériale et Royale des Sciences. Malheureusement, Semmelweis a négligé de corriger les papiers de ses deux amis, et . On réussit pourtant enfin à convaincre Semmelweis qu'il doit présenter lui-même sa découverte Sur l'origine de la fièvre puerpérale à la communauté médicale de Vienne. Le , il donne une conférence devant l'Association des Médecins à Vienne sous la présidence de Rokitansky, discours suivi d'un second le . Au mois d'octobre suivant, il reçoit sa nomination de privatdozent en obstétrique, qu'il attendait depuis plus d'un an, mais le décret gouvernemental stipule qu'il doit enseigner avec un mannequin, condition qui lui paraît quelque peu humiliante. En butte à des difficultés financières, et peut-être aussi découragé, il quitte brusquement Vienne pour Pest, sans même avoir prévenu ses amis les plus proches. Cette décision hâtive anéantit ses chances de convaincre peu à peu les sceptiques viennois, alors qu'il dispose du soutien de partisans dévoués tels que Rokitansky, Škoda, Hebra et d'autres collègues encore.
Dans la littérature francophone En 1853, cette expérience a été rapportée en France dans le Journal des connaissances médicales pratiques:
Retour en Hongrie En Hongrie, Semmelweis est chargé de diriger la maternité de l'hôpital Saint-Roch à Pest de 1851 à 1857. Sa politique de lavage des mains et du matériel y abaisse à 0,85 % le taux de mortalité due à la fièvre puerpérale et Il se maria, eut cinq enfants et se constitua une importante clientèle privée. Il occupa la chaire d'obstétrique théorique et pratique à l'université de Pest en et refusa, en 1857, l'offre qu'on lui faisait d'une chaire d'obstétrique à Zurich. Vienne, cependant, lui restait toujours complètement hostile.