Alfred Barouille, né le à Meslay-du-Maine (Mayenne, France) et mort le à Montréal (Québec, Canada) en fuite sous un nom d'emprunt, est un homme politique français.

Notaire à Château-Gontier, il exercera différents mandats politique de 1881 à 1889 avant d'être rattrapé par la mauvaise gestion de son étude notariale. Il sera condamné par contumace pour « Faux, usage de faux et abus de confiance » par la Cour d'Assises de la Mayenne en à une peine de travaux forcés à perpétuité.

Situation personnelle Enfance et études Denis, François – dit Alfred – Barouille est né le à Meslay-du-Maine (Mayenne), fils de Denis, Jean Barouille et d'Eugénie Verger. Il est fils unique et sa mère décède alors qu'il est âgé de 15 ans. En lignée agnatique, la plupart de ses ascendants ont exercé des métiers relatifs au droit dans le Sud de la Mayenne ou de la Sarthe : notaire royal, procureur, greffier de justice ou avocats.

Son père était notaire et très investi dans la vie locale : président de la Chambre des Notaires de l’arrondissement, administrateur du bureau de bienfaisance, cofondateur de la Société de Secours Mutuels, il aurait beaucoup aidé à la fondation de l’Établissement des Sœurs de Saint-Vincent de Paul dans la ville. Délégué cantonal, il s’occupa aussi des écoles primaires. Sans qu’il fût élu, il fut à la tête du mouvement libéral lors des élections législatives en 1859, 1863, 1869, et soutint les candidatures de M. Antoine Halligon (indépendant), de M. Guibourd et de M. Andral – monarchistes dits « libéraux ».

Alfred Barouille n’était donc pas tout à fait étranger avec les affaires politiques avant d’être élu et il a pu profiter des réseaux de son père en tant que notaire & en tant que conservateur.

Il étudie le droit à Paris, devient avocat puis en , il succède à son père en reprenant son étude notariale à résidence de Château-Gontier.

Vie privée Alfred se marie avec Aline, Denise Barouille le à Château-Gontier (Mayenne). Les époux portent le même patronyme : ils sont cousins germains. Ils seront parents de six enfants dont 4 survivent à l'âge adulte.

Vie publique Les sujets agricoles, bienfaisance Sous le nom de « A. Barouille », il publie en 1870 un livre, présenté comme un rapport d’enquête, mais qui est en réalité un plaidoyer politique portant sur la condition agricole dans l’Ouest de la France. La préface, datée du , n’en fait pas mystère : il indique avoir écrit ce livre en 1867 avant de laisser sa chance au . Mais selon lui , il publie donc ce livre.

En 1878, il est administrateur du Bureau de Bienfaisance de Château-Gontier et secrétaire la Société de Secours Mutuels de Château-Gontier, reprenant le flambeau de son père. Il est aussi vice-président du Comice Agricole de Bierné et trésorier du Comice Agricole de Château-Gontier. Il devient président de ce dernier en à la suite du décès du président orléaniste Gernigon. Il lui donne un nouvel essor, augmentant le nombre de ses membres, organisant des expositions et en menant .

Opinions politiques Qualifié selon les journaux de l'époque de conservateur, royaliste ou réactionnaire, il siège à la droite orléaniste. L'historien Michel Denis le décrit comme :

Mandats électoraux Conseiller Municipal de Château-Gontier 1881-1884 Le , il est élu conseiller municipal d’opposition à Château-Gontier à la suite d'un ballotage contre deux républicains qui n’avaient pas obtenu de majorité absolue lors du premier tour. Le conseil municipal est donc composé de 20 républicains et deux orléanistes qui s'étaient présentés comme « indépendants ».

Lors de l'élection du 4 mai 1884, la liste républicaine entière est élue au premier tour.

Conseiller d’Arrondissement de l'Arrondissement de Château-Gontier 1883-1886 Il remporte le cette élection anticipée à la suite du décès de M. B. Martinet : il n'aura aucun concurrent face à lui.

Son mandat de Conseiller d’arrondissement prend fin lorsqu'il se présente au Conseil général trois ans plus tard (les élections pour ces deux mandats se tiennent le même jour).

Conseiller général de la Mayenne 1886-1889 Le , il se présente aux élections cantonales, son principal concurrent est le maire Château-Gontier Jean-Sylvain Fouassier, candidat sortant, qu’il bât sèchement par voix contre .

Il est déclaré démissionnaire d'office du Conseil général après que le Tribunal Civil de Château-Gontier le déclare en état de faillite, le . Le Conseil général de la Mayenne lors de sa séance du prend acte de cet état de fait.

Député 1885-1889 Lors des élections législatives de 1885, un seul tour est nécessaire en Mayenne pour faire élire l’intégralité de la liste conservatrice dont Alfred Barouille qui devient député le de la législature de la Troisième République. Il siège dans l'opposition sur les bancs de l'Union des Droites.

Ses interventions en tant que député seront assez ciblées sur l’agriculture et en particulier sur le prix des céréales et les droits de douane pour l’importation des produits agricoles en général avec une position toujours protectionniste. Sur d’autres sujets moins agricoles, il sera reproché à M. Barouille son silence : par exemple sur la proposition de suppression de sous-préfectures ou encore le scandale de Panama. La fin de son mandat sera aussi chahutée par un vote qui surprendra sur le scrutin uninominal où il votera avec le gouvernement, contre son camp... Avant de se rétracter. Ce qui fera dire aux journaux républicains qu'il cherchait par ce vote à se .

Et pourtant le député notaire Barouille ne sera pas candidat à sa réélection fin 1889. D’après « La Croix », le , .

Deux mois plus tard, « La Gazette de Château-Gontier » dira que .

Le scandale La plainte Une première plainte est déposée par un sieur Hamon, qui ne peut, depuis des mois, obtenir du notaire Alfred Barouille des titres qui lui reviennent à la suite d'une succession gérée par le notaire. La plainte est transmise au procureur de la république de Château-Gontier et le notaire est interrogé au parquet les 4, 6 et . Il argue que son agent de change doit lui transmettre les titres sous peu et fait patienter le parquet quelque temps par l'intermédiaire d'une lettre d'un de ces amis avocat à la Cour de Cassation qui dit être en contact avec cet agent de change.

La fuite Le vendredi , Alfred Barouille quitte son étude en voiture sans éveiller de soupçons, il ne reparaîtra plus.

Le lundi , le juge d'instruction près le Tribunal de Première Instance de Château-Gontier constate la fuite de Barouille, Denis François dit Alfred, inculpé d'abus de confiance et émet un mandat d'arrêt. Le notaire a abandonné son cheval et sa voiture en gare de Craon et a été vu en gare de Laval (Mayenne) puis de Rennes en direction de Nantes.

Le mercredi , les journaux nationaux (« Le Siècle », « La France », « Le Petit Parisien », « Le siècle », « La Justice », etc.) reproduisent cette même dépêche :

La police saisit une lettre du notaire à sa femme au bureau de Poste de Château-Gontier : il se serait rendu à Sheen-House et serait à Wood Norton Hall (Angleterre, Royaume-Uni). Dans cette lettre, il dit prendre conscience que : et dit avoir perdu tout espoir et l'honneur aussi.

Les procès En , le Tribunal Civil de Château-Gontier rend ses premiers jugements, le destituant de sa fonction de notaire et le déclarant en faillite, le reste de l'affaire sera jugé aux Assises.

Le procès à la Cour d’Assises de la Mayenne pour « Faux, usage de faux et abus de confiance » aura lieu le .

Le long acte d'accusation énonce que .

La sentence arrive donc après l’énumération de tous les créanciers abusés.

Fin de vie en fuite

La justice française n'aura pas pu retrouver Alfred Barouille avant son décès : il avait traversé l'Atlantique et menait une vie sous un nom d'emprunt.

Le jugement de décès

Le un acte d’inhumation au nom d’Adolphe Bellay, journaliste, sans mention de filiation, de date ou de lieu de naissance est enregistré à la paroisse Notre-Dame de Montréal (Québec, Canada) pour un décès remontant au .

Le , la Cour supérieure du Québec rend un jugement à la suite de la requête de afin de rétablir l’identité de son mari décédé le à l’Hôpital Notre-Dame de Montréal et inhumé le suivant au cimetière catholique de Montréal... Sous le nom d’Adolphe Bellay.

Selon le récit présent dans le jugement, un des témoins signant l'acte d'inhumation, Adolphe Martin, est journaliste rédacteur au « Monde Canadien » de Montréal. Il décide d’avertir la famille du défunt mais . Il écrivit alors à son épouse Aline, Denise Barouille qui confirma :

À la suite de ces découvertes et témoignages, le juge ordonna la correction de l’acte de décès et l’ajout des données de filiation et naissance. Ainsi, « Adolphe Bellay, journaliste », devint .

La nouvelle du décès était parvenue en France dès avril, le journal « L'avenir de la Mayenne » annonçant la rumeur le et la confirmant officiellement le : .

Des nécrologies hagiographiques et des funérailles en grande pompe

Adolphe Bellay alias Denis, François dit Alfred Barouille ne vivait pas caché. Ainsi le jour de son inhumation, de nombreux articles sont publiés expliquant à quel point il était estimé et combien furent nombreuses les personnes de la communauté française à lui rendre hommage.

Le « La Presse » annonce que leur reporter s'est rendu la veille à l'hôpital Notre-Dame .

Le le même journal annonce son décès et dresse son portrait laissant entrevoir un personnage public.

Le lendemain, le journal rend compte des funérailles en présence du consul général de France M. Alfred Kleczkowski, de nombreux journalistes, militaires, professeurs. Les porteurs étaient : M. J. De Sieyès, président de l’Union Nationale Française ; M. Émile Galibert, président de la Chambre de Commerce Française de Montréal ; J. Chanterelle, vice-président de la Société Nationale Française ; O. Derome, de la maison Cadieux et Derome.

La carrière de l'homme alors qu'il était fugitif les huit dernières années de sa vie ainsi que la pompe de ses funérailles laissent un doute sur le fait qu'il fût totalement anonyme pour la communauté française de Montréal.

Bibliographie Sous le pseudonyme Alfred Barouille

Sous le pseudonyme Adolphe Bellay Adolphe Bellay, le journaliste, rassemble ses articles pour faire éditer au moins 3 ouvrages mis en ligne par le réseau canadien de documentation pour la recherche :

Sources

Fonds d'archives

Liens externes

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