Les thèmes dans les ouvrages de Jules Verne sont nombreux. On peut citer le voyage, l'utopie, la science et le progrès comme thèmes majeurs. Le thème du voyage est traité sous forme de littérature géographique. Verne y développe les explorations d'endroits inconnus. Les univers utopiques et dystopiques tiennent aussi une place importante dans l'œuvre vernienne. On y rencontre de nombreuses cités idéales. La science et le progrès sont une constante dans les écrits verniens. De la fusée au sous-marin, les protagonistes emploient très souvent des engins technologiques voire futuristes.

Voyage « Le voyage d'Ulysse parcourt lui aussi les mondes connus et inconnus » estime Michel SerresJouvences sur Jules Verne. Les Éditions de Minuit. 1974. Page 13.. En effet, le premier titre des Voyages extraordinaires est celui-ci. Michel Serres ajoute: « L’Odyssée contient […] l'ensemble exhaustif des savoirs codifiés. De la manœuvre des vaisseaux à la cuisine, de l'optique à l'astronomie, elle parcourt la science et la technologie du temps, 13. ». Et il conclut: « Les Voyages extraordinaires […] furent à la jeunesse de quelques générations ce que dut être L'Odyssée à la jeunesse grecque ». J.-M. G. Le Clézio confirme que pour lui les romans de Jules Verne furent L'Iliade et L'Odyssée de cette époquein Arts et Loisirs , 1966.. Le fait que le personnage principal de Vingt Mille Lieues sous les mers se nomme Nemo ne peut que souligner la pertinence de ces sources, car, dans l'œuvre d'Homère, le passage où Ulysse donne un faux nom à Polyphème, c'est celui de PersonneNemo en latin.

Qu'il soit voyage de découvertes ou voyage d'agrément, le voyage sert toujours de trame au roman. Le personnage vernien « se caractérise par une envie d'arpenter la Terre, de connaître les lieux inexplorés, d'atteindre les bouts du mondeDaniel Compère, Jules Verne. Parcours d'une œuvre, Encrage, Amiens, 1996. ». Son rêve est d'effacer les espaces blancs des cartes. Ce plaisir est partagé par l'écrivain qui, à partir de 1875, commence à percevoir une perspective pour son œuvre. Il rédige un prospectus en qu'il envoie à Louis-Jules Hetzel et où il note tous les romans déjà parus en les structurant par pays et continents. Il y ajoute cette phrase: « Le but poursuivi par l'auteur des Voyages extraordinaires est de dépeindre le Monde entier sous la forme du roman géographique et scientifiqueLettre à Louis-Jules Hetzel du 21 octobre 1888. in Correspondance de Jules et Michel Verne avec Louis-Jules Hetzel. Slatkine. 2004. ». Il évoque ce système à travers les différents entretiens avec ses correspondants ou visiteurs. Son idée devient une obsession: « aller partout ».

Le voyageur vernien marche sur les traces de prédécesseursPlusieurs verniens l'ont remarqué (notamment Daniel Compère et Simone Vierne).. Ceux-ci peuvent être des personnages réels comme Barth, Speke et Burton dans Cinq semaines en ballon ou Ross, Franklin et Mac Clure, dont Hatteras suit le parcours pour parvenir au Pôle Nord. Dans Le Superbe Orénoque, Jeanne de Kermor se met à la recherche de son père, d'après l'itinéraire de Jean Chaffanjon.

Le premier explorateur peut être aussi une personne imaginaire comme Arne Saknussemm dans Voyage au centre de la Terre ou un héros de roman tel Arthur Gordon Pym dans Le Sphinx des glaces. Voyager, c'est donc marcher dans les pas des explorateurs ou des écrivains qui ont tracé le passage. Le fait de suivre une ligne droite ou un parallèle comme les chercheurs du Capitaine Grant annonce déjà les « tours du monde », mais le voyage n'est jamais linéaire. Il se constitue de courbes, c'est-à-dire de tout ce qui détourne le voyageur de son but. Il se constitue aussi de fil d'Ariane, de lianes, de noms, de chiffres qui font que lire et voyager ne sont qu'unMichel Serres. Jouvences sur Jules Verne. Éditions de Minuit. 1974. Page 14..

Le voyage vernien peut donc se décomposer en différents adjectifs accolés au mot: « Voyage géographique », « Voyage scientifique », « Voyage initiatique » ou « Voyage d'agrément ».

Le Voyage géographique Ce sont surtout les premiers romans qui représentent cette catégorie. Le parcours en aérostat de Samuel Fergusson au-dessus de l'Afrique n'est entrepris que pour relier les explorations des précédents voyageurs afin de situer les sources du Nil. Hatteras décide de gagner le Pôle Nord qu'aucun de ses compatriotes n'a atteint, avec la volonté d'un conquérant. Cependant le voyage initiatique se superpose déjà aux quêtes géographiques. Dans un de ses derniers romans, Verne met en scène Jacques Helloch et Germain Paterne, délégués par les sociétés pour observer l'hydrographie et la botanique de la région de l'Orénoque, qui vont rencontrer des personnages à la recherche de leurs racinesvoir Le Superbe Orénoque..

thumb| Germain Paterne et Jacques Helloch. Le Superbe Orénoque. Illustration de George Roux Robur le Conquérant reprend la trame du premier roman en l'élargissant. Ce n'est plus l'Afrique que survole l'aéronef de l'ingénieur, comme c'était le cas pour le Victoria, mais le monde entier, le monde « vu du ciel ». Le thème de la vue aérienne chez Verne permet d'introduire un autre point de vue, où l'auteur décrit ces nouvelles formes de « panoramas »Cf. Alain Chevrier. La vue aérienne chez Jules Verne. Bulletin de la Société Jules Verne 133. 2000. Pages 26-41.. Jules Verne s'est inspiré des impressions et des émotions que son ami Nadar a connu lors de ses ascensions. Le voyage géographique est également profondément ancré dans la quête qu'entreprennent les enfants Grant pour retrouver leur père, ceci d'autant plus facilement que le savant Paganel, qui est de premier ordre dans cette discipline malgré ses étourderies, fait partie de l'expéditionCf. voir les passages concernant la Cordillère des Andes ou le Lac Taupo au cours des trois volumes des Enfants du Capitaine Grant.

Une autre face intéressante du voyage géographique chez Verne consiste dans la restructuration du globe terrestre, non seulement au niveau de la nature, mais également au niveau de l'Histoire. Lorsque le « Nautilus » s'approche de l'Île de Santorin, Nemo donne à Aronnax une leçon sur le « travail plutonien » qui régit tous ces paragesVingt mille lieues sous les mers. . Chapitre VI.. Il a lui-même observé l'émergence de nouveaux îlots. L'intrigue de Maître Antifer est entièrement construite sur l'apparition, puis la disparition de l'Île Julia, lors de sa seconde émersion en 1831. La quête des personnages à la recherche du « Capitaine Grant » est ponctuée de divers cataclysmes: avalanche, séisme, inondation, qui tous, cependant, sont salvateurs pour la marche en avant des hérosCf. Jean-Pierre Picot. Véhicules, Nature, Artifices. in Jules Verne 3. Machines et imaginaire. La Revue des Lettres Modernes. Minard. 1980.. Il arrive même que l'homme prête la main pour déclencher les fureurs de la Nature. Ainsi, dans ce roman, Paganel, pour se débarrasser des Maoris qui encerclent le volcan où ses amis et lui se sont réfugiés, a l'idée de provoquer une éruption artificielle en déplaçant les blocs rocheux qui obstruent la cheminéeJean-Pierre Picot. Le Volcan chez Jules Verne: du géologique au poétique. Bulletin de la Société Jules Verne 111. 1994. et Les Enfants du capitaine Grant. . Chapitre XIV..

Outre la Nature, les rapports entre pays peuvent également changer le contour des États. Dans César Cascabel notamment, la vente de l'Alaska aux Américains par les RussesCette vente eût lieu en juin 1867., se situe au moment où la famille de saltimbanques, qui veut regagner la France en passant par le détroit de Behring, traverse l'endroitCésar Cascabel. . Chapitre X.. Les prises de possession des territoires sont d'ailleurs nombreuses dans l'œuvre.

La face du monde change donc, aussi bien à cause des forces telluriques que par la volonté des Nations.

Le Voyage scientifique Le voyage scientifique, dérivé du voyage géographique, en diffère sur plusieurs points. En effet, le thème n'en est plus la découverte de continents connus ou peu connus, mais celui d'un monde réel qui n'a jusqu'ici été perçu que par la science livresque. Le cas le plus flagrant est celui de Vingt Mille Lieues sous les mers. L'ichtyologie en est le moteur récurrent. Outre le fait que Verne parsème son récit de longues listes de poissons et de crustacés, ces animaux sont observés dans leur habitat naturel. Dès lors, le voyage importe moins comme découverte que comme apprentissage d'un autre mondeChristian Chelebourg. Préface au roman. "Le Livre de poche". 1990.. « Voyage au centre de la Terre », dans la même lignée, aborde le thème de la minéralogie et de la paléontologie. Les personnages se retrouvent au cœur de la formation du globe et, si le roman est loin d'être exempt de thèmes initiatiques, il se donne comme un concentré des découvertes de l'époque sur le sujet. Verne rajoute d'ailleurs deux chapitres à la seconde édition du roman, en 1867, pour intégrer les nouvelles données et avancées de la paléontologieCf. Simone Vierne. Préface au roman. Garnier-Flammarion. 1977..

Un exemple différent, celui des trois Russes et des trois Anglais, obnubilés par leurs travaux de trigonométrie. Ici, c'est l'essence même de la science, à savoir le problème de la mesure idéale, qui est discutée. Le voyage passe donc au second plan. L'obsession des six hommes, c'est le résultat de leurs recherches, au point qu'un des chapitres s'intitule Trianguler ou mourirAventures de trois Russes et de trois Anglais dans l'Afrique australe. Chapitre XIX.. Face au déterminisme des savants qui ne voient rien des régions qu'ils traversent, le guide Mokoum, (le leur, mais également celui de Livingstone) qui possède une science de « nomade », se pose la question : « Quelle idée ont-ils ces savants de mesurer la longueur et la largeur de la TerreIbid. Chapitre XIII.? ». Ici, se retrouve le thème de la confrontation de la nature et de la science, souvent reprise dans l'œuvre, comme le rappellent les personnages de « Thalcave » (Les Enfants du capitaine Grant) ou de « Khamis » (Le Village aérien)Cf. Jean Delabroy. Les variations du vernier. in "Jules Verne. La science en question". Série Jules Verne. Minard. Lettres modernes. 1992.

Le Voyage initiatique L'initiation est au cœur de l'œuvre de Jules Verne, mais le thème ne fut que très tardivement analysé et étudié. Les critiques expliquent ceci par le fait que Verne a été relégué pendant longtemps par les autorités intellectuelles aux confins de la littératureJean Chesneaux : Vers une réévaluation littéraire de Jules Verne. Bulletin de la Société Jules Verne 3. 1967. pages 3-5.. En 1949, Michel Butorin Le point suprême et l'âge d'or, in "Arts et Lettres" n°15, pages 25-31 et Michel Carrouges"Le mythe de Vulcain chez Jules Verne" ibid. pages 32-58. abordent pour la première fois le problème. Butor s'en tient aux premiers romans du cycle. Les points suprêmes évoqués concernent essentiellement les sources du Nil, le Pôle Nord, le Centre de la terre, la Lune. Déjà, il sent l'idée d'une sorte de dépassement de l'homme vers des régions mythiques. Carrouges, quant à lui, étend son étude sur tous les romans de Verne. De sa première nouvelle, Les Premiers navires de la marine mexicaine à son dernier roman achevé Maître du monde, le volcan est présent, même si, pour ce dernier, l'éruption est factice, préméditée par Robur.

Ensuite, la critique structuraliste atteste la présence du scénario initiatique. Pierre MachereyPour une théorie de la production littéraire, « Jules Verne ou le récit en défaut », pages 183-266. Maspéro. 1966, Michel Serres, qui note que « la seule science où l'on puisse reconnaître que Jules Verne soit passé maître est la Mythologiein Hermès I - la communication. Éditions de Minuit. 1969. page 10 », ou Roland Barthesin Poétiques n° 1. "Par où commencer?". Paris. Seuil. 1970. pages 3-9. suivent le chemin.