Le grand-duc Serge Alexandrovitch (en , ), né le à Tsarskoïe Selo et mort le à Moscou, est le cinquième fils de l'empereur Alexandre II de Russie. Il a été grand-duc de Russie, membre du Conseil d'Empire, général de corps d'armée, maire, gouverneur général et commandant de la région militaire de MoscouIl était gouverneur au moment de la tragédie du champ de Kodynka. Pour le peuple, qui lui attribua le surnom de « prince de la Khodynka », il resta le seul responsable de cette tragédieHenri Troyat, Nicolas II, p.72..

Famille Il est le cinquième fils et le septième enfant de l’empereur Alexandre II de Russie et de sa femme l'impératrice Marie, née princesse Marie de Hesse-Darmstadt. De ce fait, il est le frère du tsar Alexandre III et l'oncle (et par son mariage le beau-frère) du tsar Nicolas II.

Mariage vignette|gauche|Le grand-duc Serge Alexandrovitch de Russie et la grande-duchesse « Ella ». Serge Alexandrovitch de Russie épouse en 1884 la princesse Élisabeth de Hesse-Darmstadt, dite « Ella », fille du grand-duc Louis IV de Hesse et de la princesse Alice du Royaume-Uni, et sœur aînée de la princesse Alix qui épousera Nicolas II dix ans plus tard.

L'homosexualité du grand-duc est évoquée de son vivant, par exemple l'anecdote d'après les Mémoires du ministre des Affaires étrangères, le comte Lamsdorf. Le sociologue, psychologue et sexologue Igor Semionovitch Kon (1928-2011) fit valoir que le grand-duc Serge menait un style de vie ouvertement homosexuelwww.neuronet.ru : « Leur vie de famille n'a pu fonctionner, même si Élisabeth Fiodorovna le cacha soigneusement en le taisant même à ses parents de Darmstadt. La raison à cela, Serge Alexandrovitch avait une attirance spéciale pour son propre sexe ».. Quant à Frédéric Mitterrand, il le définit dans son ouvrage Les Aigles Foudroyés, comme un être atteint de névrose, et de nature perverseFrédéric Mitterrand, Les Aigles foudroyés, p. 89.. D'après lui, ce mariage ne fut jamais consomméFrédéric Mitterrand, Les Aigles foudroyés, p.89 & 141., et ils vécurent comme frère et sœur Saint-Martyr grande-duchesse ElisabethSelon l'historienne britannique Virginia Cowles, le grand-duc Serge aurait été également porté sur le sadisme.Virginia Cowles, Les Romanov, p.219..

Biographie Enfance Le grand-duc Serge naît dans l'aile Zoubov du Palais CatherineЕкатерининский дворец - Ekaterininsky Dvorets, en russe, à Tsarkoïe Selo, situé à 32 kilomètres de Saint-Pétersbourg.

Il passe les premières années de sa vie en compagnie de son inséparable frère cadet, le grand-duc Paul et de sa sœur Marie à Livadia (résidence d'été de la famille impériale en Crimée), à Tsarkoïe Selo et au Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg. À l'époque de sa naissance, sa mère, l'impératrice Marie, est de santé fragile. C'est une mère peu affectueuse, sauf à l'égard de sa fille unique, mais ses trois plus jeunes enfants, Paul, Serge et Marie, bénéficient de toute son attention. Les deux frères et la sœur forment une communauté fermée au sein de la famille, un étroit lien fraternel se formant entre eux, dès leur plus jeune âge. Enfant, le grand-duc Serge est un petit garçon timide, studieux et introverti. Il devient très pieux sous l'influence de sa mère, personne également très réservée.

Au fil des ans, la santé de sa mère décline, et, afin de fuir le rude climat russe, l'impératrice et ses trois jeunes enfants passent de longues périodes à l'étranger, notamment dans son Allemagne natale à Darmstadt et à Jugenheim, et les hivers au bord de la Riviera dont une partie est rattachée au midi de la France en 1860Christopher Warwick, Ella : princesse sainte et martyre, p.87. où la tragédie frappe la famille impériale. En effet, en avril 1865, peu avant le huitième anniversaire du grand-duc Serge, son frère aîné et parrain, le tsarévitch Nicolas meurt de la tuberculose à Nice.

Le grand-duc Serge et son jeune frère Paul demeurent en Russie, à partir de 1870, afin de poursuivre leurs études. Comme tous les membres masculins de la famille impériale, les deux jeunes gens sont destinés à une carrière militaire. Mais le tuteur de Serge, l'amiral Arseniev encourage les capacités du grand-duc dans les domaines des langues, des arts, et de la musique. Il parle couramment plusieurs langues dont le français, langue des cours de l'Europe, et maîtrise si bien l'italien qu'il peut lire Dante dans la langue originale. Son intérêt pour l'art et la culture italiens est d'ailleurs intense. Il est doué pour la peinture et possède également une bonne oreille : il joue de la flûte dans un orchestre amateur. Il aime réciter des drames, et possède une grande connaissance de l'Histoire ancienne, de la culture et des traditions de la Russie. Il aime lire Tolstoï et Dostoïevski, dont il admire les œuvres.

Premières armes

Dès sa naissance, le grand-duc Serge est nommé colonel en chef du d'infanterie de Tobolsk. Il devient également colonel du second bataillon de la Garde et vers la fin de sa vie, il est nommé colonel du de grenadiers de KievChristopher Warwick, Ella : princesse sainte et martyre, p.98. À son vingtième anniversaire, le , il prête solennellement allégeance à l'empereur. Un voyage éducatif est prévu ensuite, mais il est retardé en raison de la guerre russo-turque de 1877-1878. Il prend part à ce conflit avec son père et ses frères, le tsarévitch Alexandre, le grand-duc Vladimir et le grand-duc Alexis.

Il passe la plus grande partie de la guerre dans le sud de la Roumanie actuelle, et sert comme poroutchik (grade de l'armée impériale équivalent à celui de lieutenant) dans la Garde impériale, qui était placée sous les ordres du tsarévitchChristopher Warwick, Ella : princesse sainte et martyre, p.90.. Il est promu alors colonel, et le , après la bataille de Meyk, l'empereur lui décerne l'Ordre de Saint-Georges, . En décembre 1877, le grand-duc et son père sont de retour dans la capitale impériale.

Vie familiale Entre-temps, Alexandre II avait fondé une nouvelle famille avec sa maîtresse, la princesse Catherine Dolgorouki. Frappé par la rupture de l'harmonie familiale, Serge de Russie demeure avec sa mèreChristopher Warwick, Ella : princesse sainte et martyre, p.92.. L'impératrice Marie meurt le , et le , moins d'un mois après le décès de son épouse, Alexandre II épouse sa maîtresse morganatiquement.

Lors de l'assassinat de son père, le , le grand-duc Serge séjourne en Italie avec l'amiral Arseniev et son jeune frère Paul. Trois mois plus tard, en juin 1881, le grand-duc Serge fait un pèlerinage en Terre sainte toujours accompagné de son jeune frère, mais également de son cousin le grand-duc Constantin. Ils visitent la Palestine, Jérusalem et les Lieux Saints : il participe alors à la création d'une association consacrée à l'entretien des lieux de culte orthodoxes en Terre sainte et l'offre de services aux pèlerins russes, donnant naissance à la mission russe de Jérusalem ; il en devient le président. Ce poste lui donne plus de joie que n'importe laquelle de ses fonctions Portrait of a Duke , Tom Segev, Haaretz.

À partir de 1882, la carrière militaire et les manœuvres à Krasnoïe Selo du grand-duc Serge lui font passer la majeure partie de son temps à Saint-PétersbourgChristopher Warwick, Ella : princesse sainte et martyre, p.97.. Le , son frère Alexandre le nomme commandant du bataillon du régiment de la Garde Préobrajenski, régiment d'élite fondé par Pierre le Grand, avec le grade de colonel. Sept ans plus tard, il est promu au grade de major général. Le , il est élevé au grade d'adjudant général à la Suite de S.M.I.. La même année, son frère lui confie le poste de gouverneur général de Moscou.

Grand-duc de Russie À vingt-six ans, le grand-duc Serge est un homme réservé, intelligent et raffiné, d'une grande érudition, de taille élancée accentuée par le port d'un corset, porté à la manière des officiers prussiens. Sa barbe et ses cheveux sont soigneusement entretenus. Quand Consuelo Vanderbilt, duchesse de Malborough, rencontre le jeune grand-duc à Moscou, elle le considère alors comme « l'un des hommes les plus beaux que j'aie jamais vus ». Son beau-frère, Ernest Louis de Hesse-Darmstadt le décrit comme « grand et blond, aux traits fins et de beaux yeux vert clair ». Très gêné, il se tient très raide avec un regard dur dans les yeuxChristopher Warwick, Ella : princesse sainte et martyre, p.99., et a pour habitude de tourner l'une de ses bagues serties autour de son doigt. Il garde ce maintien rigide toute sa vie, et beaucoup de contemporains prennent sa réserve pour de l'orgueil, mais en fait bien peu le connaissent vraiment. Profondément pieux, il devient un grand connaisseur des antiquités russes et des trésors artistiques ; intéressé par l'archéologie, il assiste et préside à plusieurs congrès.

Sa timidité et sa réserve n'empêchent pas le grand-duc de désapprouver le laxisme de la haute société russe. Il a en outre beaucoup de mal à faire face à l'opposition et perd son sang-froid assez facilement. Dans sa maison, il exige la propreté, l'ordre et la discipline. Sa nièce, la reine Marie de Roumanie, se souvenait de lui comme : « sec et nerveux, bref en parole, impatient, il n'appréciait pas la bonne humeur plutôt négligente de ses frères aînés. Mais pour nous tous qui l'aimions, on le trouvait irrésistible, car dur il pouvait l'être. Peu d'entre nous chérissent sa mémoire, mais moi je le fais ». De nombreux membres de sa famille dont son neveu, le grand-duc Cyrille, la princesse Marie de Grèce et le prince Gabriel de Russie se souvinrent tendrement de lui.

Il a des opinions politiques ultra-conservatrices mêlées de piété et de nationalisme. Antisémite convaincu et farouche opposant au mouvement révolutionnaire, il appuie les syndicats gouvernementaux (zoubatovisme) et l'organisation monarchiste. À l'époque où il est gouverneur de Moscou, des rumeurs circulent à son encontre faisant état du fait qu'il aurait torturé lui-même les détenus, et y aurait pris grand plaisir.

Recherche d'une compagne

En 1881, des conversations bruissent à propos d'un éventuel mariage avec la princesse Caroline Mathilde de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg (1860-1932), seconde fille de Frédéric VIII de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg. Alexandre II souhaitant qu'un de ses fils épouse une princesse de Hesse comme lui, le grand-duc demande finalement à épouser la princesse Élisabeth de Hesse-Darmstadt, seconde fille du grand-duc Louis IV de Hesse et de la grande-duchesse, née princesse Alice de Saxe-Cobourg-Gotha. « Ella » comme elle était appelée par ses proches était la sœur aînée du grand-duc Ernest-Louis de Hesse-Darmstadt, et de la future impératrice de Russie et future épouse de Nicolas II, Alix de Hesse et du Rhin. Le grand-duc et la princesse de Hesse étant cousins germains, les deux familles hésitent.

Tout d'abord, la princesse Élisabeth de Hesse-Darmstadt refuse l'offre de mariage ; la reine Victoria, grand-mère d'« Ella » nourrissant des sentiments anti-russes, elle s'oppose à l'union du grand-duc et de sa petite-fille orpheline de mère. Néanmoins, les sœurs de la princesse allemande exercent une pression sur Élisabeth en vue d'un mariage politique ; toutefois, il lui est laissé libre choix. Le couple séjourne ensemble pendant quelque temps à Wolfsgarten près de Darmstadt. Finalement en septembre 1883, la princesse Élisabeth accepte d'épouser le grand-ducChristopher Warwick, Ella : princesse sainte et martyre, p.83.. Leurs fiançailles sont annoncés publiquement le , puis le grand-duc revient à Darmstadt rendre visite à sa jeune fiancéeChristopher Warwick, Ella : princesse sainte et martyre, p.100.. Le mariage est célébré au Palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg le . Après le mariage et la conversion à la foi orthodoxe russe, la princesse Élisabeth devient la grande-duchesse Élizaveta FiodorovnaChristopher Warwick, Ella : princesse sainte et martyre, p.118..

Vie maritale