Les deux tournées américaines des Beatles en 1964 sont les deux premières tournées du groupe anglais aux États-Unis et au Canada.

Alors que les artistes britanniques populaires peinent à s'exporter aux États-Unis, les Beatles parviennent à s'y imposer dès leur première visite, en . Aidé par une importante campagne publicitaire menée par Capitol Records, le groupe attire les foules et apporte avec lui la Beatlemania. Durant ces deux semaines aux États-Unis, les Beatles se produisent à deux reprises au Ed Sullivan Show où ils pulvérisent les records d'audiences télévisuelles, et donnent des concerts dans des salles prestigieuses de New York, Washington et Miami. Si la presse, notamment new-yorkaise, peut se montrer critique et dubitative, ce premier passage du groupe en sol américain renforce ses ventes de disques et assoit sa domination des hit-parades américains.

La seconde tournée, bien plus importante, s’étale sur une période d’un mois, en août et . Très longue et harassante pour le groupe, elle comprend une trentaine de concerts et nécessite une logistique importante, surtout de la part des autorités locales qui doivent veiller à éviter les débordements des fans. La tournée est ainsi émaillée de nombreux incidents et déclenche quelques controverses, notamment au sujet de l'hystérie dont font preuve les admirateurs du groupe. Malgré tout, cette tournée confirme le succès des Beatles en Amérique du Nord, attirant en tout un public d’environ . L'ensemble de ces évènements fait d'eux les précurseurs de la British Invasion.

Découverte des États-Unis (février 1964)

Préparation Avant les Beatles, aucun artiste britannique populaire dans son pays ne semble en mesure d'exporter son succès aux États-Unis. Un exemple des plus marquants est celui de Cliff Richard, dont l'histoire réfrène les ambitions des Beatles et leur fait définitivement considérer le marché américain comme inaccessible. John Lennon témoigne ainsi : De plus, au début de l'année 1963, quatre disques des Beatles ont été distribués aux États-Unis, par deux maisons de disques différentes (Vee Jay et Swan), sans rencontrer le succès.. Au même moment, les Beatles provoquent pourtant un engouement populaire retentissant sur le continent européen, à tel point que la presse commence à parler de « Beatlemania ».

Assuré de la réussite des Beatles en Europe, leur manager Brian Epstein se rend à New York au mois de pour tenter d'investir le marché américain. Il commence par faire en sorte que Capitol Records soit désormais le seul distributeur des disques de son groupe, aux États-Unis. Pourtant filiale d'EMI, la maison mère des Beatles, Capitol ne leur avait jusqu'alors pas porté d'intérêt. Epstein se rend ensuite chez Ed Sullivan, animateur sur la chaîne CBS du Ed Sullivan Show, l'émission de variété la plus populaire aux États-Unis. Epstein obtient deux passages des Beatles chez Sullivan, mais pour seulement , soit beaucoup moins que les tarifs en vigueur. Le producteur de Sullivan expliquera plus tard qu'il considérait cette idée ridicule à l'époque, les Beatles étant non seulement anglais mais aussi parfaitement inconnus en Amérique du Nord. Néanmoins, Ed Sullivan a pu se faire une claire idée de la Beatlemania, le jour d' où il s'est retrouvé pris dans une indescriptible cohue à l'aéroport de Londres alors que son avion était retardé en raison de l'arrivée des Beatles, de retour d'une série de concerts en Suède. Sullivan, conscient du potentiel des jeunes musiciens anglais, accepte donc la demande d'Epstein, après plusieurs jours de négociations. Les deux émissions auxquelles vont participer le groupe sont ainsi programmées les 9 et et la campagne publicitaire, lancée par Capitol à partir de décembre, assure une promotion maximale au groupe..

thumb|left|En 1964, Brian Epstein obtient deux concerts au Carnegie Hall de New York.

Fort de ce premier succès, Epstein rencontre le producteur et promoteur musical Sid Bernstein et négocie deux concerts au réputé Carnegie Hall de New York. Pour Epstein, il représente alors la meilleure salle de spectacle du monde, étant à peine accessible aux musiciens pop. Sid Bernstein a entendu parler des Beatles dans le cadre de ses études. Agent artistique à la General Artists Corporation (GAC), il a étudié en cours du soir les sciences politiques avec une spécialité sur l'Angleterre, ce qui l'a amené à lire la presse du pays : Il propose ainsi au manager des Beatles pour deux concerts au Carnegie Hall, ce qu'Epstein finit par accepter.. En devenant le premier homme à organiser un concert des Beatles à New York, Sid Bernstein acquiert un certain statut et lance sa propre agence. Il organisera par la suite tous les concerts new-yorkais du groupe, à une exception près.

Le , I Want to Hold Your Hand sort en 45 tours aux États-Unis et entre à la des charts du pays, alors qu'il vient de passer deux mois en tête au Royaume-Uni. Deux semaines plus tard, le single monte à la . Début février, alors que les Beatles donnent une série de concerts à l'Olympia de Paris, la nouvelle finit par tomber : leur disque vient de se positionner en tête des hit-parades américains. Les journalistes du pays traversent alors l'Atlantique pour interviewer les quatre musiciens (Life Magazine publie un reportage de six pages) et, dans le même temps, le Carnegie Hall croule sous les demandes de billets. Sid Bernstein témoigne qu'il a dû donner sa place à Margaretta, l'épouse de Nelson Rockefeller, et qu'il aurait finalement pu vendre les billets quatre fois plus cher. Le Ed Sullivan Show est lui aussi assiégé : pour les de l'auditorium CBS, situé sur Broadway, d'où l'émission est diffusée.. Par ailleurs, pour tenir son engagement au Carnegie, Brian Epstein refuse une offre de plusieurs milliers de livres au Madison Square Garden.

Dans ce contexte déjà favorable, Capitol Records investit dans la campagne publicitaire. Cinq millions d'affiches « Les Beatles arrivent » sont placardées dans tout le pays. La discographie britannique du groupe est envoyée aux principaux disc jockeys locaux, et on distribue un million d'exemplaires d'un journal de quatre pages consacrées au groupe. La direction de Capitol se fait prendre en photo avec une perruque Beatle., et des célébrités américaines comme Janet Leigh font de mêmeThe Beatles Anthology, . Le vice-président de Capitol résume la situation : Les Beatles sont dès lors attendus avant même de quitter leur pays.

Arrivée de la Beatlemania thumb|Arrivée des Beatles à l'aéroport JFK, le 7 février 1964.

Le , les Beatles s'envolent de l'aéroport londonien de Heathrow investi par une foule imposante de plusieurs milliers de fans venus leur souhaiter bon voyage. La radio new-yorkaise WMCA les suit heure par heure : . En débarquant du vol Pan Am 101 à l'aéroport JFK, les Beatles constatent que fans en folie les attendent. , observe Ringo Starr. Sitôt arrivés, les musiciens britanniques sont embarqués dans une conférence de presse qui se déroule dans une ambiance surexcitée, voire chaotique, dans un des salons de l'aéroport, et s'en donnent à cœur joie. À la question , la réponse de John Lennon fuse : . Pour sa part, Ringo Starr, lorsqu'on lui demande s'il aime Beethoven, se fend d'un The Beatles Ultimate Experience " Beatles Press Conference: American Arrival 2/7/1964".. Ils arrivent ensuite dans Manhattan à bord d'une limousine noire encadrée de policiers à cheval (Paul McCartney a un transistor collé à l'oreille qui diffuse leur musique en continu), au milieu d'une horde de fans déchaînés massés sur les trottoirs.

Les Beatles découvrent alors une autre culture, et notamment celle de la publicité agressive, dont ils deviennent les instruments à leur insu. Neil Aspinall, road manager du groupe, témoigne ainsi que On s'arrache le groupe pour obtenir une « licence Beatles. ». Naïfs, ils acceptent de citer en direct radio les noms de telles ou telles émissions, leur offrant sans discernement une publicité gratuite. Brian Epstein finit par y mettre un terme : Il n'empêchera pas que des interviews du groupe, enregistrées sans autorisation, soient mises en vente en 33 tours avec leur photo sur la pochette. Conséquence de ce passage aux États-Unis : on évalue, pour l'année 1964, à de dollars le chiffre d'affaires en produits dérivés du groupe.

Deux jours après son arrivée, le , le groupe se présente au studio du Ed Sullivan Show. Ils enregistrent dans l'après-midi un set destiné à être diffusé après leur départ, avant de participer à l'émission proprement dite, en direct, le soir même. Les Beatles présentent cinq de leurs chansons, ouvrant avec , et , pour revenir avec et . Le record d'audience de l'émission explose : plus de de téléspectateurs américains y assistent, soit environ 45 % de la population, ce qui reste un des taux les plus élevés de toute l'histoire de la télévision américaine, hors retransmissions sportives . Ce passage cathodique marque les esprits de toute une génération, Paul McCartney rapportant des propos que Dan Aykroyd des Blues Brothers lui a tenus : A posteriori, les médias américains iront jusqu'à dire que cet événement télévisuel a redonné le moral aux États-Unis, encore profondément traumatisés après l'assassinat de John F. Kennedy.. Les Beatles participent quelques jours tard à une deuxième émission du Show, cette fois en direct du Deauville Hotel de Miami..

En contraste total avec ce succès populaire, la presse new-yorkaise publie des comptes-rendus plutôt sarcastiques, voire méprisants, de leur prestation. Les Beatles sont ainsi jugés , (, ), ou encore décrits comme (). Le met leur succès sur le compte de la publicité, tandis que le Newsweek juge leurs chansons Vexé par cet accueil difficile, Brian Epstein est à deux doigts d'annuler les conférences de presse qui ont été programmées. Cependant, ces critiques n'empêchent pas le public américain de se ruer sur les disques des Beatles : le , Capitol remet deux disques d'or au groupe pour et ; le 12, c'est un disque d'or pour , car le titre grimpe très rapidement dans les palmarès, pour atteindre la première place le ..

La Beatlemania s'est emparée du public new-yorkais. L'hôtel des Beatles n'a rien prévu de particulier, pensant avoir affaire à des businessmen ordinaires. Le Plaza Hotel est ainsi constamment pris d'assaut par les fans et la presse. Astreints à rester dans leurs chambres, les Beatles doivent prévenir la police une heure à l'avance pour toute sortie, sans quoi celle-ci ne peut garantir leur sécurité. Un début de promenade dans Times Square les dissuade de se déplacer autrement qu'enfermés dans une voiture. Durant leur répétition avant leur passage au Ed Sullivan Show, une centaine de policiers, aidés par la police montée, sont nécessaires pour contenir les fans. Ils parviennent tout de même à visiter Central Park pour une séance de photos, mais encore une fois sous bonne garde policière.. Le résume ainsi :

Washington, New York et Miami

thumb|left|Le parcours des Beatles pour leur première tournée américaine.