vignette|Enfant mulâtre avec sa mère espagnole et son père noir en Nouvelle-Espagne, par le peintre espagnol Miguel Cabrera ().

Mulâtre (féminin mulâtresse) est un terme qui désignait la personne métisse née d'un parent noir, d'ascendance africaine, et d'un parent blanc, d'ascendance européenneRubrique mulâtre, mulâtresse, CNRTL : ..

Étymologie et usage vignette|Alexandre Pétion (1770-1818), mulâtre et président de la République d'Haïti. vignette|Paysans mulâtres de Louisiane (photo de Marion Post Wolcott, juillet 1940).

Du castillan mulo, « mulet » Le terme mulâtre est emprunté au portugais , lui-même d'origine castillane et dérivé de mulo, « mulet », le mulâtre étant un métis comme le mulet, hybride d'un âne et d'une jument.

Il est apparu en français en 1544 dans l'ouvrage de Jean Fonteneau, La Cosmographie avec l’espère et régime du soleil du nord, dans le sens général de métis. Ce n'est qu'en 1604, avec François MartinDescription du premier voyage faict aux Indes Orientales par les François en l'an 1603, et ibid, par François Martin, de Vitré., que le substantif prend son acception actuelle : « Il y a quelques mulastres ou mestis c'est-à-dire personnes issus d'hommes blancs et de femmes noires »Étymologie de mulâtre, CNRTL..

Le terme mulato ou mulata est utilisé en portugais pour désigner des métis. Au Brésil, la mulata est encensée durant le carnaval, notamment dans des chansons spécifiques ()Carnaval de Rio, p. 182 de Walnice Nogueira Galvão..

De l'arabe muwallad

Muladi est une des origines possibles du terme espagnol et portugais mulato. Selon le dictionnaire de l'Académie royale espagnole, muladi signifie « l'Espagnol chrétien qui, pendant la domination islamique en Espagne, a embrassé l'islam et a vécu parmi les musulmans »., tandis que Bernards et Nawas disent que la forme plurielle du mot semble être restreinte à Al-Andalus, presque exclusivement aux régions de Mérida, Grenade, Séville et Jaén.

Les mots espagnol, portugais et catalan sont dérivés eux-mêmes du terme arabe muwallad dont le sens fondamental est « personne d'ascendance mixte », en particulier un descendant de père arabe et de mère non-arabe, qui a grandi sous l'influence d'une société arabe et a été instruit dans la culture islamique, ou bien des hommes musulmans et des femmes étrangères non musulmanes. Muladi est la forme espagnole du terme muwalladun, désignant les musulmans de langue arabe d'origine hispanique qui se sont rebellés pour l'égalité des Hispaniques et contre la domination arabe. Selon Dozy, Muwallad signifie « quiconque, sans être d'origine musulmane, naît parmi les musulmans et a été élevé comme un Arabe ».. Le mot, selon lui, n'implique pas nécessairement d'ascendance arabe, qu'elle soit paternelle ou maternelle.

Muwallad dérive de la racine WalaD (ولد). Walad signifie « descendant, fils, garçon, jeune animal (mâle), jeune homme ». Muwallad renvoie à la progéniture. Le terme muwalladin est parfois utilisé en arabe encore aujourd'hui pour décrire les enfants de père musulman et de mère étrangère....

Usages Les dictionnaires français Hachette et Larousse indiquent le terme comme « vieilli » surtout sous sa forme féminine « mulâtresse ». Le Larousse rappelle que métis et mulâtre sont utilisés comme synonymes mais ne recouvrent pas exactement le même définition : métis caractérise une personne issue de l'union de deux personnes d'origine ethnique différente tandis que mulâtre définit une personne dont la mère est noire et le père blanc, ou inversement..

En Belgique, le terme mulâtre a été abondamment utilisé pour désigner les enfants issus d'un père blanc, généralement colon, et d'une mère noire, indigène, pendant toute la période de colonisation du Congo, tant dans la période de l'État indépendant du Congo que dans celle du Congo belge ; au , le terme métis est cependant plus souvent utilisé.

Elle a d'ailleurs pu avoir le caractère d'une caste, notamment à Haïti jusqu'à nos jours et en République dominicaine dans le courant du , où nul n'échappait comme dans toute la Caraïbe à la .

Selon Alain Rey, le terme « mulâtresse » est considéré comme dépréciatifAlain Rey, Dictionnaire historique la langue française, Le Robert, 2011, .. En Amérique du Nord, le terme « mulatto » est considéré comme daté et offensant..

était fondée sur les conséquences sociales, économiques et politiques du colonialisme, de l’esclavage et de la ségrégation raciale dans le Nouveau Monde (hémisphère occidental)..

Contexte historique

Aux Antilles françaises, en Guyane française et dans les Mascareignes, la désignation des personnes selon leur couleur a une importance historique. Elle est due à une hiérarchie sociale raciste qui crée des catégories séparées les unes des autres par une ligne de couleurBoris Lama, Pouvoir colonial, figures politiques et société en Guyane française (1830-1910), Ibis Rouge .

De plus, selon le Code noir (promulgué en 1685) ., ce qui prime c'est bien le statut juridique de l'« esclave » dans les sociétés coloniales, et non celui du « Noir ». La « race », la couleur, l'origine africaine ne conditionnent pas ce statut, puisque le texte prévoit que le maître peut affranchir son esclave, à n'importe quel moment, dès lors qu'il est adulte, et qu'une fois affranchi il devient l' du Blanc. Il a les mêmes droits que lui (articles 55 à 59) et les mariages « mixtes » sont en outre autorisés (articles 9 et 13)Le terme désigne étymologiquement Ceux qui ont été affranchis, c'est-à-dire rendus Francs ou libres de toutes charges. Ce n'est qu'au que l'esclavage et le servage disparaissent en Europe. C'est l'ordonnance de Louis X le Hutin qui en est le premier symbole. En 1315 il affranchit tous les serfs du domaine royal, et proclame selon le droit de nature, chacun doit naître franc. Cité par Adolphe Chéruel (1809-1891) dans le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, Paris, 1899.. A l'époque de Colbert, il n'existe donc que deux catégories juridiques possibles dans les îles : soit libre, soit esclave.

C'est le XVIIIe siècle, avec l'établissement d'un troisième statut, celui de « libre de couleur » Henri Grégoire, Mémoire en faveur des gens de couleur ou sang-mêlés de St.-Domingue, & des autres isles françoises de l'Amérique, Paris, Belin, 1789, réédité dans Œuvres de l’Abbé Grégoire, Paris, Editions d’Histoire sociale, 1977, qui opère un basculement racial : la couleur conditionne désormais le statut, mettant en place un régime de ségrégation et de discrimination raciale. Le roi de France (Louis XIV) crée ainsi, avec l'ordonnance sur les esclaves des îles de l'Amérique française ou le Code noir, un régime d'exception pour les Antilles, puisqu'il autorise une pratique interdite dans le royaume. Ainsi que l'a rappelé l'historienne Sue Peabody dans une étude de référence, le droit commun du royaume de France, comme en Angleterre, interdit effectivement l'esclavage, en vertu du principe que « le sol de France affranchit », énoncé notamment par le jurisconsulte Loysel dans ses Institutes coutumières, à la différence des droits portugais et espagnol qui l'autorisent depuis le Moyen Âge.

Par ailleurs, il faut rappeler que les premiers mulâtres sont apparus avant l'économie de plantation et la traite des esclaves. Ils étaient les enfants d'européens et d'esclaves africaines des débuts de la traite occidentale qui débuta en 1441 par la déportation de captifs africains vers la péninsule ibériqueGomes Eanes De Zurara, Chronique de Guinée, éd. IFAN, Dakar, 1960. ainsi que de flibustiers et boucaniers.

Une « caste » des mulâtres a émergé et s'est développée économiquement — comme à Haïti. notamment —, une aisance leur ouvrant par ailleurs un accès à l'éducation, c'est-à-dire aux professions intellectuelles. La défense de leur couleur était implicitement associée à leurs privilèges, et leur patrimoine. Ce qui les a conduit, à l’imitation des békés, à restreindre les mariages avec des personnes d'ascendance africaine, dont la couleur est implicitement associée à la pauvreté héritée de leur condition d'esclave, puisque ces personnes n'ont plus de patrimoine, initialement saisi par les noblesses africaines qui ont vendu leurs ancêtresLawoetey-Pierre Ajavon dans Traite et Esclavage des Noirs : Quelle responsabilité africaine ?, Éditeur : Éditions Anibwe (), . pour participer au commerce triangulaire lancé par les colonsOlivier Pétré-Grenouilleau dans Les Traites négrières: Essai d'histoire globale, Éditeur : Folio (16 novembre 2006), (résumé)..

Les nuances de métissage D'après le Dictionnaire universel, Panthéon historique, littéraire et encyclopédie illustrée (1852) :

La population métisse, comme la population blanche, s'est approprié ces classifications par nuance de couleur et il en reste des traces dans le langage, notamment aux Antilles françaises. D'autres termes antillais existent, et sont plus ou moins usités. Certains sont péjoratifs comme chapé coolie qui désigne les métis indiens, d'autres restent plus affectifs comme chabin (féminin: chabine) et désignent les métis à la peau claire (ou avec des yeux ou cheveux clairs), se référant à l'hybride issu du mouton et de la chèvre qui est aussi nommé chabin, chabine. On parle de peau chapée aux Antilles ( peau échappée) pour un individu dont la peau a « échappé » à la noirceur. L'expression s’applique aux personnes ayant une peau plus claire que la moyenne des afrodescendants, souvent perçue comme socialement plus « correcte ».

Chaque teinte entre le noir et le blanc a eu son qualificatif. Dans les Antilles françaises, en Espagne, au Portugal, au Brésil et dans le sud des États-Unis comme dans plusieurs autres pays, l'importance de l'origine raciale ne s'arrêtait pas à la première génération. Une classification raciste selon la part de « sang noir » s'est mise en place, ainsi traditionnellement : Un enfant issu d'une union noir-blanc est un mulâtre (mulâtresse) Un enfant issu d'une union mulâtre-blanc est un quarteron (quarteronne) Un enfant issu d'une union quarteron-blanc est un octavon (octavonne) Un enfant issu d'une union mulâtre-noir est un câpre (câpresse) ou un griffe (griffonne)

Le terme quarteron signifie que l'individu a un quart de sang noir et octavon qu'il en a un huitième (les qualificatifs ont par exemple été utilisés concernant Alexandre Dumas père et fils).

En langue anglaise, la division ne s'arrêtait pas à octoroon (l'équivalent d'octavon), on avait donc ensuite le quintroon (c’est-à-dire la cinquième génération à partir de l'ancêtre noir), nettement plus fréquent que son synonyme hexadecaroon (qui signifie que l'individu a un seizième de sang noir). Ces derniers qualificatifs ont probablement été très peu utilisés car à ce niveau les individus n'ont plus aucune caractéristique les différenciant des blancs.

Antilles françaises Dans les Antilles françaises, à Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti), en Guadeloupe et en Martinique, la systématisation et la radicalisation de l’emploi des nuances de métissage dans les registres paroissiaux arrivent après la Guerre de Sept Ans (1756-1763). Le terme mulâtre désigne alors précisément une personne ayant un parent blanc et un parent noir. Les termes suivants étaient utilisés dans les registres paroissiaux puis dans les actes d'état civilFrédéric Regent, Esclavage, métissage et liberté, Grasset, 2004, p.14Gérard Etienne, François Soeler, La femme noire dans le discours littéraire haïtien: éléments d'anthroposémiologie, Balzac-Le Griot, 1998, p. 27.Regent Frédéric, « Structures familiales et stratégies matrimoniales des libres de couleur en Guadeloupe au siècle », Annales de démographie historique 2/2011 (), p. 69-98.: Proportion d'ancêtres noirsSaint-DomingueGuadeloupe/Martinique 7/8Sacatra- 3/4GriffeCapre 5/8Marabou- 1/2MulâtreMulâtre 1/4QuarteronMétis 1/8MétisQuarteron 1/16MameloukMamelouk 1/32Quarteronné- 1/64Sang-mêlé-