Le Trégor () est une ancienne division administrative et religieuse constituant l'un des neuf pays de Bretagne. Situé dans le nord-ouest de la Bretagne, entre la Manche et les monts d'Arrée, il comprend la partie nord-ouest du département des Côtes-d'Armor et une petite partie du nord-est du Finistère, jusqu'à la rivière de Morlaix. Les villes principales sont Lannion, Morlaix, Perros-Guirec, Guingamp et Tréguier, qui en est la capitale historique.
Géographie
Pays de tradition
L'ancien évêché de Tréguier était divisé en deux circonscriptions religieusesPierre Barbier, « Carte historique de l'ancien évêché de Tréguier », Le Trégor historique et monumental : étude historique et archéologique de l'ancien évêché de Tréguier , Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, 1960, . : l'archidiaconé de Poucastel, à l'ouest, entre le Queffleut et le Léguer. Il est devenu le Bas-TrégorChristian Millet, « Regards renouvelés sur l’atelier Beaumanoir », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, CXXVII, Quimper, 1998, 123. ; le Grand Archidiaconé, à l'est, entre le Léguer et le Leff. Il a donné : le Grand-Trégor, entre le Léguer et le Trieux, le Petit-Trégor, au sud-est, entre le Trieux et le Leff.
Les noms de Bas-Trégor, de Grand-Trégor et de Petit-Trégor sont tombés en désuétude. Ils n'ont plus valeur que chez les musiciens et danseurs, les trois pays proposant des danses différentes« Bro Dreger/Tregor », sur lannig.e-monsite.com. « Bro Dreger- Terroir of Trégor », sur breizh-music.bzh, 2016 (consulté le 21 mai 2016).. Pour ce qui concerne le costume, en revanche, le Trégor est la province de Bretagne qui présente la plus grande unitéRené-Yves Creston, Le Costume breton, Champion, 1993, 199..
Cadre géologique vignette|Carte géologique du Massif armoricain, avec au nord-est le batholite mancellien et ses nombreux plutons de granite cadomien (Trégor, Lanhélin, Louvigné, Vire, Avranches…). Ce batholite dessine une ellipse de (d'Alençon à la Rance) sur (de Vitré à Vire)Carte géologique de la France au 1/50000 Fougères 13-17, éditions du BRGM, 1981, p. 5.
Le plateau trégorrois est localisé dans la partie médiane du domaine nord armoricain, unité géologique du Massif armoricain qui est un socle ouest-européen de faible altitude (maximum ), caractérisé par des surfaces d'aplanissement et qui résulte d'une histoire complexe composée de trois orogenèses : icartienne (Paléoprotérozoïque,ca. 2,2-1,8 Ga), cadomienne (Édiacarien 750-540 Ma) et surtout varisque (ou hercynienne, au Dévonien-Carbonifère, 420-300 Ma). La structure du Massif armoricain résulte de la superposition de l'héritageL'orogenèse cadomienne est marquée au nord du massif par des directions N70 (groupes de direction N 60° à N 85° et quelques autres issus de failles associées). L'orogenèse varisque est la principale responsable de l'architecture de la majeure partie du massif, notamment au travers du Cisaillement Nord-Armoricain et des deux branches du Cisaillement Sud Armoricain de direction N110 (séparant les quatre grands domaines armoricains (Nord-armoricain, Centre-armoricain, Sud-armoricain et le Léon), des groupes de failles N 20° à N 40 °, et des directions N140 à N160, héritées du pré-rifting atlantique avorté du Permo-Trias. Ces groupes de failles façonnent les directions du tracé de nombreux plateaux et côtes. Cf Paul Bessin, « Évolution géomorphologique du Massif armoricain depuis 200 MA : approche Terre-Mer », thèse Sciences de la Terre. Université Rennes 1, 2014, p. 98 ; . de ces deux derniers orogènes.
L'histoire géologique du plateau du Trégor est marquée par le cycle icartien (de ca. -2 200 Ma à -1 800 Ma) dont la géodynamique est mal connue, et le cycle cadomien (entre 750 et 540 Ma) qui se traduit par la surrection de la chaîne cadomienne qui devait culminer à environ . et regroupait à cette époque (avant l'ouverture de l'océan Atlantique) des terrains du Canada oriental, d'Angleterre, d'Irlande, d'Espagne et de BohêmeE. ÉGAL et al., Carte géol. France (1/50 000), feuille Pontrieux-Etables-sur-Mer (204), éditions du BRGM, 1996, p. 5. À une collision continentale succède une période de subduction de l'océan celtiqueLa position de cet océan est suggérée par une importante anomalie magnétique orientée NE-W qui a été reconnue dans la partie médiane de la Manche actuelle et qui pourrait être un corps ophiolitique Cf. . vers le sud-est, sous la microplaque Armorica appartenant alors au supercontinent Gondwana. Des failles de direction N40°-N50°enregistrent un raccourcissement oblique, orienté environ NNE-SSW.. Cette tectonique régionale entraîne un métamorphisme à haute température et basse pression. À la fin du Précambrien supérieur, les sédiments briovériens issus de l’érosion rapide de la chaîne cadomienne sont ainsi fortement déformés, plissés, formant essentiellement des schistes et des gneiss.. Les massifs granitiques du Mancellien (notamment le massif côtier nord-trégorrois, le granite de Plouha, les diorites et gabbros de Saint-Quay-Portrieux), dont la mise en place est liée au cisaillement nord-armoricain. scellent la fin de la déformation ductile de l'orogenèse cadomienne.. À leur tour, ces massifs granitiques sont arasés, leurs débris se sédimentant dans de nouvelles mers, formant les « Séries rouges » qui se déposent dans le bassin ordovicien de Plouézec-Plourivo, hémi-graben limité au nord par la faille de Trégorrois. Les grands traits de l’évolution géologique du Trégor sont alors fixés. L'altération a également transformé les roches métasédimentaires en formations argilo-sableuses. Enfin, au Plio-quaternaire, les roches du substratum sont localement recouvertes par des dépôts récents issus de l’action du vent (lœss, limons sur les coteaux)..
La région géologique appartient plus précisément à l'unité du Trégor-HaguePrincipales unités géologiques du Trégor (d’après Auvray et al., 1976) représentée principalement par un complexe volcano-plutonique comprenant le batholite du Trégor s.s. (pluton de granitoïdes calco-alcalins mis en place au sein des gneiss icartiens et qui fait partie d'un ensemble plus vaste, le batholite mancellienDe , nom latin de la région du Maine, domaine structural de la partie nord-est du Massif armoricain dénommé en 1949 par le géologue Pierre Pruvost. Il est caractérisé par un Précambrien récent au sein duquel se sont mis en place des granitoïdes intrusifs antérieurement au dépôt des terrains paléozoïques ; ce domaine surélevé a été épargné par les transgressions marines du Cambrien.) et les « Tufs de Tréguier » (tufs, ignimbrites et laves intermédiaires à acides)..
Touristiquement, les principaux aspects de la géologie de cette région peuvent être abordés au cours de promenades naturalistes qui permettent d'observer sur un espace réduit du territoire , des roches d'âge et de nature différents, des structures géologiques (cisaillement, faille, pli, schistosité) témoins de phénomènes géologiques d'ampleur (magmatisme, tectogenèse, métamorphisme, érosion…)..
Communes trégorroises
Fleuves trégorrois
D'ouest en est : Dourduff Douron Yar Roscoat Kerdu Léguer Jaudy et son affluent le Guindy Trieux
Îles trégorroises vignette|280x280px|Les îles de Buguélès. D'ouest en est : Ile Noire, Île Blanche, Île Karo, Île Stérec à Plouezoc'h Île Milliau, Île Molène à Trébeurden Île Aganton, Île Losquet, Île-Grande, Le Corbeau, Île Morvil, Île Aval, Île d'Erch, Île Plate à Pleumeur-Bodou Archipel des Triagoz, Île Jaouen, Île Tanguy, Île Seigle, Île Ronde, Île aux Lapins, Île de Costaérès à Trégastel Sept-Îles, Île Tomé à Perros-Guirec Îles de Buguélès (île Illiec) à Penvénan Île de Pors Scaff (Île aux Pins et Île Yvinec), La Petite Île, Île Loaven, Île d'Er à Plougrescant Sillon de Talbert à Pleubian Île Coalen, Île Maudez à Lanmodez
Montagnes Le Trégor possède plusieurs sommets dépassant les 300m. Le Menez Bré est le plus connu, mais n'est pas le point culminant.
Les sommets du Trégor dépassant 300m sont:
Le Pavé (323m) sur la commune de Loguivy-Plougras Menez Kerespers (320m) sur la commune de Plougonver Menez Goariva (314m) sur la commune de Plougras Roc'h Glas (307m) sur la commune de Plougras Menez Hoguéné (305m) sur la commune de Louargat Le Télégraphe (302m) sur la commune de Plougonven Menez Bré (302m) sur la commune de Pédernec
Histoire
Moyen Âge
La frontière du Trégor est la rivière de Morlaix. La rive ouest de cette ville était donc précédemment dans l’évêché de Léon, tandis que l'autre rive était dans l’évêché de Tréguier.
Le drapeau traditionnel du Trégor emporte un dragon rouge, similaire à celui des envahisseurs bretons du siècle, originaires du royaume du Powys (région est du pays de Galles), chassés de Grande-Bretagne par les envahisseurs anglo-saxons du royaume voisin de Mercie. Vers 656, les rois de Mercie conquièrent la partie orientale du Powys. Au cours des siècles suivants, le Powys subit de nombreux assauts anglo-saxons ce qui l'affaiblit durablement.
Le Poher voisin témoigne par son nom de la même origine d'un peuplement venus du Powys gallois.
En 1032, dans le cadre d'une réorganisation politique de la Bretagne, l'apanage des Penthièvre est constitué en un évêché distinct, l'évêché de Saint-Brieuc. Les Penthièvre étant également seigneurs de Guingamp, est érigé simultanément un évêché de Tréguier par détachement de l'évêché de LéonH. Guillotel, "Le dossier hagiographique de l’érection du siège de Tréguier" in Mélanges Léon Fleuriot, , Saint-Brieuc-Rennes, 1992. dans le but d'affaiblir la puissante famille des comtes de Léon qui sont indépendants du Duc jusqu'à ce que cette famille soit anéantie, quelques générations plus tard. Depuis, l'hagiographie élaborée dans les chapitres de ces évêchés s'est employée à asseoir leurs origines sur des ermites antiquesH. Guillotel, "Le dossier hagiographique de l’érection du siège de Tréguier" in Mélanges Léon Fleuriot, , Saint-Brieuc-Rennes, 1992. Les deux évêchés de Léon et de Trégor sont toutefois restés très proches, et par la langue bretonne, et par leurs actions coordonnées, l'évêque de Tréguier trouvant un accès direct à la Curie romaine par le comte-évêque voisin qui ne dépend pratiquement que de RomePie II, Sentence du 7 janvier 1464.. C'est ainsi par exemple qu'en 1325 un collège de Tréguier, reconstruit ultérieurement en Collège de France par François , est fondé par Monseigneur Guillaume de Coëtman à Paris, presque simultanément à un collège de Léon voisin.
Temps modernes
La culture et le rouissage du lin Le Trégor a occupé une place importante dans la culture du lin en Bretagne. La richesse des sols du Trégor enrichis par les amendements marins — goémon et maërl — ainsi que la douceur et l'humidité du climat, sont des facteurs favorables à la croissance du lin, ainsi qu'à son rouissage et son blanchiment. Toutefois, en raison des exigences de la plante, une parcelle ne peut être plantée en lin que tous les 6 à 8 ans. « Dans le Trégorrois, la couverture d'humus et de loess offre aux longues racines du lin un sol profond et meuble. Leurs tiges frêles se trouvent protégées de la violence des vents par le relief accidenté des sols, par les haies vives et les talus garnis d'arbres ». Le lin a l'inconvénient d'appauvrir le sol, notamment en raison du grand nombre de ses racinesDominique Poulain, Le Trégor : un sol, un climat, propices à la culture du lin, in "Du lin à la toile. La proto-industrie textile en Bretagne", sous la direction de Jean Martin et Yvon Pellerin, Presses universitaires de Rennes, 2008, .