Le mont Kosciuszko est le point culminant du sous-continent australien avec d'altitude, ce qui lui vaut, non sans controverses, d'être classé sur la liste de Bass des sept sommets et en fait la montagne la plus aisée à gravir parmi ceux-ci. Le sommet fut officiellement vaincu en 1840 par l'explorateur polonais Paweł Edmund Strzelecki qui en profita pour le nommer en l'honneur de son compatriote Tadeusz Kościuszko. En raison de l'exploitation de la montagne par les bergers, puis du développement touristique et enfin des travaux d'aménagement hydrographique, le milieu naturel, caractérisé par une flore alpine unique en Australie, est fragilisé. La zone est protégée en 1944 puis classée officiellement au sein du parc national du Kosciuszko en 1967.

Toponymie thumb|left|Vue du tertre Kościuszko à Cracovie.

Le mont Kosciuszko a été nommé par Paweł Edmund Strzelecki en l'honneur du général lituano-polonais Tadeusz Kościuszko, héros national dans son pays natal, mais également une des grandes figures de la Guerre d'indépendance des États-Unis. Si Strzelecki dit de Kościuszko, lors de son ascension, qu'il est un « patriote », l'accent est surtout mis de sa part sur l'honneur qu'elle représente pour l'Australie Janusz Rygielski, Summer Guide, parc national du Kosciuszko, 1983-1984. La ressemblance qu'il a cru percevoir avec le tertre Kościuszko (Kopiec Kościuszki) à Cracovie n'est pas pour rien dans le choix de ce nom « Mt Kosciuszko », Australian Geographical Name Derivations. Ce n'est qu'en 1997 qu'il a été décidé par le Geographical Names Board of New South Wales de rajouter un z au nom du sommet, précédemment écrit Kosciusko, afin de respecter l'orthographe polonaise. Le nom apparaît pour la première fois en 1851 sur une carte de l'Australie dessinée par le géodésiste Thomas Townsend Witold Łukasiak, To „discussion about name”.

Les Aborigènes nomment le sommet Tar Gan Gil dont le sens reste inconnu. On trouve aussi les formes Jagungal, Jar-gan-gil, Tackingal qui peut se traduire en anglais par « Table Top Mountain » (littéralement « montagne du dessus de table »), Teangal, Targil, Dargal, Youngal, Corungal, Orungal, Coruncal, Corunal Alan E J Andrews, « Mount Kosciusko - Our Highest Mountain », KHA Newsletter n°108, hiver 2000. Un débat a eu lieu concernant le double nommage, à l'instar notamment d'Uluru/Ayers Rock et Kata Tjuṯa/monts Olga, en proposant Tar-gan-gil ou Munyang aux côtés de Kosciuszko. Sous la pression des Australiens d'origine polonaise qui ont prétexté que la montagne perdrait de fait son originalité et pour des considérations historiques, l'idée a été rejetée Norman Aisbett, « Mt Kosciuszko or Tar-gan-gil? », The West Australian, Norman Aisbett, « Expat Poles rally to defence of Kosciuszko », The West Australian, « Keep mountain's name as it is », The West Australian, Minh Lam, Norman Aisbett, « Poll rejects bid to change Kosciuszko or Tar-gan-gil? », The West Australian, .

Des mesures successives ont montré que le sommet qui avait officiellement pris le nom de mont Kosciusko, à la suite d'une confusion historique, était en réalité plus bas que celui situé quelques kilomètres au sud. Pour cette raison, en 1909, le New South Wales Lands Department a décidé d'inverser les toponymes des deux sommets, en préférant garder le nom de mont Kosciusko pour le plus haut Mountain systems of Australia, Year Book Australia, 1901-1910, Australian Bureau of Statistics. De ce fait, la représentation intitulée Northeast view from the northern top of Mount Kosciusko datant de 1863 par Eugene von Guérard et exposée à la National Gallery of Australia figure en réalité le paysage vu du mont Townsend Eugene Von Guérard - North-east view from the northern top of Mount Kosciusko, Australasian Art Collection.

Géographie Situation thumb|left|Image satellite de la région du mont Kosciuszko.

Le mont Kosciuszko est situé dans les Snowy Mountains, un massif des Alpes australiennes. Le deuxième plus haut sommet de l'île, le mont Townsend, se situe à seulement au nord. Le mont Kosciuszko s'élève dans le sud de l'État de Nouvelle-Galles du Sud. Les villages et stations de ski de Thredbo et Charlotte Pass se situent à six kilomètres, respectivement au sud-est et à l'est. Jindabyne est à à l'est, à vol d'oiseau, et un peu plus de par la route construite au début du . Il se trouve à au sud-ouest de Canberra et à équidistance entre Sydney et Melbourne qui sont toutes deux éloignées de Mount Kosciusko / Tar Gan Gil, SummitPost.org.

Si le mont Kosciuszko est le plus haut sommet de l'île avec d'altitude, le pic Mawson sur l'île Heard s'élève à d'altitude et constitue le point culminant de l'État australien. Le dôme A (), le mont McClintock () et le () sont également revendiqués au sein du territoire antarctique australien.

Cette caractéristique lui vaut d'être classé sur la liste de Bass des sept sommets, les points culminants de chacun des sept continents. Pourtant, en Océanie, il est par exemple moins élevé que l'Aoraki/mont Cook () en Nouvelle-Zélande et que le Puncak Jaya () sur l'île de Nouvelle-Guinée, en Indonésie. En raison de cette controverse, ce dernier a remplacé le mont Kosciuszko sur la nouvelle liste proposée par Messner.

Topographie thumb|Vue depuis le mont Townsend en direction du mont Kosciuszko.

Le mont Kosciuszko s'élève au-dessus d'une pénéplaine, un vaste plateau érodé par des glaciers disparus. Son relief est relativement arrondi et son sommet, large et plat, constitué de rochers et cailloux. En raison des nombreux cycles de gel et dégel, les sols sont affectés par le phénomène de solifluxion, créant ainsi des terrasses naturelles.

Géologie thumb|left|Vue depuis les pentes du mont Kosciuszko sur une partie du vaste plateau érodé qui entoure le sommet.

Il y a 450 millions d'années, durant l'Ordovicien, la région du mont Kosciuszko était une mer ; des sédiments marins se déposent. Ils constituent de nos jours les roches métamorphiques présentes entre Rawsson Pass et Watsons Crags : ardoises, phyllites, quartzites et schistes. Des périodes de plissements, de soulèvement et de sédimentation se succèdent au cours du Silurien et du Dévonien. Des intrusions de granite participent à l'élévation du relief dès 390 millions d'années BP. Ensuite, pendant plusieurs millions d'années, une phase plus stable entraîne une légère érosion et la création d'une pénéplaine, où seules les roches les plus solides donnent naissance à des pics s'élevant au-dessus de l'altitude moyenne, parmi lesquels le mont Kosciuszko. Cette phase s'étend sur le Carbonifère, le Permien, le Trias, le Jurassique et le Crétacé pour se terminer il y a 65 millions d'années. À cette époque, l'Australie orientale se soulève très sensiblement et les Snowy Mountains acquièrent approximativement leur altitude actuelle. Ce soulèvement ne prend réellement fin qu'il y a un million d'années environ. Il en résulte surtout des failles où les rivières actuelles forment des gorges dans lesquelles le débit est important.

thumb|Vue du lac glaciaire de Cootapatamba, le plus haut d'Australie.

Au cours du Pléistocène, dès deux millions d'années BP, le climat se refroidit brusquement et une glaciation se met en place dans la région du mont Kosciuszko, tout juste interrompu par quelques périodes interglaciaires, créant des moraines successives, taillant des cirques, laissant des blocs erratiques et creusant des lacs glaciaires.

Climat Depuis au moins ans, le mont Kosciuszko est totalement libre de glaciers. Au , il arrivait que des névés persistent plusieurs années successives mais, avec le réchauffement climatique, ce phénomène n'a plus été observé depuis 1998. Généralement, le manteau neigeux occupe le sommet durant cinq mois Pamela M. Godde, Martin F. Price, Friedrich M. Zimmerman, Tourism and development in mountain regions, CABI Publishing Series, 2000, page 29 . De plus, le dégel des lacs glaciaires se produit désormais en octobre alors qu'il se produisait en novembre voire en décembre au siècle dernier.

Les zones les plus élevées de la montagne sont sous l'influence du climat alpin, relativement rare en Australie. Les crêtes sont enneigées une grande partie de l’hiver. Le , la station météorologique de Charlotte Pass a enregistré la plus basse température de l'Australie avec Temperature, Year Book Australia, , Australian Bureau of Statistics. Le mois le plus chaud connaît des moyennes de . Les températures sont adoucies par le climat tempéré provenant de la mer de Tasman.

Faune et flore thumb|left|upright=1.2|Vue de la station de Charlotte Pass, à environ d'altitude, au milieu des gommiers des neiges (Eucalyptus pauciflora). Dans le coin supérieur droit, le sommet de Stillwell Ridge.

De nombreuses espèces de plantes alpines et subalpines poussent dans la partie supérieure de la montagne, parmi lesquelles environ 200 herbacées et espèces à fleur dont une vingtaine sont endémiques et plus de trente sont déclarées comme rares. L'étage alpin représente autour du mont Kosciuszko seulement et la limite des arbres se situe en moyenne à d'altitude. Les familles les plus représentées sont Asteraceae, Poaceae, Cyperaceae, ainsi qu’Apiaceae, Ranunculaceae, Juncaceae et Epacridaceae, mais aucune ne dépasse un mètre. Un peu plus bas, principalement autour des lacs glaciaires, pousse une herbacée, Carex gaudichaudiana.

thumb|Vue sur un exemple de flore locale.

La grande variété d'espèces végétales est due à la diversité des terrains et des climats en fonction de l'altitude. Elles se sont adaptées aux conditions climatiques des milieux où elles se développent en colonies de landes, tourbières et marais. Ainsi, Veronica densifolia et Kelleria dieffenbachii ont développé des formes de croissance semi-boisée atypiques. D'autres espèces intermédiaires entre les herbacées et les arbustes, telles que Coprosma niphophila et Colobanthus nivicola, arborent des duvets ou des coussins afin de se protéger du froid. Podocarpus lawrencei, Phebalium ovatifolium, Pentachondra pumila, Grevillea australis et Kunzea muelleri sont des espèces adaptées aux terrains rocailleux et qui se fixent généralement sur les faces exposées au soleil. En outre, la petite oseille (Rumex acetosella) colonise les terrains acides les recouvrant d'une teinte rougeâtre. La forte saisonnalité du climat alpin oblige les espèces de plantes à végéter durant les hivers très froids et à se développer rapidement durant les mois plus chauds. La période de floraison survient généralement de fin janvier à début février (Celmisia costiniana, Celmisia pugioniformis, Craspedia sp., Euphrasia collina subsp. diversicolor), durant l'été austral, parfois jusqu'à mars, mais chez certains spécimens précoces elle arrive dès la fonte des neiges (Ranunculus anemoneus, Caltha introloba). Parmi les arbustes, la faible énergie accumulée durant la haute saison oblige à une croissance lente ; ainsi le diamètre des tiges de Podocarpus lawrencei s'accroît de seulement par an en moyenne. Paradoxalement, l'intense rayonnement solaire estival nécessite une capacité de ces plantes à pouvoir évacuer rapidement la chaleur, d'où un feuillage peu volumineux, typiquement en forme d'aiguilles.

Bien que la plupart des espèces artificiellement introduites dans le passé, principalement dans le but de conserver les sols à la suite des aménagements hydrographiques réalisés au milieu du , ne résistent pas aux conditions climatiques du mont Kosciuszko, certaines se sont durablement implantées. Alors qu'une seule espèce allochtone était recensée en 1899, 48 l'étaient en 1986.