thumb|250px|Le débit réservé vise à conserver un minimum d'eau dans les cours d'eau en étiage. thumb|250px|La Volane à Vals-les-Bains. À la croisée des domaines de la gestion de l'eau et du droit de l'eau, le débit réservé est le débit minimal d'eau (parfois exprimé en pourcentage du débit total moyen) imposé par l'autorité administrative aux propriétaires ou gestionnaires d'un ouvrage hydraulique (barrage, seuil, unité hydroélectrique...) pour assurer un minimum d'écoulement au cours d'eau et ainsi un fonctionnement minimal des écosystèmes aquatiques ou en proche périphérie du lit. thumb|250px|Schéma simplifié d'un système basique permettant d'accroitre le débit de fuite au fur et à mesure que le niveau et débit amont augmentent. Un nettoyage régulier des embâcles ou une conception facilitant l'auto-nettoyage sont en réalité souvent nécessaires. Une passe à poissons peut être adjointe si la hauteur d'eau est importante. thumb|250px|La gestion de l'eau se fait de plus en plus à l'échelle des bassins et sous-bassins, avec une connaissance améliorée des quantités prélevées et rendues à la nappe ou aux cours d'eau. thumb|250px|Un des paramètres important est le débit du cours d'eau, mais il faut l'avoir mesuré au moins durant 5 ans pour calculer un débit moyen interannuel, et plutôt sur 30 ans quand c'est possible. Ici, il s'agit de l'Authie, fleuve du nord de la France, ré-alimenté par la nappe en été (à titre d'exemple). thumb|250px|Autre exemple (Le Don, à la station hydrologique de Guémené-Penfao (moyenne des relevés, pour septembre 1983 - mars 2009), montrant une situation plus critique en été que pour l'Authie. thumb|250px|Inconsidérément ou volontairement modifier la hauteur de l'eau d'un milieu peut avoir un impact sur la stabilité des sols et des arbres.

Par son aspect réglementaire, en Europe ainsi que dans un nombre croissant de pays, le débit réservé vise aussi, durablement et en permanence, à garantir la survie, la circulation et la reproduction des espèces aquatiques ou dépendantes de l'eau, correspondant à un « débit minimum biologique ».

Limites au principe du débit réservé Quelques éléments sont à prendre en compte par le gestionnaire de l'eau, qui peuvent parfois ou provisoirement rendre le débit minimal inutile ou nuisant pour l'environnement ou une population humaine ; En situation critique, conserver un débit réservé pour irriguer l'aval peut contribuer à dessécher un milieu amont peut-être plus précieux que celui de l'aval. Dans ce cas un examen des situations au cas par cas peut être utile, afin de déterminer quel est le moyen le plus opportun pour s'éloigner le moins possible des conditions permettant de conserver le bon état des eaux. Dans certaines régions, il existe des écosystèmes naturellement xérophiles, parfaitement et depuis longtemps adaptés aux milieux secs en été. Ils sont nécessaires à certaines espèces (espèces pionnières ou typiques des milieux exondés), qui y vivent ou survivent, ou à des espèces ne se reproduisant que sur des milieux périodiquement exondés qui apparaissent avec la baisse puis disparition provisoire de l'eau. En climat méditerranéen ou tropical, de nombreux cours d'eau s'assèchent naturellement en grande partie en été ou en saison sèche, mais conservent quelques poches d'eau où les organismes aquatiques survivent, parfois sous forme de larve ou d'œufs ou en phase d'estivation dans la vase ; En France la loi évoque des « cours d'eau atypiques » qui peuvent faire l'objet de dérogation. En France, un cours d'eau est dit atypique dans 3 casDécret n° 2007-1760 du 14 décembre 2007 portant dispositions relatives aux régimes d'autorisation et de déclaration au titre de la gestion et de la protection de l'eau et des milieux aquatiques, aux obligations imposées à certains ouvrages situés sur les cours d'eau, à l'entretien et à la restauration des milieux aquatiques et modifiant le code de l'environnement : 1) si l'hydrogéologie explique l'intermittence naturelle du cours d'eau, 2) si l'aval immédiat d'un barrage de classe A ou à usage hydroélectrique d'une puissance supérieure à , est en permanence ennoyé par le remous du plan d'eau d'un autre barrage de même nature, 3) en l'absence (naturelle et historique) de certains organismesorganismes énumérées à l'article R. 214-108 CE (Ichtyofaune, invertébrés du benthos, phytoplancton, phytobenthos, macrophytes).

Le temps de remplissage (ou de vidange) d'un grand barrage est à prendre en compte au cas par cas, qu'il s'agisse d'un barrage naturel (constitué par des castors) ou d'un barrage artificiel de type retenue d'eau potable ; Il peut prendre plusieurs années dans le cas d'un grand barrage de retenue, et donc interférer avec le régime du cours d'eau et le cas échéant des nappes si elles sont en connexion avec l'eau retenue.

Histoire Ce concept existe dans la tradition ou le droit coutumier de nombreux pays, dans les zones où l'eau est rare ou peut périodiquement manquer. Elle a depuis le pris une importance accrue avec l'apparition d'une part de puissants moyens de pompages, drainage et irrigation, et d'autre part de grands barrages et de nombreux barrages assez importants pour - en période d'étiage - priver l'aval de toute l'eau apportée par la partie du bassin versant située en amont du barrage.

En France Le débit réservé a officiellement été introduit dans la loi en 1919 (loi réglementant la production hydroélectriqueSource DREAL Bourgogne (Mémento de l'eau)) en tant que débit minimal à conserver dans le lit naturel de la rivière entre la prise d’eau et la restitution des eaux en aval d'une centrale hydroélectrique, garantissant en permanence la vie, la circulation et la reproduction des espèces vivant dans ces eaux. L'Art 2. de cette loi prévoit des cours d’eau (ou section de cours d’eau) réservés, sur lesquels aucune autorisation ou concession ne sera donnée pour des entreprises hydrauliques nouvelles, en application de l’article 2 de la loi du (classement établi par décret).

La loi pêche de 1984 a ensuite fixé de façon normative le débit réservé au :

1/ du débit annuel moyen (module) pour tout nouvel aménagement, 1/ pour les ouvrages situés sur un cours d'eau dont le module est supérieur à /s 1/ pour les aménagements existants.

Le débit réservé est calculé d'après le module de la rivière, qui est le débit moyen interannuel enregistré, généralement pour une période de cinq ans). Le débit réservé doit être ajusté pour permettre la vie et la reproduction du poisson et la circulation des poissons à la montée et à la descente doit rester ou redevenir possible dans les cours d’eau classés « à migrateurs ». Il existe des installations hydroélectriques « au fil de l’eau » qui valorisent . Inversement, les installations « par éclusées », fonctionnent épisodiquement, et quand elles sont une forme de stockage de l'énergie peuvent remonter par pompage de l'eau derrière un barrage, en période de surproduction électrique, pour la turbiner en période de besoin d'électricité.

De plus en plus, et notamment en Europe depuis la Directive cadre sur l'eau, la législation prescrit que le débit minimum imposé au droit des ouvrages hydrauliques soit également adapté aux besoins énergétiques et aux besoins écologiques (incluant la libre circulation des poissons et espèces migratrices des cours d'eau) de l'ensemble du cours d'eau, voire du bassin versant.

Le débit réservé doit donc maintenant à la fois contribuer aux équilibres écologiques et aux solidarités amont-aval, à négocier et trouver entre tous les usages de la masse d'eau transportée par le cours d'eau. L'augmentation des débits réservés en France s'est aussi traduit par une diminution des capacités hydroélectriques ; Rapport, n° 271 (2004-2005) de M. Bruno SIDO, du 30 mars 2005, sur le Projet de loi sur l'eau et les milieux aquatiques ; (chapitre : Critères de classement des cours d'eau et obligations relatives au débit réservé) (Articles L. 214-17 à L. 214-19 [nouveaux] du code de l'environnement).

Alimentation des nappes superficielles ou souterraines Sur des sols imperméables (granit ou argile par exemple), le débit réservé contribue à alimenter la nappe superficielle, au moins dans le lit mineur. Il peut éviter que des tourbières ne se minéralisent et perdent leur capacité de puits de carbone ou à retenir l'eau. Sur les sous-sol et substrats perméable ou assez poreux pour laisser percoler l'eau, la hauteur d'eau maintenue dans la rivière ou en amont des barrages, seuils ou embâcles naturels (ou barrages de castors là où ils existent) joue un rôle important et parfois majeur pour l'alimentation des nappes (Loi de Darcy). Maintenir de l'eau dans le lit mineur contribue alors indirectement à limiter la baisse du niveau des sources dans le bassin versant proche, et contribue à la résilience des milieux face aux phénomènes d'incendies, sécheresses, salinisation ou de dégradation des sols.

Pourquoi un débit réservé ? Initialement, il s'agissait d'interdire au propriétaire ou gestionnaire d'un barrage ou de vannages de réserver toute l'eau d'un cours d'eau à son seul profit, en régime d'étiage (en été en général).

Au , un objectif environnemental a également pris une importance croissante. il vise la conservation d'une quantité d'eau minimale, nécessaire et suffisante à la survie de la plupart des organismes aquatiques et les services écologiques normalement rendus par le cours d'eau. La conservation d'un minimum d'eau est en effet parfois une condition utile ou nécessaire à la conservation d'espèces patrimoniales, éventuellement menacées, dans le cours d'eau, sur ses berges ou dans les zones humides ou connexes en dépendant. Pour certaines espèces aquatiques migrant au printemps ou en automne ou (rarement) en été, cette eau « réservée » peut être vitale. En saison de reproduction, cette eau est nécessaire à la protection des frayères (qui ne doivent pas être hors d'eau).

Sécurité Depuis longtemps, des dispositifs légaux ou coutumiers permettaient de limiter les effets des éclusées ou de la levée trop brutale d'un vannage (qui autrefois pouvait endommager les roues de moulins ou certains mécanismes de ces mêmes moulins en aval). L'ouverture trop brutale d'un vannage doit être évitée pour limiter l'importance de la vague qu'elle libère, qui peut être destructrice ou emporter des gens dans le cas des grands barrages. Ces aspects peuvent aussi être précisés par la loi qui dans certains cas peut stipuler que le débit minimum imposé au droit des ouvrages hydrauliques soit adapté aux besoins écologiques et énergétiques, tout en veillant à ce que leur mode de gestion permette d'atténuer les effets négatifs éventuels des éclusées.

En maintenant les possibilités d'irrigation, le débit réservé a parfois une importance pour la sécurité alimentaire.

Mode de calcul et difficultés méthodologiques Les difficultés de méthode proviennent de la conjonction de plusieurs facteurs de complexité et d'incertitude :