Les grèves de 1947 en France sont une série de conflits sociaux d'envergure nationale, commencées fin avril à la régie Renault, deux semaines avant le départ en mai des ministres communistes du gouvernement Ramadier, et amplifiées en juin puis en novembre dans les bassins miniers.
De graves pénuries alimentaires causent une inflation atteignant 60 % sur l'année, comme en 1946 et des émeutes de la faim déferlent dès le mois d'avril dans des dizaines de ville, tandis que la dénonciation en septembre du plan Marshall par le Kominform vient s'ajouter à l'amertume des efforts de la bataille du charbon.
La direction du PCF est débordée par les initiatives désordonnées, dans tous les secteurs, parfois très suivies, qui obligent le , la CGT à suivre en créant un Comité national de grève. Même si les violences et sabotages sont moins nombreux que lors de la grève des mineurs de 1948, des groupes mobiles de grévistes circulent en camions, débarquent dans les bureaux de poste, arrêtent les trains, envahissent les dépôts, obligent les autres salariés à cesser le travail Des CRS, policiers et soldats sont . C'est dans le Midi, que .
Alors que le tripartisme fut remis en cause dès mai, fin décembre, à l'issue des grèves, se produit la scission de la CGT : une minorité réformiste et pro-atlantique crée Force ouvrière (FO) et la Fédération de l'Éducation nationale (FEN). L'année suivante, la grève des mineurs de 1948, étendue à d'autres secteurs, apparaitra .
Contexte Contexte politique Création du RPF, chute du MRP, repli de la SFIO Passant en tête aux législatives de novembre 1946, avec 28,2 % des voix (+2,2), devant les 26 % des chrétiens-démocrates du MRP (-2,3) le PCF domine la gauche, où la SFIO socialiste est tombée à 17,8 % (-3,3). Avant-guerre, aux législatives françaises de 1936, le PCF ne pesait que 13,4 %, derrière la SFIO (20,7 %) et le Parti radical (15,9 %).
Des clivages entre socialistes et communistes émergent sur les salaires et les prix. Après l'exclusion des seconds du gouvernement en , , au point que le , le ministre des finances MRP obtiendra un droit de veto sur toute décision salariale"Les grands affrontements sociaux de 1947" par Roger Bourderon, dans la revue La France ouvrière en 1994. Le MRP Robert Schuman qui succède au socialiste Paul Ramadier à la tête du gouvernement le , lors de la dernière vague de grèves déclare en que les grèves tendent à détourner les Américains d’apporter une aide économique à l’Europe"Conflit social ou affrontement politique ? La grève des mineurs en France en 1948 sous les angles de la solidarité et de la répression", mémoire de Jean-Louis Vivens, sous la direction de Michel Pigenet, Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne 2016 ..
Le , quinze mois après avoir démissionné de la présidence du gouvernement, le général de Gaulle fonde, avec Jacques Soustelle, André Malraux, René Capitant, Jacques Foccart, et Louis Vallon le Rassemblement du peuple français (RPF)"Le 14 avril 1947, le général de Gaulle lance le Rassemblement du peuple français", dans La Croix, le 14/04/2017 . afin de protester contre la constitution de la IVe République votée le . Son programme a quatre axes : réforme de l’État, anticommunisme, alliance capital-travail et souveraineté française dans les colonies.
Six mois après seulement, le RPF gagne les élections municipales des 19 et 26 octobre 1947 avec 38 % des suffrages dans les villes de plus de , son rival de droite MRP chutant à seulement 10 %. À gauche, le rapport de force reste stable, dominé par le PCF à 30 %, mais la défection ou l'abstention de la SFIO au tour permet au RPF de prendre les mairies de Paris, Marseille, Bordeaux, Lille, Strasbourg et Rennes mais aussi des communes plus petites, souvent prises au PCF.
Un service d'ordre musclé de 8 à est constitué puis renforcé après des heurts avec les contre-manifestants communistes finissant en . Dès le , Gaston Palewski et Roger Souchal renoncèrent à tenir meeting à Longwy, des centaines de mineurs étant mobilisés par le PCF, selon les souvenirs du secondTémoignage de Roger Souchal à Anne Serdarevic, pour son mémoire de Maîtrise dirigée par G. Le Béguec en 1991 à l'Université de Nancy, "Le RPF en Meurthe-et-Moselle de 1947 à 1953", cité par François Audigier, dans "Une violence militante de faible intensité : le choc gaullistes-communistes dans l’Est", ouvrage collectif "Gaullisme et gaullistes : dans la France de l'Est sous la IVe République", au Presses universitaires de Rennes, en 2009 .. Ce SO est dirigé par Dominique Ponchardier, ex-chef de mission à la DGERSite de l'ordre de la libération.. Claude Dumont, ancien du BCRA et Pierre Debizet, ex du BCRA lui aussi. Certains participeront ensuite au Service d'action civique (SAC))Rémi Kauffer, .. Selon les historiens, d'autres anciens DGER et BCA, qui ont participé à la création du 11ème choc, section action du SDECE. Parmi eux, Bob Maloubier, qui a raconté dans ses mémoires qu'à la fin de 1947, la , comme l'affirme selon lui début 1948 le colonel Morlanne, peu avant de muter le chef du choc Paul Aussaresses"Plonge dans l'or noir, espion !", par Bob Maloubier, en 1986 ., dont le patron "officieux" est Jacques Foccart, qui coopérait avec le SDECE depuis 1946, selon plusieurs témoignages recueillis par l'historien Jean-Pierre Bat"Les réseaux Foccart: L'homme des affaires secrètes" par Jean-Pierre Bat .. Après le meeting de Japy en septembre, où il n'a pas pu parler, André Malraux réclame une réunion d'état-major du RPF pour renforcer considérablement ce service d'ordre"L'Homme de l'ombre. Éléments d'enquête autour de Jacques Foccart, l'homme le plus mystérieux et le plus puissant de la " par Pierre Péan en 2014 aux Editions Fayard .
Revirement du PCF Le , les ministres communistes sont exclus du gouvernement par Paul Ramadier..
Refusant de démissionner comme Ramadier leur demande d'abord, les ministres communistes espèrent l'amener à jeter lui-même l'éponge, scénario débattu lors du Conseil national de la SFIO du , et même défendu par son secrétaire général Guy Mollet. Ensuite, ses archives indiquent que le PCF veut toujours être un « parti du gouvernement », lors de la réunion de son Bureau politique le puis à son congrès de la fin juin, qui voit Jacques Duclos inviter les socialistes à le faire revenir au gouvernement alors que la durée des arrêts de travail n'a fait que s’allonger durant tout le mois.
À partir de ce moment, le PCF et la CGT appuient le mouvement social qu'ils n'avaient pas soutenu en février à la SNCF et en mai chez Renault. La grève à la SNCF de juin, lancée en dehors des syndicats, est soutenue par toutes les organisations mais violemment dénoncée dans les médias par le gouvernement.
Le PCF se désolidarise par ailleurs du gouvernement sur les très importants conflits qui se déroulent en Afrique au même moment: des grèves ont touché le chemin de fer de Dakar au Niger, où les cheminots réclament les mêmes droits que leurs homologues français. Surtout, la grève chez Renault du mois de mai s'est produite à un moment proche de celui de la répression par l'armée française de l'insurrection malgache qui a fait des milliers de morts.
En , se tient en Pologne la conférence qui fonde le "Bureau d'information des partis communistes", aussi appelée Kominform, au cours de laquelle Andreï Jdanov, représentant de l'Union soviétique explique que le monde est désormais séparé en deux parties antagonistes, le bloc capitaliste et impérialiste et le bloc communiste luttant contre l'impérialisme et représentant ainsi le "camp de la paix". Toute forme de coopération entre les deux blocs devient alors impossible. Lors de la conférence, les délégués italiens et français (Jacques Duclos et Étienne Fajon) sont humiliés par ceux des autres pays, qui exigent d'eux une lutte contre le plan Marshall, présenté comme la pierre d'angle de "l'impérialisme américain".
Alors journaliste à l'AFP, où il dirige la section CGT, le communiste Paul Noirot constate que les sections du PCF ne sont pas informées par ce parti de la création du Kominform en .
Le comité national de la CGT des 11 et , dénonce, sur fond d'événements violents à Marseille contre la vie chère et le marché noir, le plan Marshall comme étant un "instrument d'asservissement", au grand dam de sa minorité syndicale menée par Léon Jouhaux, qui est déjà au bord de la scission. Selon l'historien Maurice Agulhon l'ampleur de l'explosion populaire a probablement .
La direction du PCF est quant à elle très prudente au début de la vague de grèves, selon une étude détaillée de ses archives. Avant les événements de Marseille, elle se montre plutôt soucieuse de limiter l’action gréviste, et même contre un mouvement de masse auquel elle ne croit pas. Mais le , 3 jours après la mort de Vincent Voulant, le bureau politique constate que «les derniers événements démontrent […] la volonté de lutte des travailleurs».
Accordant à la mobilisation de Marseille, il s'intéresse en particulier à la , perçue comme . Le secrétariat du PCF réuni le , commande ainsi un article sur Marseille, mais n'accorde encore aucune attention aux grèves ailleurs, pourtant et c'est aussi le cas lors de la réunion du BP du . Le au contraire, le Secrétariat considère le mouvement comme et le , il estime que «malgré les puissants moyens utilisés par le gouvernement et par le parti américain pour saboter le mouvement de grève, celui-ci s’étend, particulièrement en province», alors qu'au contraire, selon tous les historiens, .
Pendant le mois d'absence de Maurice Thorez, parti en URSS du au , le PCF est codirigé par André Marty à qui le mot " gauchiste " n'avait jamais fait peur et Jacques Duclos, numéro 2 du PCF lors de la création du Kominform en septembre. Alors que le PCF comptait bien reprendre très rapidement sa place au gouvernement, Duclos et l'autre représentant français, à cette réunion, Étienne Fajon, ainsi que les italiens, furent , en particulier les Yougoslaves, qui se voulaient du monde communiste.
Rentré en France le , Maurice Thorez juge ce qui s'est produit en son absence et demande à , en déclarant . Une fois la grève terminée, il reproche aux autres dirigeants communistes d'avoir laissé se créer et soutenu le comité national de grève.
En Union soviétique, il s'était entretenu le avec Staline, déjà informé de la situation en France, qui avait exprimé son scepticisme, en parlant , et en disant à Thorez qu’« il ne faut pas aller trop loin dans la lutte contre le plan Marshall». Revenu à Paris, ce dernier répètera la formule, en ajoutant que la grève a rendu plus difficile la .
Inflation et émeutes de la faim
Les grèves de 1947 ont lieu dans un contexte d'émeutes de la faim, qui se propagent dans des dizaines de villes en avril, mai, juin plus encore en septembre, tandis que les émeutes qui font un mort et 4 blessés graves à Marseille le , au début de la dernière vague de grève une manifestation de jeunes contre la hausse du ticket de tramway puis contre le captage par le marché noir des produits alimentaires en pénurie"La France libérée (1944-1947)" par Michel WINOCK Place des éditeurs en 2021L'Année où le monde a tremblé, 1947" par Dominique Desanti aux Editions Albin Michel en 1976 ..
Le rationnement des Français s'accompagne d'une poursuite de l'inflation, finalement aussi élevée en 1947 qu'en 1946: malgré les efforts du gouvernement pour faire baisser les prix par un blocage des salaires auquel s'oppose les entreprises aussi, l'indice des prix de détail augmente de 58 % à Paris entre janvier et . La politique de baisse des prix tentée au premier semestre, par le biais d'un blocage des salaires, créé des divergences de plus en plus aiguës avec les ministres communistes sur la politique salariale..
Jacques Duclos numéro 2 du PCF, a beau déclarer dans une interview au New York Herald que : , il est démenti par ce qui prend de l'ampleur.