Paul-Henri Spaak (), né à Schaerbeek le État civil de la commune de Schaerbeek. et mort à Braine-l'Alleud le , est un homme d'État belge socialiste. Il est considéré comme l'un des Pères fondateurs de l'Union européenne ..
Il occupe d'importantes fonctions sur le plan national et international : il est plusieurs fois ministre dans des gouvernements belges de 1936 à 1964, notamment ministre des Affaires étrangères et Premier ministre ; durant la guerre, il est membre du gouvernement belge en exil à Londres, dont le Premier ministre est Hubert Pierlot, qui dirige l'effort de guerre économique et militaire des Belges libres, avec des combattants en Europe et en Afrique dans l'air et sur terre.
Biographie Famille La famille Spaak est issue, au , d'un arbalétrier d'origine suédoise d'une milice bruxelloise.
Issu d'une lignée de notables agnostiques, Paul-Henri Spaak nait dans la commune bruxelloise de Schaerbeek, le , dans un milieu d'intellectuels et d'hommes politiques.
Son père, Paul Spaak, grand admirateur de la civilisation italienne., est professeur de littérature dans plusieurs institutions universitaires. Il laisse une œuvre littéraire importante dont la pièce de théâtre Kaatje qui connait le succès d'abord en Belgique, puis à Paris ..
Sa mère, Marie Janson, fille de l'homme politique Paul Janson, grand tribun du parti libéral et ministre d'état, représentant la tendance libérale de gauche dite radicaleFondation Paul Henry Spaak, et sœur de Paul-Émile Janson, chef du parti libéral, plusieurs fois ministre avant de mourir dans un camp de concentration nazi, est la première sénatrice belge, en 1921.
Ses deux frères sont écrivains : l'un Claude Spaak, auteur dramatique, l'autre Charles Spaak (1903-1975) scénariste et dialoguiste du cinéma français à qui l'on doit, entre autres, La Kermesse héroïque du cinéaste belge Jacques Feyder, La Grande Illusion de Jean Renoir et Le Banquet des fraudeurs du cinéaste belge Henry StorckDictionnaire du Cinéma, éditions Robert Laffont..
Il a deux nièces, l'une Agnès Spaak, comédienne à Paris, l'autre Catherine Spaak, actrice en Italie.
Paul-Henri Spaak est également le beau-frère de Suzanne Spaak, résistante qui a sauvé de nombreux enfants juifs et est morte fusillée par les Allemands..
Sa fille Antoinette Spaak est également femme politique. Volontaire pendant la Première Guerre mondiale En 1916, Paul-Henri Spaak âgé de 17 ans, se porte volontaire de guerre, mais il est arrêté par les Allemands en tentant de passer en territoire libre et finit la guerre dans un camp de prisonniers. Ne parlant pas l'allemand, qu'il a pourtant commencé à apprendre avec des nurses allemandes pendant sa petite enfance De Standaard, , il s'occupe en jouant dans des pièces de théâtre, dont « Kaatje », la plus réputée des œuvres de son pèreArchives du musée de la littérature, Bruxelles Journal de Paul Spaak.. 1920 : Avocat Après 1918, Paul-Henri Spaak accomplit, à l'Université libre de Bruxelles, des études de droit qu'il achève en deux ans et devient avocat au barreau de Bruxelles.
Il y défend les objecteurs de conscience Marcel Dieu, dit Hem Day, et Léo Campion, franc-maçon, plus tard chansonnier et acteur à Paris, traduits en justice en 1933 pour avoir renvoyé leurs livrets militairesMinistère de la Justice, Bruxelles, archives.. Il plaide : « La guerre à présent, ce sont les colonies, le pétrole, le prestige de tel gouvernement. La guerre aujourd'hui, c'est le résultat de tous les impérialismes. ». Il s'interroge ensuite sur le concept de patriotisme pour les millions de chômeurs et de sans-abris engendrés par la crise.. Ses clients sont condamnés à de la prison. Leur peine est réduite en appel. Ils refusent toute sanction et, avec un autre objecteur, Lionel de Vlaminck, entament une grève de la faim. Les avocats des accusés, Deublet et Spaak, et d'autres citoyens renvoient leurs livrets militaires. Des anciens combattants sont prêts à les imiter. Les grévistes de la faim sont renvoyés de l'armée car indignes de figurer plus longtemps dans ses rangs. Ils sont chassés de l'armée pour cause d'avoir été condamnés pour ne pas vouloir y rester. Sportif Jusqu'à la fin des années trente, il est svelte et sportif et devient même champion de tennis de Belgique de série b, puis champion de Belgique InterclubsFondation Paul-Henri Spaak et, dans le cadre des fonctions ministérielles qu'il occupe à partir de 1935, il dispute une partie contre le roi de SuèdeLa Nation Belge, 1937, Charles d'Ydewalle.. Paul-Henri Spaak est aussi joueur de bridge.
Carrière politique 1932 : Député C'est en 1932 que commence sa carrière politique. En rupture avec l'ambiance libérale de la famille Janson, Paul-Henri choisit avec sa mère le parti ouvrier. Ils continueront leur parcours parallèles, après l'interruption de la guerre, en suivant le parti ouvrier dans sa mue vers le parti socialiste..
Il est élu député de Bruxelles sur la liste du parti socialiste, devenant l'adversaire politique de son oncle, le libéral Paul Janson. 1935 : Ministre des transports et des PTT Chef-adjoint du cabinet du ministre du Travail du parti ouvrier Joseph Wauters en 1925, Paul-Henri Spaak est élu député dans l'arrondissement de Bruxelles à la Chambre des représentants en 1932. Il devient ministre des Transports et des PTT dans le cabinet de Paul van Zeeland de 1935 à 1936, ministre des affaires étrangères du au dans le gouvernement van Zeeland et Premier ministre du au . Il retrouve le portefeuille des Affaires étrangères dans le gouvernement d'union nationale d'Hubert Pierlot formé le à l'appel du roi Léopold III du fait de l'entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni contre l'Allemagne. Pacifiste Le parcours politique de Paul-Henri Spaak est d'abord marqué par le pacifisme et l'anti-militarisme de son parti, le parti ouvrier et de son leader Émile Vandervelde, malgré la politique du roi Léopold III vers le réarmement de la Belgique dans le cadre du retour à la neutralité d'avant 1914 qui avait été garantie par le traité de 1831. Cette politique pacifiste se manifeste, en 1936, par la dénonciation de l'accord militaire franco-belge de 1920 avec le soutien de Paul-Henri Spaak qui redoute le risque d'être entraîné dans une guerre contre l'Allemagne que l'on commence à redouter. La conséquence en est que, en 1938-1939, certaines garnisons protégeant la Belgique de l'Allemagne sont dégarnies pour porter des troupes le long de la frontière franco-belge afin de manifester une équitable stratégie de défense contre tous les pays voisins. Par contre, les fortifications de l'Est, déjà utilisées en 1914 pour résister à l'agression allemandes, sont modernisées et augmentées. Seconde Guerre mondiale Le est une date cruciale dans la vie de Paul-Henri Spaak. Ce jour-là commence une série de tribulations pour les ministres belges en grand danger de perdre toute importance du fait de la défaite. Après la percée de Sedan et la campagne des 18 jours de l'armée belge, celle-ci étant refoulée vers la côte, comme l'armée franco-anglaise, Paul-Henri Spaak et le premier ministre Hubert Pierlot quittent la Belgique après la dramatique entrevue du château de Wynendaele au cours de laquelle ils tentent en vain de convaincre le roi Léopold III de partir avec eux.. Celui-ci constate que les Alliés sont battus et que la petite armée anglaise prépare son rembarquement sans que rien ne soit prévu pour sauver au moins une partie de l'armée belge, laquelle parvient pourtant à arrêter l'armée allemande pendant quatre jours durant la bataille de la Lys. Le roi prend dès lors la décision de rester au pays avec l'armée vaincue et espère que par la seule force morale de sa présence, il pourra s'opposer aux abus que l'Allemagne ne manquera pas de commettre en Belgique, comme elle l'a déjà fait pendant la Première Guerre mondidale. Toutefois, Paul-Henri Spaak ne croit pas qu'une négociation soit possible avec l'Allemagne, et il accuse Léopold III d'avoir pactisé secrètement contre elle avec les Alliés sous le couvert de la neutralité, et cela dès avant la guerre. Pourtant, le roi veut se poser en obstacle, au moins passif, aux entreprises des Allemands de diviser la Belgique, comme ils l'avaient fait lors de la Première Guerre mondiale. Séparation d'avec le roi Léopold III Entre le roi et les ministres éclate un différend, Spaak et Pierlot contestant violemment le choix du roi sans parvenir à le convaincre de quitter le pays. Le roi considère qu'il ne peut laisser croire qu'il trahit l'obligation constitutionnelle de défenseur de l'indépendance et de l'intégrité nationales comme l'y a engagé son serment d'intronisation de 1934. Il veut croire qu'il pourra défendre le peuple contre un ennemi dont on connaît l'intention d'effacer la nation belge de la carte, comme cela avait été le cas durant la Première Guerre mondiale lors de la prise de contrôle des administrations belges et la séparation forcée de la Flandre et de la Wallonie, avec expulsion de Bruxelles de toute l'administration francophone avec l'intention de germaniser la ville. Les deux ministres quittent la Belgique et laissent le roi seul à Wynendaele où il prend connaissance des conditions allemandes de reddition de l'armée rapportées par le parlementaire envoyé à l'ennemi. Exil en France : Bordeaux, Poitiers et Limoge En quittant la Belgique, Pierlot et Spaak veulent continuer la guerre et rallier d'autres membres du gouvernement réfugiés en France et au Royaume-Uni. Ce gouvernement conserve toute sa légitimité constitutionnelle, Léopold III n'ayant pas insisté pour obtenir une démission. Cela implique que le roi ne s'oppose pas à ce que le gouvernement belge continue la guerre à la tête d'une Belgique en exil. Subsistent en effet une marine, des forces militaires échappées en France et les richesses de l'immense domaine colonial africain de la Belgique, le Congo belge avec sa force armée. Les ministres belges représentent la Belgique en exil pour sauvegarder la survie du pays vis-à-vis des alliés. C'est un projet identique à celui des gouvernements en exil des autres pays occupés. Un projet auquel Paul-Henri Spaak adhère pleinement lorsque le gouvernement proclame que, « en application de la constitution belge en son article 82, dorénavant le gouvernement exerce seul le pouvoir exécutif, le roi ne pouvant exercer son autorité tant qu'il est prisonnier de l'ennemi. ». Cet article prévoit en effet les cas dans lesquels le roi des Belges ne peut exercer le pouvoir conjointement avec le gouvernement parce qu'il ne dispose plus d'une pleine et entière liberté d'action garantissant sa liberté de décision.
C'est un tournant majeur dans la vie de Paul-Henri Spaak et qui mérite d'être considéré en détail. Il s'exile loin de sa famille qui va vivre sous l'occupant, ce qui crée une situation dangereuse pour elle, alors que lui-même appartient à un gouvernement qui incarne la résistance à l'occupant. Il est loin du parti socialiste qui destiné à devenir clandestin. Paul-Henri Spaak se retrouve coupé de tout ce qui a fait sa vie privée et politique. La situation des autres ministres belges est variable selon les cas, certains ayant pu envoyer leur épouse en Angleterre. Alors que Pierlot et Spaak s'installent en France, décidés à y continuer la guerre d'une façon ou d'une autre, Camille Gutt et Albert de Vleeschauwer ont déjà gagné Londres nantis d'une pleine autorité, tandis que les autres ministres sont isolés et même introuvables dans la cohue des réfugiés. Il en est de même pour ceux des parlementaires qui ne sont pas mobilisés. Malgré cela, une assemblée parlementaire se tient à Bordeaux. Mais, du fait du grand nombre d'absents, le quorum n'y est pas atteint pour autoriser un vote valable et les critiques envers la décision du roi restent donc lettre morte, tandis que l'autorité du gouvernement en sort légèrement renforcée par un vote de confiance, même si celui-ci est de pure forme.