L'église Saint-Rémy de Troyes est une église catholique française, située dans la ville de Troyes du département de l'Aube en région Champagne-Ardenne. Elle est classée monument historique depuis le . Elle est l'une des plus anciennes églises de la ville, connue notamment pour ses œuvres picturales du et du ainsi que pour ses vitraux du et début . Elle a notamment été l’église où François Girardon et Jacques de Létin (dit Ninet de Létin) ont été baptisés, d'où de nombreuses et importantes œuvres de ces deux artistes dans l'église.

Historique

Fondations L'église Saint-Rémy est l'une des plus anciennes églises de la ville de Troyes. Selon l'Historia Inventionis Corporis Sanctae Mastidiae Virginis, elle existait déjà au début du . Les fouilles archéologiques de la fin des années 1980 montrent que l'église a été bâtie sur les ruines d'un édifice gallo-romain détruit à la fin du ou au début du , situé en bordure d'une voie antique qui a perduré jusqu'au Moyen Âge. Des tombes ont aussi été découvertes, démontrant que Saint-Rémy se trouvait dans le suburbium occidental de Troyes au , la paroisse et l'église n’ayant été englobées dans la nouvelle enceinte qu'au .

La paroisse-cardinale

Autre preuve de son ancienneté et donc de son importance, Saint-Rémy était une paroisse-cardinale : elle avait sous son aile deux succursales (église dépendante d'une autre) : l'église Sainte-Madeleine et l'église Saint-Frobert. La première fut rattachée avant le à Saint-Rémy et à deux reprises, en 1590 et 1724, l'évêque voulut y créer une cure qui aurait été détachée de Saint-Rémy mais sans succès. Il faut attendre la seconde partie du pour que la Madeleine soit érigée en paroisse curiale, tout comme l'église Saint-Frobert, vidée pendant la Révolution française et devenue depuis immeuble d'habitations, qui avait été rattachée à Saint-Rémy sous le Comte Thibaut III de Champagne, à la fin du .

Le curé de Saint-Rémy était donc un prêtre-cardinal : il se devait d'assister l'évêque pour la consécration des saintes huiles, le lavement des autels et la bénédiction des fonts la veille de Pâques et de la Pentecôte à la cathédrale, à l'image de ce qui se faisait à Rome.

Le premier curé recensé de Saint-Rémy est Pierre Oyn, en 1378 ; il était issu comme tous les curés de Saint-Rémy des chanoines de la cathédrale, puisque l'évêque Milon, également appelé Philippe de Pont, leur en accorda la collation à la suite d'une décision du pape Innocent II.

Le curé devait prêter serment au Chapitre et lui obéir, en promettant de maintenir l'église dans ses droits, de ne rien aliéner et de payer la pension qui fut longtemps de 56 livres et 10 sous. En 1610, l'église avait 8 prêtres habitués qui acquittaient les services, les salaires étant répartis ainsi : 40 sous par mois pour le sonneur 100 sous par an pour la conduite de l'horloge 30 livres par an pour l'organiste 60 sous par an pour les souffleurs 25 livres par an pour le taillandier De par son titre de prêtre-cardinal, le curé de Saint-Rémy se voyait recevoir une assez importante rente : en 1730, elle était de livres, et en 1761 de livres.

La Révolution et la longue restauration

Comme nombre d'édifices religieux, Saint-Rémy aura beaucoup à souffrir de la Révolution : en 1790-1791 on supprime les chapitres, Saint-Rémy fait partie des paroisses conservées et le le premier curé assermenté est mis en place. Le mobilier de l’église et l’argenterie sont vendus à l'encan à partir du , ses cloches envoyées à Paris pour y être fondues afin de les transformer en canons. Le la municipalité décide de vendre en vue d'une destruction, toutes les églises de Troyes, hormis la cathédrale ; décision annulée par le ministre alors en place.

L'église, dépouillée de tous ses vitraux et de tout son mobilier, ne retrouvera son appareil que petit à petit durant le : en 1804 par une décision préfectorale les toiles de De Létin provenant d'autres églises de Troyes, sont attribuées à l'église Saint-Rémy ; dans les années 1830, les autels sont reconstruits et en 1859, on pose le premier vitrail dans la chapelle absidiale, premier d'une longue série de vitraux dont le dernier sera posé en 1904.

Mais c'est dans la troisième partie du que tout s'accélère : en 1884, un ouragan s'abat sur l'église. La flèche menacée d’éboulement, le conseil municipal vote la démolition entière de l'église le de la même année ; les paroissiens se révoltent et ouvrent une souscription. Celle-ci en 1885 atteint les francs. On décide donc la restauration de l'édifice qui se déroule de 1884 à 1904 ; sur les vingt années de ce chantier, entre les différentes souscriptions des paroissiens, les dons de grands mécènes et le financement de l'État (15 000 F), la restauration aura coûté en tout francs et 45 centimes (pour détail, le financement des vitraux de 1891 à 1897 aura coûté à lui seul la somme de francs). Grâce à la volonté des paroissiens, la générosité de deux de ses curés et la restauration complète de l'édifice, l'État classe officiellement l'église le comme Monument Historique.

Les artistes autour de Saint-Rémy Comme d'autres édifices religieux troyens, Saint-Rémy a vu les baptêmes ou les funérailles de nombreux artistes, parmi les meilleurs de leurs temps, dont certains ont participé à sa construction. Jusqu'à la Révolution, elle accueillait des vitraux célébrés par différents chroniqueurs de l'Ancien Régime, dû aux talents d'un des plus grands maîtres verriers : Linard Gontier (v.1566 - v.1641, à Troyes). La Révolution les a tous fait disparaitre. Dans les années 1490-1500, Jehan Galide, grand architecte, a participé (directement ou indirectement) à la construction du chœur de l'église. François Gentil, sculpteur troyen, aurait été inhumé à Saint-Rémy en 1582.

Jacques de Létin, dit Ninet de Létin (1597-1661) est né dans la paroisse de Saint-Rémy, il y fut baptisé le . Il a été un des élèves de Vouët, cela se retrouve notamment dans sa recherche du somptueux, annonçant ainsi des artistes comme Le Brun, Rigaud ou encore Pierre Mignard, autre artiste troyen. Mais le plus célèbre de tous est sans nul doute François Girardon (1628 à Troyes - 1715), baptisé à Saint-Rémy aussi, et mort à Paris ; mais dont le cœur et celui de sa femme ont été déposés dans une boîte en plomb et enterrés dans l'église. Celle-ci a été ouverte par le curé constitutionnel et désormais disparue. Grand représentant du classicisme Français, il laisse à Saint-Rémy plusieurs œuvres, dont une, majeure, qui nécessita l'autorisation du Roi avant d’être installée : une représentation majestueuse du Christ souffrant sur la Croix, croix de style néo-gothique et surplombant le maître-autel. Confrérie des papetiers Dans la ville de Troyes se trouvait assez de papetiers pour qu'ils fondent une confrérie et aient une chapelle particulière en l'égliseChanoine Audra, bibliothèque de Troyes, ms 2297, fol. 167. : la chapelle des papetiersCourtalon, Topographie historique de la ville et du diocese de Troyes, Paris, Antoine Fournier libraire et Troyes la Veuve Gobelet imprimeur, 1784, II, p417..

Description architecturale et mobilière

Architecture extérieure De la période gallo-romaine et de l'église primitive, il ne reste aucune trace apparente, l'église ayant été quasi entièrement reconstruite vers le ; seul demeure un mur du de la partie ouest du transept sud. Fait curieux et rarissime, les fondations de l'église sont quasi inexistantes, et l’édifice repose presque à même le sol.

La façade date du et a été quelque peu remaniée à la fin du . Le portail actuel a été sculpté entre 1410 et 1450 ; une des curiosités de l'église s'y trouve : il s'agit d'une sculpture représentant un escargot à tête de chien à l'extrémité nord de l'archivolte. Le portail central est avec le portail sud, la seule partie sculptée de l'extérieur de l'église. Le baldaquin surplombant le tout date lui de 1875. En 1594, on construisit un narthex (avant porche) mais celui-ci sera détruit en 1896, jugé archaïque et ne mettant pas en valeur la façade. Dominant le tout, une rose à meneaux en ogives trilobées qui se réunissent en forme d'étoiles à cinq branches, éclaire la nef, précédant ainsi le pignon surmonté d'une croix. Deux contreforts flanquent cette façade qui se prolonge avec les murs des bas côtés, à droite par la tour du clocher et à gauche par le presbytère construit en 1899.

Fait inchangé depuis des siècles, la façade nord de l'édifice a toujours été occupée par des habitations, quant à la façade sud, par une place, servant notamment (et encore de nos jours) aux diverses processions religieuses.

La tour du clocher

La tour du clocher de Saint-Rémy, à l'angle du bas côté sud-ouest de l'édifice, est le seul exemple de tour du conservé dans la région, sa construction a commencé en 1386, comme l'indique l'inscription se trouvant sur le flanc sud de la tour : "L'an de grâce mille trois cens quatre vingt six, de léal cens, diex jour d'apvril feut comancée ceste jolly tour quarrée par les marguilliers de l'esglise. Dieu leurz doint grâces et franchise."

Traduction : "L'an de grâce mille trois cent quatre-vingt six, de bon argent, dixième jour d'avril fut commencée cette jolie tour carrée par les marguilliers de l'église. Dieu leur doit grâce et franchise."

La tour est flanquée de contreforts et divisée en quatre étages par des larmiers, dont le deuxième est occupé par un cadran d'horloge à une seule aiguille, décoré d'une fresque de 1772, repeinte par Jean Anchéazzi, lors de la restauration en 1886. Celle-ci représente saint Rémi, archevêque de Reims tenant la Sainte Ampoule et sa mère sainte Célinie, entourant un immense cadran solaire. Celui-ci est surmonté de deux anges, l'un tenant un flambeau, l'autre devant une colombe, entre eux la Sainte Ampoule. Au bas du cadran sont représentés l'écu de France et les armes de Monseigneur Cortet, alors évêque de Troyes. Le dernier étage est percé sur chaque face de trois lancettes géminées plein cintre. Des modillons en quart de rond décorent la corniche dont les angles sont occupés par un animal fantastique.

La tour est enfin surmontée de quatre clochetons entourant une flèche octogonale de de haut, se finissant par une croix-girouette de de hauteur, surplombant ainsi toute la ville de Troyes.

La tour avec la flèche (sans la croix-girouette) mesure 65. Elle renfermait jusqu'à la Révolution 5 cloches toutes fondues. Désormais qu'une seule grosse cloche (et deux petites à l'extérieur) provenant de l'abbaye de Saint-Loup, qui avait été fondue en 1529 sur les ordres de Nicolas Prunel, alors abbé de Saint-Loup, par Nicolas de Longchamp, fondeur. Celle-ci se nomme Marie, pèse kilos, et sonne le si-bémol.

Architecture intérieure Comme la majorité des églises catholiques, Saint-Rémy suit un plan en croix latine, sans doute corrigé lors de sa reconstruction au , période où l'on rebâtit entièrement la nef composée de quatre travées dont les ogives retombent sur les chapiteaux des piliers ornés de bouquets de fleurs sculptés, et ses bas-côtés. Les piliers de la nef, les murs et les voûtes des collatéraux sont de la fin du XIVe, le reste fin XVe début . Suivront au et quelque peu remaniés aux , le transept, le chœur, les déambulatoires et les chapelles rayonnantes. L'abside est composée de cinq pans garnie de trois chapelles entourant le chœur dont les clefs de voûte portent les monogrammes du Christ et de la Vierge Marie.

Les dimensions intérieures : largeur de la nef : 30 et bas-côtés : 90 hauteur sous grande voute : longueur du portail à la chapelle absidiale : largeur du transept : hauteur de la galerie du chœur et des chapelles absidiales : 50 hauteur des collatéraux : 50

Le mobilier