Le nom de « chaussée Brunehaut » est donné dès le Moyen Âge à plusieurs routes dont l’origine n'est pas définie. Généralement longues et rectilignes, elles semblent avoir relié les cités de la Gaule belgique.

Hypothèses

Hypothèses anciennes

Jacques de Guyse, au , raconte, au commencement de ses Annales, qu'un archidruide, appelé Brunehilde, gouverneur, vers l'an 1026 , du formidable royaume de Belgis, fit établir sept grandes routes partant de sa capitale, lesquelles avaient toutes cent pieds de large, et dont quatre étaient recouvertes de briques cuites, ornées de colonnes de marbre et bordées d'allées de chênes. De là venait tout naturellement le nom de chaussées Brunehaut. Mais cette étymologie n'a pas satisfait les savants.

pensent que Brunehaut, fille d'Athanagild, roi des Wisigoths, et épouse de Sigebert , roi d'Austrasie, princesse qui mourut en 613, construisit ces routes, ou plutôt répara d'anciennes voies romaines auxquelles le peuple donna son nom. Cette dernière supposition paraît jusqu'ici la plus raisonnable. se sont exercés sur cette matière, tels Nicolas Bergier (1567-1623) dans Histoire des grands chemins de l'Empire romain et Grégoire d'Essigny (1787-1822) dans Mémoire sur la question des voies romaines, vulgairement appelées Chaussées Brunehaut, qui traversent la Picardie.

Dom Grenier, savant religieux de Corbie du , fait remonter l’étymologie du nom Brunehaut à deux mots celtiques signifiant « hauteur de cailloux ». veut qu'on écrive et qu'on prononce chaussées Bruneaux.

Critique des historiens du XIXe siècle

Les historiens du ont assez généralement reconnu les chaussées Brunehaut comme romaines : de constructriceWolfgang Menzel, Geschichte der Deutschen Zürich, 1824-25. (Translated by George Horrocks), la reine d’Austrasie, vit progressivement ses travaux réduits à de simples réfections. Mais c’était encore trop, et bientôt on s’avisa qu’il était peu vraisemblable qu’elle ait entamé en Neustrie, terre étrangère sinon ennemie, quelques travaux que ce soit, fussent-ils d’entretien.

Pour Camille Jullian : «C’est une fantaisie d’érudit, de poète ou d’écolâtre, postérieur à la Renaissance carolingienne et sans le moindre rapport avec la réalité, la reine franque n’ayant jamais rien fait pour les routesCamille Jullian, Histoire de la Gaule, V, 1920, p. 102..» Le questionnement historique sur l’origine des chaussées Brunehaut est donc sans réponse. Tout est dit, mais on n’a rien expliqué, car ces dénominations se sont largement répandues avant même que n’apparaissent les premières «légendes».

État actuel des connaissances

Origines des chaussées Brunehaut

Il pourrait s’agir de voies gauloises, peut-être établies sur des pistes néolithiques, restaurées et entretenues par les Romains.

Quoi qu’il en soit, seule la période d’utilisation par les Romains est attestée par des sources convergentes : bornes milliaires, Colonne milliaire de Tongres, Table de Peutinger, Itinéraire d'Antonin.

On peut dire sans s’avancer beaucoup qu’il préexistait un réseau de voies gauloises qui a certainement favorisé la relative rapidité de la conquête de la Gaule par les Romains. S’il ne parle pas explicitement de ce réseau, Jules César ne se plaint d’aucune difficulté de déplacement et, accessoirement, il nous renseigne sur l’un ou l’autre ouvrage, comme le pont qu’il trouve sur l’Aisne où il établit un campementJules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, II, 5. Précisons que les Romains, qui mesurent les voies de tout leur empire en milles (milia), continueront à utiliser dans le Nord de la Gaule la lieue gauloise (leuga). Ajoutons encore que de nombreux noms de véhicules romains sont d’origine gauloise : carrus, carpentum, rheda ou raeda, petorritum, cisium et capsum qui attestent du savoir-faire des charrons gauloisLe fil de l’histoire, La Gaule romaine.

Localisation des chaussées Brunehaut

Un érudit belge, Jules Vannérus, a établi que toutes les routes qui portent depuis le Moyen Âge le nom de Brunehaut sont situées en pays de langue romane et les plus anciennes mentions se rencontrent en Artois et en Picardie. C'est à Douriez en 1205 que ce nom apparaît pour la première fois ; en 1242 à Saint-Léger-lès-Domart ; en 1248 à Domart-en-Ponthieu ; jusqu'en 1260 la région semble en avoir le monopole. Il y a là quelque chose de singulier, la reine Brunehaut n'a jamais régné sur ces provinces et c'est pourtant là que sa popularité semble la mieux établiehttps://www.nordmag.com/patrimoine/histoire_regionale/voies_com/histoire_brunehaut.htm, sauf à penser qu'il n'y a aucun lien entre la reine franque et le nom attribué à ces routes bien après sa disparition. Aujourd'hui encore, l'origine du toponyme Chaussée Brunehaut n'est toujours pas établie.

Les légendes

L’une et l’autre de ces hypothèses cherchent à expliquer des dénominations déjà bien établies. Quelques mentions antérieures à ces légendes le confirment.

Le roi-druide et grand-prêtre Brunehaut, Brunehildis ou Brunéhulde Le premier récit légendaire, bien oublié aujourd’hui et relégué depuis longtemps au rang des fables, nous est connu par Jean Wauquelin dans ses Chroniques du Hainault, manuscrit du , chef-d’œuvre d'enluminure.. Cette traduction de Jean Wauquelin des Annales historiae illustrium principum Hannoniae rédigées à la fin du par Jacques de Guyse, faite sur commande de Philippe le Bon, fondateur de l’Ordre de la Toison d'or« ... un ordre et fraternité de vingt-quatre chevaliers sans reproche, gentilshommes de quatre côtés, et il donna à chacun d’entre eux un collier moult gentiment ouvré à sa devise, c’est à savoir, du Fusil. Et à chacun de ces colliers pendait sur le devant, de la même manière que les dames ou demoiselles portent images, fermaux et autres joyaux, une toison d’or en souvenir de la toison que jadis Jason conquit anciennemente en l’île de Colchos, comme on le trouve par écrit en l’Histoire de Troie. De laquelle il n’est trouvé en nulle histoire que jamais un prince chrétien avant lui eût relevée ni mise sus. Et l’ordre dessus dit, à l’image de ce que dit est, fut nommé par ledit Duc l’Ordre de la Toison d’Or... ». Georges Chastelain (1415-1475), chevalier de la Toison d’Or., « par laquelle exposicion et translacion au plaisir de Dieu polra a tous oans et lisans, plainement apparoir la noble procreacion et lignie, et comment est descendus mon dit tres redoubté et tres puissant seigneur du hault, noble et excellent sang des Troyens. » Le mythe de l'origine troyenne est un lieu commun des chroniques médiévalesJacques Poucet, Le mythe de l’origine troyenne au Moyen Âge et à la Renaissance : un exemple d’idéologie politique, Folia Electronica Classica (Louvain-la-Neuve) - Numéro 5 - janvier-juin 2003. La dynastie mérovingienne la première s’en réclame dans les chroniques de Frédégaire. Le modèle est bien sûr l’Énéide. Selon les chroniqueur médiévaux, Bavo (parfois nommé « Bavo-le-Brun » (Bavo Brunus ou Bavonis bruni en latinex. page 312 de "Histoire de Hainaut", chapitre des Annales de Hainaut intitulé "CAPITULUM XXXI. De morte Bavonis Bruni", relatif à la mort de Bavo qui se serait immolé dans un feu.) par J. de Guyse), de la famille de Priam, fuyant la ville de Troie investie, gagna après maintes aventures (via l'Afrique et l'Angleterre) une terre hospitalière où il fit bâtir une cité qu’il appela « Belges » (l'actuelle Bavay). Sept routes, dédiées aux planètes Jupiter, Mars, Vénus, Saturne, Mercure, le Soleil et la Lune, partaient de sept des 9 temples de la citéVoir chapitre XXXIX (page 341) de l'Histoire de Hainaut (déjà cité) intitulé . Mais l’instauration d’une monarchie élective sonna le déclin de la « cité de Belges ». La restauration, permit un nouvel essor, et mille ans , « Brunehildis », druide et roi, fit paver les sept « chaussées générales » joignant « Belges » aux limites de son royaume. À cause d’un retour fatal aux monarchies électives, les Belges perdirent leur unité et ne purent résister aux invasions romaines. Selon Jacques de Guyse, c'est Brunéhulde, présenté comme qui a Voir Chapitre XXXVIII de L'Histoire de Hainaut de J. DE Guyse, traduite en français Fortia d'Urban, avec le texte latin en regard, en 19 vols, Paris, 1826-38..

Cette origine des chaussées Brunehaut resta populaire jusqu’au Jean Lemaire de Belges, Illustration de Gaule et singularité de Troie, (1511-1512), mais ne résista pas à la mise aux rebut par les historiens du mythe des origines troyennes. Aujourd’hui, sur la colonne de Bavay, l’ancienne « cité de Belges », on peut lire ce qui a été conservé d’une autre légende, celle de la Reine Brunehaut.

La reine Brunehaut

Les légendes vignette|Mise à mort de Brunehaut.

La seconde légende, bien que moins vraisemblable dans son récit, a été conservée par les historiens, sous une forme rationalisée, jusqu'au . Après en avoir ôté le fantastique, il leur restait une reine Brunehaut, dont ils ne remettaient point en doute l’historicité, et qui avait bien pu peut-être au moins restaurer ces chaussées. Un petit passage du très volumineux Myreur des Histors, chronique universelle du par Jean d'Outremeuse, mérite d’être cité dans son intégralité« - Chis roy Theodoric fut mult bons chevalier, valhans et corageux et de chaude tieste ; mains ilh creioit si legirement qu’à mervelhe, et quidoit que tout chu que ons li disoit fust voire. - Item, l’an Vc et XXVI commenchat à faire la royne Brucilde mult de mervelhe par nygromanche, et fist une cachie tout pavée de pires de la royalme d’Austrie jusques en la royalme de Franche, et de Neustrie jusques en Acquitaine et en Borgungne. Et d’altre costeit elle les faisoit venir parmy la terre que ons nommoit Brabant, et d’aultre part vers le paiis où la grant Tongre avoit esteit destruit. Et tant de voies et de cachies elle fist que chu estoit grant mervelhe; et briefement par tout l’isle de Europe estoient lesdit cachies, et estoient faites par teile manere qu’ilh ne jondoient mie tout ensemble, mains duroit cascon cachies II liwes, ou III, ou IIII, ou V, ou VI, et alcunne fois plus ou moins en une pieche; et puis faloit chis pavement, jusques à tant qu’il retrovoit une altre pieche del cachie. Et fut tout chu faite en une seule nuit, et les fist faire par les males espirs, enssi com Virgile faisoit à son temps. Et chu faisoit-elle por accomplir sa male pensée que el avoit del faire male : si voloit aleir plus legierement del unc paiis à l’autre, pour nuit et por jour. Cest cachie est encor et serat à tousjours, et le nom-ons la cachie Brunehote, car Brucildis en latin c’est Brunehote en francois. - En cel an prist ly roy Paris congier al roy Artus, si s’en alat à XIIIIm hommes droit vers Affrique, car ilh avoit entendut que les Wandaliens estoient rassembleis, et destruoient la terre et le paiis. »</ref> : chaque phrase est riche d’enseignement, mais la lecture en est aujourd’hui malaisée.

Une légende cruelle, dont l’origine ne date que du , dit qu’elle aurait été suppliciée par Clotaire II, traînée par un cheval sur une de ces routes. En Belgique et dans le Nord de la France, cette légende précisait que ces routes correspondraient aux traces qu’aurait laissées derrière elle la reine Brunehaut, emmenée à toute vitesse, en ligne droite par monts et par vaux, derrière son chevalVoir le site de la mairie d’Houdain pour cette légende.. Une autre légende en faisait la mère de Jules César.

La mort tragique de Brunehaut

Les chroniques du temps, La Vie de Saint Didier, La Passion de Saint Didier du roi Sisebut, la continuation de la Chronique d'Isidore de Séville, La Vie de Saint Colomban de Jonas de Bobbio, et la Chronique de Frédégaire rapportent la fin tragique de la reine Brunehaut. Une fois tombée entre ses mains, elle fut mise en jugement par son neveu Clotaire II et condamnée à mort.