La faculté de théologie protestante de Strasbourg est une composante de l'université de Strasbourg, située à Strasbourg, sur le site du Campus central, plus particulièrement dans le palais universitairePlan d'accès : http://www.unistra.fr/plans/zoom/centre/b2/20/904/index.html. L'université de Strasbourg tenant son origine du « Gymnase protestant », fondé en 1538 par le pédagogue protestant Jean Sturm, elle partage avec la faculté une histoire commune. Actuellement, elle est la seule institution française à délivrer des diplômes nationaux en théologie protestante.
Historique Origines de la faculté
vignette|gauche|upright=0.8|Vue de l’ancienne Université de Strasbourg dans le couvent des Dominicains et d’une salle de cours. Page de titre de l’œuvre de Jacob Wimpheling, 1651.
Dès 1523, les premiers Réformateurs strasbourgeois ont commencé à enseigner la théologie. Toutefois, ils ne le font que devant un petit comité et exclusivement en latin. Progressivement des cours de langues bibliques (hébreu et grec), de poésie, de rhétorique, de mathématiques et de droit sont instaurés afin d’améliorer la formation des clercs. Dans les années 1530, Martin Bucer, Capiton et Hédion essayent de donner à tour de rôle des cours d'exégèse bibliqueGeorges Livet et Pierre Schang, Histoire du Gymnase Jean-Sturm, berceau de l'Université de Strasbourg, Strasbourg, Éd. Oberlin, 1988, ..
Toutefois, ce n’est qu’en 1538 qu'est fondée l'ancêtre de la faculté de théologie protestante, la , ou Haute École de Strasbourg. Dans ce gymnase, la théologie occupe une place privilégiée parmi les autres matières enseignées. Strasbourg étant passée entièrement dans le camp évangélique, il est alors nécessaire de former des pasteurs compétents bien que l'établissement soit ouvert à tous. De plus de ce but pratique, la théologie est à l'époque de toutes les sciences et c'est sur elle que se basent les autres matières. Cependant, les étudiants ne peuvent être diplômés en théologie ; ce n'est qu'en 1566 qu'ils peuvent obtenir un baccalauréat ou une maîtrise, lorsque l'école est élevée au rang d'Académie en 1566. L'enseignement en théologie reste néanmoins quasiment le mêmeMarc Lienhard (dir.), La Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg hier et aujourd’hui (1538-1988) : Mémorial du de la faculté, Strasbourg, Éditions Oberlin, 1988, ..
En effet, malgré ce handicap, le Gymnase fournit un enseignement aussi riche que dans une faculté et rencontre un grand succès. Des théologiens illustres viennent y enseigner, comme Jean Calvin entre 1538 et 1541. Dans les années 1540, il y a quatre chaires de théologie : celle d'hébreu et d'études sur l'Ancien Testament tenue par Paul Fagius, celle de Pierre Martyr Vermigli plus portée sur les Pères de l'Église, celle de Jean Marbach, lequel aime traiter des controverses luthériennes, et enfin celle de théologie systématique de Louis Rabus.
Toutefois, l'enseignement de la théologie se dégrade au début des années 1560 avec le renforcement de la confession luthérienne qui oblige certains théologiens à quitter leur chaire, comme Girolamo Zanchi. Or, l'école ne leur trouve pas de remplaçant. En 1569, seul Jean Marbach enseigne encore la théologie. La situation ne s'améliore qu'avec l'arrivée de Jean Pappus. Il devient rapidement la personnalité prédominante de l'Académie et est le premier à donner un cours spécifique à l'histoire de l'Église vers 1580. Les fils de Jean Marbach, Érasme et Philippe, deviennent professeurs de théologie pratique, Philippe remplaçant son frère aîné à sa mort.
Au début du , chaque interprétation doit se faire en accord avec les règles de la Confession d'Augsbourg et de la Formule de ConcordeMarc Lienhard (dir.), op. cit., .. De plus en plus, les professeurs se tournent vers une théologie de controverse, laissant s'abaisser la qualité de l'enseignement. Ainsi, les seuls écrits connus de Jean Tauffer, le successeur de Philippe Marbach, sont des tracts polémiques contre les catholiques et les réformésGeorges Livet et Pierre Schang, op. cit., .. La réputation de la Faculté s'en ressent, d'autant plus que seuls les étudiants fortunés peuvent atteindre le doctorat en se rendant dans les universités voisines.
Sous l'Ancien Régime vignette|upright=0.8|Jean-Daniel Schoepflin, historien protestant qui donne à l'Université ses lettres de noblesse au .
En 1617, les droits universitaires sont donnés à l'université des Jésuites à Molsheim. Cette concurrence exercée par les catholiques renforce la volonté de Strasbourg de faire bénéficier l'académie luthérienne des mêmes droits. Finalement, la ville obtient le privilège tant convoité en 1621 par l'empereur Ferdinand . La Faculté de théologie naît alors officiellement, avec pour premier doyen le professeur BechtoldGeorges Livet, Francis Rapp (dir.), Histoire de Strasbourg des origines à nos jours, Tome 3 : Strasbourg de la guerre de Trente ans à Napoléon (1618-1815), Strasbourg, Istra, .. Elle dispose de quatre chaires. Le premier docteur en théologie est Tobie SpeckerGeorges Livet, Francis Rapp (dir.), Histoire de Strasbourg [...], op. cit. ..
Le nouveau statut de l'école permet un renouveau des études théologiques à Strasbourg. Les professeurs Jean Schmidt, Jean Georges Dorsch et Jean Conrad Dannhauer (la « triade johannique ») se révèlent plus féconds sur le plan des publications et influencent considérablement leurs élèves. Ils restent farouchement partisans de l'orthodoxie luthérienne, allant parfois jusqu'au fanatisme dans leurs démarches afin de conserver la pureté de la doctrine luthérienne. Toutefois, c'est une norme dans la grande majorité des facultés de théologie protestante de langue allemande au Marc Lienhard (dir.), op. cit., .. Schmidt est celui qui connaît le mieux des trois les écrits de Luther. Dorsch, lui, a notamment rédigé une . Enfin, Dannhauer, le plus important des trois, est qualifié de « second Augustin » et excelle dans les prédications. Il a beaucoup écrit, notamment une dogmatique de mille pages intitulée Marc Lienhard (dir.), op. cit., .. Dans la seconde moitié du , ce sont deux autres figures qui émergent, celles de Balthasar Bebel et de Sébastien Schmidt, qui est le premier traducteur luthérien de la Bible (du grec et de l'hébreu au latin)Marc Lienhard (dir.), op. cit., .. Les étudiants de la Faculté sont majoritairement de futurs pasteurs, même s'il y eut quelques exceptions (un ramoneur, qui connaissait le latin, a par exemple suivi les cours de Dannhauer)Marc Lienhard (dir.), op. cit., ..
En 1681, le passage de Strasbourg à la France catholique marque cependant une coupure dans l'épanouissement de la Faculté. Bien que la ville ait le droit de conserver son ancienne administration, dont Toutefois, Louis impose dès le un prêteur royal, censé veiller aux droits et à la protection de l'Université. Dans la pratique, il cherche plutôt à en limiter l'extension et à en surveiller l'activité, d'autant plus après le transfert de l'Université catholique à Strasbourg en 1701<ref>Georges Livet, Francis Rapp (dir.), Histoire de Strasbourg [...], op. cit. .</ref>. La plupart du temps, les relations entre la ville, l'Université et le prêteur restent correctes, mais l'établissement de ce empêche toute réforme profonde, tant dans le nombre de chaires que dans les cours.
L'Université rayonne à nouveau à partir des années 1720, en grande partie grâce à l'historien Jean-Daniel Schoepflin. À la faculté de théologie, il n'y a plus de grand savant après le départ de Sébastien Schmidt mais plutôt des pasteurs de valeurSelon Henri Strohl, voir Marc Lienhard (dir.), op. cit., .. La langue officielle des cours reste le latin, même si certains professeurs utilisent le français dans le cadre des cours privés. L'orthodoxie luthérienne est toutefois ébranlée avec la pénétration des idées des Lumières au sein de l'école. Malgré la résistance de l'administration et de la plupart des professeurs (à l'image de Sigmund Friedrich Lorenz), cet esprit nouveau est de plus en plus présent dans les années 1780 à travers les personnages de Jean Laurent Blessig, Isaac Haffner et de Philippe-Jacques MüllerMarc Lienhard (dir.), op. cit., ..
Fin de l'université luthérienne sous la Révolution vignette|gauche|Extrait d'un fascicule cataloguant les publications faites par les professeurs de la Faculté en 1793. Coll. Médiathèque protestante de Strasbourg.
Lorsqu'éclate la Révolution française, les professeurs se révèlent plutôt favorables aux réformes entreprises, les protestants (luthériens et réformés) devenant égaux aux catholiques. En outre, l'Assemblée nationale se laisse convaincre par le juriste Christophe-Guillaume Koch de laisser leurs biens aux protestants. L'université peut donc en théorie être administrée comme par le passé. Néanmoins, le nombre d'étudiants baisse très rapidement, l'établissement étant perçu comme une relique de l'Ancien Régime. C'est finalement l'article du qui signe la fin de l'université en exigeant la fermeture de toutes les facultés sur le territoire français. Malgré la chute du régime de la Terreur, l'enseignement supérieur n'est pas restauré. En 1795 sont créées des « Écoles centrales », mais elles ne fonctionnent que difficilement.
Pendant cette période de troubles, les professeurs, même rationalistes, restent fidèles à leur foi. Beaucoup se retrouvent enfermés. Après le 9 Thermidor, ils donnent des cours privés à leurs domiciles, auxquels assistent de rares étudiants. L'Institut national des sciences et des arts recrute sept personnalités strasbourgeoises, dont le directeur du Gymnase Jérémie-Jacques Oberlin. Les efforts des professeurs, en particulier de Koch, pour rétablir l'Université ne sont finalement récompensés que sous le Consulat. Napoléon Bonaparte souhaitant centraliser l'enseignement supérieur, la décision fut prise de créer un établissement spécifique à l'enseignement de la théologie protestante. Les Articles organiques de 1802 déclarent ainsi la création d'une académie ou d'un séminaire pour les luthériens à StrasbourgMarc Lienhard (dir.), op. cit., .. L'Académie protestante est fondée peu de temps après, pour prendre finalement le nom de « Séminaire protestant » en 1808, pour éviter toute confusion avec les académies impériales.
Après la renaissance, le prestige L'Université impériale est fondée par décret le . Parmi les facultés dont doit bénéficier chaque académie qui la compose, celle de théologie (protestante et catholique), est immédiatement évoquée. Cependant, seules la faculté de théologie protestante de MontaubanAndré Gounelle, « La faculté de théologie protestante de Montauban » Études théologiques et religieuses, tome 88, 2013/2, 233-255 et page de l'auteur. et celle de Genève sont consacrées à l'enseignement de la théologie protestante (réformée) en langue française à partir de 1809. À Strasbourg, c'est surtout l'existence du séminaire qui retarde la création de la faculté, mais aussi les revendications des réformés. Ces derniers aimeraient pouvoir disposer de la Faculté puisqu'ils ne possèdent pas de lieu de formation à Strasbourg à cette époque, le séminaire étant un établissement luthérien. Finalement, une faculté de théologie protestante dépendante de l'Académie royale est créée en 1819, tout en coexistant avec le Séminaire. Elle conserve son héritage luthérien, mais consent à offrir une chaire de dogme réformé aux calvinistes en 1820Marc Lienhard (dir.), op. cit., ..