Notre-Dame-de-la-Clarté (en ) est le nom donné à une chapelle dédiée à la Vierge Marie, située dans le bourg de La Clarté sur la commune de Perros-Guirec en Côtes-d'Armor (Bretagne).
La chapelle La tradition La tradition costarmoricaine du raconte qu'un certain seigneur de Barac'h, en Louannec, faillit s'échouer avec son escadre près des Sept-Îles. La brume était si épaisse que la mort des marins semblait inéluctable. Tous, à genoux, firent un vœu à Notre-Dame : le commandant lui élèverait une chapelle si elle opérait une trouée salvatrice dans le brouillard. Le miracle eut lieu et le seigneur de Barac'h fit édifier la présente chapelle.
L'histoire contemporaine Beaucoup plus tard, en , les troupes américaines avaient projeté de bombarder Mez Gouez, un camp retranché à de la chapelle. En représailles, les 600 Allemands pointant leurs canons sur Perros menaçaient de bombarder la ville. Les 7, 8 et , la brume couvrit Perros-Guirec empêchant les destructions. Le , les Allemands se rendaient sans opposer de résistance.
Malheureusement, malgré des travaux de restauration de toiture d' à , de nouvelles infiltrations d'eau ont été constatées dès 2022. Un effondrement partiel de charpente a conduit la municipalité à décider la fermeture de l'église par arrêté du . Seule une affichette de l'association des Amis de la chapelle, affichée devant l'entrée de la chapelle, en informe le visiteur. Aucune autre information (sur les problèmes constatés, les travaux à venir...) n'est disponible. L'association (dissoute depuis) a constaté au fil des jours de nouveaux dommages. Le visiteur dépité peut cependant, en se rendant sur le site internet indiqué, prendre connaissance de l'historique de l'affaire, découvrir en photos le chemin de croix de Maurice Denis, enfin visiter virtuellement la chapelle grâce à une vidéo disponible sur le site de la paroisse (durée 10 min).
La question du fondateur vignette|gauche|La voûte restaurée et la tribune ornée des deux bannières de N.-D. de la Clarté. La tradition locale a toujours maintenu que la construction de la chapelle fut ordonnée en 1445 par Pierre de Tournemine, sieur de Barac'h, d'origine anglaise. Les Tournemine de Barac'h étaient-ils de la famille de l'évêque de Tréguier, Geoffroy de Tournemine, qui nomma saint Yves recteur de Louannec en 1293 ? Toujours est-il qu'un des leurs, Édouard, vicomte de Pléhérel, eut dans sa descendance des barons de La Hunaudaye qui s'allièrent aux Chateaubriand et aux du Guesclin. Sa dernière héritière, Geneviève de Coskaër épousera Louis Le Peletier, président à mortier du Parlement de Paris.
Cependant, en 1627, deux témoins chargés de constater les droits de la famille Coskaër sur la chapelle, Jean Loz de Coatgourhant et Dom Yvon Pezron affirment que les armoiries du fondateur figurent en la maistraisse viltre de la chapelle ainsi que son écusson en bosse au hault du pignon du Levant. Or, armoiries et écusson sont ceux de Roland IV de Coëtmen, parti en croisade en 1458.
On peut donc affirmer, avec les archives départementales des Côtes-d'Armor, que Roland IV, fondateur de la collégiale de Tonquédec et seigneur de Ker Uzec en Pleumeur-Bodou fut aussi le fondateur de la chapelle de la Clarté. À sa mort survenue à Rhodes vers 1470, son bien passa aux Coskaër de Rosanbo, dont une des descendantes fut Aline, comtesse de Combourg, la belle-sœur de François-René de ChateaubriandFrançois-René de Chateaubriand, Les Mémoires d'Outre-Tombe, X, 8..
L'extérieur Notre-Dame-de-la-Clarté appartient au style flamboyant breton. On remarque d'emblée certaines irrégularités qui contribuent à son originalité sans nuire à l'harmonie : un seul transept méridional ; une tour carrée surmontée d'un clocher ajouré en granit rose qui semble ne pas faire corps avec l'ensemble architectural. L'église est entourée d'un enclos comportant, en son centre, un socle de granit du orné d'un tronc en bois ferré pour les offrandes. Plus loin, une croix érigée par M Guillaume Salaün qui la fit ériger en 1630Archives départementales des Côtes-d'Armor (E 1483)..
Le linteau du porche est remarquable avec une représentation de l'Annonciation faisant face à une Pietà, comme un rappel de la prédiction du vieillard Syméon : « Toi-même, une épée te transpercera l'âme ! »Luc, 2, 35. On peut voir aussi, autour d'une fenêtre à meneaux, l'inscription « Le Carro », des armoiries devenues illisibles et, plus haut, une Vierge-Mère.
L'intérieur Le porche Dallé de plaques de schiste de Brélévenez, voûté de deux travées d'ogives, flanqué, selon la tradition, de deux bancs de délibération en pierre, le porche vaut, avant tout, par sa statuaire du en bois polychrome :
Vierge à l'Enfant, Sainte Anne, consacrée officiellement patronne des Bretons, le , apprend à lire et à prier dans une Bible à Marie, sa fille, Saint-Pierre,
et Les quatre évangélistes Saint Matthieu en homme ailé, symbole de la naissance, Saint Marc, accompagné d'un lion, de la résurrection, Saint Luc et son bœuf, de l'immolation, Saint Jean en aigle, de l'Ascension.
Sur les vantaux de la porte de chêne (classés Monuments historiques en 1994) : Saint Jean-Baptiste portant une brebis, Saint Pierre, la clef à la main, La Vierge de l'Annonciation et l'ange tenant en main le sceptre du pouvoir, La vierge à l'enfant, Saint Paul armé de l'épée, symbole de la puissance de la parole de Dieu exprimée par ses Lettres.
La nef et le bas-côté septentrional 280px|vignette|Le Christ en croix, statue de saint Yves et l'une des stations du chemin de croix Les anciennes descriptions font état d'un jubé du , détruit comme la plupart des jubés bretons au , sous le prétexte qu'ils empêchaient les fidèles de voir l'officiant. De la même façon, la chaire a aujourd'hui disparu. Elle faisait face au Christ en Croix du .
À l'entrée, un bénitier du classé aux Monuments historiques, le , est orné de têtes de Turcs ou de Maures, faisant mémoire de la Prise de Constantinople en 1453. En bas, au centre, une tête de lion rappelle la miséricorde. À droite, un lapin, signe de la fertilité. Au sol, sous le bénitier, une pierre sculptée représentant une croix, un calice et un ciboire marque l'emplacement de la tombe du chanoine Gouronnec, curé de Perros-Guirec enterré sous le porche en 1939, initiateur de restaurations importantes.
Le grave incendie du a causé de multiples dégâts et exigé des réfections importantes, dont la voûte qui s'effondre le . Restaurée en 2006, elle est de bois, en forme de carène renversée. À dominante jaune, rehaussée de motifs récurrents, elle est éclairée par des luminaires contemporains discrets, ce qui présente l'avantage de clarifier l'ensemble.
Parmi les nombreux ex-votos, on peut remarquer, outre les plaques traditionnelles de marbre, de granit rose ou gris, des maquettes de bateaux, témoignages de dangers surmontés par leur capitaine et leurs marins : un brick d'un certain L'Hériment, inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1994, un paquebot inscrit en 1983, un wandera., un yacht à vapeur, un thonier et un trois-mâts barque.
Le transept droit On l'appelle aussi chapelle Saint-Joseph ou chapelle Saint-Samson.
Le fondateur en est Yvon de Lannion, lieutenant général de l'amirauté du duc de Bretagne. Briand II fut un compagnon fidèle de Bertrand Du Guesclin. Après que les Anglais eurent ravagé le Léon et le Trégor, en 1375, Charles V dédommagea la famille en l'anoblissant. En 1445, date de l'édification de la chapelle, Yvon est chevalier, sieur de Cruguil par un mariage qu'a contracté Briand avec Marguerite de Cruguil. Au moment de la réfection de la voûte au , on a découvert un papier caché selon lequel les travaux auraient été exécutés grâce à la gabelle.
Le mobilier vignette|, Archevêque émérite de Sens-Auxerre, Prélat émérite de la mission de France, pardonneur à La Clarté en 2009. Les statues sont remarquables et leur diversité ne brise pas l'harmonie de l'ensemble. On remarque notamment, dans la partie principale, un Saint-Fiacre reconnaissable à sa bêche ; une Sainte-Anne en bois peint, du , œuvre d'un couple d'artistes du Finistère et un Saint-Yves entre le riche et le pauvre, représentation assez conventionnelle du mondialement célèbre Yves Hélory de Kermartin. Dans le transept droit, on remarque un Saint-Samson revêtu de ses ornements épiscopaux de l'abbaye de Dol de Bretagne, un Saint-Nicolas, patron des matelots, un Saint-Julien-l'Hospitalier qui n'exista probablement jamais, mais auquel Gustave Flaubert s'intéressa tout particulièrement dans ses Trois ContesÉdition originale : Paris, G. Charpentier, Éditeur, 1877. Un cœur simple, La légende de Saint-Julien l'hospitalier, Hérodias., un Saint-Hervé, le Finistérien de Plouzévédé, protecteur de la volaille contre les renards, et des fidèles contre le démon et enfin un Saint-Tugdual, pape du , vénéré à Tréguier et à Laval.
Le retable du , dont la construction a commencé le , est ainsi décrit sur l'acte de commande : « (un autel retable et un tabernacle surmonté d')une niche en bois non vicié afin d'y placer l'image de la sainte Vierge de Notre-Dame de la Clarté au milieu de l'autel, avec, sur le côté droit de la dite niche une pareille figure que celle du côté gauche ». La statue de la Vierge, du a été classée en 1999.
Les vitraux, du sont de l'atelier de Sainte-Marie de Quintin. On remarquera surtout la grande maîtresse-vitre.
Le Chemin de croix Œuvre du célèbre Maurice Denis (1870-1943), les quatorze tableaux du Chemin de Croix ont été réalisés par le « Nabi aux belles icônes », dans sa propriété de « Silencio » achetée en 1891 à TrestrignelAvec Trestraou, l'une des deux grandes plages de Perros-Guirec. C'est après la fondation des Ateliers d'art sacré, en 1919, que devenu le théoricien du groupe, Maurice Denis travaille sur son Chemin de Croix Denise Delouche, Maurice Denis et la Bretagne, Éditions Palantines, 2009, .
Yvonne Jouan rapporte ainsi le commentaire d'un spécialiste qu'elle omet d'identifier :
Les quatorze tableaux se développent presque unanimement dans des tonalités claires, sinon pastel. On y retrouve l'essentiel de ses conceptions, décorateur et peintre chrétien, dans un curieux mélange de notations historicistes (les costumes des légionnaires romains) et d'orientalisme (les remparts et les ruelles de Jérusalem)JOUAN, Yvonne, op.cit. infra, pp. 55-56.
Protection et sauvegarde Notre-Dame-de-la-Clarté (et le mur entourant le cimetière attenant) fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Cette protection est modifiée par décret du .
Le Pardon Historique Le pardon de Notre-Dame de la Clarté en Perros-Guirec correspond chronologiquement à deux réalités concomitantes du : la construction de la chapelle et l'instauration, comme dans toute la Bretagne, d'une cérémonie religieuse appelée communément « pardon ». En effet, à partir du , la noblesse bretonne construit des églises. Les pèlerins se réunissent alors en foule pour obtenir le pardon de leurs péchés.
Donc, dès l'origine, il s'agit bien, à Perros comme ailleurs, d'un culte pénitentiel et non d'une simple fête mariale. Cependant, à la suite des événements d' (cf. supra "L'histoire contemporaine"), imputés à l'intercession miraculeuse de la Reine de la Paix, Notre-Dame de la Clarté fut couronnée, et le Pardon prit une autre dimension.
Le Tantad Traditionnellement, le pardon commence le vers 21 heures, dans la chapelle, par une veillée de prière où se mêlent cantiques, lectures, sermon, et parfois scènes mimées. Depuis quelques années, l'ensemble des cérémonies est axée sur un thème, le plus souvent moral et religieux. C'est souvent l'occasion pour les fidèles de prendre contact avec le principal officiant, appelé « pardonneur », soit l'évêque du lieu, soit un évêque invité.