Le deuxième concile œcuménique du Vatican, plus couramment appelé concile , est le de l'Église catholique. Il est ouvert le par le pape et se termine le sous le pontificat de .
On le considère généralement comme l'événement le plus marquant de l'histoire de l'Église catholique au , symbolisant son ouverture au monde moderne et à la culture contemporaine, prenant en compte les progrès techniques, l'émancipation des peuples et la sécularisation croissante. Des réponses sont cherchées dans un retour aux racines du christianisme : la Bible (sur la base de nouvelles recherches bibliques), la patristique et la longue tradition de l'Église par-delà les positions souvent sclérosées héritées de la Contre-Réforme. Il met également en valeur l'originalité des Églises locales et la diversité des cultures que le monolithisme romain avait fait perdre de vue. On a pu décrire le concile comme une réaction contre « l'immobilisme myope » et la « prépondérance des préoccupations juridiques sur l'inspiration évangélique » qui avaient de plus en plus caractérisé le catholicisme depuis le concile de Trente (1545-1563).
Le concile connaît un déroulement inattendu : le programme préétabli par des cardinaux de la curie romaine, avec des textes quasi prêts à être votés, est rejeté et les pères conciliaires prennent alors leur ordre du jour en main. On débat notamment de la liturgie, du rapport que l'Église catholique doit entretenir avec les autres confessions chrétiennes, avec les autres religions et avec la société en général, mais aussi de thèmes plus spécifiquement théologiques, comme la liberté religieuse et la Révélation.
Le concile publie : , et .
Enjeux Vatican I, concile inachevé vignette|gauche|Le premier concile œcuménique du Vatican, convoqué par . Le premier concile œcuménique du Vatican est interrompu le lors de la prise de Rome par Victor-Emmanuel II, permise par le retrait des troupes françaises de , protecteur du pape, en raison de sa guerre contre les États allemands. Les débats menés à terme portent, avec la constitution Dei Filius, sur l'articulation entre foi et raison et, avec la constitution Pastor æternus, sur le rôle de la papauté, avec la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale. Toutefois, nombre de questions pastorales et dogmatiques concernant le magistère de l'Église sont laissées en suspens.
La reprise du concile est évoquée en 1922 par le pape dans sa première encyclique Ubi arcano Dei consilio, où il exprime son « hésitation ». Il confie à quatre théologiens, dont Édouard Hugon et Alexis Lépicier, la tâche d'établir l'inventaire des textes préparatoires du précédent concile qui sont restés inexploités et, en 1924, il charge discrètement une commission de suggérer des thèmes de travail pour un prochain concile. Ces propositions sont communiquées en secret à des théologiens et professeurs d'universités pontificales chargés de les commenter, tandis que les évêques du monde entier sont invités, par une lettre du , à communiquer au pape leur sentiment sur l'opportunité de rouvrir le concile. Une écrasante majorité de réponses (900 sur ) y sont favorables. Si l'instabilité politique européenne des années 1930 se prête peu à l'ouverture d'un nouveau concile et pose à la papauté des questions nouvelles, les travaux qui ont continué sont consignés dans un rapport du cardinal Costantini, remis en 1939, durant l'intérim avant l'élection de .
En , reçoit l'archevêque de Palerme Ernesto Ruffini, qui lui suggère un concile qui , puis le cardinal Ottaviani, qui en reprend l'idée et crée peu après une commission restreinte de sept consulteurs. En il est prévu de créer dans le futur cinq commissions préparatoires : théologique et spéculative, théologique et pratique, juridique et disciplinaire, missionnaire, pour la culture et l'action chrétienne et sont pré-sélectionnés pour les constituer, tandis qu'une commission centrale dirigée par le cardinal Borgongini-Duca est créée, puis se réunit six fois de 1949 à 1951. Le pape , qui a suspendu en 1949 l'envoi de la lettre préparée par la commission pour demander leur avis aux évêques du monde entier, met un terme au projet de concile en 1951 lorsque la commission lui demande de trancher entre un concile court ou un concile long.
En réalité, d'après Gerard Philips, un des rédacteurs de la constitution Lumen gentium, l'idée de fixer le programme d'un éventuel concile en fonction de l'inachèvement du précédent a été abandonnée dès 1948. Le projet consiste plutôt à prendre en compte les publiées depuis et le code de droit canonique de 1917.
Débats théologiques préconciliaires Sous les pontificats de et , plusieurs mouvements sont porteurs d'attentes qui, au moment du concile, débouchent sur des réformes concrètes.
Mouvement liturgique Le mouvement liturgique est issu de la pensée de Dom Lambert Beauduin, fondateur de l'abbaye de Chevetogne en Belgique, et de Romano Guardini, théologien allemand, en liaison avec des abbayes bénédictines comme celles de Solesmes (France), Maredsous (Belgique) et Maria Laach (Allemagne). Il recommande que les fidèles soient « participants » lors des offices communautaires, plutôt que de s'isoler dans des pratiques de piété individuelle. Il demande également qu'on rompe avec l'usage de ne distribuer la communion qu'en dehors de la messe. Le mouvement reçoit une reconnaissance officielle dans l'encyclique Mediator Dei de en 1947. Des réformes voient le jour : restauration de la vigile pascale en 1951, assouplissement du jeûne eucharistique, simplification du missel. En revanche, refuse la concélébration et l'introduction des langues vulgaires dans la liturgie.
Mouvement biblique et patristique Si a défendu le littéralisme biblique, , quant à lui, encourage l'exégèse scientifique dans l'encyclique Divino afflante Spiritu (1943). Désormais, les biblistes catholiques peuvent tenir compte du genre littéraire des textes et avoir recours aux manuscrits originaux. La Bible de Jérusalem, réalisée d'après ces principes, voit le jour en 1948. Le renouveau des études des Pères de l'Église (grâce par exemple à Henri de Lubac, Jean Daniélou et Joseph Ratzinger) fait apparaître une compréhension de la foi différente de celle des manuels de théologie.
Mouvement œcuménique Le mouvement œcuménique est d'origine protestante et anglicane. Du côté catholique, il est soutenu notamment par Yves Congar, o.p., qui publie Chrétiens désunis, principes d'un œcuménisme catholique (1937), et le prêtre lyonnais Paul Couturier, fondateur du groupe des Dombes en 1937. Le Vatican tendait à s'y opposer, considérant que l'union ne pouvait se faire que par le retour des « dissidents » à l'Église catholique.
Mouvement pour l'apostolat des laïcs Il est lié à l'expansion de l'Action catholique, encouragée par . Dans l'encyclique Summi pontificatus (1939), parlait de la « collaboration » des laïcs à l'apostolat de la hiérarchie. L'encyclique Mystici Corporis (1943) pose que les laïcs sont des membres à part entière de l'Église. Après la Seconde Guerre mondiale ont lieu à Rome deux grands congrès pour l'apostolat des laïcs, en 1951 et 1957. Lors du premier congrès, admet que la dépendance des laïcs à l'égard de la hiérarchie peut « admettre des degrés » (ce qui signifie qu'elle n'est pas toujours entière), avant de revenir à une position plus classique en 1957.
Annonce et préparation du concile devient pape le . Quatre jours après son élection, alors qu'il n'a pas eu connaissance des possibles ouvertures de concile des papes précédents, il exprime l'idée de rassembler un concile devant son secrétaire, Loris Capovilla, le . Entre autres, la chute du nombre de prêtres depuis 1942 ne lui avait pas échappé., indice chiffrable de défections de fidèles encore plus nombreuses. Au début de l'année suivante, il annonce son intention de convoquer un concile œcuménique : le , à la fin de la semaine de prières pour l'unité des chrétiens, après la cérémonie religieuse à la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, il réunit les 17 cardinaux présents, tous de la curie romaine., dans la salle capitulaire de l'abbaye et leur déclare : <>. Cette annonce laisse cependant en suspens la question de la nature et du but de ce concile.
Pendant les mois qui suivent, le pape explicite son intention dans de nombreux messages, notamment au sujet de la forme que devrait revêtir le concile.
Le , jour de la Pentecôte, le pape annonce la création d'une commission anté-préparatoire présidée par le cardinal secrétaire d'État Domenico Tardini. Les universités catholiques, les Sacrées congrégations et tous les évêques sont alors invités à exprimer leurs conseils et leurs vœux (consilia et vota) sur les sujets à aborder lors du concile. En un an, 76,4 % d'entre eux répondent (soit réponses). Les principales demandes sont celles d'une meilleure définition du rôle des évêques, d'une clarification du rôle des laïcs dans l'Église et de la place que doit y tenir l'Action catholique. Beaucoup de réponses réclament la condamnation du marxisme, de l'existentialisme et du relativisme doctrinal et moral.
La phase préparatoire est inaugurée à la Pentecôte 1960 (). La préparation du concile, qui dure plus de deux ans, implique dix commissions spécialisées, ainsi que des secrétariats pour les relations avec les médias, pour l'unité des chrétiens (confié au cardinal Bea), et une commission centrale présidée par le pape (avec Pericle Felici comme secrétaire général), pour coordonner les efforts de ces différents organismes. Ces commissions, composées en majorité de membres de la Curie romaine, produisent 70 schémas (schemata), destinés à servir de base de travail pour les pères conciliaires. Giovanni Battista Montini, cardinal archevêque de Milan et futur pape , écrit quelques semaines après l'ouverture de la première session : c'est un . convoque officiellement le concile le par la bulle d'indiction Humanae salutis., et fixe le la date de la première session au .
Au cours de l'été 1962, énonce la liste des sept premiers schémas qui seront discutés. Des évêques hollandais se rassemblent pour les examiner et décident d'en publier un commentaire. Rédigé par le P. Edward Schillebeeckx, il est publié sans le nom de son auteur. Ce texte largement diffusé auprès des évêques préconise de débuter en examinant le schéma sur la liturgie, le seul auquel il décerne des louanges. Par ailleurs, certains experts comme Yves Congar critiquent le manque d'organisation et de réel dialogue de la première phase du concile : de fait, l'éloignement géographique des consulteurs de ces commissions, l'omniprésence de la Curie romaine, ont pu nuire à l'expression des différents points de vue et à la qualité de ces échanges préparatoires. La diffusion du texte du P. Schillebeeckx permet ainsi aux différents épiscopats de prendre connaissance des opinions de leurs pairs.
Participants Une assemblée mondiale gauche|vignette|Pères conciliaires sur la place Saint-Pierre en 1961. pères conciliaires sont convoqués : tous les évêques, ainsi que de nombreux supérieurs d'ordres religieux masculins. d'entre eux prennent part à la session d'ouverture, ce qui en fait le plus grand rassemblement de toute l'histoire des conciles de l'Église catholique. À titre de comparaison, le concile de Trente ne rassembla que de 64 à moins de 300 participants dont 60 à 90 % d'Italiens. La participation varie, en fonction des sessions, de présents.
On note aussi la présence d'un grand nombre d'experts, appelés , par qui les évêques se font conseiller. Par exemple, le conseiller théologique du cardinal Frings est le jeune Joseph Ratzinger, élu pape en 2005 sous le nom de , ainsi que Hans Küng, qui avec Ratzinger sera le plus jeune expert théologien. Les sont nommés par le pape. Ils assistent au concile sans voter et ne prennent la parole que si on les interroge. Ils jouent un rôle croissant à mesure que progresse le concile.