La Ligue arabe (en , Jāmiʿat al-ʿarabiyya), officiellement la Ligue des États arabes (en , Jāmiʿat ad-duwal al-ʿarabiyya), est une organisation régionale possédant le statut d’observateur auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU). Elle est fondée le au Caire par six États. En 2023, elle compte 22 États membres.

L'organisation de la Ligue arabe repose sur quatre organismes principaux : le sommet des chefs d'État, le Conseil des ministres, les comités permanents et le Secrétariat général dirigé par Ahmed Aboul Gheit depuis 2016. De plus, divers organismes ont été créés en application de traités qui complètent le pacte de 1945 et plusieurs agences spécialisées travaillent en étroite collaboration avec elle.

Histoire vignette|Décennie d’adhésion des États membres ; les Comores (entourées) ont adhéré en 1993. vignette|Timbre commémoratif de la création de la Ligue arabe avec les drapeaux des 8 nations fondatrices :, , Royaume mutawakkilite du Yémen, , , , et 20px utilisé par la Ligue arabe pour représenter le peuple palestinien de 1945 à 1955. En 1944, à la recherche d'une fédération des « États arabes », le gouvernement égyptien met en place un groupe d'étude chargé d'élaborer un projet.. Avec l'aide des Britanniques, la conférence d'Alexandrie du se conclut par la rédaction du Protocole d'Alexandrie, déterminant les bases de la future Ligue arabe.. La Ligue arabe est créée le au Caire.. Les sept membres fondateurs de la Ligue arabe sont : l'Égypte, l'Arabie saoudite, l'Irak, la Transjordanie (actuelle Jordanie), le Liban, la Syrie et le Yémen (royaume mutawakkilite), même si certaines sources distinguent la fondation du et la signature yéménite du . L'organisation fondée le , vise à affirmer l'unité de la « nation » arabe et à renforcer la coopération et l'indépendance de ses États membres.

Dès sa naissance, la Ligue est divisée en deux camps aux visées politiques opposées, l'entente égypto-saoudienne favorable aux projets d'indépendance des états, s'opposant au bloc hachémite jordano-irakien plus enclin à une coopération avec la puissance britannique encore maîtresse de nombreux protectorats et mandats (Soudan, Palestine, Émirats). Par la suite, dans le contexte de la décolonisation et de la guerre froide, une division s'opère entre États socialistes proches de l'URSS comme la Libye, la Syrie ou l'Algérie et régimes pro-occidentaux proche des États-Unis tels l'Arabie saoudite, le Maroc et les monarchies du GolfeJean-Christophe Victor, « Mondes arabes », Le Dessous des cartes, 10 septembre 2011..

L'action de la Ligue est d'abord dirigée contre l'ingérence des puissances coloniales européennes dans la région, en l'occurrence la France et le Royaume-Uni. À partir de 1948, Israël est également considéré comme une entité exogène au monde arabe rendant son existence illégitime. Un grand nombre de sommets de la Ligue arabe ont été tenus à la suite d'évènements spécifiques du conflit israélo-palestinien et arabe. Le conflit israélo-palestinien devient l’un des principaux dossiers de la Ligue arabe, et plusieurs résolutions de l’organisation portent sur la Palestine.

Après la crise du canal de Suez, le royaume d'Irak fut renversé, diminuant ainsi l'influence hachémite. L'Égypte, forte de son succès, représentait alors avec la Syrie l'axe nationaliste de la Ligue arabe qui s'opposait à l'axe monarchique et pro-occidental emmené principalement par l'Arabie saoudite et la Jordanie.

En novembre 1973, après la guerre du Kippour et le premier choc pétrolier déclenché par les pays arabes membres de l'OPEP, le sixième sommet des chefs d'État arabes réuni à Alger exige de l’Europe occidentale la fin du soutien militaire et économique à Israël. Il vote aussi une résolution appelant à développer la coopération arabo-africaine, l'aide aux mouvements de libération, la rupture des relations diplomatiques, consulaires, culturelles et économiques (y compris un embargo pétrolier) avec les États demeurant colonialistes, à savoir le Portugal, la Rhodésie et l’Afrique du sud, la création de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) et l'adoption de mesures spéciales afin de faciliter l’approvisionnement en pétrole des États africains touchés par la hausse spectaculaire des cours du pétrole brut..

Entre 1976 et 1983, la Ligue déploya au Liban une Force arabe de dissuasion qui n'eut qu'un effet modeste sur le cours de la guerre civile libanaise.

Le , l'Égypte signa les accords de Camp David avec Israël. Les ministres de la Ligue arabe se réunirent en 1979 à Bagdad pour décider des sanctions diplomatiques et économiques à infliger à l'Égypte. L'Irak, contrairement à ses voisins arabes, demanda l'adoption de sanctions économiques symboliques, ne touchant pas le peuple égyptien. L'Égypte fut alors suspendue de la Ligue en 1979 et le siège de l'organisation fut déplacé du Caire à Tunis. La Ligue fut alors privée de son membre le plus puissant, écarté pendant plus de dix ans, qui fournissait une part importante du personnel. Cela entraîna une baisse de l'influence de l'organisation. Le , 12 des de la Ligue arabe décidèrent le retour du siège au Caire et la réintégration de l'Égypte. Malgré les protestations des neuf absents, le changement eut lieu le . Un accord fut conclu le entre la France et la Ligue, accordant le statut diplomatique au Bureau de la Ligue arabe à Paris, ouvert en 1974, régissant ses privilèges et immunités sur le territoire françaisAssemblée nationale, rapport ..

Cette unité politique est également mise à mal en 1990 lors de la guerre du Golfe où l'Irak envahit un autre État membre, le Koweït, qui influa sur le retour en Égypte de l'organisation..

À cause de la prévalence de la souveraineté étatique sur l'intérêt panarabe, la Ligue n'a jamais fait ses preuves. Soixante ans après sa création, ni la question de la périodicité des sommets arabes n'a été tranchée ni celles de la procédure des votes, du caractère contraignant des décisions ou encore du recouvrement des cotisations. En 2002, après une proposition du prince d'Arabie saoudite Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, la Ligue arabe élabore l'initiative de paix arabe, fondée sur l'idée d'une paix globale au Moyen-Orient : en échange d'une normalisation des relations entre Israël et chacun des pays de la Ligue arabe, Israël se retirerait de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du plateau du Golan« Relance de l’initiative de paix arabe à Riyad ».. En 2007, au sommet de Riyad, cette proposition est relancée par une résolution nommée « réactivation de l'initiative de paix arabe ». Israël a jusqu'ici refusé de considérer cette initiative« La résolution du sommet de Riyad »..

En 2011, lors de la guerre civile syrienne, la Ligue arabe exclut la Syrie de ses rangs. et, en 2013, l'opposition anti-Assad occupe le siège de la Syrie lors d'un sommet de la Ligue arabe à Doha au Qatar.. Depuis, en raison des divisions provoquées par cette guerre, la Ligue arabe est jugée par le journaliste Sylvain Cypel comme une ..

Cependant elle continue à se réunir et, dans le cadre du conflit yéménite, elle réagit. Ainsi, en , elle condamne les tirs de missiles balistiques du par les Houthis du groupe « Ansar Allah » en direction de La Mecque et de Djeddah...

En , la Ligue arabe réintègre la Syrie, suspendue depuis 2011, dans le contexte d’un rapprochement diplomatique engagé par plusieurs États membres de la Ligue..

Le , au 134e jour du conflit qui oppose Israël au Hamas, la Ligue arabe décide de qualifier 60 organisations israéliennes et groupuscules de colons extrémistes d'entités terroristes en raison de leur participation avérée à des opérations d'incursion violentes dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa ainsi qu'en Cisjordanie. Dans le même temps, elle publie une liste de 22 personnalités politiques israéliennes soupçonnées d'inciter au génocide du peuple palestinien, ouvrant ainsi la voie à de probables poursuites auprès des instances internationales compétentes.

Appellation L'actuelle Ligue arabe aurait pu s'appeler la « Coalition arabe » suivant la proposition de la Syrie ou encore l'« Union arabe » comme le souhaitait l'Irak. La délégation égyptienne a quant à elle proposé l'appellation de « Ligue arabe » ; jugé plus approprié sur les plans linguistique et politique.

L’organisation adopta finalement l’appellation officielle de « Ligue des États arabes ».

Adhésion thumb|Bâtiment de la ligue arabe au Caire. L'article 1 de la charte de la Ligue dispose que chaque État arabe indépendant a le droit d'adhérer à l'organisation. L'État candidat doit pour cela déposer une demande au niveau du Secrétariat général permanent ; la demande sera alors étudiée par le Conseil. Il y a donc deux sortes de membres : ceux qui ont entériné la charte de la Ligue, au nombre de 7, et ceux qui demandent leur adhésion. Ces derniers doivent réunir certaines conditions pour pouvoir adhérer à l'organisation : l’État candidat doit être arabe et indépendant.

L'adhésion de la Somalie et de Djibouti à la Ligue a suscité un débat au sein de l'organisation du fait que l'arabe n'est pas la langue officielle des deux candidats. Leur admission a néanmoins été acceptée par le Conseil, dans un contexte où les critères d’appartenance à la Ligue reposent également sur des considérations historiques, géographiques, culturelles et politiques, la corne de l'Afrique étant, depuis l'antiquité tournée vers l'Arabie, particulièrement l'Arabie du Sud.

L'Irak s'est opposé en 1961 à l'adhésion du Koweït sous prétexte que ce pays faisait partie de ses territoires ; le délégué irakien a même quitté le Conseil pour manifester son refus. La candidature du Koweït a finalement été acceptée par le Conseil qui ne pouvait faire autrement, puisque l'article 7 de la charte dispose que les décisions adoptées à l'unanimité doivent être appliquées par les États membres.

Perte de qualité de membre Chaque État membre de la Ligue a le droit de se retirer à condition de déposer un préavis d'un an. Le conseil n'exige pas d'explications des pays qui se retirent ; toutefois, il tente de comprendre les raisons qui les ont amenés à se retirer pour les convaincre de revenir sur leur décision. Si la Ligue venait à amender sa charte, un États membre pourrait se retirer s'il n'approuve pas les nouveaux amendements. La charte de la Ligue prévoit l'exclusion de tout pays membre qui ne respecterait pas ses engagements ; toutefois, elle doit être prononcée à l'unanimité. Néanmoins, le , la Ligue a suspendu la participation de la Syrie à la majorité qualifiée et non à l'unanimité des arabes.. Ce statut n'est cependant pas irréversible puisque le membre exclu peut présenter une seconde candidature. Un État peut perdre sa qualité de membre s'il perd son identité juridique, comme cela s'est produit en 1958 lorsque l'Égypte et la Syrie ont décidé d'unir leurs États respectifs pour devenir la « République arabe unie » et en 1990 avec l'union du sud et du nord du Yémen qui a donné naissance à la République arabe yéménite unie. Cependant un pays qui perd sa souveraineté reste membre à part entière. Lorsque le Koweït a été envahi en 1990 par l'Irak, cela ne l'a pas empêché d'être représenté au sein de la Ligue.

Composition La Ligue arabe est composée de 22 membres : sept membres fondateurs auxquels se sont ajoutés par la suite 15 autres États signataires.

Ces pays, qui sont également membres de l'Organisation de la coopération islamique, représentent une population de d'habitants en 2017.

La Ligue arabe compte également cinq États observateurs.

États fondateurs , émir , puis Royaume hachémite de Jordanie avec l'annexion de la Cisjordanie en 1950, revenue dans ses frontières initiales de Transjordanie sans rechanger de nom après la perte de la Cisjordanie en 1967 ; , président Béchara el-Khoury ; , président Choukri al-Kouatli, puis Syrie à partir de 1963 ; , roi Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud ; , roi ,puis à partir de 1953 ; , roi , puis à partir de 1958 ;