L'aide publique au développement (APD) comprend, selon la définition du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE, les dons et les prêts préférentiels prévus au budget et transférés des pays développés vers les pays en voie de développement. Il est toutefois à noter que depuis le premier choc pétrolier, certains pays producteurs de pétrole, essentiellement arabes, ont établi leur propre politique d'aide publique au développement, par exemple en direction de l'Afrique, ce qui constitue donc un flux d'aide sud-sud...

Définitions et objectifs Définition économique Par aide publique au développement (ou APD), on entend l'ensemble des aides financières, prévues au budget de l'État, et transférées aux pays en voie de développement.

L'aide publique au développement est née lors de la décolonisation, dans le but de préserver l'influence des anciennes métropoles dans le contexte géopolitique de la guerre froideL'Afrique: un continent en réserve de développement Sylvie Brunel 2004 .

L'objectif devrait être un rééquilibrage des niveaux de développement respectifs. Théoriquement, ces flux financiers devraient donc être orientés vers la mise en place de projets concrets et durables, infrastructures essentielles, actions de lutte contre la faim, santé, éducation, etc. L'APD a pu être qualifiée d'« investissement pour l'avenir » pour les pays riches, permettant d'ouvrir de nouveaux marchés en réduisant la pauvreté et en promouvant le développement durable, et de « poursuite de la politique extérieure » des grandes puissances, mettant en avant une image généreuse d'eux-mêmesFrançois Guégan, « “Les ONG internationales dans le tourbillon du développement. Quelques réflexions à partir de la situation au Laos », Cultures et Conflits, 60, hiver 2005, mis en ligne le 10 mars 2006. URL : http://www.conflits.org/index2005.html..

Objectifs du millénaire pour le développement En 2000, l'Organisation des Nations unies a précisé le sens et les objectifs de l'aide publique au développement.

Au nombre de huit, les Objectifs du millénaire consistent surtout à parvenir à réduire de moitié la pauvreté dans le monde entre 2000 et 2015 : Réduire l'extrême pauvreté et la faim de moitié. Assurer l'éducation primaire pour tous. Promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes. Réduire la mortalité infantile. Améliorer la santé maternelle. Combattre le sida, le paludisme et les autres épidémies. Assurer un environnement durable. Partenariat pour le développement.

Objectifs de développement durable

Données statistiques Montant global En 2014, le montant total de l'APD mondial s'élevait à 135,2 milliards de dollars US, soit une baisse, compte tenu de l'inflation et de l'évolution des cours de change, de 0,5 % par rapport à 2013. Cette stagnation est récente, jusque-là l'APD était en augmentation régulière. Les allègements de dette ont fortement baissé entre 2013 et 2014, masquant la progression des autres dons. L'aide globale reste en augmentation de 66 % par rapport à l'année 2000 Synthèse de l'aide publique au développement, avril 2015 (OCDE)..

Classement des principaux États donateurs L'OCDE publie chaque année les statistiques sur les montants de l'aide publique au développement.

En chiffres absolus, le premier pays donateur en 2014 était les États-Unis avec 32,7 milliards de dollars, soit 0,19 % de leur Revenu national brut (RNB), devant le Royaume-Uni (19,3 Mds, 0,71 %), l'Allemagne (16,2 Mds, 0,41 %), la France (10,4 Mds, 0,36 %) et le Japon (9,2 Mds, 0,19 %).

Comme on le voit, si l'on calcule l'aide publique au développement en pourcentage du revenu national brut de chaque État (de manière à tenir compte de la somme des richesses produites en un an dans l'État), la situation est fort différente, et l'aide publique au développement des États-Unis (0,19 %) se révèle une des plus faibles de tous les pays membres de l'OCDE, loin derrière la moyenne des autres pays (0,46 %). La Suède et le Luxembourg sont en 2014 les premiers donateurs avec plus de 1 % de leur Revenu national brut.

Cependant l'aide publique au développement est loin d'être le seul flux d'aide. Les flux d'aides privées, en particulier des fondations, sont aussi à prendre en compte dans l'aide fournie, ils peuvent être supérieurs à l'aide publique. En 2006, les États-Unis sont au si l'on calcule leur aide publique en pourcentage de leur revenu national. Toutefois, si on allie l'aide publique à celle du secteur privé, les États-Unis se classent alors au Chiffres de l'ambassade des États-Unis, 2006.

Aide publique au développement de la France L'aide publique au développement (APD) française a dépassé pour la première fois le seuil des 10 milliards d’euros en 2017. Elle a progressé de plus de 50% entre 2017 et 2022. Le montant des dons de l'APD française s'est établi à :

10,3 milliards d’euros en 2018 (0,43% du revenu national brut ou RNB) ; 10,9 milliards d’euros en 2019 (0,44% du RNB) ; 12,4 milliards d’euros en 2020 (0,53% du RNB) 13,1 milliards d’euros en 2021 (0,51 % du RNB) 15,1 milliards d’euros en 2022 (0,56 % du RNB)

En 2023, la France est le 5e plus grand donateur de l’aide publique au développement mondiale et a donné 13,9 milliards d’euros (0,48% de son RNB) à l'aide publique au développement en 2023.

L’aide publique au développement de la France peut prendre plusieurs formes en termes d'instruments financiers. Les principaux canaux de financement sont les dons (87,5%), les prêts (12%), les prises de participation (0,5%) et les allègements de dette.

Des partis politiques d'extrême droite, comme le Rassemblement national et Reconquête, affirment que l'aide au développement est un pour l'Etat français et proposent de supprimer ces aides. Julie Martinez, directrice générale du think tank France Positive, s'oppose à cette idée et explique que cela affaiblirait la diplomatie française.

Répartition L'agriculture ne représente que 5 % de l'aide publique au développement, loin derrière les dispensaires, les écoles ou les routesGaëlle Dupont, Au Burkina Faso, des paysans font reverdir le Sahel, Le Monde, 18 juin 2008.

Efficacité

Détournement Il est souvent fait référence au fait que l'aide publique au développement serait largement détournée, notamment dans les pays dans le système français de la Françafrique, au profit de l'enrichissement personnel des dictateurs-présidents ou en étant affectée au service de la detteSelon le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM), la dette est un des principaux mécanismes par lesquels une nouvelle forme de colonisation s'opère au détriment des pays en développement. Voir : Damien Millet, Éric Toussaint, 60 Questions, 60 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale. Pour cette raison, certains militent pour l'annulation de la dette des pays en voie de développement, qu'ils considèrent comme étant une dette odieuse pour l'essentiel.

Toutefois, les flux de l'APD sont étroitement contrôlés. Les diverses enquêtes menées situent le niveau des pertes de l'APD liées à la fraude et à la corruption entre 0,03% et 1,4%. La France a mis en place une commission d'évaluation, placée sous l'autorité de la Cour des comptes.

Remarques

Selon l’OCDE L'OCDE remarque que la dépendance à l’APD est particulièrement forte dans les États fragiles à faible revenu, où l’aide devient une alternative à des ressources internes inexistantes. L’aide publique au développement peut engendrer une dépendance durable des pays bénéficiaires, ce qui nuit à leur souveraineté.

Selon Dambisa Moyo D’un point de vue économique, Dambisa Moyo estiment que l’APD décourage les investissements nationaux. l'ADP augmente la demande plus vite que l’offre et provoque une inflation concentrée sur la main-d’œuvre qualifiée, les matériaux et les services locaux, rendant le secteur privé moins compétitif. Les meilleurs talents se dirigent vers les ONG et les projets financés par l’aide, attirés par des salaires plus élevés, tandis que les entreprises locales doivent faire face à des coûts en hausse et à une perte de productivité relative. Cette dynamique finit par détourner les ressources des secteurs productifs, affaiblir la compétitivité des économies et renforcer la dépendance à l’égard de l’aide, plutôt que de soutenir un développement fondé sur des investissements durables. L’aide fonctionnerait comme un « revenu garanti » pour certains États, réduisant leurs incitations à développer des systèmes fiscaux, à attirer des investissements ou à mettre en œuvre des politiques économiques efficaces.

Selon l'ONU Les Nations unies estiment que le montant de l'APD devrait doubler afin de remplir les huit Objectifs du millénaire pour le développement* Les objectifs du millénaire pour le développement (ONU).. Les pays développés devraient consacrer 0,7 % de leur revenu national brut à l'aide publique au développement. Seuls quelques pays de l'Europe du Nord (le Danemark, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède) suivent actuellement cette recommandation.

Selon les ONG Les organisations non gouvernementales (ONG) insistent sur l'importance de l'aide publique au développement et militent pour le respect des recommandations onusiennes* Voir le Dossier sur l'APD de la coordination SUD, qui regroupe les ONG françaises de solidarité internationale.. Elles soulignent toutefois qu'une partie importante de cette aide n'a pas de portée effective : les annulations de dette, par exemple, gonflent les chiffres de l'APD de sommes qui de toute manière n'auraient jamais été remboursées par les pays débiteurs. Cette affirmation cependant n'est pas toujours vraie. Ainsi, les cours des matières premières peuvent augmenter rapidement, et améliorer les revenus d'un État aidé; de même, un remboursement n'est pas forcément une somme en devises.

Selon Peter Thomas Bauer L'économiste hongrois Peter Thomas Bauer a également été un critique ardent du principe de l'aide publique au développement. À l'inverse, il a été l'un des premiers à souligner l'importance de la propriété privée et du règne du droit pour le développement économique. Il soulignait en particulier qu'il était abusif d'appeler aide au développement les flux de capitaux transférés du Nord vers le Sud à ce titre, alors qu'il s'agit selon lui d'une entrave au développement qui tend à maintenir les pays sous-développés dans leur conditionArticles sur Peter Thomas Bauer, Euro 92.

Selon William Easterly William Easterly, professeur à l'Université de New York et ancien collaborateur de la Banque mondiale, estime que la plus grande partie des aides apportées depuis cinquante ans ont été inefficaces. L'une des raisons serait le manque de contrôle sur les personnes chargées de gérer cette aideWilliam Easterly, Le Fardeau de l'homme blanc, Penguin Press..

Alternatives La promotion des microcrédits À l'aide publique au développement, traditionnellement gérée au travers de grands programmes pilotés par des institutions internationales telles que la Banque mondiale, on peut opposer des systèmes relevant de l'initiative locale tels que le microcrédit mis au point par Muhammad Yunus. Ils reposent non sur l'assistance gratuite mais sur l'échange, les montants prêtés devant être remboursés.

Les politiques d'aides publiques au développement par État

La France, 4e bailleur mondial d'aide publique au développement