vignette|Marcus Stephen en 2009.
Des élections législatives se sont tenues à Nauru le . En raison d'un Parlement scindé entre partisans du gouvernement et de l'opposition, un nouveau scrutin est organisé le suivant.
Le Parlement est composé de dix-huit députés, élus par les citoyens répartis en huit circonscriptions électorales. Le président de la République, qui est à la fois chef de l'État et du gouvernement, est un député promu à la présidence par ses pairs. Il conserve son siège au Parlement "About Parliament", Parlement de Nauru.
Une législature nauruane a ordinairement un mandat de trois ans. Les élections d'avril 2008 avaient conféré au président de la République, Marcus Stephen, une majorité parlementaire de douze députés sur dix-huit. Il n’y a pas de partis politiques à Nauru, et les députés ne demeurent pas toujours affiliés au « camp » informel dans lequel ils s’étaient alignés au moment d’élire le président. Ainsi, en 2010, l'opposition revendique-t-elle le soutien de neuf députés, et tente-t-elle de destituer le président Stephen au moyen de motions de confiance. Marcus Stephen y répond en dissolvant le Parlement, provoquant des élections législatives anticipées "Nauru set for early poll as President orders dissolution of parliament", Radio New Zealand International, 16 mars 2010.
L'« affaire Getax »
Des officiels australiens ont accusé la compagnie australienne Getax, acheteuse importante de phosphate nauruan, d'avoir précipité l'élection en déstabilisant le gouvernement. Plus spécifiquement, Getax avait proposé au gouvernement nauruan un prêt de 25 millions de dollars australiens, à un taux d'intérêt de 15 %, qui, selon une investigation du journal The Australian, « aurait probablement eu pour conséquence que le pays ne puisse pas rembourser le prêt, entraînant l’exécution de clauses contractuelles permettant à Getax de prendre possession de l’industrie du phosphate appartenant à Nauru ». Le gouvernement Stephen rejeta l'offre, et, peu de temps après, Getax organisa et finança un voyage à Singapour pour les six députés de l'opposition, ainsi que pour trois députés de la majorité. Ces trois députés (parmi lesquels Aloysius Amwano "Federal Police to probe claims Nauru bribery claims against Gold Coast company", The Australian, 26 octobre 2010) rejoignirent ensuite l'opposition, provoquant le blocage du Parlement, et la tenue d'élections anticipées "Nauru instability 'Aussie phosphate plot'", The Australian, 25 octobre 2010 "Mutiny on the phosphate bounty", The Australian, 26 octobre 2010.
En , The Australian publie un article, s'appuyant sur des révélations d'officiels australiens ainsi que de documents publiés par les autorités nauruanes, révélant les activités de Getax, ainsi que les dépenses apparemment inexplicables de députés de l'opposition, bien au-delà de leurs revenus. Il publie également des témoignages selon lesquels des membres de l'opposition auraient versé des sommes relativement conséquentes à des électeurs potentiels. Interrogé par The Australian, Baron Waqa, le chef de l'opposition, ne veut ni confirmer, ni infirmer l'affirmation selon laquelle Getax aurait financé la campagne de l'opposition, mais déclare : « Getax a toujours aidé Nauru. […] Getax est déçue de la manière dont ce pays est gouverné ».
Les activités de Getax, et notamment les accusations de corruption d'élus nauruans portées à son encontre, donnent alors lieu à une enquête de la police fédérale australienne. Après plusieurs mois d'enquête, l'affaire est classée sans suite "The changing faces of Nauru's leadership crisis", The Age, 19 novembre 2011.
En , la Australian Broadcasting Corporation (ABC) révèle que Baron Waqa, David Adeang et plusieurs autres députés les soutenant auraient reçu entre eux plusieurs centaines de milliers de dollars australiens en pots-de-vin de la part de Getax en 2009 et en 2010. Ces sommes étaient destinées à les aider dans leur conquête du pouvoir, afin qu'ils mettent en œuvre des politiques favorables à Getax. Dans un e-mail consulté par la ABC, Adeang promet d'œuvrer pour que Getax obtienne le plein contrôle sur les réserves de phosphate de Nauru, qui était alors considérées comme un bien public "Nauru's president Baron Waqa and justice minister allegedly bribed by Australian phosphate dealer Getax", Australian Broadcasting Corporation, 8 juin 2015.
Élections du 24 avril Le gouvernement fait campagne sur la réussite de ses politiques. Frederick Pitcher, ministre du Commerce, de l'Environnement, des Services publics et de la Réhabilitation de l'Île, déclare ainsi que l'exportation du phosphate s'est accrue de manière significative, tandis que le PNB du pays a été multiplié par deux. Le gouvernement a su assurer une production constante d'électricité accessible à tous, ce qui n'a pas été le cas depuis plus d'une décennie. Le gouvernement a aussi entrepris de revitaliser l'île endommagée par l'exploitation du phosphate, a construit de nouvelles écoles, ainsi qu'un nouveau service hospitalier. Aloysius Amwano, député issu de la majorité mais ayant récemment rejoint l'opposition, affirme pour sa part que le gouvernement profite des effets des bonnes réformes engagées par l'administration précédente, notamment sous le président Ludwig Scotty et le ministre des Finances et des Affaires étrangères David Adeang. Il affirme que c'est l'administration Scotty qui a su tirer le pays du marasme économique "Nauru prepares for elections tomorrow", Radio Australia, 23 avril 2010.
Les élections amenant à la formation de la dix-neuvième législature "News: Parliament stalemate", Parlement de Nauru, 6 juillet 2010 se tiennent le . Il y a quatre-vingt-six candidats, dont les dix-huit députés sortants "Nauru heads for the ballot box", Radio New Zealand International, 23 avril 2010. Les députés sortants sont tous réélus "Re-elected Nauru parliament fails to elect Speaker", Radio New Zealand International, 27 avril 2010. En raison de l'impasse entre les neuf députés de la majorité sortante et les neuf députés de l’opposition, le président Stephen conserve son poste à titre transitoire, et l'élection du président est reportée au mois de juin "Nauru’s newly elected Speaker delays vote for President until Thursday", Radio New Zealand International, juin 2010. Le , le président du Parlement, Dominic Tabuna, démissionne, déclarant que les députés refusent la tenue de l'élection présidentielle après plus de six semaines de paralysie du Parlement et de la vie politique du pays "Nauru Parliament entering a seventh week in deadlock", Radio New Zealand International, 4 juin 2010.
En conséquence, le président prononce une nouvelle dissolution du Parlement le , en vue de nouvelles élections législatives quasi immédiates "http://www.rnzi.com/pages/news.php?op=read&id=54120", Radio New Zealand International, 12 juin 2010.
Élections du 19 juin Descriptif Les nouvelles élections, amenant à la formation de la vingtième législature, ont lieu le . Le taux de participation est de 92,69 %, soit 5 287 votants sur 5 704 inscrits. Voter est obligatoire, et la non-participation à l'élection est punie d'une amende de 6 A$« Nauru - Parlement, élections du 19 juin 2010 », Union interparlementaire "Nauru Parliament: Electoral system", Union interparlementaire.
Les dix-huit députés (dont Marcus Stephen) sont à nouveau candidats à un nouveau mandat, et dix-sept sont réélus "Nauru still deadlocked after second election", Agence France-Presse, 20 juin 2010. Dans la circonscription d'Aiwo, le député Dantes Tsitsi, membre de l'opposition, est le seul sortant battu. Le nouveau député d'Aiwo, Milton Dube, se déclare indépendant, annonçant qu'il soutiendrait ou bien le camp présidentiel, ou bien l'opposition dirigée par Baron Waqa, en fonction des intérêts de sa circonscription. Il attire l'attention des deux parties sur les désagréments pour ses électeurs de la poussière de phosphate émanant d'un centre de séchage "Both groups in Nauru Parliament vie for support of single new MP", Radio New Zealand International, 21 juin 2010. Kieren Keke, député du camp présidentiel, argue que la seule solution pour « débloquer » le Parlement serait que Milton Dube participe à la formation d'une majorité présidentielle, puisque Baron Waqa ne peut espérer obtenir une majorité, même avec le soutien potentiel du nouveau député. Kieren Keke ajoute que, si une majorité fonctionnelle était établie, elle introduirait un projet de loi portant à dix-neuf le nombre de sièges au Parlement, afin qu'il n'y ait plus de paralysie provoquée par une égalité stricte entre deux camps "No guaranteed result from Nauru election", Radio Australia, 21 juin 2010.
Un mois plus tard, le camp présidentiel n'a toujours pas réussi à obtenir le soutien de Milton Dube, mais le député Rykers Solomon, membre de l'opposition, change de camp, conférant enfin à Marcus Stephen une majorité. L'élection du président doit alors se tenir au Parlement, mais son président, Aloysius Amwano, membre de l'opposition, refuse, le , d'autoriser sa tenue "Nauru Government breaks parliamentary deadlock but Speaker blocks vote", Radio New Zealand International, 7 juillet 2010. Stephen démet Amwano de ses fonctions, mais ce dernier déclare qu'il refuse cette décision "Nauru Speaker refuses order to quit", Australian Broadcasting Corporation, 8 juillet 2010. Le Parlement est suspendu, le gouvernement de Marcus Stephen déclarant un état d'exception, lui permettant de gouverner le pays à titre transitoire tant que la crise politique se maintiendra "Nauru’s SOE extended for 21 days", Radio New Zealand International, 30 juillet 2010. Le , Stephen autorise l'opposition à attaquer l'état d'exception devant les tribunaux "Nauru: Marcus Stephen amende l’état d’exception", Radio Australia, 15 septembre 2010.
Le site web du Parlement précise, à la suite des événements du , qu'en raison de l'impasse, et en vertu des articles 16 et 20 de la Constitution, « [l]e gouvernement Stephen, formé au début de la dix-huitième législature, continue en qualité de gouvernement de transition, en attendant l’élection d’un nouveau président ». L'article 16.4 stipule que « [l]e Président conserve son poste jusqu’à ce qu’une autre personne soit élue à la présidence », tandis que l'article 20 stipule que les ministres cessent leurs fonctions au moment de l'élection d'un nouveau président Constitution de Nauru..
En novembre, l'ancien président de Nauru Ludwig Scotty, désormais député de l'opposition, accepte le poste de président du Parlement, permettant enfin la tenue d'une élection présidentielle parmi les députés. Le sortant Marcus Stephen est réélu à la présidence de la République par onze voix contre six à Milton Dube "Nauru deadlock ends as Scotty accepts speaker’s position", Radio New Zealand International, novembre 2010.
Statistiques Parti Dirigeant Circonscription du dirigeant Résultat Changement parrapport à avril Voix pour la présidence (novembre) Aucun ; députés indépendants soutenant le gouvernement sortant Marcus Stephen Président de la République Ewa/Anetan 9 députés 0 11 (réélu) Aucun ; députés indépendants s'identifiant comme membres de l'opposition Baron Waqa Chef de l'opposition Boe 8 députés -1 0 (non-candidat) Aucun ; député indépendant Milton Dube Aiwo 1 député +1 6 (battu)
Liste des députés élus