vignette|170px|Reliques de saint Jean le Baptiste lors de la fête du Pain.
La cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Maurienne est une cathédrale catholique située à Saint-Jean-de-Maurienne en Savoie. Elle est le siège du diocèse de Maurienne uni au diocèse de Chambéry en 1966Le , un décret du Saint-Siège unit les diocèses de Chambéry, l’évêché de Moûtiers et celui de Saint-Jean-de-Maurienne. Ce décret indique que les diocèses de Moûtiers-Tarentaise et de Saint-Jean-de-Maurienne sont unis aeque principaliter à l'archidiocèse de Chambéry « de telle sorte qu'il y ait un seul et même évêque à la tête des trois diocèses et qu'il soit en même temps Archevêque de Chambéry, Évêque de Maurienne et Évêque de Tarentaise. ».
Cette cathédrale fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le .
Historique Légende Le récit des origines de l'évêché de Saint-Jean-de-Maurienne se trouve dans deux documents (présentation en ligne).. Le plus ancien est rédigé par Grégoire de Tours dans le (« De la gloire des bienheureux martyrs ») tiré des Sept livres des miracles (écrit après 574).. Le second texte, rédigé à Vienne au , fut conservé au Puy-en-Velay avant d'être transféré à la bibliothèque Colbert. Il a été repris par Louis Duchesne dans Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, tome 2. Un manuscrit similaire, désigné sous le nom de , fut reproduit au et préservé dans les archives de la cathédrale de Maurienne, il se trouve aujourd'hui aux archives départementales de la SavoieManuscrit numérisé sur le site archinoe.net..
Le texte de Grégoire de Tours parle de l', ce qui laisse supposer que le texte a été écrit après que Maurienne fut devenu un évêché. Il retrace le récit d'une femme de Maurienne qui obtient, après avoir prié plus de deux années, un pouce de saint Jean-Baptiste, apparu de manière miraculeuse tout « resplendissant de lumière ». Considérant qu'il s'agissait là d'un don de Dieu, elle prit la relique et la ramena dans son pays.La légende raconte aussi l'épisode où trois évêques (d'origine inconnue mais que les érudits assimileront plus tard à ceux de Turin, Aoste et Belley) obtiennent chacun une goutte de sang de la relique. Enfin est retracée la dramatique tentative de vol de celle-ci par l'archidiacre de l'évêque de Turin qui trouve la mort en se saisissant du reliquaire.
Le second récit parle d'une femme nommée Tigris née à (que l'érudition a plus tard assimilé à Valloire en Maurienne sans que cette affirmation repose sur des faits précis). D'origine noble, elle entreprend un voyage en Orient après avoir été convaincue par le récit de moines sur le chemin du retour vers l'Irlande (la ). La tête et d'autres parties du corps de saint Jean-Baptiste avaient été transportées de Sébaste, en Palestine, où il avait été enseveli, vers Alexandrie en Égypte pour les préserver des destructions ordonnées par Julien. Après la réussite de son entreprise, Tigre revint en Maurienne et une église fut édifiée et dédiée à saint Jean-Baptiste..
La légende évolue considérablement depuis le récit initial de Grégoire de Tours du avec cette femme anonyme qui devient Tigre au puis qui adopte le prestigieux patronyme de Thècle dans un récit de Pierre le Mangeur () au , ce qui lui donne une visibilité plus universelle dans le monde chrétien. Les deux patronymes Tigre et Thècle subsistent, le premier d'origine locale et le second utilisé par les clercs. Au travers de cette légende, on retient une certitude : la présence d'une relique de saint Jean-Baptiste dans la petite ville de Maurienne donne immédiatement à cette dernière une notoriété nouvelle avec l'érection d'un évêché et l'afflux attesté de nombreux pèlerins.
Origine de l'évêché Cette légende de Maurienne est concomitante du règne de Gontran.Jean-Pierre Derrier, Thècle de Maurienne, aux fondements d'une tradition hagiographique, éditions Derrier, Saint-Jean-de-Maurienne, 2019, ., le petit-fils de Clovis qui régnait sur la Provence et sur l'ancien royaume burgonde, dénommé dès lors par convention le royaume de Bourgogne.
Les Lombards avaient envahi le nord de l'Italie. Ils avaient pris Milan et occupaient la vallée du Pô en 568. En 569, ils avaient franchi les Alpes et battu l'armée de Gontran. Ils recommencent en 572, mais l'armée de Gontran commandée par le patrice Mummole les bat à Embrun. Ils reviennent en 574, franchissent le col du Mont-Genèvre et s'avancent jusqu'à Arles, Grenoble et Valence. Battus de nouveau par Mummole, ils doivent céder à Gontran les débouchés des Alpes, soit les vallées de Lanzo, d'Aoste et de Suse.
Selon Grégoire de Tours, la vallée de la Maurienne dépendait jusqu'alors de l'évêque de Turin. Pour assurer l'indépendance de cette région qu'il venait d'acquérir, le roi Gontran décida d'installer un centre de pouvoir dans la ville de Maurienne au détriment de l'ancienne cité de Suse trop proche de Turin. Appuyant cette décision, il y créa un nouvel évêché qui comprenait la vallée de Maurienne et celle de Suse. Le statut de la vallée du Lanzo () reste indéterminé. Plus tard, l'érudition va considérer que le nord du Briançonnais en fait aussi partie et que l'officialisation de la nouvelle structure ecclésiastique se réalise lors d'un concile à Chalon-sur-Saône ce qu'aucune source fiable ne vient confirmer. L'évêque de Turin protesta et le pape tenta, en vain, de revenir sur cette situation conflictuelle comme le montrent deux lettres de Grégoire le Grand en . Le nouveau évêché serait devenu, d'après la tradition, suffragant de la métropole de Vienne.
Le premier évêque serait Felmase d'après le texte du de la légende de sainte Tigre et il aurait été consacré en 579 au cours du concile de Chalon ce qui reste au stade d'une hypothèse. Plus certaine est l'existence de l'évêque de Maurienne, , présent aux conciles de Mâcon de 581 et de 585. Finalisant la promotion de la ville, le roi Gontran y aurait fait bâtir une nouvelle église dédiée à saint Jean-Baptiste.
Des premières incursions de Sarrasins dans les Alpes se sont produites entre 730 et 736. La mémoire en a été gardée par le culte des martyrs saint Émilien, évêque de Maurienne après Walchin (évêque en 735), et saint Marin de Maurienne, ermite au Châtel où se trouve une chapelle près de son ermitage, tués par les Sarrasins vers 736. Pour protéger les reliques de saint Marin, Charlemagne les fit transférer à l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe.
Après la mort de Charlemagne et les dissensions entre les fils de Louis le Pieux, ce sont les Sarrasins qui s'installant en Provence à La Garde-Freinet vont faire de nombreuses razzia dans les Alpes, où ils vont se saisir de l'abbé de Cluny Mayeul, jusqu'à la prise de La Garde-Freinet en 973 par le comte de Provence Guillaume. Entre 926 et 974 on ne connaît pas les noms des évêques de Maurienne. Il semble que Saint-Jean-de-Maurienne ait été détruit par les Sarrasins en 943A. Gros, Histoire de Maurienne, vol. 1, Après cette époque troublée il faut reconstruire tout le pays et les églises. On note aussi que l'abbaye de la Novalaise, située à peu de distance, a été complètement détruite en 906.
Construction de la cathédrale romane Guerre de succession de Bourgogne et naissance de la maison de Savoie thumb|left|230px|Le cénotaphe de Humbert aux Blanches Mains sous le porche de la cathédrale La reconstruction de la cathédrale au début du va être liée à la succession de Bourgogne, après la mort de , en 1032. avait fait de son neveu, , empereur du Saint-Empire romain germanique son héritier. Les féodaux du royaume de Bourgogne et soutiennent son neveu, le comte de Blois, , et parmi eux l'évêque de Maurienne. Grâce à l'appui de Humbert de Maurienne, ancien vassal de , connu sous le nom de Humbert aux Blanches Mains, , put reprendre le contrôle de la vallée de la Maurienne. Humbert avait pris la ville de Maurienne après un long siège, mais contrairement à ce qui est quelquefois écrit, la ville n'a pas été rasée (il y a eu une confusion en Murienna - Morat - et Maurienna - Saint-Jean-de-Maurienne).
En récompense, fit de Humbert de Maurienne le comte de Maurienne. Pour punir l'évêque qui s'était révolté contre son autorité, il supprima, quelques mois avant sa mort, l'évêché de Maurienne en le rattachant à l'évêché de Turin. Ce rattachement ayant été fait sans l'accord du pape, celui-ci ne l'accepta pas. Avant le , un accord entre le pape et l'empereur rétablit l'évêché de Maurienne mais en le limitant à la seule vallée de la Maurienne. Le Briançonnais était rattaché à l'évêché d'Embrun et les territoires de l'autre versant des Alpes, à l'évêché de Turin. Le chanoine A. Gros doute de la suppression de l'évêché de Maurienne par puisque l'évêque apparaît dans une charte du diocèse datée de 1040. La sanction se serait limitée à la réduction des limites du diocèse.
Reconstruction de la cathédrale La crypte thumb|280px|Le mur séparant les deux parties de la crypte Dans quel état était la cathédrale après les destructions faites par les Sarrasins et l'opposition entre l'évêque et l'empereur, aucun texte ne permet de le savoir. La redécouverte de la crypte, en 1958, a donné lieu à des discussions pour savoir si certains des chapiteaux ne provenaient pas de la cathédrale construite par le roi Gontran et si une partie ne datait pas du . Des morceaux du martyrium servant à recevoir les reliques de saint Jean le Baptiste et qui se trouvait dans l'abside de la crypte ont pu y être rassemblés. En restaurant les piliers de la cathédrale, des éléments de sculptures carolingiens y ont été trouvés insérés.
La crypte était composée de deux parties qui ne sont pas en alignement, un vestibule presque carré dont les chapiteaux sont assez frustes, et une seconde partie où se trouvait le martyrium. Cette seconde partie qui se trouvait sous le chœur de la cathédrale romane a été sûrement construite en même temps que la cathédrale romane. La première partie semble plus ancienne et certaines similitudes stylistiques des chapiteaux peuvent la faire remonter à la première cathédrale. Il y a un débat entre spécialistes sur l'ancienneté de ces vestiges.
thumb|260px|Réemploi d'éléments carolingiens dans le nord de la nef Cette discussion entre l'architecte départemental des Monuments historiques M. Stephens qui avait fait déblayer la crypte et qui en attribuait la construction à la période préromane et l'historien Jean Hubert qui ramenait cette construction à la période comprise entre 1040-1075 à partir de deux chartes citées ci-dessous. Raymond Oursel reprend cette discussion à partir du texte des chartes qui pour lui parle d'un , c'est-à-dire d'un lieu et non de la cathédrale, et de la situation matérielle du chapitreRaymond Oursel, Lyonnais, Dombes, Bugey et Savoie romans, , Éditions Zodiaque (collection « la nuit des temps » ), La Pierre-qui-Vire, 1990Raymond Oursel, Floraison de la sculpture romane. 1- Les grandes découvertes, , Éditions Zodiaque (collection « introductions à la nuit des temps » ), La Pierre-qui-Vire, 1973.
Le style architectural permet seul d'apprécier la période de construction. On peut noter une différence de styles importante entre la crypte et l'église. De plus la crypte a été plusieurs fois réaménagée et restaurée. Elle inclut en conséquence des éléments de différentes époques, probablement depuis le , réaménagée au et restaurée jusqu'au début du avant d'être remblayée au .
La cathédrale romane du thumb|left|Nef centrale en direction du chœur. thumb|upright|Vestige du portail sud de la cathédrale romane se trouvant dans le cloître thumb|210px|Bande lombarde, fenêtre romane et fenêtre gothique Les dates de début et de fin de la construction de la cathédrale et de l'église Notre-Dame qui lui est parallèle, et constituaient ensemble une cathédrale double, sont données par deux chartes.