Willi Münzenberg, né le à Erfurt et mort en 1940 à Montagne, près de Saint-Marcellin dans le département de l’Isère, est un militant communiste allemand, cadre de l'Internationale communiste, qui établit de nombreuses associations dans le but de favoriser la cause de l’URSS.

Il est l'un des propagandistes les plus influents de l'Internationale communiste exerçant une forte attraction auprès d'un certain nombre d'intellectuels occidentaux avant-guerre. Il est particulièrement connu pour sa capacité à instrumentaliser l'antifascisme au service de l'État stalinien.

Münzenberg finit néanmoins par rompre avec le communisme en raison des grandes purges de Staline durant les années 1930 et meurt de manière non élucidée en 1940. Il reste considéré comme un « génie de la propagande politique »François Fejtö, Willi Münzenberg : un génie de la propagande politique, lhistoire.fr, mensuel 17 .

Biographie Jeunesse Münzenberg est né le à Erfurt en Thuringe. Il est le fils d’un aubergiste, et grandit dans la pauvreté. Il commence son engagement au Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD). Personnage brillant, il devient rapidement dirigeant de la jeunesse du parti. Lorsque le parti se fissure entre modérés socialistes et radicaux plus communistes, Münzenberg se range au côté de ces derniers. Pendant la Première Guerre mondiale, il refuse de s’engager dans l’armée allemande. Il s’enfuit à Zurich où il reste une majeure partie de la guerre.

Lors de son séjour en Suisse, Münzenberg restera très actif en politique au sein de la Jungburschen, ancêtre de la Jeunesse socialiste suisse. Le sentiment d'appartenance à la classe ouvrière étant plus forte que l'appartenance nationale, la Jungburschen fera même de Willi Münzenberg son secrétaire central. Lorsque le secrétariat de l'organisation internationale des jeunesses socialistes, qui deviendra plus tard l'IUSY, fut transféré en Suisse, il en devint le secrétaire, puis le secrétaire de l'Internationale des jeunes communistes (IJC) lorsque la Jungburschen y adhère. Dans le cadre de son poste de secrétaire de la Jugendbuchen, il rencontre Lénine avec qui il se lie d’amitié. Le futur homme d'État repère en lui de grandes qualités de propagandiste. Expulsé par la Suisse en 1917, il rejoint le mouvement spartakiste.

En 1918, Münzenberg est un des fondateurs du Parti communiste d'Allemagne. En tant que chef de l'Internationale des jeunes communistes (IJC), il en est aussi le délégué de la deuxième internationale communiste en 1920.

Carrière politique Débuts de propagandiste Après la prise de pouvoir par les bolchéviques, il part pour Moscou en 1921, répondant à l'appel de Lénine. Celui-ci lui demande d'organiser la propagandeJean-Paul Piérot, « Willi Münzenberg. Le destin tragique d'un papivore antinazi », L'Humanité, 8 août, 2012. Son premier succès majeur est de collecter de l'argent et des vivres pour les victimes de la famine russe de 1921. Il fonde alors à Berlin un magazine populaire Sowjetrussland im Bild (la Russie soviétique en images). Bientôt, il crée les éditions Kosmos, qui ont pour but de populariser la connaissance de l’URSS en Allemagne et de créer des titres qui ciblent diverses couches de la société. Il lance l'Arbeiter Illustrierte Zeitung (AIZ), le Journal illustré des travailleurs allemands, qui devient le journal socialiste le plus couramment lu d’Allemagne, ainsi que d'autres titres populaires : Welt am Abend (le Monde Soir) en 1922, Der Weg der Frau (la Voie de la femme).

Pendant la République de Weimar, il acquiert la réputation d'un brillant propagandiste. En 1924, Münzenberg est élu comme député communiste au Reichstag et siège jusqu'à l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933. Il est un des seuls chefs communistes d’origine ouvrière, ce qui lui donne un prestige important.

Münzenberg et les intellectuels d'Occident En plus de cela, Münzenberg travaille secrètement avec le Komintern et la police secrète soviétique dans le but de faire progresser la cause communiste à l'étranger. D'après plusieurs analystes, la stratégie de Münzenberg consiste à imposer le communisme comme la seule véritable forme d'opposition au fascisme. Pour cela, il manipule des intellectuels et artistes occidentaux qu'il appelle , à savoir : Dos Passos, George Grosz, Malraux, Gide, Brecht, Hemingway, Aragon, Sinclair Lewis, Dashiell Hammett, Romain Rolland.

De ce fait, Münzenberg organisa en un « Congrès mondial contre la guerre impérialiste » à La Haye. Officiellement organisé par les écrivains français Romain Rolland et Henri Barbusse, alors qu’en réalité le mouvement communiste russe organise tout en sous-main, Münzenberg parvint à faire intervenir Heinrich Mann ou Albert Einstein, sans qu’ils n'eurent connaissance de la véritable identité des organisateurs de la manifestation.

L’essayiste Philippe Muray fait de lui une description qui mêle critique et admiration :

Stephen Koch affirme que Münzenberg met en œuvre l'idée de Staline : Pour l’historien François Furet, c’est .

Furet cite le portrait que Manès Sperber fait de lui.

L'écrivain Arthur Koestler indique qu'il « organisait des comités, des congrès et des mouvements internationaux comme un prestidigitateur sort des lapins de son chapeau… Chacune de ces organisations s’abritait derrière un paravent de personnalités hautement respectables, depuis des duchesses anglaises jusqu’à des éditorialistes américains et des savants français, qui n’avaient jamais entendu prononcer le nom de Münzenberg et croyaient que le Komintern était une invention de Goebbels ».

Certaines sources affirment qu’il aurait eu une influence dans la création de l'École de Francfort. Ces théories peuvent être objet de controverses.

Lutte contre les pays occidentaux et fascistes Münzenberg fonde de nombreuses organisations telle la ligue mondiale contre l’impérialisme, le Secours ouvrier international ou encore le fonds d’aide international aux travailleurs et l’« » aux États-Unis, dans le but de propager les idées communistes. Il envoie un agent du Komintern et son adjoint, Otto Katz, aux États-Unis pour soutenir des organismes procommunistes et antinazis (Katz fondera plus tard la ligue antinazie d’Hollywood avec Dorothy Parker). Dans le but d’obscurcir ses opérations, Münzenberg crée de nombreuses organisations de façade qui en contrôlent d’autres. Les organismes de renseignement de l’ouest et des États fascistes utilisent le terme de « Münzenberg Trust ou compagnie » pour désigner ces différents organismes. Münzenberg profite de ces entreprises pour faire des investissements économiques. Il profite ainsi de la vie de luxe ce qui lui vaut le surnom de « Millionnaire rouge ».

Après avoir supervisé le traitement de l’affaire Sacco et Vanzetti par le Komintern, Münzenberg est responsable de la ligue contre l’impérialisme fondée à Bruxelles en 1927. Il parvient ensuite à son plus grand succès : il organise à Londres un contre-procès au cours duquel il soutient la thèse que l'incendie du Reichstag est un fait dû aux Nazis. Avec son personnel, il parvient à fabriquer des preuves assez convaincantes pour qu’elles soient acceptées par tous les historiens jusqu'en 1960. À cette période, le journaliste Fritz Tobias rouvre la controverse en démontrant que les preuves de Münzenberg sont fausses : il prouve que les tunnels qui avaient dû servir de passage aux nazis selon lui n'étaient que des conduites d’eau(de) Fritz Tobias, Der Reichstagsbrand - Legende und Wirklichkeit, Grote, Rastatt, 1962.

Münzenberg vit de manière intermittente à Paris entre 1933 et 1940. Il a été suggéré que pendant ses années en France, il aurait eu un rôle dans le recrutement de Kim Philby (un agent double britannique à la solde du KGB), il n'y a cependant aucune preuve à cela. Les arguments de cette théorie consistent à dire que Philiby aurait été recruté par une des compagnies à savoir la « Société mondiale pour l’aide aux victimes du fascisme allemand » basée à Paris.

En 1934, l'influence du propagandiste atteint les antipodes de la planète quand le Komintern envoie Egon Kisch (un écrivain tchèque) pour fonder une organisation et transmettre les idées du Komintern en Australie. Ce dernier est déclaré indésirable par le gouvernement australien, mais les preuves manquent pour le faire expulser. Cette tentative reste cependant par la suite un échec pour Kisch.

Fin de vie et mort Rupture avec Staline Depuis 1928, le Komintern ne tolère plus de coopération avec les sociaux-démocrates et non seulement se démarque d'eux, mais les combat. Münzenberg propage alors la thèse du social-fascisme avec le slogan de la lutte « classe contre classe ». Par conséquent, au printemps 1934, dans la crise qui oppose Doriot et Thorez, il prend encore parti pour Thorez contre l'idée de Front populaire. Il documente ses efforts dans une lettre pour Moscou avec le titre : « Comment le magazine Unsere Zeit a mené le combat contre la social-démocratie et la deuxième internationale. » Sean McMeekin, The red millionaire. A political biography of Willi Münzenberg, Moscow’s secret propaganda tsar in the West, Yale University Press, New Haven/ London 2003, p. 274.

Ce n'est que lorsque la réorientation tactique a lieu au cours de l'été 1935 avec le Septième congrès du Komintern que Münzenberg se joint aux nouvelles directives en tant que négociateur avec la Sopade (le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) en exil). Bien qu'il ait connu un certain succès avec le Cercle Lutetia, il ne pouvait donner à ses publications aucun caractère communiste, la critique venant du KPD étant forte. À l'inverse, lors d'une entrevue en avec le conseil Sopade à Prague, Münzenberg fait connaître ses réserves quant à la tactique du Front populaire du comité central du KPD, malheureusement en présence du journaliste Georg Bernhard, qui transmet l'information par le biais d'Heinrich Mann à Moscou, un événement majeur qui mène Münzenberg sur le chemin de l'exclusion du partiSean McMeekin, 2003, ibid, p.282.

Jusqu'en 1936, Münzenberg reste fidèle au Komintern et à sa politique étrangère. Il est tout à fait au courant des crimes massifs staliniens, est témoin de la construction du canal de Moscou où vingt-deux mille travailleurs forcés perdent la vie et d'une multitude d'autres massacres. Il reste malgré cela fidèle à Staline. En 1936, il exprime une critique prudente à l'égard des procès de Moscou contre Zinoviev, Kamenev et d'autres personnalités communistes. Après une citation à comparaître à la Commission de contrôle international (IKK), récemment fondée par Staline pour épurer l'appareil du Komintern, Münzenberg évite tout voyage à Moscou, en dépit des exhortations répétées de son camarade du parti Walter Ulbricht, redoutant d’être une victime supplémentaire des purges de Staline.

Il continue à travailler pour la cause « antifasciste » à travers l’ouest de l'Europe mais il est supplanté par Otto Katz comme animateur de la politique de désinformation en Occident. Il joue un rôle dans le recrutement des brigades internationales qui vont combattre durant la guerre civile d'Espagne dans le camp des républicains. Cependant, en 1937, la situation se complique : Walter Ulbricht et Paul Merker l'avaient remplacé en au Comité du Front populaire auquel il avait participé activement jusqu'au printemps. Walter Ulbricht l'accuse de trotskysme. À l'automne de 1937, une « enquête » est lancée contre lui. Les rumeurs croissantes sur le conflit de Münzenberg avec le Komintern attirent également l'attention des médias. En 1938, il est officiellement exclu du Parti communiste allemand et fait l’objet de nombreuses accusations.