Montréal-Nord est un arrondissement de la ville de Montréal au Québec (Canada) situé au nord-est de l'île de Montréal sur la rive de la rivière des Prairies. Son territoire s'étend sur quelques kilomètres en aval du Sault-au-Récollet et de la centrale de la Rivière-des-Prairies. Montréal-Nord est bordé par le boulevard Saint-Michel (Ahuntsic-Cartierville) au sud-ouest, la ligne de train de banlieue Mascouche au sud-est et Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles au nord-est. On y comptait en 2016.

Les rives des rapides du Sault-au-Récollet sur la rivière des Prairies sont un lieu de portage des peuples autochtones de la région de Montréal depuis environ . Le territoire de Montréal-Nord est connu comme le Bas-du-Sault au temps de la Nouvelle-France. De quelques fermes sur le boulevard Gouin, le territoire s'urbanise peu à peu avec le prolongement du boulevard Pie-IX dans les années 1910. La ville de Montréal-Nord, fondée en 1915, connaît tôt des difficultés économiques et sera mise en tutelle de la Commission métropolitaine de Montréal de 1921 à 1958. Au cours des années 1950 et 1960, Montréal-Nord, de par sa proximité avec Montréal et son caractère de banlieue, connaît un boom résidentiel qui entraîne son urbanisation intégrale dans les années 1970. Au cours des années 1980, Montréal-Nord connaît un déclin démographique et industriel. Après une courte reprise de l'industrie du vêtement et du commerce de gros à la fin des années 1990, la ville connaît un second déclin industriel dans les années 2000. Fusionnée à Montréal en 2001, l'arrondissement Montréal-Nord fait la manchette pour les émeutes suivant la mort de Fredy Villanueva en 2008 et pendant la pandémie de Covid-19 au Québec au début de .

Aujourd'hui, Montréal-Nord est un arrondissement francophone et populaire avec plus de 40 % de la population issue de l'immigration, dont plus du tiers provenant d'Haïti. Il est à la fois considéré comme l'un des secteurs les plus ethniquement diversifiés de la ville de MontréalSelma Tannouche, Bennani et Leslie Touré Kapo « Droit à la ville : Montréal-Nord entre disparités territoriales et racisme systémique vécu », octobre 2019 et comme un des milieux urbains les plus défavorisés du Canada.

Géographie Localisation Montréal-Nord est un arrondissement de l’est de Montréal situé sur l’île de Montréal, la plus grande île fluviale de l’archipel d’Hochelaga. Montréal-Nord borde la rive droite de la rivière des Prairies et fait face à la ville de Laval (Île Jésus) qui est située à quelques centaines de mètres. L’arrondissement est situé à environ au nord du centre-ville de Montréal, à près d’une vingtaine de kilomètres de l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau et à environ une quinzaine de kilomètres en amont de la confluence entre la rivière des Prairies et le fleuve Saint-Laurent.

Montréal-Nord est circonscrit par les arrondissements Ahuntsic-Cartierville et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension au sud-ouest, Saint-Léonard et Anjou au sud-est ainsi que Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles au nord-est. Il est délimité par la rivière des Prairies au nord-ouest, le boulevard Albert-Hudon au nord-est (adjacent au ruisseau de Montigny), la ligne de train de banlieue Mascouche au sud-est et la rue J.-J.-Gagnier au sud-ouest.

Géologie, relief et hydrographie

alt=|vignette|Le pont Pie-IX traverse la rivière des Prairies à Montréal-Nord et relie Montréal à Laval.|gauche L'arrondissement de Montréal-Nord s'étend sur . Son territoire forme une bande quasi-rectangulaire d'environ sur la rive montréalaise de la rivière des Prairies. Il s'étend sur le versant de la rivière, sur une pente douce de deux kilomètres, allant des berges jusqu'à environ d'altitude.

Montréal-Nord est situé tout juste en aval du Sault-au-Récollet, un lieu de portage ancestral et historiquement significatif sur la rivière des Prairies, et de la centrale de la rivière des Prairies. La limite nord-est de l’arrondissement longe ruisseau de Montigny.

Voies de communication et transports Réseaux routiers et stationnement

thumb|Réseau routier de Montréal-Nord. L’arrondissement est principalement desservi dans l'axe sud-est–nord-ouest (perpendiculaire à la rivière des Prairies) par le boulevard Saint-Michel, la route 125 (boulevard Pie-IX) et le boulevard Lacordaire. Il est desservi dans l'axe sud-ouest–nord-est (parallèle à la rivière des Prairies) par les boulevards Henri-Bourassa Maurice-Duplessis, Léger et Gouin.

Pistes cyclables et Bixi

Transports en commun Montréal-Nord n'est pas desservi par le métro de Montréal. Plusieurs projets d'allongement du métro jusqu'à Montréal-Nord furent proposés depuis les années 1970 sans se concrétiser. Élue en 2017, la mairesse de Montréal Valérie Plante et son parti Projet Montréal proposent la création de la ligne rose qui desservirait Montréal-Nord. Le service rapide par bus Pie-IX est inauguré en 2022.

Transports ferroviaires

Montréal-Nord est desservie par deux gares de la ligne Mascouche mise en service le : la gare Saint-Michel–Montréal-Nord et la gare gare Saint-Léonard–Montréal-Nord. La ligne 15 relie Mascouche sur la rive nord de Montréal à la gare centrale de Montréal les jours de semaine.

Histoire Peuplements ancestraux et colonisation du Bas-du-Sault

thumb|Maison du cultivateur Pierre Andegrave sur le boulevard Gouin à Montréal-Nord, construite en 1741. Les berges de la rivière des Prairies sont fréquentées ponctuellement depuis environ par les peuples autochtones de la région de Montréal qui utilisent le cours d'eau comme passage entre le fleuve Saint-Laurent et le lac des Deux Montagnes qui donne sur la rivière des Outaouais. Le territoire actuel de Montréal-Nord est situé tout juste en aval des rapides de la rivière des Prairies qui sont un lieu de portage obligatoire.

L'exploration européenne du secteur débute dès le , une hypothèse non confirmée indique que c'est là que l'explorateur français Jacques Cartier aborde l'île de Montréal en 1535 lors de son deuxième voyage. Il faut attendre avant que d'autres Européens fréquentent le secteur. Le lors de son voyage au Canada, l'explorateur Samuel de Champlain y célèbre en compagnie des pères récollets Denis Jamet et Joseph Le Caron la première messe sur l'île de Montréal.

L'établissement français du secteur, principalement destiné à l’évangélisation des peuples autochtones, débute progressivement au . Le secteur est bientôt connu comme le Sault-aux-Récollets à la suite de la noyade du père récollet Nicolas Viel et de son compagnon Ahuntsic dans les rapides de la rivière des Prairies en . Le peuplement débute réellement avec la relocalisation de la mission huronne de la Montagne, jugée trop près de Ville-Marie (Montréal), au fort de la Nouvelle-Lorette érigé au Sault-aux-Récollets en 1691. Les Hurons de la mission de la Nouvelle-Lorette sont utilisés pour le défrichement du Sault-aux-Récollets durant les trois premières décennies du . Ils sont par la suite relocalisés progressivement à partir de 1721 à Oka, la mission du lac des Deux Montagnes, pour laisser la place à la colonisation française. Les Sulpiciens, seigneurs de l'île de Montréal, font construire la digue l'île de la Visitation, un des plus importants ouvrages de génie civil du régime français, et commencent l’octroi de terres à la côte du Sault-aux-Récollets à partir des années 1720 et y érige la paroisse de La Visitation du Sault-au-Récollet en 1736. La construction d'un moulin à farine, à bois et cardage de la laine font du Sault-aux-Récollets l'un des premiers sites proto-industriels de l'île de Montréal. Le traçage du chemin du Bord-de-l’Eau (aujourd'hui Boulevard Gouin) qui longe la rivière des Prairies permet relier les première maison de fermes du territoire Montréal-Nord aux moulins du Sault-aux-Récollets. thumb|Territoire de la paroisse de Sault-au-Récollet en 1834.|alt=|gaucheAu , le développement rural dans la périphérie du Sault-au-Récollet trouve éventuellement échos dans l'érection de la paroisse du Sault-au-Récollet en municipalité le . La croissance de la population et développement de noyaux villageois entraîne éventuellement le fractionnement progressif de la municipalité de paroisse en plusieurs villages à la fin du : le village de Villeray en 1896, le village d'Ahuntsic en 1897, le village de Saint-Joseph-de-Bordeaux en 1898. En 1910, le village du Sault-au-Récollet se sépare de la paroisse du Sault-au-Récollet.

La cité industrielle et prospère de Maisonneuve à l'est de Montréal, souhaite le prolongement boulevard Pie-IX jusqu'à la rivière des Prairies. Le gouvernement du Québec confie la gestion et la construction du boulevard à Maisonneuve. Ce qui reste du territoire de la paroisse du Sault-au-Récollet doit emprunter pour construire sa partie du futur boulevard Pie-IX. La paroisse devient la ville de Montréal-Nord ; la nouvelle ville peut emprunter pour le prolongement du boulevard Pie-IX.

Montréal-Nord, ville rurale sous tutelle de la Commission métropolitaine alt=|vignette|La Back river line, ligne de tramway construite à partir de 1908 reliant le Sault-au-Récollet au terminus Saint-Vincent-de-Paul situé à Montréal-Nord. Montréal-Nord est fondée le par la sanction de la Loi constituant en ville la paroisse du Sault-au-Récollet, sous le nom de ville Montréal-Nord par le gouvernement du Québec. Son premier maire est Joseph Boyer, maire de la paroisse du Sault-au-Récollet. Les premières séances du conseil se tiendront à l'école Saint-Charles située sur le boulevard Gouin. La ville compte à cette époque à peine .

La Montreal Park & Island Railway commence la construction en 1908 de la Back island line une ligne de tramway en prolongement du circuit « Sault-au-Récollet ». La nouvelle ligne entre quelques kilomètres dans Montréal-Nord au milieu des champs et bifurque vers le terminus Saint-Vincent-de-Paul situé à quelques mètres de la rivière des Prairies où les passagers peuvent prendre la traverse vers le pénitencier Saint-Vincent-de-Paul. L’imposition de tarifs supplémentaires sur les correspondances vers Montréal-Nord freinent le développement dans le nord-est de Montréal. Malgré son accès au tramway et sa proximité avec Montréal qui compte près d'un demi million d'habitants à cette époque, Montréal-Nord demeure une ville rurale isolée qui connaît un développement lent. Un voyage jusqu'au centre-ville de Montréal peut prendre deux heures. Sa population atteint en 1921. Le découpage des lots résidentiels et le traçage des rues débute lentement dans le sud-ouest de la ville à cette époque ; les rues sont tracées perpendiculairement à la rivière des Prairies suivant le découpage des lots du système seigneurial français. Avec l'achèvement du boulevard Pie-IX, la nouvelle ville est incapable de soutenir ses dépenses en infrastructures et connaît rapidement des difficultés financières. Après que les Montréalais aient rejeté l'offre d'annexion en 1920, le gouvernement Taschereau met la ville de Montréal-Nord sous la tutelle de la Commission métropolitaine de Montréal en 1921. Montréal-Nord connaît également à l'époque de graves problèmes d'approvisionnement en eau potable. En 1925 est construite l'église Sainte-Gertrude et en 1927, l'église Saint-Vital. En 1928, la Montreal Light, Heat and Power entame la construction de la centrale de la Rivière-des-Prairies tout juste en amont de Montréal-Nord ; elle est mise en service en 1930. vignette|Le pont Pie-IX en 1940.|alt=|gauche