Aimé Isaac Schwob est un médecin et philanthrope d'origine française, né à Genève le , et mort à Genève le . Il est considéré comme l'artisan majeur du développement du sport moderne à Genève et en Suisse.
Les origines familiales Aimé Schwob est le fils de Lucie Lipmann (1845-1914), et du docteur Alexandre Schvob (1835-1919), tous deux natifs de Gray, dans la Haute-Saône (France). L'écriture du nom patronymique comporte une légère différence entre le père et le fils.
Alexandre Schvob, beau-frère du Grand Rabbin Joseph Wertheimer, est un illustre médecin membre de la Société médicale et fondateur en 1892 de l'Association des médecins de Genève. Médecin du Consulat général de France à Genève de 1870 à 1919, il est également membre du comité directeur de la Fondation ophtalmologique Adolphe de Rothschild. Très apprécié de la population genevoise, cette dernière le surnomme le « Bon dieu des Pâquis » Jean-Louis Le Fort, Notices biographiques genevoises, 75, année 1919, BPU Genève ; Jean Plançon, Histoire de la communauté juive de Carouge et de Genève, volume 2, 1900-1946, Une communauté qui se diversifie, Slatkine, Genève, 2010, chapitre 1, Les grandes familles juives genevoises : Alexandre Schvob..
Sa formation professionnelle Après avoir fait ses études secondaires, Aimé Schwob intègre la Faculté de médecine de Lyon, et obtient son doctorat en 1893 en présentant un thèse relative à l'étude des psychoses menstruelles. Cette étude sera publiée à Paris ; elle est toujours considérée comme une référence de nos jours (2001)Aimé Schwob, Contribution à l'étude des psychoses menstruelles, Sierck, Paris, 1893 ; Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti, Du sang et des femmes, Histoire médicale de la menstruation à la Belle époque, dans la revue Clio, 14, 2001..
De retour à Genève, Aimé Schwob ouvre un cabinet médical et intègre à son tour la Fondation Rothschild. Comme son père, Aimé Schwob est « l'ami des pauvres » qu'il soigne avec un désintéressement total. Il s'investit également dans des œuvres humanitaires comme les colonies de vacances, les dispensaires et la protection de l'enfance. Membre de la Communauté israélite de Genève, il sera élu deux fois président de cette institution, en 1917 et en 1922Jean Plançon, op. cit., chapitre 1: Aimé Schwob, l'inventeur du sport moderne en Suisse..
Médecin du Consulat général de France à Genève, à partir de 1919, il est aussi un pionnier en matière de médecine du sport. Il est en effet un des premiers médecins à promouvoir, dans le cadre d'une hygiène de vie et de santé : la pratique raisonnée des disciplines sportivesLa Suisse, édition du 20 octobre 1926..
Sa passion pour le sport va justement le conduire à entamer une œuvre considérable, en s'impliquant dans le développement de plusieurs structures associatives et fédératives touchant au domaine du cyclisme, du football association, de l'athlétisme, et enfin du mouvement olympique.
Le cyclisme À la fin du , l'Europe tout entière se passionne pour ce curieux engin que l'on appelle le vélocipède. Les dernières innovations techniques dont il a bénéficié l'ont hissé au statut de « petite reine » des routes.
En Suisse, la même frénésie s'est emparée de la population et, dans la cité de Calvin, un premier club est fondé en 1869, le Vélo-Club de GenèveJournal de Genève, édition du 28.08.1884.. En 1894, Aimé Schwob devient président du « Bicycle-club », société vélocipédique qui compte dans ses rangs , et qu'il avait contribué à fonder en 1885 malgré son jeune âge (il n'avait alors que 21 ans). Entretemps, il fonde, en 1891, l'Union Vélocipédique Cantonale Genevoise ( UVG), sur proposition d'Édouard Dechevrens, qui est le président du Vélo-club des Eaux-Vives. Il contribue ainsi, au sein de ces deux structures, à la création de la Fédération vélocipédique suisse (FVS) à la fin de l'année 1892, qui regroupe l'Union vélocipédique suisse (structure alémanique), l'Union vélocipédique suisse romande et l'Union vélocipédique cantonale genevoise. En 1896, les divergences entre alémaniques et romands conduisent à la dissolution de la FVS et à une scission des structures régionales. L'Union cycliste suisse (UCS), structure fédérative représentant plus spécifiquement les cyclistes romands, est finalement reconnue par les instances internationales et participe le 14 avril 1900 à la création à Paris de l'UCI (Union cycliste internationale)La Suisse sportive, 1, 27 avril 1897 ; ; Historique UCI, [en ligne], http://www.uci.ch/templates/UCI/UCI1/layout.asp?MenuId=MTk3MQ&LangId=1.
Les efforts déployés par Aimé Schwob, au cours de cette période, pour maintenir une cohésion nationale, seront vains. Il faut en effet attendre 1996 pour qu'une fusion s'opère à nouveau au sein de la nouvelle Fédération cycliste suisse (Swiis Cycling depuis l'an 2000). Mais, grâce à ses compétences et à son engagement, il aura néanmoins permis de donner une impulsion considérable au cyclisme sur l'ensemble du territoire national. A noter également qu'il fut délégué pour la Suisse auprès de la Société vélocipédique de France, et le premier chronométreur suisse qui officie sur le plan internationalLe Sport suisse, édition d'octobre 1926..
Le TCS (Touring-Club Suisse) Au cours de l'été 1896, dans la lignée de ce qui se fait déjà en France, en Belgique, et en Italie, Aimé Schwob forme, en compagnie de quelques autres notables genevois, comme les courtiers John Ramel et Jean Diodati, ainsi que le libraire Louis-Henri Kündig, un premier comité d'initiative en vue de créer un Touring-club suisse afin de promouvoir auprès des institutions nationales la création d'un véritable réseau qui soit enfin revêtu, bien entretenu et cartographié. Le 10 août 1896, au Café du Globe, Rue du Rhône, une réunion plus large est organisée à laquelle "tous les cyclistes soucieux de leurs intérêts sont cordialement priés d'assister". Au total, 205 amateurs de la petite reine se réunissent pour prendre connaissance des futurs statuts et désigner un premier comité provisoire. Le , trente-huit d'entre eux se réunissent à Genève sous la présidence provisoire de Charles Bastard et donnent naissance au TCS (Touring Club Suisse). La présidence échoit à l'avocat Fréderic Raisin, la première vice-présidence à Louis-Henri Schauenberg et la deuxième vice-présidence à Aimé SchwobFrançois Antoniazzi, Le Touring Club Suisse en cent ans au fil de cent évènements 1896-1996, édition du TCS, Genève, 1996 ; Journal de Genève, édition du 4 septembre 1896. . Ce dernier est également chargé avec Henri Kündig de diriger la publication de la Revue du TCS.
À la fin du premier exercice, en , le TCS compte déjà . En 2021, ils sont au nombre de 1 500 000 selon les indications du magazine du jubilé des 125 ans.
Les journaux La Suisse sportive et Le Sport suisse Au Vélodrome de Varembé ou au Vélodrome de la Jonction, où Aimé Schwob se rend régulièrement pour suivre les compétitions, assurer l'assistance médicale des sportifs, ou tout simplement chronométrer les courses, il fait la connaissance de Max Burgi, chroniqueur sportif et futur président de l'UCI de 1936 à 1939 ; et de François Dégerine, joueur et capitaine de l'équipe de football-rugby de la Servette (futur Servette FC). Les trois hommes, passionnés de sport, se lient rapidement d'amitié et décident de créer un journal de tous les sports : La Suisse sportive, un bimensuel dont le premier numéro paraît le . Aimé Schwob en est le rédacteur en chef, Max Burgi le chef éditorialiste, et François Dégerine le secrétaire de rédaction. La Suisse sportive sera publiée jusqu'à 1932La Suisse sportive, édition du 27 avril 1897 ; Journal de Genève, édition du 21 octobre 1926; Bibliothèque universitaire de Genève, cote BGE Od 213..
Ce journal va rapidement s'imposer comme une référence en matière de sport. Outre les chroniques sportives et les résultats des compétitions, il devient aussi le principal support de communication pour la plupart des clubs, associations, et autres fédérations sportives du pays, comme la Fédération Nationale Suisse d'Escrime. Par ailleurs, il va souvent subventionner, ou financer totalement, l'organisation de certaines compétitions (comme l'Aviron, la Natation, ou encore la création du premier championnat national de football association)Marianne Coppey, L'implantation du sport à Genève, Mémoire de licence, Université de Genève, 1990; Jean-Claude Bussard, L'éducation physique suisse en quête d'identité (1800-1930), l'Harmattan, 2007; Swiss Fencing, Acte de constitution de la Fédération nationale suisse d'escrime, 24 janvier 1914..
En 1904, les trois hommes décident de créer un nouveau journal : Genève sport, qui ne paraîtra qu'à l'occasion de certaines manifestations sportives. L'année suivante, ils créent un hebdomadaire paraissant tous les mercredis : Le Sport suisse. Les deux journaux fusionneront en 1908Jean-Pierre Chuard, Des journaux et des hommes, Aspects de l'histoire et de l'évolution de la presse en Suisse romande, Cabédita, Yens sur Morges, 1993 ; bibliothèque universitaire de Genève, archives du Genève Sport 1904-1908 et Le Sport Suisse 1905-1948..
Le domaine journalistique du journal Le Sport suisse sera cependant plus vaste que son confrère de La Suisse sportive, à la suite du développement d'autres disciplines sportives. Même l'aviation, encore balbutiante, fait ici l'objet d'une attention particulière, et de nombreux articles viennent renseigner le lecteur sur l'évolution technique des appareils. Cet hebdomadaire va donc s'imposer dans le temps comme le grand journal de tous les sports jusqu'en 1948, date de sa dernière publication Max Burgi, « Le Sport Suisse pleure son rédacteur en chef », in Le Sport Suisse, édition du 25 octobre 1926; Journal de Genève, édition du 28.07.1913. .
Le football association Le , l'ASF (Association suisse de football) est fondée. Elle regroupe alors neuf clubs qui ont adopté les règles anglaises du football association. Cependant, elle ne peut, faute de moyens, financer l'organisation d'un championnat national. C'est finalement sous l'impulsion de François Dégerine et d'Aimé Schwob, que ce championnat est créé en 1897. Il sera financé par La Suisse sportive Bacardi, Histoire du football suisse, [en ligne], 2004, http://www.parlonsfoot.com/archives/2004/10/21/histoire-du-football-suisse-1/, (page consultée le 16.11.2008) ; Jacques Ducret, Chronique du football genevois, Slatkine et A.C.G.F., Genève, 2001..
En , François Dégerine, qui a la particularité de jouer aussi bien au rugby, qu'au football, décide de créer une compétition locale destinée aux passionnés du ballon rond : « La coupe du dimanche ». Il fonde également à cette occasion une équipe, le « Sunday Team ». Cependant, l'idée de François Dégerine est de créer, au sein du Servette, une section de football. Pour cela, il va faire appel à Aimé Schwob dont l'expérience dans le domaine associatif est déjà grande, comme en témoigne cet extrait d'article du journal La Suisse : « Aimé Schwob apportait tout le poids de sa responsabilité. [...] C'était un sportif convaincu, un véritable meneur d'hommes, doté d'une intelligence hors pair. » Jacques Ducret, loc. cit.; La Suisse, 100 ans du Servette FC, édition du 24.08.1990; SMAG02, spécial 120 ans du Servette FC, mars 2009.
Le , Aimé Schwob est élu président du Football-club de la Servette. Sa première décision est l'élection d'un nouveau comité directeur, et l'adoption des règles anglaises du football association. Ce jour-là, le club se fait connaître sous un nouveau vocable : le Servette FC La Suisse, loc. cit ; Jacques Ducret, loc. cit..
Sous la présidence d'Aimé Schwob, le Servette FC rejoint les rangs de l'ASF le , gagne son premier titre romand en 1904, et son premier titre national en 1907. Le Parc des Sports (situé aux Charmilles), où évolue le Servette FC, s'est doté, dès le , d'une tribune pour spectateurs. C'est la première construite en Suisse sur un terrain exclusivement destiné au football associationJacques Ducret, loc. cit..