Le château de Montagu est un château en ruine situé dans la commune française de Marcoussis, en pays Hurepoix dans l'actuel département de l'Essonne et la région Île-de-France à vingt-six kilomètres au sud-ouest de Paris.

Reconnu comme l'une des plus belles réalisations de la fin du Moyen Âge, le château devient, après la guerre de Cent Ans, l'une des résidences les plus prisées des rois de France. Proche de la capitale, il devient un rendez-vous de chasse exclusif pour les rois. Au milieu du , il devient célèbre pour accueillir les princes de Condé et Conti avec leur beau-frère, le duc de Longueville, pendant la Fronde. Oublié puis détruit en partie à la Révolution française, il est redécouvert il y a une cinquantaine d'années par Roland Payen, puis par l'Association historique de Marcoussis.

Il devient protégé au titre des monuments historiques à partir de 1984.

Localisation Le château de Montagu est situé dans la vallée de la Salmouille sur la rive gauche de la rivière, à un kilomètre à l'ouest de l'actuel centre-ville. Il est aujourd'hui totalement intégré au domaine du lycée privé horticole de la fondation d'Auteuil. Il est situé au pied du coteau nord de la vallée.

Historique gauche|253x253px|Le château de Montagu dessiné par Sarrasin en 1779. |vignette Le château de la Motte Avant de parler du château du , nous devrions parler de la genèse du château de Montagu ; « Le château de la Motte » : Les premiers seigneurs de Marcoussis connus sont peu nombreux et on ne dispose que de peu d'informations sur leur logement. Ils auraient eu très tôt dans la vallée un château particulier. Ce château pourrait dater d'avant l'an mil, mais il est plus probable qu'il fut construit au début du . Il aurait pu y avoir une motte féodale avant à cause de son surnom : « La Mocte de Marcoucis ». Cependant, nous savons que le terme « motte » pouvait également désigner une retenue d'eau ou un îlot, ce qui est logique puisque l'édifice est implanté dans une zone marécageuse. Nous savons que « La Motte » était entourée de fossés d'eau et qu'il y a à proximité un hameau appelé Le Guay., donc un étang, qui pourrait s'étendre jusqu'aux douves du château et même, l'entourer. Nous savons très peu de choses sur l'histoire, le plan ou l'aspect de ce château, puisque, sont rares les documents le concernant. Le premier document le nommant est la donation de la seigneurie et du manoir de « Marcoucis » par Pierre de Préaux à son frère Guillaume en 1312. : « Le manoir de Marcoucis comme il se comporte et étant de toute part avec toutes ses appartenances et appendances ». Les deuxième et troisième documents sont des aveux réalisés pour le roi par Guillaume de Préaux en 1367 : « l'Hostel de la Motte » et par Jeanne Pisdoë, veuve de Bernard de Montlhéry, en 1386 : « un chastel clos de fossés d'eau. »

De Montagu, Graville à Esclignac, de puissantes familles françaises En 1386, le roi confisque la seigneurie à Jeanne Pisdoë pour couvrir les dettes de son défunt mari, Bernard de Montlhéry, mort insolvable en 1381. Le roi gardera la seigneurie deux ans, jusqu'en 1388, avant de l'échanger contre la baronnie de Lunel dans le Languedoc, avec son secrétaire : Ferric de Cassinel. Peu de temps après, Jehan de Montagu reçoit la seigneurie de son oncle, Ferric Cassinel, acquiert les fiefs qui faisaient enclave dans la seigneurie de Marcoussis et devient seigneur des lieux. En 1400, il fait jeter les fondations d'un château situé au centre de ses domaines. Le chantier est titanesque : en même temps que Montagu construit son château de 1404 à 1408, il commande l'édification d'un monastère des Célestins, célébrant la Sainte Trinité, non loin de sa propriété, et reconstruit le chœur de l'église de Marcoussis. Montagu est arrêté à Paris le , et jugé, torturé et décapité le .. Le fondateur ne profitera donc jamais de son œuvre. Tous les biens sont confisqués et son fils Charles ne récupérera la seigneurie que plus tard, en 1414. Il semblerait que lui non plus ne profite pas du château puisqu'il meurt un an plus tard, en 1415, à la bataille d'Azincourt. Le roi récupère alors la seigneurie.

La proximité avec la capitale a valu au château de Marcoussis d'être en première ligne de nombreuses hostilités : entre 1412 et 1435 il fut successivement pris et repris par les Armagnacs et les Bourguignons, puis par les Anglais et les Français. C'est à cette époque qu'aurait été construite la barbacane, ou châtelet, qui représente un petit château uniquement destiné à la défense. L'ouvrage est souvent attribué à Louis Malet de Graville qui l'aurait construit au début du .. Mais cette hypothèse est contestée car, à cette époque, les seigneurs veulent des châteaux pour y habiter et non des châteaux défensifs, donc pourquoi Graville aurait-il construit un ouvrage à usage purement et uniquement défensif ? Nous ne le savons pas, et nous ne sommes pas près de le savoir puisque les archives du château ont « mystérieusement » disparu à la Révolution française.. vignette|La tour , la seule tour encore debout du château. Vue de la cour du château. Après la guerre de Cent Ans, le château est rendu à la fille de Jehan de Montagu qui s'est mariée avec un noble Normand du nom de Louis De Graville. En 1496, son petit-fils, Louis Malet de Graville, Amiral de France, décide d'installer sa famille à Marcoussis. Le château a été construit sur un plan de la Bastille dans l'optique de la guerre de Cent Ans, or, à l'époque de Graville, c'est aussi l'époque des grands châteaux de la Loire. Le seigneur entreprend donc, à partir de 1500, de grands travaux d'aménagement et d’embellissement. Il fait araser la demi-tour sur la courtine est pour en faire une terrasse, fait élargir les fenêtres pour en faire des grandes baies à meneaux, fait édifier un escalier magistral et une fontaine dans la cour, et se dote d'une fauconnerie et d'un pigeonnier. Il meurt en 1516 et est enterré dans l'église de Malesherbes. La châtellenie de Marcoussis est dispersée entre deux de ses filles : Jeanne, et Anne Malet, femme de lettres reconnue pour sa poésie. Cette dernière se marie clandestinement avec son cousin : Pierre de Balsac. Jeanne se marie avec René d'Illiers, lui-même cousin de Robert de Balsac, père de Pierre de Balsac. Lorsque Jeanne meurt en 1540, son fils, Georges, étant mort à la bataille de Pavie en 1525, la châtellenie échoit à son neveu, Guillaume de Balsac d'Entragues, le fils d'Anne Malet. Il avait alors déjà récupéré l'autre moitié de la châtellenie de Marcoussis par sa mère.

La personnalité la plus connue de cette famille est sa petite-fille : Catherine Henriette de Balsac d'Entragues qui était l'une des maîtresses d'. En , écrit une lettre d'amour en promettant le mariage à Henriette. On raconte que le roi serait même allé, déguisé en charbonnier, courtiser Henriette dans la tour qui porte aujourd'hui son nom (La seule tour encore conservée en élévation aujourd'hui : La tour , dite aussi « la tour des oubliettes »). Mais un an après leur idylle, annule le mariage pour contracter une union avec Marie de Médicis. La légende raconte qu'Henriette lui en voulait terriblement, au point d'engager un assassin du nom de Ravaillac pour tuer .

En 1698, Léon II de Balsac d'Illiers réalise de grands travaux de rénovation du château, estimés à plusieurs dizaines de milliers de livres. En 1744, Louise Philiberte de Xantrailles, la veuve d'Alexandre de Balsac d'Entragues, est la dernière personne à mourir au château. En 1751, Louise Jeanne d'Illiers, la fille de ces derniers, criblée de dettes par le train de vie de ses parents à la cour de Louis XV, doit vendre le château et la seigneurie de Marcoussis. La châtellenie est rachetée par une famille du Hurepoix : la famille d'Esclignac. Elizabeth Thérèse Marguerite Chevalier, comtesse d'Esclignac, a pour projet de détruire la barbacane en 1778. Mais rien n'est entrepris : la famille possédant déjà un château au Plessis-Paté, délaisse celui de Marcoussis qui se dégrade alors très vite.

À la Révolution française, la comtesse et sa famille fuient la France et laissent le château aux révolutionnaires. Le château est pillé, les meubles et les objets précieux sont volés, les statues et armoiries des seigneurs sont détruites, la chapelle castrale est dévastée. le château est confisqué et devient bien national. Pendant une dizaine d'années, il va servir de ferme et d'immense silo à blé.

De la destruction à l'abandon et l'oubli Après la Révolution, le château de Marcoussis est rendu aux petits neveux de la Comtesse d'Esclignac qui reviennent en France : Armand Jacques Marie de Chastenet de Puységur et son frère Antoine Hyacinthe Maxime. Armand est celui qui va décider de raser le château, qui est abattu entre 1805 et 1806. L'examen récent de ce sujet par des érudits locaux laisse cependant penser que le démantèlement du château obéissait plutôt à un motif financier de revente des pierres ; l'édifice hérité étant en mauvais état et de ce fait difficile à valoriser. Aujourd'hui, nous savons que le château a été abattu pour trois raisons : ce n'est pas l'époque où l'on restaure des châteaux et celui-ci est en très mauvais état à cause de la Révolution ; le château était construit en grès. Le grès taillé valant extrêmement cher à cette époque, il va donc servir de carrière ; une étude avait été réalisée pour le transformer en prison d'État, mais celui d'Orsay fut considéré comme plus apte car en moins mauvais état.

Le château fut donc abattu, mais l'on raconte que le propriétaire aurait épargné une tour, peut-être pour signifier qu'il avait été « seigneur de Marcoussis ».

Entrées par le jeu des successions dans la famille de Viella, puis dans celle de La Baume Pluvinel, les ruines du château et la tour des Oubliettes encore debout deviennent une curiosité du parc d'agrément aménagé sous le Second Empire et la troisième République par le marquis Charles de la Baume Pluvinel (1817-1890), père de l'astronome Aymar de La Baume Pluvinel. Dans les transformations et installations notables de ce parc, notons une première maison bourgeoise, pour les Viella, construite sur les ruines de la ferme et basse-cour du château, à proximité de ce dernier, ainsi qu'une tour de la barbacane transformée en chapelle et caveau familial vers 1827, puis un château néo-Louis XIII, pour les de La Baume Pluvinel, à proximité, construit par l'architecte Charles Rohault de Fleury entre 1863 et 1864. vignette|gauche|239x239px|L'amiral de France Louis Malet de Graville chassant le sanglier à Marcoussis. Extrait du Terrier de Marcoussis.

L'ensemble des bâtiments ainsi que les terres furent donnés en 1940, par la dernière propriétaire restée célibataire, Geneviève de La Baume Pluvinel, à la fondation d'Auteuil à la condition d'en faire une école d'horticulture qui porterait le nom de Saint-Antoine en hommage à son frère mort à dix-huit ans pendant la Première Guerre mondiale. Dans les années 1950 et 1960, le directeur de l'école a décidé d'en faire une promenade gothique en comblant tous les trous pour en faire un grand terre-plein (les douves et la barbacane non comprises) et en remontant, sur le site, des portes, fenêtres à meneaux et éléments décoratifs, pas du tout à leur place, avec du ciment.

Renaissance d'un site oublié