Henri Nouvel, né en 1621 ou 1624 à Pézenas dans l’Hérault (France) et mort entre et à la mission Saint-François-Xavier de la baie des Puants (aujourd'hui aux États-Unis), est un prêtre jésuite ayant passé quarante ans de sa vie comme missionnaire auprès des communautés amérindiennes de la Nouvelle-France.

Il est déjà prêtre lorsqu'il entre dans l'ordre des jésuites le et exerce des fonctions religieuses en France jusqu'en 1662. Il s'embarque pour la Nouvelle-France en 1662 pour y devenir missionnaire. Il arrive à Québec en et pendant sa première année en Amérique il se consacre à l’apprentissage des langues amérindiennes. À la fin de 1663, il effectue sa première mission dans la région de Rimouski. Entre 1664 et 1669, il effectue ses missions sur le territoire des Montagnais, dans les « missions volantes » de la Côte-Nord dont le chef-lieu est Tadoussac, son premier voyage l’amenant dans la région du lac Manicouagan.

En 1671, il est envoyé dans les missions jésuites des Grands Lacs auprès des Outaouais et fait plusieurs voyages dans différentes communautés amérindiennes avant d'être nommé supérieur des missions jésuites de la région en 1672. L'année suivante il informe le gouverneur Frontenac d’événements qui menacent le commerce de la traite des fourrures avec les Amérindiens. En 1674-75, il partage son temps entre les missions Sainte-Marie et Saint-Ignace, mais se rend aussi à Saginaw auprès des Amikoués. Toujours à Saint-Ignace entre 1677 et 1678, il célèbre l’inhumation du père Marquette et accueille les Kiskakons.

Entre 1688 et 1695, lors de son second mandat de supérieur des missions outaouaises, il doit s'interposer dans le conflit entre les missionnaires jésuites et Antoine de Lamothe-Cadillac au sujet des raids guerriers des Amérindiens et au trafic de l'eau-de-vie avec ceux-ci. Il exerce la majorité de ses vingt dernières années d’apostolat à la mission Saint-François-Xavier de la baie des Puants où il meurt.

Biographie Formation religieuse et arrivée en Nouvelle-France Henri Nouvel est né en 1621 ou 1624 dans la commune française de Pézenas dans région du Languedoc-Roussillon, plus précisément dans l’Hérault.. Il est déjà prêtre lorsqu'il entre au noviciat des jésuites de Toulouse le .. Il exerce des fonctions religieuses en France jusqu’en 1662.

thumb|upright=1.2|alt=Gravure représentant une carte de la Nouvelle-France en 1660.|Carte de la Nouvelle-France en 1660. Il s’embarque pour la Nouvelle-France en 1662 et arrive dans la ville de Québec le .. Lors de son arrivée, la situation des missions jésuites en territoire amérindien tarde toujours à se relever de la destruction de la Huronie entre 1645 et 1650662-663.. Le groupe de pères jésuites présents en Nouvelle-France est très restreint et ils doivent couvrir l'ensemble du vaste territoire de la Nouvelle-France ; au recensement de 1663, ils ne sont que vingt-sept et leur moyenne d'âge est de plus de .

thumb|left|alt=Gravure représentant le début des guerres franco-iroquoises en 1609 où Champlain appuie les Algonquins contre les Iroquois.|En 1609, Champlain appuie les Algonquins contre les Iroquois. C’est le début des guerres franco-iroquoises. D’ailleurs les jésuites estiment qu’il leur est très difficile de reprendre les activités d'apostolat tant que les guerres franco-iroquoises ne seront pas terminées. Un autre problème que rencontrent les jésuites et qui les oblige à diviser leurs faibles ressources est l'obligation d'exploiter les terres qui leur ont été octroyées en Nouvelle-France, l’édit royal de mentionnant que les terres non exploitées après un délai de six mois reviennent à la couronne668..

Malgré tout, l'année 1663 voit un regain de l’activité missionnaire des jésuites en Nouvelle-France680.. De nouvelles missions voient le jour principalement dans trois régions, soit : (1) les missions montagnaises du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord, (2) les missions algonquiennes du bassin des Grands Lacs et (3) les missions de l'Iroquoisie. C'est dans ce contexte que le père Nouvel commence ses activités en Amérique.

Pendant la majeure partie de sa première année, de l'automne 1662 au printemps de 1663, il consacre l'essentiel de son temps à l’apprentissage des langues amérindiennes et ne semble participer d'aucune façon à la vie ecclésiastique de la ville de Québec. C’est à partir de 1663 qu’il entame son apostolat auprès des communautés amérindiennes de la Côte-Nord, chez les Montagnais et les Papinachois. Cette mission qui s’étend sur plusieurs années est l’un des faits marquants de sa carrière en Nouvelle-France.

Missions au Bas-Saint-Laurent et sur la Côte-Nord Il effectue d'abord un premier voyage, entre avril et , en compagnie de Charles Amiot, un commerçant de Québec.On ne connaît pas la destination de ce premier voyage, cependant il est permis de croire qu’il est effectué chez les Papinachois compte tenu du rendez-vous que le père Nouvel a avec ces derniers à l’île Verte en novembre.. En , il entame un second voyage, cette fois vers le Bas-Saint-Laurent, toujours accompagné de Charles Amiot. Les Relations des jésuites mentionnent qu’il fait un arrêt à l’île Verte à la suite d'un naufrage qui l’oblige à y demeurer une dizaine de jours.. C’est aussi le lieu de rendez-vous des deux voyageurs avec une soixantaine de Montagnais et de Papinachois qui l’attendaient pour la suite du voyage. Accompagnés par les Amérindiens, Henri Nouvel se rend ensuite dans la région de Rimouski, à l’île Saint-Barnabé selon certains, ou à la Pointe-au-Père selon d'autres.. Le père Nouvel y célèbre une messe le . Son voyage se poursuit ensuite et après avoir constaté l’absence d’Iroquois dans les environs, la Nouvelle-France étant toujours en guerre avec ces derniers, le groupe reprend la route le en se dirigeant vers l’intérieur des terres en remontant la rivière Rimouski jusqu’à sa source.

Le reste de l’hiver 1663-64 se passe en voyage de chasse à l’intérieur des terres. Ainsi dans son résumé de voyage, le père Nouvel mentionne que pendant la période des fêtes le petit groupe s’est installé près d'un grand lac, probablement le lac Matapédia ou le lac Mitis. À la fin de , le groupe redescend vers le fleuve Saint-Laurent qu’il atteint en mars. Ils passent ensuite quelques jours à l’île aux Basques. Le père Nouvel demeure alors sur l’île en compagnie des Amérindiens pendant que Charles Amiot retourne à Québec. Dans son récit de voyage, le missionnaire mentionne que l’île porte ce nom : Henri Nouvel, Relations des jésuites.

thumb|alt=Gravure représentant le territoire des Papinachois près de la rivière Manicouagan en 1713. |left|Territoire des Papinachois près de la rivière Manicouagan en 1713. Le père Nouvel quitte l’île aux Basques le en direction de Tadoussac sur la rive nord du Saint-Laurent où il attend le père Druillettes jusqu'au début de mai. Ce dernier décide plutôt de se rendre au Saguenay, le père Nouvel toujours accompagné de Charles Amiot et d'un groupe de Papinachois se dirige vers l’intérieur des terres jusqu’à la rivière aux Outardes qu’ils rejoignent le . Le groupe demeure à cet endroit jusqu’au début juin, puis remonte la rivière aux Outardes en se dirigeant vers la rivière Manicouagan.. Le trajet que doit effectuer le petit groupe entre les deux rivières est des plus difficiles, en particulier le portage, le père Nouvel mentionnant alors que .

Les voyageurs atteignent la rivière Manicouagan, que les Français appellent la , et la remontent jusqu’au lac du même nom qu’ils atteignent le . Le missionnaire devient ainsi le premier Européen à remonter la rivière Manicouagan et à atteindre le lac du même nom.. Les deux groupes de Papinachois qui se rencontrent en profitent pour effectuer des échanges commerciaux et troquer des fourrures. Le , le père Nouvel y célèbre une messe devant un groupe de et baptise le lac du nom de Saint-Barnabé ; son toponyme actuel est Manicouagan. Le père Nouvel redescend ensuite la rivière Manicouagan jusqu’au fleuve Saint-Laurent en quatre jours et y rejoint un groupe de Français et de Papinachois qui l’attendaient là. Le missionnaire revient ensuite à Québec, qu’il atteint le , après seulement deux jours d’un voyage aidé par des conditions de vent favorables.

Ce voyage fut considéré comme un exploit, car ce jésuite originaire du sud de la France était mal préparé aux difficultés climatiques des hivers en Nouvelle-France. Il est une indication de sa persévérance car il eut à convaincre ses compagnons à l’accepter de faire partie du voyage jusqu’au lac Manicouagan, ces derniers étant d’abord d’avis que ce trajet comportait trop de dangers pour qu’il se joigne à l’expédition. Cette expédition de 1663-1664 sur la Côte-Nord lui sert aussi à colliger plusieurs renseignements sur les groupes amérindiens de l’Est du Québec. Marie de l'Incarnation signale entre autres les informations que le père Nouvel a recueillies auprès d'un chef amérindien concernant le trajet pour se rendre à la baie d'Hudson et la possibilité d’y évangéliser les habitants de ces rives70..

thumb|alt=Gravure représentant Tadoussac et son poste de traite cartographié par Samuel de Champlain en 1615.|Tadoussac et son poste de traite cartographié par Samuel de Champlain en 1615. En , le missionnaire retourne à Tadoussac et y demeure l’hiver entier en compagnie du père Druillettes. Tadoussac, où les jésuites ont reçu une concession de six arpents en 1659 pour maintenir la mission de Sainte-Croix de Tadoussac534., est alors le chef-lieu et le point de rassemblement des missions jésuites en territoire montagnais681.. Il s’agit de ce que les jésuites appellent les car l’endroit est dépourvu d'un lieu physique de culte depuis l’incendie du début de 1664 qui a détruit la petite chapelle de Tadoussac construite en 1661 ; les missionnaires devant se contenter d’établir une tente d’écorce pour y célébrer la messe.. Les missionnaires y hivernent chaque année entre 1664 et 1673, avant de repartir en mission chaque printemps auprès des groupes amérindiens nomades qui occupent ce territoire, un mode de vie fort éprouvant pour les missionnaires qui reviennent se reposer quelque temps à Québec avant de repartir aussitôt rejoindre ces groupes amérindiens.

Dans une correspondance transmise au début d’ à leur supérieur, le père Pierre Bailloquet, les deux missionnaires indiquent qu’ils ont effectué une cinquantaine de baptêmes durant l’hiver. Le père Nouvel profite de l’arrivée de quelques missionnaires, arrivés en renfort à Tadoussac à la fin d'avril, pour retourner à Québec pour un bref séjour. À la fin de , il retourne sur la Côte-Nord, d’abord à l'embouchure de la rivière Manicouagan en compagnie d'un groupe de Français dont font partie Charles Amiot et Guillaume Couture. Sans être accompagné de guides amérindiens, le groupe remonte la rivière Manicouagan afin de rejoindre le lac du même nom et la « mission Saint-Barnabé », il est de retour à Québec le . Il passe ensuite un second hiver à Tadoussac.

Dans une correspondance datée du , il fait part à son supérieur de ses voyages de l’été, pendant lesquels il se rend d'abord chez les Papinachois près de la rivière Manicouagan et ensuite plus à l’est chez les Oumamioueks dans la région de Sept-Îles. Il est de retour à Québec en et doit alors se rendre en mission à Trois-Rivières. Des historiens saguenéens mentionnent que le père Nouvel a fondé la mission de Métabetchouan en 1665 ou 1666., mais ceci semble peu probable car la fondation de cet établissement n’est mentionnée d’aucune façon dans les Relations des jésuites et les autres voyages du père Nouvel au cours de 1665-66, laissant très peu de temps au missionnaire pour lui permettre d’effectuer un voyage au lac Saint-Jean pendant ces deux années..