Paolo Francesco Lorenzani ou Laurenzain en français. (né à Rome le - mort à Rome, le ) http://www.treccani.it/enciclopedia/paolo-lorenzani_(Dizionario-Biografico) est un compositeur italien de la période baroque. Il réside en France pendant 17 ans où il participe à la promotion du style de musique italien. Avec Jean-Baptiste Lully, il est l'un des musiciens italiens les plus importants sous le règne de Louis XIV. Toutefois, faute de fonction officielle royale, sauf au début de son séjour, il quitte la France afin de reprendre du service à Rome.

Biographie Naissance et famille Paolo Lorenzani naît à Rome le , dans une famille d'artistes, note ; il est baptisé le à 25 jours, selon le Liber IV Baptizorum ab anno 1634 usque ad annum 1687, fol.95 v°, dans les Archives du Chapitre de Saint-Pierre..

Son père, Giovanni Antonio Lorenzani, est originaire de San Terenzo. Lorenza Baratta, sa mère, est issue d'une famille de peintres et sculpteurs près de Monte Marcello.

Il a trois frères, tous artistes. Seul Paolo, toutefois, devient musicien. Son frère aîné, Giovanni Andrea Lorenzani (1637 - †1712) ; son baptême au 29 novembre 1637, possède une fonderie de médailles à Rome, mais est également ami de musiciens et d'hommes de lettres ; il laisse même des pièces de théâtre et de petits opérasIl est vrai que plusieurs œuvres de Giovanni Andrea Lorenzani paraissent au moins entre 1675 et 1700. Vraisemblablement, elles sont celles du frère de Paolo Lorenzani., notamment Gl'eventi inaspetatti, opera di Giovanni Andrea Lorenzani... rapresentata in occasione delle nozze di Flavio Orsino e Madama Maria Anna della Tremoglie, duca e duchessa di Bracciano (1675)Donc, il est possible que Paolo Lorenzani ait écrit sa musique pour son protecteur..

Formation et premier succès à Rome Le jeune Lorenzani est formé par Orazio Benevoli, maître de chapelle de la Cappella Giulia au Vatican., lorsqu'il y est enfant de chœur entre et .. Près de sa maison habite un virtuose du chant, Pier Mateo Petrucci. Ce Petrucci est probablement le futur cardinal Pier Matteo Petrucci, car le cardinal était membre de l'ordre des Oratoriens, réputé pour ses services consacrés à la musique sacrée.

En 1659, son frère aîné Giovanni Andrea épouse Giovanne Petrucci, sœur de Pier Mateo Petrucci. Grâce à ce mariage, la famille Lorenzani est dorénavant liée aux Orsini et, notamment, à Flavio Orsini, nouvellement devenu, depuis 1660, le de Bracciano. Passionné par la musique, ce dernier déploie un important mécénat dans ce domaine. De plus, son frère aîné, Virginio Orsini, est cardinal à partir de 1641, ce qui n'est pas étranger au fait que ce prince soit devenu le protecteur de Paolo Lorenzani.

Dès 1669, d'après les documents conservés, Lorenzani est l'un des compositeurs parmi les plus illustres de sa génération à Rome. Ses messes, vêpres et litanies sont célébrées dans plusieurs églises de la ville. Le , un oratorio en latin est joué, après qu'il a été chargé d'en composer un par l'Arciconfraternita del SS, une confrérie romaine du Saint-Crucifix.

thumb|left|upright=1.12|Lorenzani est nommé en 1672 maître de chapelle du Collège romain. À l'âge de 32 ans, il succède en 1672 à Vincenzo de Grandis, maître de chapelle à l'église du Gesù et, notamment, au Collège romain, devenu la première université jésuite et l'actuelle université pontificale grégorienne. Grâce à cette fonction auprès des principaux établissements jésuites, il écrit à un rythme soutenu un certain nombre d'œuvres religieuses chantées dans leurs églises à Rome. Toutefois, sa fonction principale demeure surtout les représentations à grands spectacles dont le grand collège a besoin, comme le prouve l'oratorio Ange gardien dont le livret est signé par Giovanni Filippo Apolloni. Les librettos dont se sert le compositeur sont principalement l'œuvre de Mario Cevoli, un artiste lié à la famille Orsini.

Paolo Lorenzani se distingue également pendant l'année jubilaire 1675. Du au , sa est jouée à l'église du Gesù. Entre les et , la foule des fidèles peut également l'écouter à l'église Saint-Ignace-de-Loyola. De plus, une représentation de son oratorio en latin est exécutée le . Cette année-là, ses motets sont sélectionnés pour paraître dans des anthologies publiées à Rome et à Bologne.

L'année 1675 est aussi témoin d'une autre célébration. En effet, le protecteur du compositeur Flavio Orsini se marie en secondes noces avec une dame de la noblesse française. Comme Giovanni Andrea Lorenzani compose un livret d'opéra pour cet événement et il est plus que probable que Paolo l'ait mis en musique. Cette année-là, si active et florissante, marque néanmoins, à l'automne, le départ pour Paolo Lorenzani de la Ville éternelle afin qu'il puisse offrir ses services à la cathédrale de Messine en Sicile. Il est presque certain que cette nomination, favorisée par le prince Flavio Orsini, ait eu des visées politiques, car Lorenzani, à Rome, avait acquis grâce à sa carrière un grand prestige auquel était sensible la bonne société sicilienne comme leurs dirigeants.

Embarquement vers Paris thumb|right|upright=0.86|Après avoir rencontré le duc de Vivonne à Messine, Paolo Lorenzani passe 17 ans en France. À Messine, le compositeur fait la connaissance de Louis-Victor de Rochechouart de Mortemart, duc de Vivonne et maréchal de France, frère de mesdames de Montespan et de Thianges. À partir de 1675, ce vice-roi de Sicile lui demande d'écrire la musique de fêtes religieuses, mais aussi de celle de spectacles profanes pour la noblesse sicilienne.. Lorenzani écrit donc des messes et des vêpres, ainsi que des comédies-ballets et des opéras italiens. Cette collaboration est d'autant plus appréciée par le patron de Lorenzani, Flavio Orsini, que ce dernier a épousé en Marie-Anne de La Trémoille et, par cette union, est étroitement lié à la politique de Louis XIV, roi de France.

Toutefois, en raison de ces activités, notamment plusieurs exécutions d'un Te Deum lors d'événements militaires, la réaction négative des Espagnols, adversaires de toujours, s'intensifie de façon critique. En conséquence, Louis XIV doit rappeler le duc en France dès , puis ordonne confidentiellement à son successeur, le maréchal de La Feuillade, de retirer les troupes françaises de la Sicile, en renonçant à Messine afin de résoudre les épineuses difficultés diplomatiques et militaires qui se sont multipliées. Le , sur ses navires, un refuge est proposé à tous ceux qui désirent se déplacer jusqu'en France. Paolo Lorenzani accepte cette offre, probablement pour sa sécurité. Étant donné que la crise a été provoquée par le duc et que Lorenzani est à son service, il n'a guère d'autre choix. La flotte française quitte la Sicile et, après une traversée sans encombre, regagne Toulon le ..

Réputation à la capitale du royaume de France Au printemps 1678, Lorenzani arrive à Paris. Il y est accueilli par le duc de Vivonne avant d'être présenté à la cour. À partir du mois d'août, ses motets, notamment, sont exécutés pour Louis XIV, qui reconnaît son talent et le nomme maître de musique de la reine Marie-Thérèse la même année.. Plusieurs articles favorables concernant Lorenzani paraissent dans le Mercure galant :

thumb|left|upright=0.85|Louis XIV et le ministre Colbert. En fait, il faut que le compositeur débourse afin d'obtenir ce poste. C'est pourquoi Louis XIV lui octroie une grande somme d'argent. Enfin, le contrat est signé le .

Aussitôt le contrat conclu, Lorenzani retourne, sous ordres du roi, en Italie jusqu'en décembre. Il y recrute , à savoir des castrats, pour la chapelle royale.. Car, selon Louis XIV, . Profitant du voyage de retour, il séjourne pendant plus d'un mois à Turin où la régente Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie adore le talent de Lorenzani et l'accueille chaleusement.

En décembre, il rentre à Versailles, et le , prend officiellement sa charge en tant que surintendant de la musique de chambre de la reine. Le , il a l'honneur de diriger la musique du Roi en l'église de Sorbonne, lors de la nomination de l'archevêque Jacques-Nicolas Colbert, fils du ministre Jean-Baptiste Colbert. Devenu rapidement concurrent de Jean-Baptiste Lully, qui détient une influence despotique sur la musique française de cette époque, l' subit les foudres de son rival et des tentatives répétées pour entraver son travail.

Lorenzani peut toutefois faire représenter en 1681, à Fontainebleau, sa pastorale Nicandro e Fileno en présence du roi. Certes, le privilège de Lully a cours dans les lieux publics et les théâtres des villes du royaume. Toutefois, les résidences royales ne tombent pas sous son joug et il ne peut rien y empêcher.. La pastorale de Lorenzani ; Mercure galant, septembre 1681, .. L'année suivante, en avril, Louis XIV le charge de jouer l'un de ses psaumes à la chapelle royale tandis que ses quatre motets sont présentés devant le roi en octobre. Cela s'explique du fait que plusieurs nobles très puissants, dont le duc de Nevers Philippe-Julien Mancini, sont les mécènes de Lorenzani. Ainsi, ce duc, auteur du livret de la pastorale, avait même été en collaboration artistique avec le compositeur.. De plus, la jeune Dauphine Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, arrivée en France 1680, est musicienne : elle joue du clavecin et du luth et goûte fort la musique italienne, notamment celle de Lorenzani..

Autre collaboration majeure : celle de Lorenzani avec le jeune musicien Michel-Richard de Lalande qui se concrétise en 1682 par la création d'une sérénade en forme d'opéra également jouée en novembre, à Fontainebleu, devant Louis XIV Son succès est pareillement renforcé grâce à la qualité d'une jolie chanteuse, Donna Anna Caruso, appréciée depuis toujours par toute la famille royale, surtout la Dauphine. D'après le Mercure galant, cette noble sicilienne note ; « baronessa Anna Rosaria Carusi »., dotée d'une admirable voix, est également capable de jouer du clavecin et de la lyre. Le départ de cette artiste si talentueuse sera annoncée, en 1683, comme une grande perte pour la cour.

À cette époque-là, une polémique visant les musiciens italiens commence à prendre de l'ampleur. En 1682, la déclaration des Quatre articles en faveur de l'église gallicane provoque un conflit entre le roi de France Louis XIV et le pape Innocent XI. Le roi reçoit même la menace d'une excommunication. Le goût italien à la cour risque de s'affaiblir.

Premier échec et trépas de la reine thumb|right|upright=0.85|Chapelle royale de Versailles actuelle (depuis 1710). Il est vrai que l'année 1683 voit la situation de la musique italienne se dégrader considérablement.

Il est fort probable que l'objectif de Lorenzani demeure toujours d'obtenir le poste d'un des sous-maîtres de la chapelle royale de Versailles. Sous le règne du roi Louis XIV, la chapelle impose seule la musique religieuse française, au détriment de tous les autres établissements parisienshttp://www.musicologie.org/theses/dufourcq_01.html Norbert Dufourcq, La Musique religieuse française de 1660 à 1789, La Revue musicale, , (1954). En , Louis XIV organise un grand concours à Versailles afin de remplacer deux compositeurs vieillissants, Pierre Robert et Henry Du Mont. Tous les candidats dans le royaume sont invités à soumettre leur candidature. Marc-Antoine Charpentier, musicien réputé, n'y parvient pas et Paolo Lorenzani non plus.

De plus, à la suite du trépas de la reine Marie-Thérèse le , la charge de maître de la musique de la Reine que détient Lorenzani est supprimée au cours de l'année... Certes, le roi permet à Lorenzani de garder le titre et l'indemnisation, mais il est évident qu'il perd définitivement sa charge auprès de la cour. Si une sérénade du texte poétique de Donna Anna Caruso est exécutée le , notamment pour Madame de Thianges, et avant la mort de la reine, le déclin du compositeur pousse la baronne, déçue, à quitter la France. Elle arrive à Rome en novembre.