La Symphonie en ré majeur, dite « Titan », est la première symphonie de Gustav Mahler. Composée en 1888, la symphonie est entièrement remaniée d'abord en 1893, puis en 1897 et plus en détail jusqu'en 1903.
Histoire Esquissé dès 1884 à Cassel, l'essentiel de la première version de la Première Symphonie (en deux parties et en cinq mouvements) est réalisé de à Henry-Louis de La Grange, Gustav Mahler : Chronique d'une vie, 1860-1900, t. 1, Librairie Arthème Fayard, 1973, , 270-271, 281-282, 308, 542-549.. À cette époque, Mahler, âgé de 28 ans, est un chef d'orchestre très apprécié, assistant d'Arthur Nikisch à l'Opéra de Leipzig. Il profite des quelques jours de fermeture de l'opéra à la suite de la mort de l'empereur allemand pour revoir une « dernière fois » son travail.
La symphonie, qui selon Mahler doit provoquer chez autrui , ne parvient à être jouée nulle part. Cette déception et une brouille avec le directeur de l'Opéra de Leipzig causent la démission de Mahler à . Il se fait engager en de la même année comme directeur de l'Opéra royal hongrois à Budapest. Après avoir remporté un succès considérable en donnant L'Or du Rhin et La Walkyrie, Mahler y crée sa symphonie le dans sa version originale terminée à Leipzig et présentée comme Poème symphonique en deux parties et cinq mouvementsManuscrit conservé à la University of Western Ontario, collection Alfred Rosé. :
Première partie : 1) Introduction et Allegro commodo 2) AndanteMouvement détaché de la version définitive, connu comme Blumine. 3) Scherzo
Deuxième partie : 4) À la pompes funèbres ; Attacca. 5) Molto appassionato
La Première partie est bien accueillie mais la deuxième plonge l'auditoire dans la stupeur et même l'indignation (Fritz Löhr, cité par Marc Vignal).
Mahler est accusé de défier toutes les lois de la musique. . Les journaux hongrois, dont le Pester Lloyd, sont assez critiques. La écrit : Cité par Andreas Maul, notice du disque dirigée par Eliahu Inbal dirigeant l'orchestre de la radio de Franckfort (28 février/ mars 1985, Denon 33C37-7537) ..
En 1891, Mahler envoie la partition à l'éditeur Schott pour une publication, avec le titre , sans résultat.
Du poème initial, face à l’incompréhension générale, le compositeur propose d’abord un programme détaillé en 1892. L'œuvre est ensuite créée à Hambourg le sous le simple titre « Titan »Titan évoque un roman de l’auteur romantique allemand si cher à Robert Schumann, Jean-Paul Richter., avec de nombreuses révisions et de nouvelles sections, y compris dans le deuxième mouvement BlumineManuscrit conservé à la Yale University, collection James Marshall et Marie‑Louise Osborn.. De nouvelles corrections ont lieu pour la première à Weimar, le Manuscrit conservé à la New York Public Library, collection Bruno Walter. Il faut remarquer que les pages contenant Blumine sont pliées, indiquant déjà peut-être la suppression du deuxième mouvement..
La quatrième création a lieu à Berlin le . Le manuscritVendu par Sotheby's en 1984. ne contient plus que quatre mouvements, le deuxième connu sous le nom de ayant été retiré, et porte maintenant le nom de « Symphonie », sans aucun sous-titre. Le public, dans une salle à moitié vide, siffle la symphonie. La critique est encore sévère.
La symphonie est publiée en par Joseph Weinberger (sans doute pour la création à Prague le ) puis légèrement réorchestrée en 1903 pour une édition définitive en 1906 par Universal. Elle se présente désormais sous la forme d’une grande symphonie d’une cinquantaine de minutes, divisée en quatre mouvements.
Mahler rejoue sa symphonie à intervalles irréguliers jusqu'à sa mort.
Le chef d'orchestre Bruno Walter, ami et grand interprète de Mahler, a transcrit la symphonie pour piano à 4 mainsGustav Mahler – Symphonie en ré majeur – transcription pour piano à 4 mains par Bruno Walter – Prague Piano Duo, Praga Digitals PRD/DSD 250 197 .
Analyse La symphonie comporte quatre mouvements :
Orchestration Instrumentation de la Symphonie Bois4 flûtes (les et jouant aussi du piccolo), 4 hautbois (le jouant aussi du cor anglais), 4 clarinettes (si bémol, do, , mi bémol, la jouant aussi de la clarinette basse), 3 bassons (le jouant aussi du contrebasson)Cuivres7 cors, 5 trompettes (fa, si bémol) dont une postée avec les cors dans le dernier mouvementhttp://imslp.eu/download.php?file=files/imglnks/euimg/6/63/IMSLP06376-Mahler_-_Symphony_No.1_Mvt.IV__complete_score_.pdf, IMSLP p.162 (partition complète) ou p.68 ()., 4 trombones dont un posté avec les cors dans le dernier mouvement 1 tubaPercussions timbales (2 timbaliers), cymbales, triangle, tam-tam, grosse caisseCordespremiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebasses, 1 harpe
Premier mouvement Le premier mouvement, sous-titré « Comme un bruit de la nature » (), débute par une longue note tenue des cordes au-dessus de laquelle semble s’ébaucher un motif fondateur. Cette intemporalité originelle est contredite par un motif de fanfare fantômatique.
Cette introduction conduit à l’exposition du vrai premier thème, citation textuelle du deuxième lied pour basse et orchestre du cycle datant des années 1883–1884, par les violoncelles et les bassons. Cette mélodie intitulée restitue immédiatement le temps suspendu de l’introduction et détend l’atmosphère.
La musique se déroule alors librement dans une orchestration aérée. On décèle à l’audition de nombreux retours de la fanfare.
Deuxième mouvement Le deuxième mouvement (« Énergique et animé, mais pas trop rapide »), est un scherzo en la majeur, dont la thématique puise largement dans la littérature populaire autrichienne. Dans le rythme d’un ländler influencé par Franz Schubert dans les parties extrêmes et celle de Bruckner dans l’ostinato du trio central. Le premier thème du trio est en fa majeur alors le second est en sol majeur.
Troisième mouvement vignette|upright=1.5|Gravure sur bois de 1850. Il s'agit du mouvement le plus mystérieux de cette symphonie. Il met en scène une lente marche funèbre en ré mineur, bâtie sur la version allemande de la chanson enfantine Frère Jacques ()..
Sur un mouvement de balancier lourd et sombre des timbales, la chanson, altérée par le mode mineur et préalablement exposée par un solo de contrebasse, se déploie lentement en une sorte de cortège funèbre. La mélodie s’amplifie, se répandant à tout l’orchestre. Soudain, un thème populaire (aux trompettes), issu des danses de cabarets (qui ), est joué par un petit orchestre, aux sonorités étranges : c'est la musique d'un mariage juif.
Cette alternance d’éléments graves et futiles scandalisa les premiers auditeurs peu habitués à cet amalgame de genres.
Mahler indiqua que l’inspiration saisissante de ce morceau lui venait de la réminiscence d’une image du dessinateur autrichien Moritz von Schwind, familière à tous les enfants allemands et autrichiens, L’Enterrement du chasseur (), dans laquelle un cortège d’animaux aux attitudes faussement sombres portent à sa dernière demeure le chasseur, leur ennemi. Toute l’ironie de la scène se retrouve dans la marche funèbre provoquant de la sorte un effet effroyable. Soudain, surgit un thème (en sol majeur) provenant une nouvelle fois des chants du compagnon errant ( lied, ).
Ce bref épisode ramène alors la marche funèbre et, dans sa suite, les danses avant qu’une dernière fois les rythmes de la marche s’éloignant dans le lointain ne referment le mouvement. Mahler aimait qualifier le mouvement de , hommage aux Fantaisies dans la manière de Callot de Hoffmann, et par extension au célèbre graveur populaire du , Jacques Callot (« La tentation de saint-Antoine »).
Quatrième mouvement Ce grand final clôt cette symphonie. Sa structure est celle de la sonate. Il est le plus ouvertement dramatique et s’ouvre (en fa mineur) de manière tumultueuse sur de lourdes sonorités, dont .
S’ébauche ensuite un thème (en ré bémol majeur).
Les luttes, interrompues par une mélodie typiquement mahlérienne et des réminiscences du motif fondateur, s’achèvent par un brutal accord. (Mahler).
On reconnaît alors plusieurs éléments déjà entendus dans le premier mouvement, montrant ainsi l’unité de l’œuvre entière. Après un dernier sommet dramatique, la symphonie se referme de manière triomphale.
Ce mouvement plus particulièrement montre ce que Mahler .
Arrangement Bruno Walter en a réalisé un arrangement pour piano à quatre mains, publié en 1906.
Discographie 1954 : Bruno Walter, Orchestre philharmonique de New York (Sony) 1961 : Bruno Walter, Orchestre symphonique Columbia (Sony)Lors de sa réédition ce disque a été distingué par Christophe Huss d'un « 9 » dans le magazine Répertoire et de « ƒƒƒƒ » dans le magazine Télérama. 1964 : Karel Ančerl, Orchestre philharmonique tchèque (Supraphon)Lors de sa réédition ce disque a été distingué par Christophe Huss d'un « 10 » dans le magazine Répertoire . 1964 : Georg Solti, Orchestre symphonique de Londres (Decca)Lors de sa réédition ce disque a été distingué d'un « 9 » dans le magazine Répertoire et d'un « 5 » dans le magazine Classica . 1966 : Leonard Bernstein, Orchestre philharmonique de New York (Sony)Lors de sa réédition ce disque a été distingué d'un « 9 » dans le magazine Répertoire ; de « 5 clés » dans le magazine Diapason ; d'un « Choc » dans Le Monde de la musique. 1968 : Rafael Kubelík, Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise (DG)Lors de sa réédition ce disque a été distingué d'un « 9 » dans le magazine Répertoire . 1971 : Carlo Maria Giulini, Orchestre symphonique de Chicago (EMI) 1969 : Václav Neumann, Orchestre du Gewandhaus de Leipzig (Berlin Classics)Lors de sa réédition ce disque a été distingué d'un « 9 » dans le magazine Répertoire . 1987 : Bernard Haitink, Berliner Philharmoniker (Philips) 1998 : Pierre Boulez, Orchestre symphonique de Chicago (DG)Lors de sa sortie ce disque a été distingué d'un « 9 » dans le magazine Répertoire et de « 5 clés » dans le magazine Diapason . 2019 : François-Xavier Roth, Orchestre les siècles (Harmonia Mundi)Il s'agit ici d'un enregistrement de la version de 1893/1894 en cinq mouvements.
Pour une discographie exhaustive, consulter cette page :
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
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Liens externes
Discographie de la Première Symphonie, sur le site de la Mahler Foundation.
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