L'approvisionnement en eau et l'assainissement en Colombie ont été grandement améliorés au cours des décennies passées. Entre 1990 et 2008, l'accès à l'assainissement est passé de 79 % à 86 % tandis que l'accès à l'eau augmentait légèrement, passant de 88 % à 92 %. La couverture dans des zones rurales reste particulièrement en retrait. En outre, malgré des améliorations, la qualité de l’eau et des services d'assainissement reste insuffisante. Par exemple, seulement 72 % des clients qui reçoivent des services publics ont eu de l'eau de qualité potable et, en 2006, seulement 25 % des eaux usées produites dans le pays ont subi un traitement quelconque.
En comparant avec d'autres pays d'Amérique latine, les caractéristiques du secteur colombien sont des niveaux élevés d'investissements, une tarification plus chère, l'existence de grandes entreprises publiques efficaces et une participation forte et stable du secteur privé au niveau local. Grâce à la Constitution de 1991 en Colombie, la participation du secteur privé, qui était limitée jusqu'alors, s'est vue avoir un rôle plus important dans l'industrie de l'eau et a connu un véritable essor avec la loi 142 de 1994. Le secteur de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement en Colombie est complètement décentralisé, avec des administrations municipales normatives (appelées municipalités) qui sont responsables de fournir des services dans leur zone de juridiction géographique, tant en milieu urbain que dans les zones rurales. Que ce soit de façon directe ou indirecte, le gouvernement national ne réalise la prestation de ces services dans aucun endroit du pays.
Vue d'ensemble La politique sectorielle globale, introduite en 1994, vise à accroître les investissements d'accès à l'eau potable et de traitement des eaux usées : des transferts ciblés de pouvoirs de l'État aux municipalités sont réalisés dans le but d'améliorer la qualité de service et l'efficacité. Cette politique favorise la participation du secteur privé dans les zones les plus pauvres du pays où les infrastructures ne se portent pas bien. Des organismes de réglementation autonomes sont créés au niveau national, entraînant des coûts accrus, pour protéger les plus pauvres grâce à des subventions croisées sous forme de tarifs basés par secteur.. Cette même politique a été poursuivie et affinée par différents gouvernements consécutifs.
Les responsabilités dans le secteur sont divisées comme suit : Le Vice-ministère de l'Eau et de l'Assainissement, créé en et dépendant du Ministère de l'Environnement, du Logement et du Développement Territorial est responsable de la politique règlementaire du secteur.. La régulation est de la responsabilité de deux institutions séparées au niveau national, la (CRA ou Commission de régulation des services d'alimentation en eau potable et d'assainissement basique) et la (SSPD ou Surintendance des services publics domiciliaires), une agence régulatrice multi-sectorielle.. Le service d'approvisionnement est sous la responsabilité, en 2004, de prestataires de services d'eau et d'assainissement dans les zones urbaines et plus de organisations communales fournissant des services dans des secteurs ruraux et péri-urbains.. Tandis que la plupart des prestataires de services urbains sont publics, on dénombrait, en 2004, 125 entreprises privées et 48 sociétés d'économie mixte dans le pays.
Le pouvoir d'achat des Colombiens a souffert : les tarifs de l'eau pour les particuliers connaissent une augmentation significative. Entre 1990 et 2001, le tarif moyen en Colombie pour l'approvisionnement en eau et son traitement, est passé de 0,32 dollar américain par mètre cube à , soit une augmentation de 152 %.. En conséquence, 24 % des investissements ont été autofinancés par les services publics en 2004. D'autres caractéristiques du secteur sont l'existence de quelques grandes et performantes entreprises publiques, une participation forte et stable par le secteur privé local au niveau des prestations de services et quelques organisations de proximité performantes dans les zones péri-urbaines.
Lors des mandats présidentiels d'Álvaro Uribe, le gouvernement a lancé un certain nombre de mesures complémentaires pour accélérer l'augmentation de l'accès aux services d'approvisionnement en eau et d'assainissement, telles que le renforcement du rôle des ministères dans la gouvernance du secteur, un programme pour les quartiers marginaux urbains et une augmentation des investissements pour le traitement des eaux usées.
Histoire
Le secteur de l'eau et de l'assainissement en Colombie a subi un cycle de centralisations et de décentralisations lors des dernières décennies. Depuis la promulgation d'une nouvelle politique sectorielle globale en 1994, divers gouvernements ont poursuivi les mêmes orientations de base, y compris les transferts ciblés aux municipalités, la participation du secteur privé, la réglementation, la gestion de la tarification et un système de subventions croisées.
Centralisation
Lors de la première moitié du , l'approvisionnement des services d'alimentation en eau et d'assainissement était sous le contrôle d’un État central qui a commencé à intervenir au niveau de ces prestations de services vers les années 1920.. La responsabilité de l'approvisionnement et de gestion des services d'alimentation en eau et d'assainissement a été assignée en 1930 aux municipalités qui ont été ainsi classées en trois catégories en fonction de leur population : les municipalités ayant moins de habitants étaient considérées comme rurales avec des besoins moindres et n'étaient pas incluses à l'intérieur du programme de financement ; les municipalités ayant une population comprise entre et habitants recevaient des apports de la Nation et de leur département respectif pour la construction des infrastructures et réalisaient des apports personnels selon leur capacité financière ; les municipalités de plus de habitants devaient financer la construction des systèmes par leurs propres moyens et recevaient des apports jusqu’à 50 % du service de la dette contractée pour le financement des infrastructures.
Bien que les municipalités fussent autonomes en matière de construction et d’opération des systèmes d'alimentation en eau et d'assainissement, le Ministère de Travaux Publics contrôlait les tarifs. En 1936, via était destiné à ce secteur avec l'objectif d'étendre l'approvisionnement d'eau potable. Le Fondo de Fomento Municipal (FFM ou Fonds de développement municipal) a été créé en 1940. avec l'objectif de fournir des apports aux municipalités pour qu'elles puissent financer les infrastructures d'alimentation en eau et d’assainissement.
En 1950, à l'instar de nombreux autres pays, un système centralisé a été adopté et lInstituto de Fomento Municipal (INSFOPAL ou Institut de développement municipal) a été créé, assumant les fonctions du FFM avec de nouvelles ressources provenant d'autres rentes. Il avait pour fonctions le financement, la planification, la construction, la maintenance et l'administration des services dans les municipalités.. Avec la réforme constitutionnelle de 1968, l'INSFOPAL a cessé de dépendre du Ministère du Développement Économique pour dépendre du Ministère de la Santé, et son champ d’action s’est limité aux villes de plus de habitants. L' (INPES ou Institut National des Programmes Spéciaux de Santé), qui a pris plus tard le nom d' (INS ou Institut National de Santé), a été mis en place pour les municipalités ayant moins de habitants dans une zone urbaine..
La (Junte Nationale des Tarifs) a été créée en 1968 en tant qu’organe assigné au (DNP ou Département National de Planification) dans le but de diminuer l'ingérence politique dans la définition des tarifs et d’améliorer le recouvrement des coûts des prestations des services. La Junte a établi des tarifs différents selon les strates et l’utilisation (résidentiel, industriel, commercial et bureau) de telle façon que l'octroi d'allocations soit nécessaire.
Décentralisation
Dans les années 1980, le secteur est en crise, ce qui se caractérise par de faibles investissements, un faible recouvrement des coûts et une mauvaise qualité des services dans la majeure partie du pays. En conséquence, en 1986, dans le cadre d'un changement dans les politiques sectorielles, l'INSFOPAL s'est séparé de ses filiales départementales (EMPOS ou ) et municipales (ACUAS ou ) qui ont été converties en instituts décentralisés d'ordre départemental et municipal chargé de l'exécution et de l'opération des projets.. Cependant, certaines municipalités ont pris la responsabilité des prestations de services au niveau local et ainsi créé des entreprises municipales. Le cas le plus remarquable est illustré par les Entreprises publiques de Medellín (EPM ou ), un service multisectoriels appartenant à la municipalité, créé en 1955.
Avec le décret 77 de 1987, le gouvernement décide de démanteler l'INSFOPAL en 1987. et de confier de nouveau la responsabilité des prestations des services aux municipalités après quatre décennies, à l'exception de certains cas comme le département du Valle del Cauca où les compagnies régionales ont continué de fournir les services. L'objectif de la réforme de 1987 était de réduire les prix et les altérations des prestations des services pour l'eau potable et l'assainissement basique, tels l'octroi d'allocations importantes et l'interférence politique dans la tarification.. De plus, cette réforme cherchait à rendre l'approvisionnement du service plus efficient.
La Loi 81 de 1988 a établi que la politique de prix pouvait être exercée au moyen de modalités de contrôle direct, de liberté régulée et surveillée.. Ainsi, en 1992, la Junte Nationale des Tarifs a défini que les tarifs approvisionnement en eau et d'assainissement seraient soumis au régime de la liberté régulée et a délégué aux municipalités et districts la compétence de fixer les prix par eux-mêmes..
En 1991, la nouvelle Constitution de la Colombie a défini les services publics comme l'un des services essentiels qui contribuent au bien-être de la population. Dès lors, l'État a eu la responsabilité finale d'assurer la prestation de ces services aux citoyens (article 365) ainsi que l'obligation de surveiller et de contrôler leur mise en place (article 334). La Constitution a également attribué un rôle important au secteur privé, les services pouvant être soit fournis directement par l'État soit délégués au secteur privé ou à toutes organisations locales (article 365)..
La nouvelle politique globale du secteur de 1994 right|150px|thumb|César Gaviria.
Les deux gouvernements libéraux de César Gaviria (1990-1994) et Ernesto Samper (1994-1998) ont poursuivi une politique d'ouverture économique et de modernisation des entreprises. Dans l'esprit de ces politiques, le gouvernement a établi une nouvelle politique sectorielle globale. Les investissements pour l'alimentation en eau et le traitement des eaux usées sont augmentés. Ce sont les municipalités qui gèrent au niveau local (décentralisation). Le but est d'améliorer la qualité du service et l'efficacité, d'encourager la participation du secteur privé dans les régions les plus pauvres du pays où les services publics ne fonctionnent pas bien. Des organismes autonomes de régulation sont mis en place au niveau national, ces efforts entraînant une nouvelle tarification qui a pour but de protéger les régions plus pauvres grâce à des subventions croisées sous forme de tarifs par zone (augmentation artificielle des prix dans les zones peuplées et aisées en approvisionnement pour subventionner et diminuer le prix de vente dans les régions rurales et mal desservies).
La base de cette politique sectorielle a été créée par la loi 142 de juillet 1994., à la fin du mandat présidentiel de César Gaviria. Bien que quelques modifications aient été apportées à cette loi en 2001, cette politique se poursuit aujourd'hui, et ce malgré plusieurs changements de gouvernements.