Édouard Delruelle, né le à Liège, est un philosophe belge.
Il est professeur de philosophie à l'Université de Liège où il enseigne la philosophie morale, politique et du droit. Ancien directeur adjoint du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, et chroniqueur à la radio, il s'exprime régulièrement sur des sujets de société comme la religion et la laïcité, l'antisémitisme et le racisme, le multiculturalisme.
En particulier, ses travaux se concentrent autour d'une conception de l'Etat-nation comme garant des droits politiques et sociaux issus de l'histoire des luttes politiques révolutionnaire et ouvrière, contre la tentation de réduire celui-ci à un Etat policier, sécuritaire et identitaire.
Biographie Né le à Liège, il est issu d'une famille bourgeoise et libérale liégeoise, son père Gérard Delruelle, a été député du Parti de la liberté et du progrès (PLP) et son grand-père, Jules-Emile Delruelle, a été résistant pendant la Seconde Guerre mondiale puis ministre dans le gouvernement de la libération..
Titulaire d'un doctorat en philosophie obtenu en 1991 à l'Université de Liège, il est d'abord aspirant, puis chargé de recherche et enfin chercheur qualifié au Fonds National Belge de la Recherche Scientifique (FNRS) de 1987 à 1996. Il est professeur de philosophie politique à l’Université de Liège, chargé de cours de 1996 à 2002, puis professeur ordinaire depuis 2002CV sur le site de l'Université de Liège. De 2005 à 2007, il est membre du Conseil d’administration de l’Université de Liège.
De 2007 à , il exerce la fonction de Directeur adjoint du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racismeCentre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (institution publique belge de lutte contre les discriminations). Il occupe différents autres mandats. comme conseiller à "l’image institutionnelle, l’éthique et la culture" auprès du recteur de l'Université de Liège depuis 2007, membre du Conseil de déontologie journalistique (CDJ) depuis 2010, administrateur à la Fondation Emile Bernheim depuis 2008, administrateur suppléant à l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (Fundamental Rights Agency) de 2007 à 2009, membre non-magistrat du Conseil supérieur de la justice de 2005 à 2008.
Travaux
Après avoir consacré son travail de fin d’études sur Lévi-Strauss publié en 1989 sous le titre Lévi-Strauss et la philosophie, il entame en tant que chercheur au FNRS, une thèse de doctorat sur le consensus chez Habermas et Arendt publiée en 1993 sous le titre Le consensus impossible. Le différend entre éthique et politique chez Habermas et Arendt.
Son enseignement à l'Université de Liège porte sur la philosophie politique et morale et la philosophie du droit. Il dirige le Service de philosophie morale et politiqueMembres du service de philosophie morale et politique et édite une revue scientifique en ligne, significativement intitulée Dissensus, dont il inaugure le premier numéro en avec un article sur la mondialisation et le cosmopolitismehttp://popups.ulg.ac.be/dissensus/document.php?id=262 Cosmopolitisme et dissensus communis.
Sa recherche porte sur la philosophie politique, en particulier l'éthique politique et l'humanisme. Outre son travail de fin d'études et sa thèse de doctorat, il publie en effet trois livres, L’Humanisme, inutile et incertain ? Une critique des droits de l’homme en 1999, L'impatience de la liberté. Autonomie et démocratie en 2004 et Métamorphoses du sujet. L'éthique philosophique de Socrate à Foucault en 2006.
Engagement politique et prises de position Euthanasie Dans les années 1990, Édouard Delruelle se prononce en faveur du droit de mourir dans la dignité. et en tant que membre du Comité consultatif de bioéthique, il participe à la rédaction du rapport du comité sur l’euthanasieAvis n° 1 du 12 mai 1997 concernant l’opportunité d’un règlement légal de l’euthanasie et au débathttp://www.senate.be/doc/magazine/1998_3/3-98f-02.htm Euthanasie Un dialogue au-delà des clivages politiques qui mène à l'adoption de la loi belge sur la dépénalisation de l’euthanasie en 1999.
Dialogue interculturel et la diversité
En 2004, Édouard Delruelle participe aux travaux de la Commission du dialogue interculturel mise en place par le gouvernement fédéral avec pour objectif de faire le point sur les questions liées à la société multiculturelle telle qu'elle se développe en Belgique. Il est co-rapporteur de cette commission qui soumet au gouvernement fédéral un rapport final avec une proposition d'avant-projet de charte pour la citoyenneté belge. Contre le racisme, il oppose la citoyenneté et se prononce pour un contrat d'intégration des étrangers en Belgiquehttps://www.magazine-appel.be/IMG/pdf/6-7-12.pdf.. Il est en faveur de l'interdiction de tous les signes religieux dans les services publics. mais s'oppose à l'interdiction systématique du port du voile dans les écoles..
Racisme, antisémitisme et liberté d'expression
En 2012, Édouard Delruelle estime que le racisme a changé de visage et se dit très inquiet que les questions d’appartenance, de culture et de civilisation soient en train de piéger le combat antiraciste. Delruelle condamne l'orientation multiculturaliste du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX) qui selon lui . Il considère donc que c'est une erreur Delruelle : "La lutte contre le racisme s’égare", entretien, lalibre.be.
En 2013, à la suite de ce qu'il constate comme la résurgence de l'antisémitisme en Belgique, à travers des faits récents et à d'autres non médiatisés, Édouard Delruelle, appelle et en particulier le Parti socialiste (PS) à sortir de son mutisme et faire passer un message fortAntisémitisme: "le PS doit sortir de son mutisme" pour Edouard Delruelle, rtbf.be, 23 mars 2013. Il évoque notamment un tweet d'un conseiller communal PS à Molenbeek, Jamal Ikazban qui traite d', Claude Moniquet, un expert en question de renseignement.
En se basant sur l'expérience des discours racistes, il prend position en faveur de la correctionnalisation des délits de presse et souhaite l'extension aux propos de haine qui relèvent d'autres motifs, comme les propos homophobes et les incitations à la haine contre des groupes religieux ou des communautés religieuses, car selon lui,
Edouard Delruelle est franc-maçon, comme révélé dans un entretien accordé au Soir le . Il réagissait alors au discours de Denis Rousseauhttps://www.levif.be/international/islamophobe-moi-oui-et-voici-pourquoi%5d., qui déclare l'islamophobie comme attitude cohérente avec les valeurs de la franc-maçonnerie. Delrouelle déclare que Rousseau dans , faisant le jeu de l'extrême-droite, ennemie véritable, selon le philosophe belge, de la franc-maçonnerie. Dans cet entretien, il juge l'idée d'un traitement de faveur envers l'islam, par souci de correction politique, contre le christianisme auquel, , en contradiction patente avec le fait, à ses yeux indéniable, d'une banalisation de l'islamophobie dans le champ médiatique et politique. La sortie de Denis Rousseau est symptomatique, pour Delruelle, d'une islamophobie décomplexée au sein des milieux laïques.
Position sur le rôle de l'Etat: un concept fondamental Pour Delruelle, l'Etat joue un rôle fondamental dans la protection des droits sociaux et politiques des individus. En particulier, il permet d'instaurer un ordre laïc radical, distinct des formes de laïcité excluant toute appartenance confessionnelle, au point d'aliéner les communautés religieuses, notamment musulmanes, comme des formes de celle-ci incluant sans critère normatif toutes les communautés, y compris celles utilisant la sacralité de leurs valeurs pour maintenir des rapports de forces inégaux, notamment patriarcaux. De plus, l'Etat, dans la vision de Delruelle, permet de protéger les acquis sociaux menacés par la globalisation capitaliste néolibérale. Certains passages de ses interventions publiques laissent entendre qu'il espère voir s'instaurer une démocratie participative, notamment en Belgique.
Position sur la constitution belge. Démocratie participative, laïcité et patriotisme constitutionnel. En , il participe à la Commision de Révision de la Constitution et de la Réforme des institutions, proposant un Préambule constitutionnel, fixant des "normes" pour l'Etat belge, dans l'optique de renouveler le contrat social face au "dérèglement" du monde (crises financière, économique, sociale, géopolitique et climatique), contre la tentation sécuritaire et identitaire d'une mise à l'écart idéologique de l'Islam de la part de la société civile belge. Delruelle propose de répondre à deux questions:
"Quel est le caractère de l'Etat?" Delruelle rappelle la primauté de l'Etat sur l'Eglise dans la question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Puis affirme la primauté de la loi positive sur les prescriptions religieuses et philosophiques. Le rôle de l'Etat est de prescrire à la religion son lieu et son heure, de s'assurer que les pratiques religieuses ne deviennent pas des "vecteurs de violence, d'intolérance et d'obscurantisme", donc soient conforme à la démocratie. Le rôle de l'Etat est d'offrir l'espace aux croyants (et non-croyants) pour s'épanouir spirituellement en toute liberté, et en conformité avec ses valeurs. Delruelle voit dans le Traité Théologico-Politique de Spinoza le germe de sa vision de la laïcité. L'état doit exercer son autorité sur la religion, et les croyants doivent avoir un rapport critique aux dogmes religieux. L'inscription de la laïcité, comme primat du juridique étatique sur le religieux, au-delà de la simple neutralité, déjà constitutionnelle en Belgique, serait un bon départ à cet égard. "Quelles sont les valeurs fondamentales de la société, ainsi que les droits et libertés à consacrer?" Delruelle préfère le concept juridique de norme à celui, moral, de valeurs. L'Etat est moralement neutre, ne peut pas prescrire, pour le philosophe belge, de valeurs. Par contre, les normes, juridiques, positives, sont non-négociables pour les sujets. De plus, le concept de norme rappelle que "nous ne possédons de droits et libertés qu'à travers les devoirs et les obligations réciproques qu'il nous revient d'assumer en tant que citoyens responsables." Ces normes, associant droits fondamentaux et droits sociaux et culturels, font de l'émancipation citoyenne, "de l'homme (en tant qu'il est aussi un citoyen)" le but de la démocratie. Selon Delruelle, ce principe d'émancipation, comme de la primauté de l'Etat sur la Religion, est implicite dans les articles de la constitution belge: elle n'est pas à réviser sur ce point-là. Par contre, la rédaction d'une charte pédagogique sur ces points-là, permettant de clôre le débat sur les valeurs fondamentales de l'Etat belge (et, pour Delruelle, de tourner court à l'argumentaire anti-migratoire appelant les ressortissants étrangers à intégrer les valeurs belges, elles-mêmes implicites et confuses). Cette chartre permettrait un patriotisme constitutionnel (au sens de Jürgen Habermas), et offrirait un outil pédagogique pour la transmission publique des valeurs de l'Etat belge. Delruelle espère également voir une telle charte devenir le point de départ d'expérimentations dans le sens de la démocratie participative. Pour Delruelle, enfin, la clarté du principe constitutionnel permettrait de renouer la confiance entre les citoyens et l'Etat, cause réelle, selon lui, de la crise démocratique.
Cosmopolitisme et mondialisation: le problème du rapport au monde post-1980