Un orléans-cléry est un vin rouge français d'appellation d'origine contrôlée (AOC) et d'appellation d'origine protégée (AOP) produit dans le département du Loiret (région Centre-Val de Loire). Il appartient à la région viticole de la vallée de la Loire.
L'appellation concerne le territoire de cinq communes du Loiret située à l'ouest de la ville d'Orléans sur la rive gauche de la Loire : Cléry-Saint-André, Mareau-aux-Prés, Mézières-lez-Cléry, Olivet et Saint-Hilaire-Saint-Mesmin. Elle se trouve au sein d'une autre appellation plus vaste, celle d'orléans, les cépages utilisés étant différents.
L'orléans-cléry, obtenue en 2006, est l'une des trois AOC viticoles de l'Orléanais avec l'orléans et les coteaux-du-giennois.
L'Orléanais, dont l'orléans-cléry, est associé au vignoble de la Touraine (parfois comme « vignoble limitrophe ») dans certains sites et ouvrages de référence, mais pas systématiquement.. Il appartient à la région viticole de la vallée de la Loire.
La surface de vignes représente 9 hectares (moyenne 2022-2024), avec comme seul cépage autorisé le cabernet franc N.
Histoire vignette|Page de couverture de l'ouvrage du poète Simon du Rouzeau, 1605.
Moyen Âge Il semble que les moines de l'abbaye Saint-Mesmin de Micy aient produit du vin dès le début du . À la même époque, Grégoire de Tours mentionne la présence de viticulture dans la province de l'Orléanais.
Au , le roi de France saint Louis, fait exploiter par son personnel un vignoble à Chécy.
Époque moderne Durant l'époque moderne et pour diverses raisons, le vignoble connait une importante extension, sous forme de quasi-monoculture de Châteauneuf-sur-Loire à l'est jusqu'à Beaugency à l'ouest. Le Domaine royal français, très restreint à l'époque, se tourne donc naturellement vers le vignoble orléanais. De plus, ce dernier est chargé d'approvisionner la ville de Paris en vin. En effet, en 1577, le Parlement de Paris promulgue une loi interdisant aux Parisiens l'achat de vins produits à moins de de la capitale, la production orléanaise est alors augmentée pour satisfaire la demande. Le transport du vin vers la capitale en grande quantité est favorisé par la courte distance () sur terrain plat, le pavage de la route de bout en bout dès 1577 (tronçon de l'actuelle route nationale 20) et la construction du canal de Briare ouvert en 1642 (reliant la Loire à la Seine par la vallée du Loing). L'augmentation de la production s'effectue au détriment de la qualité.
Il semble que la table royale s'approvisionne en vins de la vallée de la Loire jusqu'au . Pour tenter de limiter la consommation excessive qu'en fait Henri IV, roi de France de 1589 à 1610, son médecin et conseiller Joseph du Chesne écrit en 1606 dans son pourtraict de la santé : La cour semble délaisser peu à peu le vin orléanais sous Louis XIII qui règne de 1610 à 1643. L'avis du roi est suivi par l'aristocratie qui à son tour opte pour les vins de Champagne puis de Bourgogne, ce qui a pour effet de spécialiser l'Orléanais dans la production de vins médiocres et bon marché.
thumb|left|Page de couverture de l'ouvrage du chanoine Boullay, 1712 Le premier quart du est marqué par la publication de trois éditionsLa date de la première édition de l'ouvrage du chanoine orléanais Jacques Boullay Manière de bien cultiver la vigne dans le vignoble d'Orléans n'est pas précisément connue, les deux autres datent de 1712 et 1723. de l'ouvrage du chanoine orléanais Jacques Boullay de Saint-Pierre-Ampon intitulé Manière de bien cultiver la vigne dans le vignoble d'Orléans ; . À cette époque, la qualité du vin orléanais continue de décliner, les classes bourgeoises, propriétaires des vignobles, n'accordent qu'une confiance limitée aux pratiques agricoles des vignerons qui exploitent leurs vignes. Jacques Boullay s'improvise donc professeur et médiateur, en dénonçant les . Sa démarche sera très critiquée par les cultivateurs et sa personne s'en trouvera menacée.
Dans son dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France paru en 1768, l'abbé Louis-Alexandre Expilly de La Poipe décrit le vignoble d'Orléans comme l'un des plus vastes de France (dix à onze lieuesLa lieue métrique vaut 4 km. d'étendue). Il couvre 25 à 30 communes entre Beaugency et Jargeau. Plusieurs vins blancs y sont produits dont notamment le Gennetin à Saint-Mesmin et les vins de Marigny et Rebréchien. Parmi les vins rouges, surnommés Auvernat car probablement issu d'un cépage venu d'Auvergne, sont nommés ceux de Saint-Denis-en-Val, La Chapelle, Fourneaux et Saint-Ay.
En 1770, le chanoine orléanais, Jean-François Colas de la collégiale Saint-Aignan, publie à son tour un traité, Le manuel du cultivateur dans le vignoble d'Orléans, sur un ton plus neutre et moins accusateur.
Époque contemporaine Dès le et jusqu'au milieu du , Orléans devient un port fluvial de transit pour les vins d'autres régions, de l'amont comme de l'aval (Touraine, Anjou, puis Pays nantais) de la Loire, mais aussi de Bourgogne et du Haut-Beaujolais (les actuels crus du Beaujolais). Les vins ayant tourné étaient alors transformés en vinaigre (« vin aigre »), qui est depuis une des spécialités de la ville.
Au début du , l'œnologue français André Jullien dans son ouvrage Topographie de tous les vignobles connus paru en 1816 dresse un état des lieux du vignoble orléanais. La superficie des vignobles du département du Loiret est estimée à pour une récolte de dont sont consommés par les autochtones, le reste étant exporté sous l'appellation vin d'Orléans80. Parmi les vins rouges dits de première classe, on trouve à l'Ouest d'Orléans ceux du lieu-dit Guignes à Tavers, du clos Sainte-Marie à Saint-Jean-de-Braye, de La Chapelle, de Saint-Gy, de Saint-Ay, des Fourneaux, de Beaugency, de Baule, de Beaulette et de Meung-sur-Loire81-82. À l'Est d'Orléans, on trouve ceux de Saint-Denis-en-Val, Combleux et Sandillon82. Parmi les vins rouges de deuxième classe, on trouve à Orléans ceux de Saint-Marc, Saint-Marceau, Saint-Paterne, à l'Ouest ceux de Saint-Privé, au nord ceux de Sarang, Gédy, Fleury et Semoy, à l'ouest celui d'Ingré, au sud celui d'Olivet et à l'Est ceux de Saint-Jean-le-Blanc, Bou, Mardié, Saint-Denis-de-Jargeau et Jargeau82-83. Parmi les vins blancs, sont cités ceux produits à Marigny et Rebréchien. Celui de Loury, cité comme un vin de médiocre qualité, sert à la fabrication du vinaigre d'Orléans84. Les tonneaux utilisés pour stocker le vin d'Orléans sont nommés pièce ou poinçon et possèdent une contenance de 85.
Le développement du réseau de chemins de fer au milieu du porte un coup fatal à la viticulture de l'Orléanais, permettant l'importation à moindre coût des vins du Midi (produits dans le vignoble du Languedoc-Roussillon).
On peut dresser un nouvel état des lieux du vignoble orléanais grâce à l'ouvrage du médecin et physicien français Jules Guyot, Étude des vignobles de France : pour servir à l'enseignement mutuel de la viticulture et de la vinification françaises, paru en 1868. Économiquement parlant, l'exploitation d'un vignoble dans la région d'Orléans est décrite comme rentable si le propriétaire est capable de l'exploiter par lui-même. Un grand-propriétaire qui doit payer un vigneron n'en retire pas de bénéfices considérables. Trois grands types de culture de la vigne sont recensées, l'une sur la rive droite de la Loire, l'une sur la rive gauche et la dernière dans une petite région centrée sur la commune d'Olivet. Dans tout le vignoble, les plants sont organisés en ligne à les uns des autres.
Après les ravages causés par le phylloxéra, un puceron ravageur de la vigne, à la fin du , très peu de replantations sont faites autour d'Orléans. Les surfaces cultivées disparaissant presque totalement au cours du du fait d'une très forte concurrence pour ce type de vin courant.
Malgré tout, quelques producteurs poursuivent une petite production, encadrée à partir de 1951 par l'appellation d'origine vin délimité de qualité supérieure (VDQS) « vin de l'Orléanais »Arrêté du 9 août 1951 relatif aux "vins de l'Orléanais", définition du droit à l'appellation en application de la loi du 6 mais 1919 relative aux appellations d'origine, publié au JORF du 23 août 1951, 8990.. L'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) fait reconnaître une appellation VDQS particulière sous le nom d'« orléans-cléry » par l'arrêté du publié au Journal officiel de la République française du relatif à l'appellation d'origine Vin délimité de qualité supérieure « Orléans-Cléry ». JORF 266 du 15 novembre 2002, page 18903, texte 46. ., avant de le faire passer au statut d'appellation d'origine contrôlée par le décret du , publié au JORF du ., modifié en , publié au JORF du ., puis en , homologué par le décret du publié au JORF du ...
Étymologie vignette|350px|Plan de Cléry au , avec les vignes indiquées sur les terrasses. Le nom de l'appellation est formé des noms des communes d'Orléans, préfecture du département, et de Cléry-Saint-André, au centre de l'aire d'appellation.
Le nom de la ville d'Orléans dérive probablement de la corruption de l'un de ses anciens noms, Aurelianum, qui pourrait être issu du nom des empereurs romains Marc Aurèle, qui aurait fait embellir la ville en 163, ou Aurélien qui la fit rebâtir en 273. Une autre hypothèse évoque la possibilité que la ville tienne son nom de la mère de Jules César, Aurelia Cotta. Une étude de Jacques Soyer relègue néanmoins ces hypothèses au statut de légende, Aurelia descendant, d'après ses recherches, du nom de la gens Aurelia qui possédait des terres à Cenabum, ancienne cité celtique des Carnutes située à l'emplacement d'Orléans.
Le vin d'Orléans dans les arts En 1605, le poète orléanais, Simon du Rouzeau (?-1627)Présenté dans Poètes du vin, poètes divins de Kilien Stengel, préface de Jean-Robert Pitte, Paris, collection Ecriture, Éditions de l'Archipel, 2012, 280 p. fait paraître L'Hercule Guespin ou l'himne du vin d'Orléans, texte qui vante la qualité du vin d'Orléans. Voir l'édition originale dans la bibliographie..
Le comédien Antoine Girard (v.1584-1633) dit Tabarin écrit en 1623 dans son adieu de Tabarin au peuple de Paris, où le vin d'Orléans était à l'époque très consommé : .
Vignoble thumb|300px|Carte du vignoble de la vallée de la Loire. Les appellations orléans et orléans-cléry apparaissent en rose dans la région septentrionale de la Loire
Aire d'appellation
L'orléans-cléry est produit en France, dans la région Centre, plus précisément dans le département du Loiret, en aval d'Orléans. Le vignoble est situé sur le cours de la Loire entre les vignobles de Touraine (à l'ouest) et de Centre-Loire (au sud-est). Cinq communes productrices peuvent prétendre à l'appellation orléans-cléry : Cléry-Saint-André, Mareau-aux-Prés et Mézières-lez-Cléry, Olivet et Saint-Hilaire-Saint-Mesmin. Ces communes sont toutes situées dans l'arrondissement et l'aire urbaine d'Orléans du département du LoiretCarte de l'aire d'appellation, disponible sur le site inao.gouv.fr..
La surface exploitée en 2022-2023 de l'aire d'appellation est d'environ .
Géologie et orographie thumb|La géologie locale est déterminée par les dépôts de la Loire ; repères de crues du fleuve à Orléans. thumb|left|Sol d'alluvions (sable et limon) à Mareau-aux-Prés. Les parcelles, très dispersées, se trouvent dans le val de Loire, sur le coteau en pente douce de la rive gauche de la Loire, à une altitude d'environ , au milieu de vergers, à la limite avec le massif boisé de la région naturelle de Sologne.