Le cimetière des Champs Bruley (parfois au singulier Champ Bruley, aussi cacographié Champs brulley et Champs brûlés), également qualifié de protestant et réformé, rue de Chalezeule, est un cimetière municipal de Besançon (France), situé à l'intersection des quartiers Chaprais, Bregille, Clairs-Soleils et Vaîtes.

Premier cimetière communal Ouvert en 1793, ce lieu caractéristique du patrimoine religieux et funéraire local est par ailleurs le premier cimetière géré par la ville, et l'une des plus anciennes nécropoles protestantes situées dans une grande commune. D'abord destiné à accueillir l'ensemble des habitants, le site est rapidement délaissé par une société encore fortement conservatrice, notamment à cause de sa topographie, de son emplacement et de l'absence d'église adjacente. Il devient alors rapidement le lieu d'enterrement des citoyens indésirables : condamnés, malades et non catholiques. La communauté luthérienne, alors en pleine renaissance mais ostracisée, s'y voit ainsi de facto reléguée.

Le reste de la population marque son mécontentement et choisit d'être inhumée en proche banlieue, attendant d'obtenir le nouveau cimetière des Chaprais. Ce dernier est mis en service en 1824, et dès lors, les autorités confirment officiellement une séparation stricte obligeant les défunts protestants à n'être admis qu'aux Champs Bruley. Cette situation dure jusqu'à la loi de neutralité appliquée en 1881, qui laïcise les cimetières municipaux. C'est à cette époque que la mixité des emplacements s'impose, bien que de nombreux fidèles y soient encore enterrés par tradition au cours des . Fort témoignage huguenot, avec le temple du Saint-Esprit, le cimetière n'en demeure pas moins, au , un espace profane et bucolique. Agrémenté de verdures et de plusieurs tombes-monuments d'hôtes remarquables , le domaine est en effet qualifié de .

Contexte La Réforme à Besançon

vignette|Le temple du Saint-Esprit, symbole de l'importance de la communauté.

L'histoire du cimetière est intimement liée à celle des protestants, le site leur étant rapidement destiné par les soubresauts de l'histoirePierre Chauve (coordination) et Jean-Marc Debard (rédaction), La vie religieuse à Besançon, du à 2010, pages 90 et 91.Anne Raulin (direction) et Ingar Düring (rédaction), Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, page 59.Jean-Claude Meux, histoire du cimetière des Champs Bruley, sur le site officiel de l'Église protestante unie de Besançon (consulté le ).. La Réforme est apparue à Besançon de manière informelle dans les années 1530, lorsque de célèbres prêcheurs viennent favoriser les nouvelles idées alors en vogue auprès de la population pourtant fervente catholique, page 91.Pierre Chauve (coordination) et Jean-Marc Debard (rédaction), La vie religieuse à Besançon, du à 2010, .Anne Raulin (direction) et Ingar Düring (rédaction), Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, .. Montbéliard et la Suisse voisines basculent définitivement, pendant que l'expansion de la Réforme dans la capitale comtoise donne lieu à des incidents jusqu'au milieu du . En 1575, une grande bataille oppose huguenots et catholiques, ces derniers battant les qui sont tués et chassés. Pendant presque deux siècles, toute forme de dissidence fut sévèrement réprimée et les auteurs protestants contraints à l'exil ou à la conversion. Cette situation dure jusqu'à la Révolution française, qui met un terme aux persécutions religieuses, permettant ainsi le retour d'une communauté luthérienne. L’institutionnalisation et l'importante immigration suisse permettent d'établir une congrégation solide, qui s'organise et acquiert le temple du Saint-EspritAnne Raulin (direction) et Ingar Düring (rédaction), Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, .. Elle n'en est toutefois pas moins marginalisée, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondialePierre Chauve (coordination) et Jean-Marc Debard (rédaction), La vie religieuse à Besançon, du à 2010, .. Aujourd'hui estimée à environ à pour les luthériensPierre Chauve (coordination) et Jean-Marc Debard (rédaction), La vie religieuse à Besançon, du à 2010, .Anne Raulin (direction) et Ingar Düring (rédaction), Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, pages 60 et 61. et à plus d'un millierLes Mouvements religieux sectaires à Besançon, dossier spécial la Presse bisontine, numéro 64 de , , sur le site officiel du journal (consulté le ). pour les autres branches (anabaptistes, pentecôtistes-mennonites, évangélistes, baptistes, adventistes, indépendants/libres, mormons et Témoins de Jéhovah), les protestants forment aujourd'hui un groupe hétéroclite et vivace au sein de la ville.

Les cimetières protestants

À quelques exceptions près, les protestants de France ont fait l'objet d'opposition et d'ostracisme durant des siècles, y compris concernant leurs droits funérairesPierre-Yves Kirschleger, les lieux d’enterrement des protestants, sur le site du musée virtuel du Protestant (consulté le ).. Localement, les plus anciennes traces d'inhumations par des réformés font état, dès le , d'enterrements dans des fossés aux environs du secteur des Arènes, sur une terre jugée indécenteM. Richard, Histoire des diocèses de Besançon et de Saint-Claude tome II, librairie Cornu, 1851, .. Dans d'autres parties du Royaume, il existait toutefois de véritables cimetières avant la révocation de l'édit de Nantes en 1685, ou des espaces familiaux tolérés de cette date jusqu'à la fin du , mais aucune trace ne détermine une présence équivalente dans la ville. Ainsi durant la période du Désert la plupart des cités appliquent des mesures sévères dès lors que les Huguenots deviennent persona non grata, leurs nécropoles étant généralement rasées, toute sépulture interdite, et les funérailles le plus souvent clandestines. Mais dès les années 1760, une tolérance s'installe, confirmée par l'édit de Versailles en 1787, légitimant l'élévation de carrés dans plusieurs grandes villes. C'est surtout la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du , dont l' proclame le droit d'exercer la religion de son choix, qui consacre l'émancipation des réformés. Dans de nombreuses localités, les espaces funéraires s'ouvrent peu à peu : Royan en 1761, Nîmes en 1779, Montpellier en 1809, Castres en 1824, Bordeaux en 1826 Pierre-Yves Kirschleger, les cimetières Protestants, sur le site de la Mémoire mulhousienne (consulté le ).. Pour autant, cette officialisation n'est en rien une pleine acceptation de la population encore majoritairement affiliée à l'Église romaine et hostile à leur égard.

En effet bien qu'également issus du christianisme et malgré une pleine reconnaissance des autorités temporelles, les catholiques refusaient encore souvent à la fin du et au cours du de voir le lieu de leur dernier repos par des croyances toujours jugées hérétiques. Ainsi une part majoritaire des religieux et pratiquants considéraient qu'autant dans leurs vies que leurs morts les protestants étaient de graves pécheurs, toute convergence restant donc particulièrement difficile. Ce rejet est également observé au niveau local par une société conservatrice jusqu'au milieu du , bien que les interdictions strictes du laissent progressivement place à une acceptation froide et distante. Par ailleurs lors des cérémonies, les luthériens s’abstenaient aussi de plusieurs éléments, renforçant la défiance, comme l'intervention d'un pasteur puisque ne prêtant aucune valeur à la sacralisation du corps, la prière car n'ayant pas d'impact sur le sort du défunt, ou même la présence physique de la dépouille jugée secondaire pour le recueillementCharles Simpson, l’enterrement protestant : cérémonie et déroulement des obsèques, sur Obseques-infos.com (consulté le ). ; cependant l'organisation paroissiale s'est également imposée tout en gardant ses principes, visant principalement le soutien de l'entourage. Depuis la neutralité de 1881, la laïcité officialisée par l'institutionnalisation de 1905, et surtout après la Seconde Guerre mondiale, ces deux grandes familles se sont rapprochées, gagnant en mixité que ce soit dans la communion, les mariages, ou l'inhumation.

Histoire Aux origines des Champs Bruley

vignette|Aperçu du cœur la partie ancienne du cimetière, élevée dès son ouverture en 1793.

Au cours du Besançon devient capitale régionale ; sa population compte en 1700 et en 1800, pages 58 à 68.. Cette poussée démographique pose de nouveaux défis concernant les besoins et pratiques funérairesAnne-Lise Thierry, Une nécropole romantique : le cimetière des Chaprais à Besançon, page 15.. Par ailleurs la Municipalité doit également se conformer au Droit en la matière, depuis la déclaration royale du Extraits originaux de l'Ordonnance Royale du 10 mars 1776 concernant les inhumations, sur Arola-village.com (consulté le ). renforcée par le décret impérial sur les sépultures du Anne-Lise Thierry, Une nécropole romantique : le cimetière des Chaprais à Besançon, page 17.Le cimetière des Chaprais : sculptures funéraires, interview de d'Anne Lise Thierry, par l'INA (consulté le ).. Les cités sont en effet désormais contraintes de trouver des solutions appropriées et pérennes, toute inhumation devenant proscrite dans et autour des lieux de culte, comme c'était jusqu'alors l'usage, pour des raisons d'hygiène et d'urbanisme. Si la plupart des grandes villes comme Paris traitent le problème dès 1780, les Bisontins sont encore mus dans une forte tradition catholique et s'opposent à tout changement au point que les projets sont repoussés après la Révolution de 1789. Il est alors confié au citoyen Euvrard de trouver et d'acquérir un terrain pouvant être clos et isolé à cette fin ; la propriété dite des Champs Bruley, détenue par un prêtre du nom d'Athalin, est achetée le pour , page 57. (équivalant à près de en 2018). La toponymie du secteur est incertaine, mais comme l'indique une plaque encore en place sur le portail d'entrée, la parcelle du cadastre était connue comme "le champ du Père Bruley" au . Mesurant un peu plus d' et à l'écart du centre, le site correspond parfaitement aux besoins.

Les Champs Bruley sont restructurés, les tombes irrégulières transférées, et la mise en service prononcée en 1793, devenant ainsi le premier cimetière communal de BesançonAnne-Lise Thierry, Une nécropole romantique : le cimetière des Chaprais à Besançon, .J.-F.H., « la difficile gestion des cimetières bisontins », La Presse bisontine, numéro 49, novembre 2004, , sur le site officiel du journal La Presse bisontine (consulté le ).. Cependant de vives protestations achèvent de frustrer la population, confirmées par les contemporains : l'éloignement géographique rompt brutalement avec quatorze siècles d'habitudes , ce qui est vécu comme une expulsion ; les terres marneuses empêchent la décomposition naturelle des corps, l'assainissement moderne ne pouvant encore s'opérer ; l'isolement espéré du site avait aussi une face sombre imprévue, la multiplication du pillage des tombes notamment par les fossoyeurs mêlée à l’incapacité des autorités à rétablir l'ordre et punir les coupables ; la chapelle promise au sein même du lieu tardait à être édifiée, heurtant la sensibilité des plus fervents préférant ; enfin, les capacités d'accueil ont été surestimées, puisque rapidement il est admis qu'il serait impossible de respecter les décrets faute de place suffisante, à savoir une fosse pour chaque individu renouvelable tous les cinq ansAnne-Lise Thierry, Une nécropole romantique : le cimetière des Chaprais à Besançon, .. Le chroniqueur local Auguste Perron décrit la situation chaotique qui règne :

Un cimetière confessionnel vignette|Exemple de stèle affichant la croix huguenote et un psaume typique.