L’alphabet maltais est utilisé pour écrire le maltais. C’est le seul exemple d'alphabet permettant d'écrire une langue sémitique qui soit fondé sur l’alphabet latin moderne. Pour cela, il comprend, outre les lettres de l'alphabet latin, des lettres diacritées qui l’enrichissent afin d’exprimer le plus correctement possible les phonèmes, les sonorités et intonations sémitiques.

Il a fallu environ deux siècles et plus de douze versions différentes pour que l’alphabet actuel fût finalement fixé officiellement le . La création de cet alphabet était indispensable pour permettre à la langue maltaise de ne plus être seulement une langue parlée.

Cette entreprise s’est heurtée à de nombreuses difficultés : d'ordre technique afin d'adapter l'alphabet latin à une langue sémitique ; d’ordre politique, car sur ce terrain de l’écriture s’affrontaient les indépendantistes maltais, les partisans de l’irrédentisme italien et l’occupant britannique ; enfin, les religions et les traditions s’opposaient aussi sur ce sujet, certaines n’acceptant pas de reconnaître l’origine arabe de la langue.

La création de cet alphabet est due surtout à la volonté d’un petit nombre de lettrés maltais.

L’alphabet maltais comprend 25 lettres composant 30 graphèmes

+ Alphabet maltais A B Ċ D E F Ġ G GĦ H Ħ I IE J K L M N O P Q R S T U V W X Z Ż a b ċ d e f ġ g għ h ħ i ie j k l m n o p q r s t u v w x z ż

Création de l'alphabet 1750 - 1934

Le maltais est très longtemps resté une langue uniquement parlée ; la population communiquait en maltais mais les lettrés utilisaient le sicilien pour tous les écrits. En fait, du siculo-arabe au maltais, le parlé et l’écrit suivront sur l’archipel maltais une évolution parallèle à celle de la Sicile, celle-ci allant du siculo-arabe vers le sicilien.

Si l'on peut estimer les origines du maltais vers le ., c'est seulement au qu'apparaissent dans des actes notariés les premières traces écrites du maltais. Ces actes sont rédigés en sicilien, mais les noms de personne et de lieu sont souvent écrits en maltais avec une transcription phonologique ou phonétique. L'alphabet n'étant pas adapté, cette transcription est aléatoire, et, à un phonème maltais correspondent des graphèmes siciliens souvent différents (la transcription du son « k » ou « ch » et « i » ou « j » donne la graphie plutôt maltaise « » ou plutôt sicilienne « » pour transcrire « église »)..

Nous ne savons pas si le maltais, avant le , a pu être écrit avec l’alphabet arabe, aucun texte n’est connu, si ce n'est quelques rares cas d’expériences plus récents non significatifs..

Phonétiquement, les consonnes latines b, d, f, l, m, n, p, r, s, t ne posent pas de problèmes aussi bien pour le maltais que pour le sicilien. En revanche, les lettres c, g, h, j, k, q, v, x, z, prononcées à la sicilienne, ne peuvent retranscrire correctement les phonèmes maltais. Ils seront, entre autres, transcrits plus tard par « ċ », « ġ », « għ », « ħ » ou « ż ».

Premières tentatives 1750 - 1841

thumb|alt= Tableau extrait de l’représentant sur deux colonnes à les lettres de l'alphabet en capitale et minuscule et en regard le nom de chaque lettre. La colonne de gauche va de A alef à M mim et la colonne de droite de N num à une lettre de l'invention de Vassalli qui est représentée par une lettre m minuscule disposée verticalement, surmontée d'un point et appelée gbaó|Premier alphabet de Mikiel Anton Vassalli publié dans en 1788 Le premier à s’intéresser au problème de transcription du maltais est le chanoine Gian Pietro Francesco Agius de Soldanis qui écrit en 1750 un livre en deux parties : (Description de la langue punique) et (Nouveau Cours de grammaire). Mais comme le phénicien est une langue encore pratiquement inconnue, la première communication de Jean-Jacques Barthélemy ne date que de 1854A. Dupont-Sommer (1971) , Soldanis pense que le maltais est d'origine punique, dans son esprit non arabe ou sémitique, il fait donc de sa grammaire, une grammaire latine inspirée du sicilien. Elle commence par la définition d’un alphabet spécifique au maltais. Il sera le premier à poser le principe, pour le maltais, d'un seul graphème pour un seul phonème : a, b, c (pour ċ actuel), d, e, f, gk (pour g), g (pour ġ), ch (pour ħ), i, j, k, l, m, n, o, p, k (pour q), r, s, t, u, v, sc (pour x), z.

Pratiquement en même temps, Dom Frangisk Wizzino écrit en 1752 (Apprentissage chrétien), moitié en maltais, moitié en italien. A-t-il eu connaissance du principe établi par de Soldanis ? En tout cas, il ne respecte pas la correspondance d'un graphème pour un phonème : a, b, ce/ci (pour ċ actuel), ca/co/cu (pour k), d, e, f, ge/gi (pour ġ), ga/go/gu (pour g), hh (pour ħ), i, j, k (pour q), l, m, n, o, p, r, s, sch (pour sk), t, u, v, w, sc (pour x), z..

Celui qui plus tard sera appelé « le père de la langue maltaise », un patriote maltais, Mikiel Anton Vassalli étudie de façon plus scientifique le parler du peuple et principalement celui de Żebbuġ, sa ville natale, qu’il estime être le maltais le plus pur. En effet, il considère que l’écriture du maltais doit refléter le plus précisément possible le parler populaire. En 1788, Vassalli publie dans (Alphabet maltais) son premier alphabet connu qui n’est encore qu’une transcription utilisant un alphabet latin augmenté de dix autres signes. Ce qui lui permet de transcrire les dix phonèmes qu’il a identifiés comme étant différents des sonorités italiennes.

thumb|left|alt=Photo représentant une page interne du livre sur laquelle entre deux paragraphe en italien décrivant ce nouvel alphabet, est inséré ce troisième alphabet de Vassilli d'abord sur trois ligne en lettres d'imprimerie et en dessous sur une ligne les douze nouvelles lettres en écriture cursive|Troisième alphabet de Mikiel Anton Vassalli tiré de l'édition originale de 1796 du Lexicon. Pendant son exil à Rome, il publie en 1790 (Alphabet maltais défini avec le maltais et avec l’italien). Il y complète l’alphabet latin avec dix lettres qui donnent au maltais une sonorité plus sémitique. Il en emprunte au grec, au russe et à l’arabe, tandis que, en 1791, trois lettres sont de sa création (ⵖ, ⵄ, ʓ) : a, b, c, ɥ (pour ċ actuel), d, e, f, ɣ. (pour ġ), ɣ (pour g), ع (pour għ), غ (pour gḥ), h, ⵖ (pour ħ), ⵄ (pour ḥ), i, у (pour ie court), ў (pour ie long), j, k, l, m, n, o, p, ¢ (pour q), r, s, t, u, v, w, ɰ (pour x), z, ʓ (pour ż)..

En 1796, dans Lexikon (Lexique), il simplifie une première fois son alphabet en remplaçant les graphèmes arabes par d'autres signes et en introduisant un digramme æ pour transcrire le phonème « ie » long :a, b, ɥ (pour ċ actuel), d, e, f, Г (pour ġ), ⴳ (pour g), h, ɸ (pour ħ), 7 (pour għ), 3, (pour gḥ), ∩ (pour kh), i, y (pour ie court), æ (pour ie long), j, k, l, m, n, o, p, ¢ (pour q), r, s, t, u, v, w, ɰ (pour x), z, ʓ (pour ż).

Pendant son long exil en France ou après son retour à Malte, où il enseigne à la première chaire de maltais à l’université, il travaille à sa grammaire qu’il publie en 1827, et, pour rendre l’écriture du maltais plus accessible au peuple, il simplifie son alphabet. Même en réintroduisant deux lettres arabes, il passe de 34 lettres pour son deuxième alphabet, à 33 au troisième, et à 27 dans ce quatrième :a, b, c, d, e, f, ع (pour għ), غ (pour gḥ), ĥ (pour ħ), ɣ (pour ie), ie (pour ā), j, ẖ (pour kh), l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, z.

De son côté, à partir de 1822, un certain Gużeppi Martin Cannolo, habitant de La Valette, fait de nombreuses traductions, comme l’Évangile de saint Jean, en utilisant un alphabet dans lequel il introduit le premier la barre inscrite comme signe diacritique pour la lettre « ħ » :a, b, d, e, f, g, h, ħ, i, j, c (pour k actuel), l, m, n, o, p, ḱ (pour q), r, s, t, u, v, w, ŝ (pour x), z..

Un premier manuel de lecture pour les enfants des écoles est édité en 1824 à Livourne par Francesco Vella, Chiteb i-Kari Malti yau Dahla al llsien Malti (en maltais moderne – Livre de lecture pour la langue maltaise, introduction au maltais). L’alphabet qui y est utilisé fait de fines distinctions :a, b, ça/ço/çu (pour ċ actuel), ce/ci (aussi pour ċ actuel), d, e, f, ge/gi (pour ġ), gja/gjo/gju (aussi pour ġ), h, i, j, ch (pour k), l, m, n, o, p, k (pour q), r, s, t, u, v, w, x, y, z.

Le docteur Stefano Zerafa, pour éditer en 1827 une importante étude sur la botanique maltaise (Trésor de la flore maltaise), fait des recherches poussées pour écrire, de la meilleure façon possible, le nom des plantes maltaises. Son alphabet s'inspire de celui de Vassalli, en le simplifiant encore :a, b, c (pour ċ actuel), d, e, f, ɣ (pour g), غ (pour gḥ), h, i, y (pour j), k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, z..

En 1831, Francis Vella (peut être le même que Francesco Vella) publie aussi à Livourne, une grammaire (Grammaire maltaise à l'usage des Anglais) avec un alphabet proche de celui de Francesco Vella. C’est lui qui introduit la digraphe « gh` » avec un « h` » au lieu du « ħ », ainsi que des graphèmes caractéristiques de l’alphabet maltais :a, b, ça/ço/çu (pour ċ actuel), ce/ci (aussi pour ċ actuel), d, e, f, ge/gi (pour ġ), ḡa/ḡo/ḡu (aussi pour ġ), gh` (pour għ), ġh` (pour gḥ), h, h` (pour ħ), ḣ (pour kh), i, j, l, m, n, o, p, k (pour q), r, s, t, u, v, w, x, z.

En 1838, l’alphabet de Francis Vella fait son entrée dans les écoles avec Abbecedario al Kadi tas Schejel ta Taghlim Xilxjeni (en maltais moderne - Abécédaire pour le service mutuel de l'apprentissage scolaire). Mais un an plus tard, il est remplacé par (Leçons de lecture anglaise et maltaise à l'usage des écoles primaires publiques), le gouvernement colonial anglais ayant fait le choix d’une prononciation plus arabisante car il ne veut pas favoriser un manuel qui faciliterait en même temps l’apprentissage de l’italien. En réponse, Francis Vella publie un fascicule (Inconvénients d’un alphabet arabo-romain)..

C’est la même année que le gouvernement décide de la liberté de la presse, ce qui va multiplier les journaux de langue maltaise. Mais la recherche par les journalistes d’une orthographe stable ne suffira pas à unifier les différents alphabets.

En 1841, George Percy Badger, rédacteur en chef du premier journal de langue maltaise, publie dans son journal (Une lettre sur l'éligibilité du dialecte maltais comme support écrit de l’instruction dans les écoles primaires publiques). Francis Vella lui répond aussitôt dans une brochure (Découverte de cinq nouvelles voyelles de G.P. Badger)M. Cassar (2005), date 1841, consulté le 9 octobre 2010. Ces échanges de libelles sont caractéristiques de la guerre linguistique qui s'établit alors à Malte entre les tenants de la langue italienne, futurs supporters de l'irrédentisme italien et les tenants d'un nationalisme maltais, appuyés, plus ou moins ouvertement, par le pouvoir colonial anglais.

Presque un siècle après les premiers essais de Soldanis, aucun alphabet ne s’est véritablement imposé. La diversité de l’écriture de la langue prédomine, et une même lettre peut représenter diverses prononciations.

Rationalisation des efforts 1841 - 1920

thumb|alt=Photographie représentant la page de couverture de l'édition originale en bon état. Le titre principal est en latin sur trois ligne avec en dessous sur neuf lignes le sous titre. Séparé du titre par un trait le nom de l'auteur et sur quatre lignes ses titres et qualification en latin. En dessous encadré de deux traits dessus et dessous une maxime en latin . Au-dessus d'une couronne de feuillage l'indication du facicule, ici en dessous de la couronne la date d'édition en chiffres romains. En bas de page l'adresse de l'auteur éditeur|Édition originale de 1827 du de Stephano Zerafa